MISTOlRi
suite les Lombards , les ayant aHÎrés clans niic posilioin désavantageuse , remportèrent sur eux une victoire complète. Quarante mille Romains et ' quatre généraux périrent dans cette bataille , le reste prit la fuite.
,^n""uiic!"' Dans le même temps Narsès débarqua en Italie à la tête de la plus forte armée que l'empire eût rassemblée depuis un siècle; il marcba le long de la mer, entra dans Ravennc, s'avança près de Rimini , défit un corps de Gotlis , et tua l'officier qui le commandait.
Les généraux, ainsi que les soldats, voulaient qu'on assiégeât les villes , les uns dans le dessein de s'assurer des postes de défense en cas d'échec, les autres dans l'espoir du pillage : Narsès résolut de marcher contre Totila, et de livrer une bataille . décisive, disant qu'une grande victoire fait tomber les remparts des forteresses.
Il vint camper près de Pagina entre Urbain et Fossombrone , à quatre lieues de l'armée de Totila. On voyait dans cette plaine un grand nom- "' bre de tertres que d'anciennes traditions disaient
être les tombeaux des Gaulois vaincus par Camille, et, selon d'autres, ceux des Carthaginois exterminés par le consul Néron ; il semblait que le ciel eût de tout temps consacré ce champ de bataille à produire des lauriers pour les Romains , des cyprès pour leurs ennemis.
Narsès , avant de combattre , fit (pielqiics [)ro-
nu B.VS-EiMPIKli:. iy(}
|>osilioiis (le paix à Tolila ; lu roi des Goihs ri'pon- p^,^ „ dit que ce ^'rand jMOcès ne pouvait «cire décidé 2 a t" <pu; pni- une haiaille, et qu'il la livrerait dans huit '''** jours à Narsès. Le général romain conclut de cette rétx)nse que le roi voulait le surprendre et l'attaquer le lendemain ; il se prépara sagement à le repousser. En effet, à la fin de la nuit suivante, les Gollis s'avancèrent pour s'emparer d'une hauteur qui sé[)arait les deux camps : après un combat très-vif, les Romains en chassèrent lesGodis, et s'y maintinrent.
Narsès plaça les Romains aux deux ailes, les auxiliaires hérules , liuns et lombards au centre ; et, cormne il craignait la défeciion de ceux-ci, il leur ordonna de laisser leurs ciievaux dans le camp et de combattre à pied.
11 avait à peine rangé ses troupes en bataille , lorsque Tolila, à la te le de toute sa cavalerie, vint l'attaquer avec impétuosité : d'abord repoussé, il revint plusieurs fois à la charge, donnant à ses troupes ^exemple du courage et de l'opiniâtreté ; mais enfin , après des efforts inutiles , toute cette cavalerie, chargée en flanc par celle des Romains, priirépouvanic, et se jela sur son infanterie qu'elle mil en désordre.
Les léiifions s'avancent; alors la déroute fut prompte et complète : six mille Goihs périrent JJ^^'y^"^ sur le champ de bataille. Tolila prit la fuite, suivi ^'"''^•. de cinq cavaliers j le Gépide Asbade, qui le pour-
l8o HISTOIRE
suivait, lui perça les reins d^m coup de lance. Cependant le roi des Gotlis continua sa course jusqu'à Câpres, où il expira, honoré par l'estime de ses ennemis et pair les larmes de ses sujets.
Son nom semblait si redoutable aux Romains, que , lorsqu'ils apprirent sa mort par une femme qui leur montra le tombeau de ce prince, ils le déterrèrent pour s'assurer de la vérité de son récit, et lui rendirent les honneurs funèbres avec la pompe convenable à son rang et à sa gloire.
Narsès envoya à Constantinople la couronne de Totila, enrichie de pierreries, et sa cuirasse encore teinte de la pourpre d'un sang royal glorieusement répandu. L'empereur reçut, au milieu du sénat, ces dépouilles d'un prince trahi par la fortune, mais plus digne que lui du trône par son courage.
■ Narsès rehaussa sa victoire par la modestie de sa relation ; il récompensa avec générosité le corps de Lombards qui l'avait servi , et le renvoya avec prudence ; l'indiscipline et l'avidité de tels alliés lui semblaient plus dangereuse que leur valeur n'était utile.
