LIVRE SECOND, CHAP. III
signes y testifient. C'est que le corps et le sang de Jésus-Christ ne servent pas moins de boire et manger à l'âme, que le pain et le vin font au corps.
38. Ainsi, nous tenons que l'eau, estant un élément caduque, ne laisse pas de nous testifier à la vérité le lavement intérieur de nostre âme au sang de Jésus Christ par l'efficace de son esprit, et que le pain et le vin, nous estant donnés en la Cène, nous servent vrayement de nourriture spirituelle, d'autant qu'ils nous monstrent, comme à l'œil, la chair de Jésus- Christ nous estre nostre viande et son sang nostre breuvage. Et rejettons les fantastiques sacramentaires qui ne veulent recevoir tels signes et marques, veu que nostre Seigneur Jésus Christ prononce : Ceci est mon corps et ce calice est mon sang. Prenez, mangez, beuvez en tous.
39. Nous croyons que Dieu veut que le monde soit gouverné par loix et polices, afin qu'il ait quelques brides pour réprimer les appétits désordonnés du monde. Et, ainsi qu'il a establi les royaumes, républiques et toutes autres sortes de principautez, soit héréditaires ou autrement, et tout ce qui appartient à Testât de justice, et en veut estre recogneu autheur, à ceste cause, il a mis le glaive en la main des magistrats pour réprimer les péchés commis, non seulement contre la seconde table des commandements de Dieu, mais aussi contre la première. Il faut donc, à cause de lui, que non seulement on endure que les supérieurs dominent, mais aussi qu'on les honore et prise en toute révérence, les tenant pour ses lieutenans et officiers, lesquels il a commis pour exercer une charge légitime et saincte.
40. Nous tenons donc qu'il faut obéir à leurs loix et statuts, payer tributs, imposts et autres debvoirs, et porter le joug de sujection d'une bonne et franche volonté, encores qu'ils fussent infidèles, moyennant que l'empire souverain de Dieu demeure en son entier. Par ainsi, nous détestons ceux qui voudroyent rejetter les supériorités, mettre communauté et confusion de biens et renverser l'ordre de justice.