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LIVRE SECOND, CHAP. XXI

Les mauvoises marques de leur venue furent que nul n'alla au devant, le premier logis et la grande porte refusé au Roi de Navarre, si bien que, contre le privilège des princes, ils mirent pied à terre dehors et entrèrent par le portillon, comme s'ils eussent passé le guichet. Après quelques froides embrassades, le Roi, ayant arrière soi ceux de Guise, qui n'avoyent pas faict un pas, les mena en la chambre de la Royne sa mère, qui les receut en pleurant4. Et puis, après que le Roi eut dit au prince de Condé qu'il l'avoit envoyé quérir, afin qu'il se purgeast présent de quelques accusations qu'il ne vouloit pas croire, et que le prince eut respondu que ces choses lui estoyent faussement attribuées par la maison de Guise, il fut saisi par les sieurs de Bresé2 et de Chavigni3, et mené dans le logis prochain, devant lequel on avoit basti un petit esperon de bricque, qui battoit au Martrouer4, et en trois rues avec des fauconneaux. Le mesme jour, employé à murer les portes et griller les fenestres, ce fut à crier la foi promise et l'infidélité des cardinaux. Le Roi de Navarre, refusé de la garde de son frère, demeura libre en apparence, mais en effëct bien gardé, soit par gens de guerre cachez au costé de son logis, par mousches ordinaires et

1. Le roi de Navarre et le prince de Gondé arrivèrent à la cour le jeudi 30 octobre, à cinq heures du soir. Le récit de d'Aubigné est en entier tiré de La Planche (édit. Mcnnechet, p. 281). Cf. le récit de Brantôme (t. IV, p. 3 il).

2. Philippe do Maillé, s. de Brezé, capitaine des gardes du roi.

3. François Le Roy, seigneur de Ghavigny, capitaine des gardes du roi. Le Laboureur lui a consacré une notice (Mémoires de Casielnau, 1731, t. I, p. 507).

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