Les Gotlis donnèrent la couronne de Totila à d^" Gotïis! Teïa , guerrier aussi actif qu'intrépide. Quoique les Français eussent promis d'êtres neutres, ils empêchèrent Narsès de prendre Vérone ; ils voulaient tour à tour favoriser les Romains et les Goths, et prolonger leur querelle, dans res]>érance
DU nAs-Kivii'iur. 181
qu'ils s^entredélruiiaioni , et que J'Llali»! fUwieii- 1 1rait, pour la Franco, une proie facile.
Toutes les villes queNarsès trouva sur sa route Pri^c
, . . I , . , «II-" Home
lui ouvru'ent leurs portes après sou triomphe, i-n Naiats, ainsi qu'il l'avait prévu ; bientôt il campa sous les murs de Rome; ses troupes étaient trop peu nombreuses pour investir cette grande cité, il résolut de la prendre d'assaut.
Tandis qu'il l'attaquait sur trois points ditïérens, Dagisthée, par son ordre, à la léte d'un détachement, escalada une partie de murailles dont on avait négligé la défense : la terreur se répandit dans la ville, les Goths cherchèrent leur salut dans la fuite; et Narsès entra vainqueur dans Rome, qui fut ainsi prise pour la cinquième fois depuis le règne de Justinien.
Cette délivrance devint un jour de deuil pour les plus illustres personnages de cette capitale , car les barbares , enfuyant, massacrèrent dans la Campanie les palrlces et la plupart des sénateurs que Totila y avait exilés.
Teïa, aussi brave, mais plus barbare que son prédécesseur, fit égorger dans Pavie trois cents prisonniers ; la fureur des deux partis les portait aux plus horribles excès : tous deux ne cherchaient plus à se vaincre , mais à se détruire.
Narsès assiégea Cumes ; Teïa s'approcha pour i;at liiie la secourir ; les deux armées se livrèrent bataille »« ctT«a. près du Vésuve. Ce combat devait décider du
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sort de l'Ilylie , chacun voulait périr ou en rester maître.
Dans les deux armées, les généraux , les officiers, les cavaliers renvoyèrent leurs chevaux pour éloigner tout espoir de fuite. Les Goths surprirent d'abord, par une vive attaque, les Romains, qui n'étaient pas encore formés; Narsès rétablit l'or- Mort dre, et rallia promptement les siens. Teia, portant de Tfïa. le courage jusqu a la temerite , combattait plus en soldat qu'en général : n'écoutant qu'une ardeur imprudente, il s'élança, comme un lion furieux, au milieu des rangs ennemis; bientôt, entouré, il ne lui resta que l'espoir de vendre chèrement sa vie. Ce prince combattit quatre heures une foule de guerriers, et changea plusieurs fois de bouclier : le dernier étant encore hérissé de flèches , comme il voulait en prendre une autre , il découvrit sa poitrine, fut percé d'un javelot, et tomba mort sur les corps entassés des soldats que son bras avait immolés.
Les Romains, croyant par sa chute la victoire décidée, tranchent sa tête, la mettent au bout d'une pique, et la montrent en triomphe aux deux armées : ce spectacle inhumain , loin de consterner les Goths , les anime à la vengeance et leur rend le courage du désespoir.
Le combat continue avec plus de fureur jusqu'à la nuit ; les deux armées couchent sur le champ de bataille. Au lever de l'aurore on reprend les armes
nu bas-i:mimul. i83
avec Ja mônic furie ; on ne donne , on ne reçoit |)lus d'ordres; il n'est plus [lossihie de eoinbimT, de régler les niouveniens : la bataille n'est plus qu'une affreuse mêlée. Cliacun combat corps à coips; s.i le sanj^ versé épuise la force, la rage la fait renaître ; le blessé s'atiaclie au corps de son vainqueur et le déclare en expirant; cet affreux carnage dura toute la jouniée. La nuit sépara de nouveau les combattans, sans décider la victoire.
