LIVRE SECOND, CHAP. III
Église, pource que par trop on abuse de ce tiltre. Nous disons donc, suivant la parole de Dieu, que c'est la compagnie des fidèles qui s'accordent à suivre icelle parole et la pure religion qui en dépend, et profitent en icelle tout le temps de leur vie, croissans et se confermans en la crainte de Dieu, selon qu'ils ont besoin de s'avancer et marcher tousjours plus outre, mesme quoi qu'ils s'efforcent, qu'il leur convient avoir incessamment recours à la rémission de leurs péchez ; néantmoins nous ne nions point que parmi les fidèles il n'y ait des hypocrites et réprouvés, desquels la malice ne peut effacer le tiltre de l'Église.
28. Sous cette créance, nous protestons que là où la parole de Dieu n'est receue, et qu'on ne fait nulle profession de s'assubjettir à icelle, et où il n'y a nul usage des sacremens, à parler proprement, on ne peut juger qu'il y ait aucune église. Pourtant nous condamnons les assemblées de la papauté, veu que la pure vérité de Dieu en est bannie, esquelles les sacremens sont corrompus, abastardis, falsifiés ou anéantis du tout, et esquelles toutes superstitions et idolâtries ont vogue. Nous tenons donc que tous ceux qui se meslent en tels actes et y communiquent se séparent et retranchent du corps de Jésus Christ. Toutesfois, pource qu'il reste encores quelque petite trace d'Église en la papauté, et mesme que la substance du baptesme y est demeurée, joinct que l'efficace du baptesme ne despend de celui qui l'administre, nous confessons que ceux qui y sont baptisez n'ont besoin d'un second baptesme, cependant, à cause des corruptions qui y sont, on n'y peut présenter les enfans sans se polluer.