‹ Histoire universelle (volume 5)Chapitre 72 sur 317 · LIVRE QUATORZIÈME, CHAP. XIY · texte numérisé non relu

LIVRE QUATORZIÈME, CHAP. XIY

mesnage de soldats sans ordre, le dégast des magasins, surtout des moulins et farines et autres vivres qui se vendoyent, en donna avis à Yignoles, qui, sur cette confiance,, avertit tous les serviteurs du roi du pays, et, sans les attendre, n'ayant que sa compagnie de gens d'armes et celles de sa garnison, investit Hareuil et s'y loge, n'estant guères plus fort que la garnison. Trois jours après, ayant desjà receu quelquesuns de ses amis, Pontenac envoya soixante salades pour, sous leur faveur, faire entrer cinq cents hommes de pied dans la place. Yignoles, ayant laissé à ses barricades ce qu'il faloit pour les garder à la veuë de la place, marcha au combat que la cavallerie refusa ; l'infanterie l'accepta par force. Ceux-là, meslez dans l'obscur de leur salve, eurent bientost le ventre au soleil, horsmis quelques soldats et capitaines prisonniers. Dans le dnquiesme jour, le siège se trouvant renforcé jusques à quatre mille hommes et cinq cents bons chevaux, on lui amena quelque pièce d'Espernai, qui ne battit que les défenses. Le désordre que nous avons dit y mit la faim et la fin au siège, d'où sortit la garnison dans le quinziesme jour avec honnorable capitulation. Les paix générales qui se firent, conmie vous verrez, arrestèrent le cours de telles gentiles actions, tant de l'un que de l'autre parti.

Vous aurez pu remarquer comment, voulant entrer aux affaires d'Auvergne, une feuille de copie perdue en a trenché le discours. Je le reprens en ce lieu assez à propos pour la continuation des entreprises qui sont hors du conmiun, à la charge d'y observer l'ordre quand nous y remettrons la main.

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Dodo Raodan^, possédant la pluspart de FÂu* vergne^, s'estant donné à lui tant de places qu'il n'y en avoit plus que deux qui ne fussent en son obéyssanoe par toute la Limagne ; encor les tenoit-il bloquées^. Il n'eut pas plustost nouvelles comment ceux d'Yssoire avoyent appelé Mîllaut^, pour, sous lui, se donner au service du roi, qu'il délibéra d'y &ire un effort avant qu'elle fust fortifiée. Millaut, ayant à faire la guerre ailleurs, avoit laissé les compagnies d'Âviérac, et en tout quelque deux cents hommes d'estrangers. Randan, n'ayant pas encores en estât le canon qu'il avoit fait fondre à Rion^, se résolut d'essayer la surprise et le pétard. Donc, ayant donné à Âunac rendé-vous à Sainct-Heran et à Ghasteau-Grou, il part à six heures du soir; mais les mauvais chemins ne lui permirent d'estre à la veue de la ville qu'au poinct du jour. Gontre l'avis des siens, il mena descharger ses pétards à l'abri d'une muraille, fit conduire le capitaine La Groix, son pétardier, par Ghalus et Sainct-Marc, qui avoyent chascun quinze hommes choisis. Lui, avec cent cinquante gentilshommes armez à preuve, suit les premiers, laisse ce qui demeuroit à cheval au commandement du Mayet et charge

1. Jehan de la Rochefoucault, comte de Randan, gouverneur d'Auvergne.

2. Cédant aux sollicitations de son frère, François de la Rochefoucault, évoque de Glermont, Jean de la Rochefoucault, gouverneur d'Auvergne, avait pris parti pour la Ligue (De Thou, liv. XGV).

3. Le comte de Randan avait mis le siège devant les châteaux du Mas et de Saint-Just.

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