‹ Histoire universelleChapitre 68 sur 332 · LIVRE PREMIER, CHAP. XIII · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, CHAP. XIII

tèrent par escrit une longue harangue en latin, laquelle fut leue en grande assemblée à l'ouverture de ce concile en la première session.

Le sommaire de cest escript estoit que l'on advisast :

1 ° Aux moyens d'exstirper les hérésies ;

%° A la réformation de la discipline ecclésiastique et des mœurs du clergé ;

3° A la paix entre les princes et au repos extérieur de toute l'Église.

Entre autres traicts de ceste harangue, je marquerai ceux qui s'ensuivent, tournés du latin :

1° Aux maux qui nous sont advenus pour avoir délaissé la fontaine d'eau vive, Jésus-Christ, que Dieu le père nous a donné pour unique sauveur et pasteur, nous avons adjousté un autre énorme péché, c'est que nous voulons remédier à nos maux par nostre prudence ou puissance ; de sorte que l'on peut dire de nous ce que Dieu reprochoit anciennement aux Juifs par son prophète. Ce peuple a fait deux maux, car ils m'ont abandonné, moi qui suis la source d'eaux vives, pour se caver des cisternes crevassées qui ne peuvent contenir les eaux ;

2° Si nous voulons confesser vérité, nos consciences nous disent qu'en l'exécution de* nos charges nous avons failli en beaucoup d'articles, et que nous sommes en grande part cause de ces maux pour la correction desquels nous sommes maintenant appelés ;

cembre 1545 : Jean Marie del Monte, cardinal, évêque de Palestrina; Marcel Gervini, cardinal-prôtre, du titre de Sainte-Croix; Reginald Polus, cardinal-prêtre, du titre de Sainte-Marie-in- Cosmedin.

3° Jà n'est besoin d'employer beaucoup de temps pour trouver et nommer les autheurs de tant de maux, abus et désordres survenus en la discipline et vie du clergé. Ce sommes nous et n'en sçavons point d'autres ;

4° Quant aux troubles publics, nous trouverons incontinent que nostre ambition, nostre avarice, nos convoitises désordonnées ont causé ces maux que nous voyons en la chrestienté, et que tant de désordres ont chassé les pasteurs loin des églises, les ont privées de la pasture céleste ; que les biens ecclésiastiques appartenants aux pauvres ont esté pillés par les ambitieux, avares et dissolus, qui ont donné les bénéfices à gens indignes, n'ayans rien d'ecclésiastique en eux que l'habit, encore pas ;

5° Si Dieu nous chastioit selon nos mérites, pieçà nous eussions esté traictés comme Sodome et Gomorre ;

6° Si le S. Esprit ne nous condamne premièrement en nous-mesmes, disons hardiment qu'il n'est pas encores approché de nous, et qu'il n'entrera jamais en nos cœurs, si nous refusons d'ouyr ses censures à nos désordres. Il nous reprochera ce qu'il dit jadis par Ezéchiel aux Juifs rebelles et endurcis qui vouloyent s'enquérir du seigneur au xive chap., vers. i4. «Et quelques-uns des anciens d'Israël vindrent et s'assirent devant moi, et la parole du Seigneur me fut adressée, disant : estes vous venus pour m'interroguer? Aussi vrai que je vi, dit le Seigneur, je ne

4. Ezéchiel, XIV, 1-3 : « Et venerunt ad me viri seniorum Israël et sederunt coram me. — Et factus est sermo Domini ad me dicens : Filii hominis, viri isti posuerunt immunditias suas in cordibus suis, et scandalum iniquitatis suae statuerunt contra faciem suam ; numquid respondebo eis ? »

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