LIVRE QUINZIÈME, CHAP. XIX
grandes crues des eaux mirent d'une part les assiégez à n'avoir logis qu'au rempart et les autres à ne faire guerre qu'à coups de canon jusques au mois de mai, que la sécheresse permit les approches. Là, il y eut quelque parlements rompu par un signal que firent ceux de Boisleduc. Mais, la contr'escarpe estant percée, deux ponts prests à jetter pour un assaut et le secours que le signal avoit promis ne venant point, ils conclurent leur reddition avec cent vingt-cinq mille florins, et fidélité promise aux Ëstats tant qu'ils seroyenl à leur solde ; ce qu'ils observèrent. L'argent conté, la place fut rendue, et y fut trouvé dix-huit pièces de canon et grande quantité de toutes munitions de bouche et de guerre.
Au sortir de ce siège fut le duel de Breauté*, vingtiesme, avec le lieutenant de Grobbendonk^, nommé Lekerbitken, sur des injures et défis envoyez par quelques prisonniers. Estant convenus du jour et de la place, Breauté, ne trouvant point ses gens arrivez, les alla cercher fort près de Boisleduc ^ et là les deux chefs, signalez de panaches blancs et rouges, se choisirent devant leur troupe. Breauté tua son ennemi d'abordée et son frère ^, qui, ayant dépesché son
i. Des négociations avaient été ouvertes le 4 et le 5 mai 1600 par Huchtenbrock, colonel du régiment d'Utrecht, et Yander Aa, capitaine des gardes du prince Maurice (De Thou, liv. GXXIV).
2. Charles de Breauté, d'une ancienne famille du pays de Gaux, en Normandie. Il avait épousé la fille de Nicolas de Har- lay de Sancy, qui entra dans un monastère à la mort de son époux. Elle n'avait alors que vingt ans.
3. Antoine Schetz, baron de Grobbendonck et de Wesemale, gouverneur de Bois-le-Duc et plus tard de Louvain, mort en 1640.