LIVRE PREMIER, CHAP. XIII
Adrian, Clément Vil4, de la maison de Médicis, lui succéda sur la fin de Tan 15213. Et tint le siège près d'onze ans accomplis, durant lesquels ne fut parlé de concile, ni de réformation quelconque du costé de Rome, comme les historiens en font foi.
A Clément, mort au mois de septembre 1 534, succéda Alexandre Farnèse, lequel domina quinze ans, et se nomma Paul III. En l'an 1537, pour remédier, ditil, aux hérésies, dissensions en la religion, guerres et troubles en la chrestienté, par l'advis de l'empereur, de quelques rois et princes, il assigna un concile général à Mantoue au 23 jour de mai2. Depuis il changea le lieu et le jour, remettant l'assemblée au premier jour de novembre à Vicence, ville sous la seigneurie de Venise, où il envoya ses légats3. Mais, sur les difficultés survenues à cause des guerres entre l'empereur Charles V et le roi François I, le concile fut remis au 1 de juin 1539 ; où, pource que les dissensions en la religion croissoient de jour en jour, le pape assigna le concile à Trente, petite ville frontière d'Allemagne et d'Italie, à trois journées de Venise, au commencement de novembre 1 542. Les ambassadeurs françois, voyans
1. Jules do Médicis, né à Florence, élu pape le 19 novembre 1523, sous le nom de Clément VII, mort le 25 septembre 1534.
2. Dès l'an 1535, le légat du pape, Vergerio, annonçait à Charles-Quint que le concile s'ouvrirait à Mantoue. Il eut à cette époque, touchant la tenue du futur concile, une entrevue demeui ta célèbre avec Luther, à Wittemberg.
3. Le duc de Mantoue avait promis sa ville pour la tenue du concile'; mais, ayant exigé, pour veiller à la sûreté de l'assemblée, une garnison soudoyée par le pape, Paul III la refusa. Le concile fut donc convoqué à Vicence, dans les États do Venise (C.wyot, Somme des conciles, 1. II, p. 373).
que les impérialistes s'affectionnoyent à la guerre contre le Turc, que leur présence estoit suspecte aux impérialistes, dcslogèrent d'heure assés mal contents; d'autre part les protestans improuvoyent ce concile et le lieu où il estoit assigné.
Depuis, à cause des guerres entre l'empereur et le roi François I, item à cause du mescontenternent que le pape avoit de l'empereur, auquel il escrivit, sur la fin du mois d'aoust de l'an 1544, que l'ordre de l'Église porte, s'il survient quelque différent en la religion, [que] la décision en doit estre déférée entièrement à l'Église romaine ; que l'empereur, en journée des Estats, avoit fait ordonnance touchant un concile général ou nationnal, sans respecter celui (asçavoir le pape) auquel seul, par droict divin et humain, apartient d'assembler les conciles, et qui a puissance de définir des choses sacrées; au bout de force menaces, il commande à Charles V d'oster aux journées impériales toute la cognoissance des questions touchant la religion, et la renvoyer au siège judicial du pape; lui défend de rien ordonner touchant les biens ecclésiastiques ; que s'il y survient de l'estrif 1 sur cela, ce soit au concile général d'en ordonner. Tost après tout ce bruit, le pape donna le chapeau de cardinal à deux Allemans, à deux François et à deux Espagnols pour contenter les grands, et assigna de nouveau le concile à Trente au 15 de mars 1545. Mais les persécutions en France et les contentions en Allemagne traversèrent ceste assignation remise au mois de janvier de l'an 1546. Alors les trois légats du pape2 présen-