‹ Histoire universelle (volume 3)Chapitre 65 sur 224 · Confirmé par les Mémoires de Richelieu, t. III, p · texte numérisé non relu

Confirmé par les Mémoires de Richelieu, t. III, p

comme aussi, du costé de Niort, les ataquans aians gagné le fonds n'estoient plus arrestés que par des traverses que Parc-d'Archiac y a voit fait faire.

Ce qu'il y eut de mieux pratiqué fut le logis d'un quart de canon qui défendoit la teste de la tenaille et, couvert de toute l'espaule du ravelin de Matha, cousta plus de 800 coups aux assiégeans, les contraignit de faire une batterie exprès dans les prairies, et si ne le peurent rendre inutile ni démonter.

Alors la ville estoit pleine de murmures, sans chef pour capituler. La noblesse en donnoit le commencement aux habitans, et les habitans à elle, mais les uns et les autres y contribuèrent.

Les premiers disoient avoir peur de la ruine de leurs maisons, comme nous avons autrefois ouy ceux qui disoient nous ferons tuer nos chevaux, qui avoient peur de l'estre eux-mesmes. Un de ceux qui avoient mené le plus d'hommes, comme on proposa au conseil un nouvel ordre pour la garde des quartiers plus pressez, dit tout haut qu'il avoit ouï parler plusieurs de garder la ville, mais pas un de conserver les vies de ceux qui estoient dedans et notamment la noblesse qui y estoit en grand nombre, à quoi il estimoit qu'on devoit principalement penser; que, n'aiant aucune nouvelle de secours, non pas mesme par diversion et la place estant très mauvaise, il ne croioit point qu'on deust attendre l'extrémité, etc. Ce discours fut contrebuté par Soubize et Parc-d'Archiac, Navailles, Saint- Surin et Freton qui opinèrent à la fermeté. Mais quand les commissaires des farines, Bougandière et Monmartin, opinèrent à la nécessité et à la députa tion pour traiter (désirée de plusieurs), elle fut enfin conclue, et

les commissaires députez partirent le lendemain après avoir obtenu passe-port. La première journée, ils n'eurent que parole d'une honneste composition, et la seconde ils eurent du connestable des articles de vies, armes et bagues sauves, tant pour les gens de guerre que pour les habitans, avec seureté en leurs maisons tant pour ceux qui demeureroient que pour ceux qui sortiroient, à condition qu'ils ne porteroient point les armes contre le Roi, S. M. les maintenant sous le bénéfice de ses édits.

Sur quoi le conseil assemblé, ceux qui a voient esté d'avis de n'envoier point vers le Roi, aiant, par leur ordre, fiât voir qu'ils n'estoient point pressez pour les farines et aiant relevé le courage de quelques autres du conseil, furent d'avis de ne renvoier plus, tel envoi ne servant qu'à empirer leur condition, et mesmes fut allégué qu'on obtiendrait plus en refusant qu'en demandant.

Mais le plus grand nombre s'estant bandé à l'envoi, Loudrières, des Masures et un autre de Saint-Jean y furent ajoutez, qui ostèrent tout moien d'obtenir liberté aux soldats pour le port des armes à l'avenir; car les habitans, s'estans jettez à genoux, protestèrent estre prêts de faire tout ce qui leur seroit commandé. Les députez donc, sur la parole du connestable d'accepter ou rompre, rapportèrent au soir les articles tels que nous les avons représentez.

Le lendemain, %1 de juin, Soubize, accompagné de cent gentilshommes et douze cens hommes de pied, sortit de la ville, en laquelle le duc d'Espernon avec le régimen des gardes entra de la part du Roi. La

capitulation fut bien gardée aux gens de guerre1, moins bien à ceux de la ville, qui la plus part furent pillez à diverses fois, mesmes la maison du duc de Rohan2. Le Roi fit donner quelques charrettes pour emporter les armes des soldats morts et les blessés et se trouva à 100 pas de la porte d'Aunix, où Soubize lui ala faire la révérence3. Le duc Desdiguières l'accompagna avec ses troupes jusques hors l'armée, qui estoit en bataille, et encore à deux lieues au delà.

Les avis des principaux de l'armée furent diferens sur l'action de Soubize; les uns le blasmant comme de témérité d'avoir voulu tasté le premier brouet qui estoit bien chaud et s'exposer à la colère du Roi, en une mauvaise place, mieux équippée en marchandise

1. D'après les Mémoires de Richelieu (t. III, p. 149), il n'y eut pas « capitulation formée, mais une simple promesse, en forme de grâce que le Roi leur fit de les laisser en liberté de leurs consciences et en la jouissance de leurs biens, leur remettant tous les crimes qu'ils auroient commis pendant le siège et à l'occasion d'icelui, pourvu qu'ils demandassent pardon à Sa Majesté et jurassent de lui demeurer fidèles à l'avenir ».

2. D'Aubigné exagère les méfaits des pillards. A la suit» dune plainte formée par quelques huguenots fidèles au roi, le grand prévôt fit une enquête sur ces actes de pillage. Les officiers, échevins et ministres ne signalèrent qu'un petit nombre de violences : chaire et bancs du temple brisés, vitres cassées, hardes volées. Voir Mercure francois, t. VII, p. 570.

3. D'après le Mercure francois, t. VII, p. 566, il se serait présenté au roi à deux genoux, demandant pardon et assurant qu'il effectuerait tout ce qu'il avait promis par la bouche des sieurs de Loudrières et de Montmartin. « Je seray bien aise, lui répondit le roi, en lui mettant la main sur l'épaule, que vous me donniez d'oresenavant plus d'occasion d'estre satisfait de vous que je n'en ay eu de suject par le passé ; levez-vous et me servez mieux à l'advenir. »

qu'en guerre, et pour des habitans qui avoient montré haine mortelle contre la maison de Rohan. Les autres le louoient grandement d'avoir soutenu ce premier péril et, voiant son parti surpris, avoir tout hasardé pour lui donner loisir de se préparer aux défenses.

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