Cependant, lorsque le troisième jour parut, les Paix cniro Goths, consternés de la perte de leurs plus braves •" OoUis. guerriers , proposèrent de rendre leurs armes et de reconnaître les lois de l'empereur, pourvu qu'il les traitât non en esclaves , mais en alliés , et qu'il lettr permît , lorsqu'ils sortiraient d'italie , d'euiporter avec eux leurs ricbesses. Narsès y consentit et conclut le traité.
Des deux côtés on sifina , on iura la paix : mais Kupiuredu
t5 -^ ' r ' celte pnix.
la passion et l'esprit de parti respectent peu les sermens. Les Gotbs, apprenant qu'une armée étrangère venait à leur secours , rompirent la convention. Les rois de France avaient refusé leur appui au roi des Goths ; mais deux princes allemands, Leutharis etBucelin, vassaux de Théodebald, levèrent à leurs frais une armée de soixantequinze mille hommes. Allemands et Français, et traversèrent les Alpes pour combattre les Romains. Ce renfort rendit l'espérance aux Goths qui reprirent les armes.
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Siège, Narsès fit de vains efforts pour s'emparer de capitulation Cumes ; le frère de Totila , Aligerne , la défendit
de Curacs.
avec opiniâtreté : il surpassait tous les guerriers du Nord en bravoure et en force ; on reconnaissait les flèches que lançait son arc, à leur sifflement et à leur violence, à laquelle rien ne résistait. Un Romain , nommé Pallade, tout bardé de fer, s'approcha de lui pour le combattre: le dard du prince goth traversa son bouclier, sa cuirasse et son corps. Narsès , laissant un corps de troupes pour bloquer la ville de Cumes , se rendit maître de Lucques ; Cumes , dépourvue de vivres , ouvrit ses portes et obtint une capitulation honorable. Aligerne , souillant sa gloire par une basse ambition , entra au service de l'empereur qui avait vaincu sa nation , détrôné et tué son frère.
Victoire Un corps de Romains avait été battu par les surics Al- Allemands; Narsès, toujours rapide et toujours heureux, repara bientôt cet échec. Dans d autres combats il avait vaincu ses ennemis par son audace , cette fois il dut ses succès à la ruse. A la tête de troupes peu nombreuses, il feignit de fuir, attira les Allemands dans une embuscade près de Rimini , les enveloppa et les battit. Poursuivant ses avantages , il atteignit près de Casilin Leutliaris et Bucelin , dont les forces étaient réunies , et leur livra bataille ; sa victoire fut complète. Les Allemands et les Français perdirent trente mille hommes dans celle action j le reste repassa les
DU B.VS-EMPIKI.
Alpes. Les Gotbs se soumirent ; leur empire fut soumiMion détruit , et l'Italie tout entière se vit rangée de D.sirudii.n
lie leur cm-
nouveau sous les lois romaines. Narses la i^ou-pirc
Exarchat
verna pendant treize ans. Longin , qui le remplaça J« n^^^^"J' en 567, fut le premier qui porta le nom d'Exarque.
Tandis qu'un eunuque semblait ressusciter en Ecrit»
religieux de
Occident la gloire des anciens héros de Rome , Jusiinien. Justinien composait des écrits religieux pour réfuter les doctrines d'Arius, de Neslorius et d'Euticliès : mais , comme il était difficile à un laïque de ne point s'égarer dans des subtilités si obscures pour tant de docteurs^ il tomba lui même^ sans s'en douter, dans ime des hérésies qu'il combattait; et l'un de ses édits , contraire en quelques points à la doctrine du concile de Ghalcédoine, fut condamné par le pape Vigde.
L'empereur irrité convoqua un concile à Con- Disgrâce
cl mort (lu
stàntinople ; Vigile refusa de s y rendre. Le con- pape vigUe cile, composé de cent soixante- cinq évêques et de trois patriarches , anathémaiisa les partisans d'Origène, et confirma toutes les décisions du concile de Ghalcédoine. Justinien avait donné l'ordre à Narsès d'arrêter le pape dans Pvome ; celui-ci cherche un asile dans Téglise de Saint-Pierre, les soldats veulent l'en arracher ; Vigile embrasse les colonnes de l'autel , elles sont brisées : le peuple furieux se soulève pour le pontife , et met en fuite les préteurs et les soldats.
