Saint- Yrieix-la-Perche (Haute-Vienne
quaisse, en revanche d'avoir esté employez à cela ; et firent ce trait de honte à un gentilhomme, qui leur commença la guerre, y employant tous ses parents et amis.
Comme cette ligue estoit en sa fleur et alloit s'estendre en Xainctonge et Poictou, un petit homme de Périgueux, qui estoit fort avancé en leurs factions, veint secrettement trouver le roi et lui promettre que, s'il lui vouloit faire quelque bien et honneur, lui seul mettroit à rien toutes ces bandes. Le roi, qui en rioit au commencement et nous disoit qu'il en vouloit estre comme d'un fort juste parti, ayant appris à l'apréhender, promit à cet homme quelque bien et de le faire maire de Périgueux, comme de fait il le fut depuis. Cettui-çi s'en veint trouver les bandes, plus nombreuses que jamais. A son arrivée, il pratique trois ou quatre prestres pour lui aider, et, pource que le tiers de ces troupes estoit de réformez, il fit courir divers bruits : premièrement, que les huguenots vouloyent rompre les images et piller les temples ; en après, si les ministres les menaçoyent, qu'ils les quitteroyent là; et puis que, s'ils arrivoyent d'estre défaits, on les traitteroit comme huguenots, desquels on ne prendroit pas un à merci ; que leur nom empeschoit beaucoup de gens de se joindre à eux et enfin qu'il n'appartenoit qu'aux bons catholiques d'estre réformateurs de l'Estat. Telles semences ayant pris quelques racines, un dimanche qu'on vouloit faire monstre générale, nostre petit homme, asseuré de estre maintenu par plusieurs de leurs capitaines, fait naistre des voix en divers endroits des bandes, qui crioyent : Tiers Estât, purement catholique, à part.
Gela s'eschaufa tellement que les gagnez, ayans fait porter leur drapeau au delà d'un petit ruisselet, tous les catholiques le passèrent, au nombre de trentequatre ou trente-cinq mille, et les réformez ne demeurèrent que quinze ou seize mille, se trouvans bien estonnez, et, après plusieurs remonstrances faites aux autres, furent contraints de prendre quartier à part. Encor, dit-on, que les prestres sollicitoyent les séparez de sauter au collet de la petite troupe, ce qui se fut fait sans qu'ils les connoissoyent plus soldats et beaucoup mieux armez qu'eux.
Abin1, lieutenant de roi en la marche de Limousin, avoit desjà, par commandement du roi, mis ensemble trois cents chevaux et de six à sept cents harquebusiers à cheval avec deux mille fantassins. Six jours après leur séparation, comme ils marchoyent à une lande, ils descouvrirent les coureurs d'Abin, qui estoyent soixante salades menées par son fils, et quelques quarante carrabins par Bertigni, capitaine des gardes d'Abin. Ce peuple, commandé par plusieurs et n'obéissans à aucun, eut pour premier remède de faire un grand bataillon, mais bataillon de parade et non de combat. Gomme ils commençoyent à le former, la multitude, qui avoit descouvert le reste des forces, s'escria qu'il falloit gagner un bois prochain. Et, comme les uns couroyent pour le bataillon, les
i. Jean de Chasteigner, s. d'Abin et de La Roche-Posay, ne se mit pas seul en campagne pour réprimer ces soulèvements. Jean de Sourches de Malicorne, gouverneur du Poitou, et Henri, vicomte de Bourdeille, gouverneur du Périgord, pacifièrent les provinces où ces troubles avaient pris naissance (De Thou, liv. CWII).
autres au bois, Abin, qui avoit galopé jusqu'à son filz, ayant bien reconnu cette confusion et ne la voulant pas pardonner, lui commande de donner. Il prend donc la charge, et ses carrabins à la main gauche, le favorisant d'un salve, vont affronter les mousquets qui avoyent fait front du bataillon. Les Groquans, qui eurent plus de courage, tirèrent et sans passer l'œil à la mire; pourtant presque tous firent haut. Mais, de si peu qui portèrent, une mousquetade donna dans la teste au jeune d'Abin, de qui la mort fit divers effects : l'un, d'eschauffer la noblesse à mesler, et l'autre, d'effrayer cette populace, comme coulpable de ce qu'elle avoit désiré. Les premiers de cette grosse troupe ne rechargent point, ceux de derrière les quitent; le reste de la cavallerie accourt, rompt et poursuit par tout, et en peu de temps fait boucherie d'environ quatre mille hommes. Ce qu'ils laissèrent sauver, estans las de tuer, après avoir erré par les forests, se rendit chascun en son pays. Abin, soit du deuil de la mort de son fils, soit de son action, comme quelques-uns ont voulu, et pour avoir veu sa probité et douceur engagée à son contre-cœur, n'eut joye jusques à sa mort, qui fut à peu de temps de là. Les autres Croquans, dejettez par ceux-là, se reserrèrent et continuèrent leurs assemblées et monstres qu'ils faisoyent les dimanches. Et, pource que c'estoit en mesme temps que l'assemblée de Saincte-Foi tenoit, ils députèrent vers elle quelques-uns de leurs principaux capitaines, qui, premier qu'avoir déclaré de quelle part ils venoyent, furent ouys, comme particuliers et porteurs d'avis. Mais, ayans déclaré qu'ils estoyent là pour demander conseil et confort, la com-
pagnie les pria de se retirer et refusa de traiter avec eux. Mais quelques particuliers les escoutèrent, leur donnèrent avis de ne se retirer pas sur leur perte, mais multiplier leur nombre et leur ordre pour obtenir oubliance et faire qu'on ne les recherchast plus. Eux donc, s'estans reconfirmez ensemble et augmentez par quelques catholiques qu'ils recevoyent à regret, firent par divers dimanches leurs monstres, en s'approchans tousjours de l'Agenois. Si bien qu'ayans assigné une de leur reveue auprès de Pêne1, Monluc, lieutenant de roi, qui avoit amassé trois cents gentilshommes et quelques gens de pied contre eux, leur mande qu'ils ne fissent point leurs piaffes à trois lieues d'Agen et que cela l'obligeroit contre sa volonté à les aller charger. Ils respondirent que, pour rembourser sa bonne affection vers eux, ils s'accommoderoyent à lui et qu'ils viendroyent faire leurs monstres au dimanche prochain dedans la prée d'Agen ; de quoi Monluc et sa noblesse virent le passetemps. Enfin, l'on publia quelques patentes du roi avec défenses de les recercher. Puis les édicts, qui les blessoyent le plus, furent sursis et la pancharte ne se resveilla à Poictiers que quelques temps après. Et ce peuple se retire et est laissé en paix, mesmement le médecin Boissonnade, qui avoit esté leur général, exerça depuis son estât à Bordeaux2.