‹ Histoire universelle (volume 3)Chapitre 39 sur 224 · Sully était gouverneur du Poitou · texte numérisé non relu

Sully était gouverneur du Poitou

concerté avec Parabère1, Brassac2, la dame de la Boulaye3, fille de sa femme, Chandoulan4 et autres qu'il tenoit pour ses clients. Et pource qu'il ne voioit bandé à l'opiniastreté que le gouverneur de Maillezais5, qui avoit de nouveau basti la forteresse du Dognon, ils le privèrent de tout payement et pratiquèrent à la Rochelle l'inimitié des principaux et le refus de toute assistance; au contraire, firent offrir les munitions de la ville pour assiéger6. Et puis estant le gouverneur

1. Jean de Beaudéan, comte de Parabère, marquis de la Mothe-Saint-Héraye, était lieutenant du roi en Poitou et gouverneur de Niort. Il devint maréchal de France en 1622 et mourut la même année.

2. Jean de Galard de Béarn, baron de la Rochebeaucourt et comte de Brassac, était alors gouverneur de Châtellerault et lieutenant général du Poitou.

3. La Boulaye était gouverneur de Fontenay-le-Comte, en Bas-Poitou.

4. François Eschallart, baron de Champdolent, fils de Charles Eschallart, seigneur de la Boulaye, et de Marie du Fou, était gouverneur de Marans, en Bas-Poitou.

5. D'Aubigné lui-même, gouverneur de la place de Maillezais et du château du Dognon en Bas-Poitou.

6. D'Aubigné a raconté dans sa Vie à ses en fans (p. 94-95) comment il avait proposé à deux assemblées de la Rochelle de déposer ses charges et places entre mains de personnes fidèles. «... Une partie de l'assemblée y entendit volontiers, mais la maison de ville de la Rochelle se rendit partie contre luy, et les saindics du peuple, qui estoyent pour luy, ayants choisi l'advocat Bardouin pour se joindre à ses demandes, l'advocat corrompu conclut au razement du Dognon et de Maillezais s'il se pouvoit... » On tenta alors d'acheter ces places; les négociations durèrent deux ans, « sur la fin desquels le duc d'Espernon, par le moyen du marquis de Brézé, fit offrir jusques à deux cents mille francs contant et en payement fait sur la foy du vendeur. Mais Aubigné déposa ses places entre les mains de M. de Rohan pour cent mille, moitié avenir. »

desnué de tous moiens, lui firent offrir deux cens mille francs par le marquis de Brezai1. Enfin l'abandon de ses compagnons et les trahisons de ses soldats le contraignirent de traiter avec le duc de Rohan2 à cent mille livres, qu'il aima mieux que deux fois autant contre le parti !

Boisse-Pardaillan3, que cent dix mille escus receus de Bourg-en-Bresse avoient mis en goût de l'argent4, corrompit puissamment la Guyenne, comme vous le verrez aux effects.

Chastillon, aiant fait paraître le désir d'estre maréchal de France, en feut asseuré par diverses promesses5 et donna aussi, selon la leçon qu'il avoit receue, asseurance de se conduire dextrement et faire perdre le Languedoc au parti réformé, selon ce que nous en avons touché à la fin du livre précédent.

Il y avoit déjà longtemps qu'on avoit promis au duc d'Esdiguières6 de le faire connestable, pourveu

1. Urbain de Maillé, marquis de Brezé, fils aîné de Charles de Maillé, seigneur de Brezé, et de Jacqueline de ïhévale. 11 avait épousé en 1617 Nicole du Plessis-Richelieu, sœur de l'évêque de Luçon.

2. Henri de Rohan (1579-1638), l'auteur des Mémoires dont il a été parlé dans l'Introduction, était un des chefs du parti réformé.

3. D'Escodeca de Boisse-Pardaillan était gouverneur de Guyenne depuis 1618.

4. Il avait été nommé gouverneur de Bourg-en-Bresse, après la reddition de cette place au roi de France, en 1600. Voir t. III, 1. XV, chap. x.

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