LIVRE PREMIER, CHAP. IX
Le duc d'Alve avoit desjà pris Anagni, Palestrina, Segova, Tivoli1 et autres petites places, et de plus ayant contrainct Rome à la deffense des murailles, prit Ostie2, reprise depuis par Strossi et Monluc3. Le duc de Guise gaigna en son chemin Campli , assiégea en vain Givitelle4. Le duc de Paliane et Strossi joignirent leurs forces, ayans auparavant emporté d'assaut Monfort et autres places commodes 5. A sa venue, les amis
1. En septembre 1556. Voir les Commentaires de Biaise de Monluc, t. II, p. 170, et de Thou, t. II, p. 423.
2. Le duc d'Albe assiégea Ostie dans les premiers jours de novembre 1556, prit la ville d'emblée et bloqua la garnison dans la citadelle. Le 17 novembre, le capitaine de la place, Horace da lo Sbirro, capitula et signa avec le duc d'Albe une trêve, négociée par l'entremise du cardinal Santa-Fiore, qui devait durer jusqu'au 29 novembre. (Commentaires de Monluc, t. II, p. 189. — De Thou, t. II, p. 430 et 431.)
3. Biaise de Monluc, né vers 1502, prit les armes à dix-sept ans, assista successivement à la bataille de Pavie, à l'expédition de Naples en 1527, à la défense de Marseille en 1536, au siège de Perpignan en 1542, à la bataille de Gerisoles en 1544, défendit Vienne contre le marquis de Marignan en 1554 et 1555 et gouverna la Guyenne pendant presque toute la durée du règne de Charles IX. Il mourut maréchal de France en 1577. Biaise de Monluc, à l'imitation de César, a écrit des Commentaires, qui, publiés pour la première fois en 1572 et souvent réimprimés depuis, ont été l'objet d'une édition critique publiée par la Société de l'histoire de France de 1864 à 1872.
4. Lé duc de Guise prit la ville de Campli entre le 17 et le 20 avril 1557, malgré la défense du capitaine Charles Soffredo. Il échoua devant Civitella, que le duc d'Albe vint secourir en personne, et s'éloigna le 15 mai (de Thou, t. II, p. 460).
■'). Jean Garalfa, comte de Montorio et duc de Paliane, neveu de Paul IV, frère du cardinal Caraffa. Après la mort du pape, les deux frères, déjà exilés du vivant de leur oncle, furent condamnés à mort et exécutés pour leurs innombrables crimes. On conserve dans la collection Dupuy (vol. 697) et dans le fonds
du pape se rallièrent à lui. Le duc de Paliane se jetta dans Rome ; les gens du pape après Ostie regagnèrent Ginestra, Tusculo, Mari no, Palezane, San Angelo, San Polo, tout cela d'effroi, et par assaut Vicovaro1, où tout fut passé au fil de l'épée. Le duc de Guise renvoya en Piémont le maréchal de Brissac, lequel, puis après, fut commandé de renvoyer les Suisses en France; et lui, pour la desfaveur que sentent ordinairement les esloignés de la cour, destitué de finances et ennuyé de la mort de Salvoison2, diligent, subtil et hasardeux capitaine, laissa les affaires aller de mal en pis. En mesme temps, le duc d'Alve, sous couleur d'une tresve, de laquelle le cardinal Caraffe3 l'avoit amusé, l'esloigna des affaires de Rome et retira ses forces. Toutes ces choses donnèrent à celles de Piedmont le branle que vous verrez à la première occasion4.
français (vol. 3118) deux recueils de pièces intéressant le duc de Paliane.
1. A la prise de cette place, les Gascons et les Suisses se rendirent coupables d'actes de pillage que le duc de Paliane, d'après de Thou, ne put arrêter (de Thou, t. II, p. 436).
2. Jacques de Salvoison, originaire du Périgord, d'abord étudiant à l'université de Toulouse, puis homme d'armes, servit en Ecosse sous les ordres du sire d'Essé, suivit en Italie le maréchal de Brissac, s'empara de Casai et en devint gouverneur (mars 1555). Le 7 octobre 1555, il escalada les murs de Montecalvo et s'en empara. Il mourut d'une pleurésie. Brantôme a écrit son éloge (t. IV, p. 97, édit. de la Société de l'histoire de France).
3. Charles Caraffa, seigneur napolitain, frère du duc de Paliane, capitaine au service de l'empereur, puis du roi de France. En
~^A 1555, il se fit recevoir chevalier de Malte et fut crée cardinal par son oncle, le pape Paul IV. Pie IV, après son avènement, en 1561, le fit arrêter, condamner à mort et exécuter. Voyez, p. 41, note 5, la note consacrée au duc de Paliane. M. Georges Duruy a publié en 1882 une savante étude sur le cardinal Caraffa. 4 Les documents sur l'expédition du duc de Guise en Italie