LIVRE SECOND, CHAP. XXVII. 32î
charité et mutuel accord, l'admonnestant de part et d'autre à s'abstenir de sobriquets picquants et de surnoms injurieux.
Quant à ceux qui estoyent demeurez en l'union, ou sentoyent quelques scrupules, pour ne leur donner occasion de s'en aliéner, il faloit lever les causes de scandale.
Premièrement, remédier à l'abus des images défendu par la loi de Dieu, et improuvé par S. Grégoire, ou du moins les placer en telle part qu'impossible fust de les y adorer.
Que les exorcismes et certains formulaires de prières adjoustés au baptesme, hors l'institution d'icelui, pouvoient estre obmis; que l'eau et la parole, jouxte l'ordonnance de Dieu, suffisoyent; que le crachat en la bouche de l'enfant ne sembloit nécessaire, mais mesmes estoit dangereux1.
Qu'il faloit restablir et remettre en usage, sans distinction de personnes, la sacrée communion sous les deux espèces, et que l'authorité du concile de Constance, qui ne doit pas peser plus [que] le commandement de Jésus-Christ , ne doibt empescher le restablissement d'icelle communion; que plusieurs estoyent offensés qu'un seul, ou petit nombre, au mespris de l'ordonnance divine, sans prières entendues des assistans ni exposées clairement, communiast à ce tant vénérable sacrement. A cause de quoi les gens craignans Dieu disoyent que l'ancien usage de la saincte Eucharistie fust restabli, et que tous les premiers dimanches d'un chascun mois, ou plus souvent, s'ils en estoyent priés,
1. D'Aubi pi n'' fait allusion à la coutume de l'Eglise catholique d'oindre les lèvres de l'enfant baptise.
les curés assemblassent toutes personnes de leurs paroisses qui voudront ou désireront communier.
Qu'alors tous chantassent ensemble en langage vulgaire un psaume, puis que fust faite une confession générale des péchés, prières publiques pour le prince, pour certains principaux ecclésiastiques et autres, pour la santé, commodité et soulagement de tous.
Gela faict, qu'on lise et expose les textes de l'évangéliste ou de S. Paul touchant l'usage de la sainte Eucharistie ; puis après, que tous les assistans soyent reçeus à la communion sous l'une et l'autre espèce.
Qu'en ces entrefaites, la Feste-Dieu qu'on appelle, inventée de nouveau, cause de plusieurs scandales, et dont l'on se passeroit bien, soit abolie, attendu que ce mystère est institué pour un service et adoration en esprit, et non pour pompe et spectacle public par les rues.
Qu'en ce qui se faisoit es temples à l'esgard d'icelui y avoit du désordre ; que tout s'y dit en langage estrange, et non entendu de la plus part; que les prières se doivent faire, non seulement pour les prestres, mais aussi pour tous les autres assistans. Autrement, qui pourra respondre amen aux paroles qu'il n'entend pas? Que si l'on veut retenir le langage latin, au moins qu'on y adj ouste l'interprétation en langue vulgaire.
Que c'est contre l'institution du sacrement qu'un seul y mange et boive, et que le peuple le regarde à bouche ouverte sans y participer.
Qu'on désire au service divin que le chant des psaumes, en langue entendue de tous, soit usité, comme aussi les prières en particulier.