Chapitre XV
Du Septentrion.
Ce que nous pouvons dire du plus esloigné du nord qui est la Tartarie dominé par le Cham, c'est qu'il y a deux sortes de Tartares, les uns plus méridionaux, qui habitent d'excellentes villes, comme Cambalu d en
\. Pékin, appelée Cambalu au xme siècle. On désignait, sous le nom de Cattaay ou Cattay la partie septentrionale de La Chine
la province de Gathai, et Quinsai1, qui a 50 lieues françoises de tour et 30,000 soldats de garnison, et autres menues villes qu'on pourra lire en Marc Paule2 Vénitien. Les Tartares qui demeurent là sont plus civilisés ; les autres qui habitent le pais plus froid logent en pavillons et par hordes. Ceux-là se séparent par les noms des lignées d'Israël, et tienent quelque chose du judaïsme. Mais les voisins de la Moscovie se louent à divers princes pour la guerre, la friandise de leur pays ne les attachant à rien de mieux, et ainsi baillans peu de besongne aux historiens. De là nous venons aux habitans de Colomak 3 et Baida qui adorent le soleil , ou pour son image le drap rouge ; puis à ceux de Molgomzaya, qui adorent Zlata-Baba, image qui a un enfant sur le bras droict, et en meine un autre de la main gauche. Ils disent que les oracles ne sont point encor esteincts en ceste statue. Il y a une autre nation qui s'appelle Rirgessi. Leurs prestres font leurs concions dans un arbre haut qui leur sert de sépulchre, et où les plus honorables sont pendus les plus hauts. De là ils jettent sur les testes des auditeurs une eau lustrale meslée de sang, laict et fumier, comme une bénédiction céleste.
Nous sommes à la Moscovie, de laquelle nous dirons plus et seurement : c'est qu'il n'y a nation au monde absoluement obéissante à son prince comme celle-là, ce