LIVRE QUINZIJSlfE, GHAP. XYin
estoyent passées. > Sa Majesté lui respondit : < Je me resjouys de ce que tu y as pris plaisir, car tu ne verras plus en ma vie aucuo allégement de cette maladie. > Et commanda ledit deffunct roi que chacun se préparast pour aller à TEscurial. Surquoi, le docteur Mercado, médecin de la chambre, lui dit qu'il ne faloit pas changer d'air, crainte de faire augmenter l'accident de son mal. A cela, le roi respondit qu'il faloit bien que l'on lui portast en vie, puis qu'aussi bien l'y faloit-il porter après sa mort. Enfin, pour obéir à sa volonté, ses laquais le portèrent sur leurs espaules et demeurèrent six jours à faire sept lieues ^ Il fut quelques jours en estât de discours, qu'il ne put se tenir debout, et faloit qu'il fust assis ou couché. Et là-dessus la goutte s'augmenta ; la douleur de laquelle ses médecins lui appaisèrent ; de sorte qu'incontinent Sa Majesté voulut donner ordre au salut de son àme, se confessa et communia^. Et, sur ce, manda que Garcia de Loayza, archevesque de Tolède^, dit la messe, mais ce fut le nonce^ du pape qui la dit, avec toutes solemnitez requises.
Ce jour mesme, il sortit à ce bon roi une apostume fort venimeuse au genouil droit, qui ne le laissoit aucunement reposer. Ses médecins, n'y sachans que faire, envoyèrent quérir en diligence un nommé Olias,
1. Philippe n ne parvint à l'Escurial, distant de Madrid de douze lieues, que huit jours après son départ.