Bapaume et Thérouanne (Pas-de-Calais
4. Charles de Croy, duc d'Arschot, avait succédé au marquis de Varambon dans le commandement des troupes du cardinal Albert. Le duc d'Arschot continua les hostilités du côté de Bapaume, Courcelles, Aire et Thérouanne.
118 HISTOIKE UNIVERSELLE. [1597
Cependant, le roi avoit envoyé le duc de Bouillon au Pais-Bas1 pour y confirmer l'alliance avec les Hollandois, et après, avec la roine d'Angleterre2, par les députez qu'elle lit trouver à la Haye. Particulièrement, le but de ce traité3 estoit pour engager la roine à quelques entreprises contre l'Espagne, comme de fait il en succéda quelque chose après; et cependant le conseil de France, le roi n'en sachant rien au commencement, prenoit Pesclat de cette union pour pratiquer entre les Espagnols quelque réconciliation. Richardot4 en donna l'avis à Londres, ce qui empescha de plus grands effects et mit toutes ces testes en garde l'une devant l'autre.
L'année suivante 1597, le roi convoqua à Rouen
1. Les négociations avec la Hollande, entamées par l'ambassadeur de Henri IV, Paul Ghouart de Buzenval, furent continuées par le duc de Bouillon (De Thoù, liv. GXVI).
2. Le 5 octobre 1595, le roi avait envoyé le secrétaire d'état Lomenie en Angleterre avec une instruction qui est conservée dans le vol. 23519 du fonds français, f. 258, et une lettre adressée à la reine d'Angleterre {Lettres de Henri IV, t. IV, p. 417). Cette négociation a été racontée par M. Gaillard {Notices et extraits des mss. de la bibl. du roi, t. II). L'année suivante, le roi envoya Bouillon et Sancy à la reine Elisabeth. L'instruction du roi, datée du 12 avril 1596, est conservée dans le vol. 3463 du fonds français, f. 99. On trouve dans le même fonds (vol. 15970, f. 43) une relation très détaillée de cette ambassade. M. Gaillard a raconté cette seconde négociation {loc. cit.), mais ne paraît pas avoir connu ces documents.
3. Le traité conclu entre la France et l'Angleterre fut ratifié à Melun par le roi le 29 août 1596.
4. Jean Richardot, neveu de François Richardot, célèbre diplomate, mort à l'âge de quatre-vingts ans le 3 septembre 1609. M. Gachard a publié dans la Bibliothèque nationale à Paris, t. I, p. 411, et ailleurs, plusieurs lettres de ce personnage relatives à ces négociations.
une assemblée1 de celles qu'on appelle petits Estats, desquels on a discouru à plaisir. Ce que j'en veux dire maintenant est que les rois usent de telles sortes d'assemblées quand celle des Estats généraux leur est longue, difficile ou suspecte. Les troubles, qui n'estoyent pas encores esteints par la France, ne permettoyent pas une plus grande convocation, et puis les cœurs des peuples n'estoyent pas apprivoisez ni ployez à l'obéyssance, comme il parut par les émotions des Groquans, desquels nous parlerons, après vous avoir dit que le but principal de ces petits Estats estant de trouver de l'argent pour soustenir la guerre d'Espagne, il en fut proposé et arresté diverses inventions. La pancharte2 en fut la principale, très mal receuë en divers endroits du royaume, et surtout à Poictiers, où le conseiller d'Amours3, commissaire pour l'establir, courut risque de la vie et receut divers affronts. La recherche de telles émotions estant difficile et dangereuse, l'impunité fit souvenir les autres villes de
1. L'ouverture de cette assemblée eut lieu le 4 novembre 1596 à Rouen, où le roi s'était rendu le 20 du mois précédent. Sa déclaration est dans les Mémoires de la Ligue, t. VI, p. 364. Plusieurs pièces relatives à cette réunion ont été imprimées dans la Collection des états généraux, t. XVI, p. 20 et suiv. On en conserve un recueil plus complet dans le vol. 16265 du fonds français. Voyez les Mémoires du président Groulard, du parlement de Rouen, dans la Coll. Petitot, t. XLIX, et le Journal de ce même magistrat, tout spécial au voyage du roi à Rouen, dans le vol. 15534 du fonds français, f. 459.
2. Pancarte, affiche contenant l'énumération de droits fiscaux à payer.
3. Louis d'Amours, attaché à la maison du roi de Navarre, à l'époque de la bataille de Goutras, ministre protestant auprès de Catherine de Bourbon, puis ministre à Ghâtellerault, mort avant
maintenir leur droit, si bien que cette pancharte, après avoir esté receuë en plusieurs villes, en fut chassée entièrement.
De mesmes occasions ou approchantes estoit née l'émotion ou la petite guerre des Croquans1, ainsi nommez, pource que la première bande, qui prit les armes, fut d'une paroisse nommée Croc-de-Limousin, vers Sainct-Yrié- la-Perche2. Ceux-là, incontinent suivis des paroisses prochaines, s'estendirent bientost par tout le Périgort, le Querci, l'Agenez et en un coin de l'Angoumois, si bien qu'en peu de jours ils se trouvèrent à quelques monstres aprochans de quinze mille hommes, sans ceux que l'esloignement ou les affaires empeschoyent ailleurs. Ces communes n'estoyent point armées de perches brûlées, comme au temps passé, mais estoyent presque tous harquebusiers, mousquetaires et picquiers. La veue de leurs forces les amena bientost aux insolences et leur fit faire trop de sorte d'ennemis; car, n'en ayant voulu du commencement qu'aux maltautiers et officiers du roi, ils monstrèrent inimitié aux gouverneurs des places, aux soldats des garnisons et enfin à tous leurs gentilshommes, lesquels, sans cela, pour le sentiment des subsides, se rendoyent leurs partisans. Ils en veindrent à piller quelques maisons nobles; mesmes, ayans pris quelques soldats, ils leur faisoyent porter le mousquet et la
1. Ces troubles eurent pour cause, d'après de Thou, les exactions et les crimes commis par les soldats dans le Périgord, le Limousin et le Poitou. On conserve dans la Coll. Dupuy, vol. 744, fol. 147, une copie de l'appel aux armes adressé au peuple de Guyenne par les Croquants sous la date du 2 juin 1594.