Voir éd. de Ruble, t. I, p
3. A propos du siège de Mornac, place de Saintonge, voir ci-dessous, p. 187. « La Douyère, qui y commandoit, a esté presché par les Mercures pour avoir renvoyé les assiégeans. »
xiv INTRODUCTION.
Du côté des protestants, les plus considérables sont ceux du duc de Rohan, qui avait été l'organisateur militaire du parti pendant toute la guerre. D'abord hostile aux projets belliqueux de l'Assemblée de la Rochelle, n'ayant pu faire prévaloir son opinion, il avait accepté de diriger les opérations auxquelles l'Assemblée s'était résolue. Il avait donc pourvu à la défense de Saint-Jean-d'Angély, rassemblé en Guyenne des forces qu'il confiait au jeune marquis de la Force, puis formé en Languedoc et dans les Gévennes une colonne de secours pour débloquer Montauban investie. Enfin, il avait apaisé les dissensions entre Réformés du Bas-Languedoc, défendu Montpellier et signé la paix. Son rôle avait donc été capital dans cette guerre.
Or, il n'est pas douteux que d'Aubigné ait eu communication de ses mémoires manuscrits lorsqu'il rédigeait son Histoire. Il suffit de comparer son texte à celui de Rohan pour constater qu'il a emprunté à ce dernier le début de son chapitre n, quelques détails sur le siège de Saint-Jean (chap. v), presque tout le chapitre qu'il intitule Voyage du duc de Rohan en Guyenne (chap. v) et toute la réponse du duc aux ouvertures de paix devant Montauban (chap. xix). Le texte que d'Aubigné a eu sous les yeux et qu'il a transcrit était même meilleur que la copie des mémoires qui fut publiée en 1644, six ans après la mort de Rohan, et qui a été suivie dans la réimpression delà collection Petitot1. Ce fut assurément une bonne fortune pour notre historien que de pouvoir utiliser ces mémoires inédits
1. Mémoires du duc de Rohan, sur les choses advenues en France depuis la mort de Henri le Grand jusques à la paix faite avec les Réformés au mois de juin 1629. Collection Petitot, 2e série, t. XVIII et XIX (1822). Voir ci-dessous, p. 138, n. 2, une preuve que le texte suivi par d'Aubigné était meilleur que celui des Mémoires de Rohan imprimés en 1644.
INTRODUCTION. xv
de Rohan. Ayant pénétré ainsi dans l'intimité de celui qui avait été le généralissime des protestants, il pouvait regarder avec quelque dédain certaines parties des relations officielles rédigées par les Mercures.
Il est un autre document d'origine protestante qu'il a utilisé aussi largement, c'est Y Histoire particulière des plus mémorables choses qui se sont passées au siège de Montauban... dressée en forme de journal et dédiée au duc de Rohan. Elle est l'œuvre d'un pasteur de Montauban, Henri Joly. Elle fut publiée en 1623 à Leyde1 et il y en eut une seconde édition en 1624. L'auteur ne s'y montre pas toujours favorable à d'Adde, le gendre d' Agrippa, et celui-ci ne manque pas de le faire remarquer, lorsqu'il rapporte d'après cette Histoire particulière quelque trait à l'avantage de son « brave fils ». Il ne laisse pas, d'ailleurs, d'accorder le plus grand crédit à Joly. Il lui a emprunté des détails sur les opérations du siège de Montauban (chap. xv) et notamment le récit de la trahison perpétrée par Pénavaire (p. 95).
Du parti des catholiques, les mémoires que d'Aubigné a utilisés le plus largement et avec le plus de confiance sont ceux de Vignoles, un des capitaines les plus hardis de l'armée royale. Ils n'étaient pas inédits. Un historien poitevin, Besly, les avait publiés à Niort, en 1624, sous ce titre : Mémoires des choses passées en Guyenne en 1621 et 1622 sous les ducs de Mayenne et d'Elbœuf2. Il est
1. Par Godefroy Basson, « jouxte la copie apportée de France. M DC XXIII ». La deuxième édition ne comporte pas le nom du lieu; la date est 1624.
2. Reimprimé au t. III des Pièces fugitives du marquis d'Aubais, 1765, et réédité avec un commentaire historique par Tamizey de Larroque, t. I de la Collection méridionale. Paris-Bordeaux, 1869.
xvr INTRODUCTION.
possible que Vignoles lui-même en ait fait tenir un exemplaire à d'Aubigné, car ils étaient en relations.
Bertrand, dit La Hire, sieur de Vignoles, avait été nourri (élevé) à la cour de Henri IV, comme page, dans le temps où d'Aubigné y exerçait ses fonctions d'écuyer1. Sa conversion au catholicisme avait provoqué chez d'Aubigné une vive indignation, dont la Confession de Sancy nous a transmis l'écho2. Mais Vignoles avait une sœur mariée au frère d'Adde, le gendre d' Agrippa. Leurs relations n'avaient pas été rompues. En 1617, Vignoles s'était rendu en Poitou, avait examiné les châteaux de Maillezais et du Doignon et rapporté à la Cour que ces places étaient assez fortes pour interdire un investissement de la Rochelle. D'Aubigné l'avait chargé de transmettre au roi ses protestations de dévoûment. Il semble avoir gardé pour l'ancien page de Henri IV une vive admiration. Quoi qu'il en soit, qu'il ait eu les mémoires de Vignoles par les soins mêmes de leur auteur, ou par toute autre voie, il les a suivis en toute confiance.
Il leur a emprunté son chapitre ix, Siège de Nérac, transcrivant textuellement des paragraphes entiers de l'original, copiant jusqu'aux déformations de l'orthographe, (il appelle Haniarenx, comme le faisait Vignoles, le baron de Flamarens). Il leur doit encore son chapitre x, Secours du château de Caumont; son chapitre xi, Fin du siège et reddition de Nérac; une partie du chapitre xxxi, Combat du secours et reddition de Tonneins. Dans ce dernier chapitre, il cite le jugement de Vignoles sur l'armée protestante : « Comme j'ai été curieux d'avoir les mémoires de ceux qui ont commandé dans l'armée du roi et notam-