LIVRE SECOND, CHAP. XVIII
On commença lors à méditer une assemblée des principaux du royaume à Fontainebleau, qui eust quelque nom d'Estats, et en effect fortifiast leur dessein. Telles assemblées ont esté appellées petits Estats.
Le Roi voulut faire son entrée à Tours, suspecte pour le nombre des réformés, et où, comme quelques uns ont voulu, les Huguenots avoyent pris leur nom à cause de la tour Hugon1, où ils s'assembloyent , où d'un lutin de mesme nom, duquel on menace les enfans en ceste ville-là. Le capitaine Richelieu2 fit faire à ses soldats plusieurs insolences, comme chanter et dire plusieurs vilenies de la Roine mère et du cardinal, espérant que telle chose imputée aux réformés lui donneroit quelque pillage. Les citoyens3 pratiquèrent une curieuse information, si bien que la coulpe en demeura à quelques serviteurs des Lorrains. Autres occurrences avec celle-là firent soupçonner à la Roine les déportements des Guisars, et lui prit une caprice d'avoir un discours privé avec le ministre de la Roche- Ghandieu. Et, pource qu'il estoit absent hors du royaume, ses compagnons envoyèrent à ceste princesse un traicté, nommé Théophile4, qu'elle leut avi-
1. La Planche dit Huguet (édit. Mennechet, col. 95), de Thou Hugon (1740, t. II, p. 766). Voir la note 1 du chap. i.
2. Antoine du Plessis de Richelieu, ancien moine, capitaine d'aventuriers, chevalier des ordres du roi, se distingua par sa cruauté dans les événements de l'année 1562, et fut blessé au siège de Bourges par le capitaine Saint-Martin (Brantôme, t. V, p. 419).