‹ Histoire universelle (volume 5)Chapitre 256 sur 317 · LIVRE QUINZIÈME, GHAP. XV · texte numérisé non relu

LIVRE QUINZIÈME, GHAP. XV

rafraîchis des forces de la ville, donnèA'eiit la teste baissée dans le gros, d'où quelques-uns gagnèrent les eschelles qui restoyent, et les autres, arrivez à l'endroit de celles qui estoyent cassées de coups de canon, se laissèrent choir du mur en bas. Quelqu'un armé tomba sur père Alexandre. La mollesse du fossé fit grand bien à plusieurs autres. Il y en eut qui aimèrent mieux se faire mettre en pièces que de sauter, et de ceux-là s'en trouva dnquante-quatre morts à la courtine de la Gourratterie, presque tous hommes de commandement, treize pris en vie, partie blessez. Âlbigni, ne pouvant faire sa retraite de tK>n ordre, la fit comme il put; le duc lui reprochant sa cagade^ en payement.

Les seigneurs de la ville firent pendre dans le boulevart de Loye les prisonniers, sans avoir esgard aux qualitez. Nul de ceux-là n'eut désagréable l'assistance des ministres ni leurs admonitions.

On en a parlé diversement aux royaumes prochains, plusieurs disans que les Genevois devoyent user plus modestement de leur victoire sans adjouster l'ignominie et le meurtre de sang-iroid à personnes de haute extraction. D'autres alléguoyent le violement de la foi publique, la résolution de faire tout mourir, et, de plus, l'exemple de tant de penderies, par lesquelles on avoit obligé ce peuple à la loi de talion ; et encor n'y a-t-il point de pareille, pource qu'il n'y a point de foi violée, comme aux premières actions*.

i. Cagade, cacade, encade, mot employé par Rabelais.

2. Le récit de d'Aubigné a été inspiré par une brochure du temps : Vray discours de la miraculeuse délivrance envoyée de Dieu à la ville de Genève le 12* jour de décembre 1602. Ge récit a été réimprimé avec de savantes notes par MM. Dufour-Vernes et

38t msTcnaE unitersblle. [46091

En ce combat de deux heures, la Tille perdit seize hommeS) aasquels elle fit dresser on honorable monument. En ce nombre, y a deux seigneurs de la Tille; les blessez sont vingt et non plus. Le duc y perdit deux cents honmies, entre ceux-là les deux Âttîgnacs, Brunaulieu, Gornage, lieutenant d'Albigni, Sonas, Ghaflfardon, de Grufi et La Tourpayen.

Je laisse aux théologiens à discourir, selon leur profession, de cet aniqple sujet* Je me contente, selon la miene, de vous faire souvenir quelle différence de courage il y a entre celui qui mesnage sa vie en Tespoir du pillage ou qui la prodigue pour la sauver, si on ne veut blasmer les attaquans de n'avoir pas assez rendu de combat, quand ils ont esté réduits à ce poinct. Quant à Âlbigni, il ne semUe pas qu'il ait manqué au devoir de chef, si ce n'est que les capi* taines, nourris par Henri le Grand, disent que leur maistre eust esté présent à tout, comme il fit à Gahors^ et ailleurs, et certes le duc a monstre phis de courage qu'il n'en faut pour cela. Mais on dit que les plus grands d'auprès de lui l'empescfaèrent d'y donner, comme il se trouve assez de conseillers qui mesnagent leurs testes sous le chapeau du généraL Henri le Grand en nommoit de cette sorte auprès des arcbi^ ducs, qui leur contoit pour un grand déshonneur qu'on vist rouler auprès de leurs tentes un boulet de l'ennemi.

Eugène Ritter. Genève, 1884, in-8o. Pour obtenir de nouveaux détails, l'auteur de V Histoire universelle engagça, avec le conseil de Genève, une correspondance qui a été publiée par M. Heyer dans le tome XVII des Mémoires de la Société de l'histoire de Genève.

i. Prise de Gahors, 31 mai 1580. Voyez t. VI, p. 8.

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Le roi voulut se reseentir de rinfraction de la paix^ mais le nonce du pape y descoupla tous les ressorts propres pour l'appaiser.

La nouvelle de cette faute resjouyt ceux de Venise, mais contrista le consistoire de Rome, où les blasmes ne fiirent pas espargnez contre les principaux de Tentreprise, comme les oisifs sont iniques juges des travailleurs*.

Les principaux affaires de ce costé-là vers nous estoyent les commandemens au nonce de prendre toutes occasions pour interpeller le roi de tenir ses promesses du sacre et du mariage ; c'estoit pour procéder à Tex^ tirpation des réformez. Pour à quoi travailler le duc de Florence^ presta le comte Botti, excellent homme d'a£hires, et auquel le nonce et l'ambassadeur d'Es*pagne devoyent prendre correspondance et se raporter. Nous eusmes encore de Rome de grandes traverses sur le mariage de Madame, et puis tous consentemens à défaire celui de la roine de Navarre pour pouvoir accomplir celui de Florence.

Ce Ait de là qu'avint, quelques années après, la rude tragédie des Morisques, sur ce que les trois que nous avons spécifiez, joints à deux prélats de France, prirent un jour le roi en mauvaise humeur, et, Tayant sollicité de Textirpation, ce prince, se retournant vers Taxis, qui avoit pris la parole, lui dit assez rudement : c Faites que voflÂre maistre^ chasse de sa domination

i. A la suite de cette tentative, le duc de Savoie sigûa un traité avec la ville de Oenôve, 21 juillet 1603. Ce traité est imprimé par Spon, Histoire de Genève, t. U, p. 249.

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