LIVRE PREMIER, CHAP. XIV
l'esprit du vieillard. Il en vint là qu'il donna charoc à Rustan de faire mourir son fils. Ce que n'ayant peu exécuter, Soliman revint à Alep, retira Achamet (duquel nous avons parlé) de la Hongrie pour se fortifier, et là dessus appelle son fils Mustapha, adverti par Achamet de ne venir point, et estonné de plusieurs songes. Fut encouragé par son confesseur, gaigné par le père. Il vint en cour. Rustan ne faillit pas de faire aller au devant de lui tous les janissaires qui lui rendirent honneur non accoustumé. C'estoit ce qu'il faloit pour haster le vieillard, lequel, ayant receu son fils en sa tante, les muets cachés au derrière sautèrent au collier du jeune prince, qui, fort vigoureux, en terraça une partie, leur faisant signe qu'il vouloit mourir après avoir parlé à son père. Soliman entendant, la toile entre deux, la longue lutte de son fils, leva ceste toile, passa la teste, le fit achever d'estrangler1. Les janissaires, aians sceu la mort, s'esmeurent, et ceux qui estoyent du parti de Rustan pour deffendre la teste de l'empereur se battirent contre eux. En ce combat moururent 2,000 hommes. Acharne! appaisa la sédition à grand'peine. Et fallut feindre de chasser Rustan, qui s'enfuit en Gonstantinople, d'où il fut rappelé quand l'empereur eut fait tuer Achamet pour lui avoir veu trop de puissance à calmer les janissaires. Zangir, qui, pour sa probité, n'avoit point eu de communication des desseins de sa mère, aimoit uniquement Mustapha. Appelé à la tente pour voir son frère, comme il le pensoit embrasser, l'ayant veu par terre après avoir prononcé injures atroces au père, print