LIVRE SECOND, CHAP. XXVII
Voilà les articles qui semblent requérir réformation, ce disent les personnes pieuses qui désirent que l'authorité du pape demeure en son entier; que Ton ne change rien en la doctrine, et, si les ecclésiastiques ont failli, l'on n'abolisse pourtant leur charge, ains qu'elle demeure et soit maintenue continuellement.
Les choses susmentionnées, bien establies une bonne fois, ne produiront incommodité ni absurdité quelconque, si, au regard de la réformation des articles qui donnent occasion de scandale, on y procède charitablement, soigneusement et sérieusement.
Cette lettre escrite en liberté françoise et en saison très suspecte, où l'on ne parloit près et loin que d'un concile national en France, mit le pape en une estrange fougue. Néantmoins, il en fît peu de semblant pour l'heure, à cause que, dès lors, ainsi que plusieurs l'estimoyent, il pensoit à bon escient à un concile général et œcuménique, dont il avoit donné plus d'espérance qu'il n'en avoit de volonté.
Voilà les lettres de la Roine mot à mot, qui n'estoyent pas conçeues des volages fumées d'une femme, comme il paroît par une autre lettre beaucoup plus longue et de mesme propos, qu'escrivoit la mesme Roine à son ambassadeur de l'Isle1 au concile de Trente, où elle dit que le colloque de Poissi avoit donné tant et tant d'arguments de juger sainctement
\. André Guillart du Mortier, seigneur de l'Isle, fils d'André Guillart du Mortier, conseiller d'État, devint premier président du parlement de Bretagne et ambassadeur à Rome lors du concile de Trente, puis ambassadeur à Trente. Une partie de sa correspondance, pendant cette mission, a été publiée par Dupuy (Instructions et lettres concernant le concile de Trente, in-4°, 1654).
et sincèrement qu'elle s'estonne bien fort que ceux qui se disent si subtils ne les recognoissent pour bons, au lieu de les condamner sans raison.
« Mais quand je vien, dit-elle, à y regarder de plus « près, je ne m'en esbahy trop ; car l'intérest partice culier empesche bien souvent de pourvoir au public, « ce qui fait par conséquent que ce qui est trouvé bon « par deçà, et qui ne tend qu'à recercher le seul « honneur de Dieu et le repos de la conscience de « mes subjects, est blasmé et censuré à Rome pour « beaucoup de raisons. Or, nous ne sommes plus au « temps que nostre S. Père ou les siens cuident. Il « faut, monsieur de l'Isle, venir à quelque recognois- « sance de nos fautes, et, ne vivans tousjours si enve- « loppez et brouillez que nous avons esté par ci-devant, « tendre à une totale réunion entre nous. A quoi ne « pouvans, comme vous sçaurez, mieux parvenir que « par un concile, c'est ce qu'il faut que nostre S. Père « nous baille et administre, et que, sans user d'au- « cunes menaces ou cholère, il procure par tous « moyens plus, comme je vous ay souvent escrit, en « effect que en paroles et démonstrations extérieures. »
Et pour monstrer d'où tels advis partoyent, elle dit plus avant que, « par l'advis de l'assemblée générale, « la Sorbonne de Paris a esté mandée de m'envoyer « ici certain nombre des plus suffisants docteurs de « leur compagnie, amateurs de l'honneur de Dieu et « du bien de l'Église, pour, en la présence de mon « cousin le cardinal de Ferrare, légat de nostre « S. Père, et certains évesques qui sont ici avec les « docteurs qui sont auprès de mondit cousin le légat, « pour recercher diligemment entre eux les causes