Cependant Vigile se soumet; on l'exile, il meurt
peu de temps après, et Pc'laj^c ie remplace sur la chaire de saint Pierre.
L'empereur commençait à redouter raulorilé croissante des pontifes romains qui devaient leur élévation aux suffrages du clergé , des grands de Rome, du peuple et des soldats; il se réserva trèspolitiquement le droit de confirmer leur élection. Tant que cet usage dura, la puissance spirituelle fut contenue dans de justes bornes.
Révoiiuion Les succès de Bélisaire et de Narsès firent e&perer a Justmien quil pourrait rendre a 1 empire son ancienne étendue, et joindre la conquête de l'Espagne à celle de l'Afrique et de l'Italie. Les Visigotlis, dans cette contrée , s'affaiblissaient par leurs divisions. Agila , leur roi , combattait un prince de sa maison , Athanagilde , qui s'était révolté contre lui : l'empereur envoya une flotte et une armée au secours des rebelles , Agila fut battu et tué. Dès qu'Atlianagilde se vit vainqueur et couronné , il devint ingrat , et voulut chasser de son pays les alliés auxquels il devait le sceptre ; mais les Romains s'y maintinrent, et restèrent pendant soixante ans maîtres d'une partie des côtes d'Espagne , malgré tous les efforts des Visigotlis.
* La fortune ne favorisait les armes de l'Empire cfue dans les lieux où des hommes , tels que Bélisaire et Narsès , dirigeaient et maîtrisaient ses caprices. Juslinicn , attaqué de nouveau par les
* An ââj
DU BAS-EMPIKli. 1S7
Perses, n'obliuL aucun succès ('clalanl; ses f^énélaux , Marlin , Bessas, Buzès cl Justin , avaient plu* ^
de bravoure que d'habileté. Jaloux et divisés, ils laissèrent surprendre l'armée de cinquante mille hommes qu'ils commandaient, par trente mille Perses qui les mirent en déroule et s'emparèrent de leur camp.
Justin répara en partie cet échec par un avantage qu'il remporta sur une armée persane , près des rives du Phase ; ce succès fut suivi d'une suspension d'armes entre les deux empires.
Les Juifs , toujours disposés à la révolte parce qu'ils étaient intolérans et persécutés, se soulevèrent : de nombreux supplices comprimèrent leur révolte *.
A cette époque, l'Orient vit paraître une nou- Appariiion
. des Turcs.
velle race de barbares que , depuis , la chute de l'empire grec ne rendit que trop célèbre. Ces peuples , de la race des Huns , portaient le nom de Turcs , et prétendaient descendre de Turk , fils aîné de Japhet ; d'autres disent qu'ils tenaient ce nom d'une des montagnes qu'ils habitaient , et qui avait la forme d'un casque, appelé turc dans leur langue.
Le premier de leurs princes , dont l'histoire ait gardé le souvenir , se nommait Toumain : il prit le litre de kan , et se rendit fameux par ses exploits guerriers. Mokaa , sorti , avec sa nombreuse et
* Au 555.
lH8 HlbTOIKE
belliqueuse tribu , des forets du mont Altaï, vers la source de l'Irtysh, attaqua, vainquit , extermina la nation des Abares , et chassa les Ogres , ou Ogores , des plaines situées sur les rives du fleuve tnvasiou Toula . Ccs pcuplcs , vaincus, prirent la fuite, et
d'Arabes tt , ,, , -, -rj- -. -, ,-^ ^ Al*
de Huns. S arrêtèrent entre le Volga et le Tanaïs. Les Alams et les Huns, les confondant avec les Abares, leur donnèrent Fliospitalilé. Ces nouveaux Abares arrivèrent sur les bords du Danube , y conquirent des terres possédées par les Antes et par les Sabirs, et demandèrent à Justinicn une solde et des concessions, promettant de servir, dans ces contrées , de rempart de l'empire.
Justinien , de l'avis du sénat , voulait accueillir leurs demandes ; mai» le Ican des Turcs , plus redoutable qu'eux, traversa leur négociation, et, par ses menaces , décida l'empereur à leur refuser tout asile.
La faiblesse mène à la perfidie : les Abares , dont les envoyés avaient été bien reçus à Constantinople et chargés de présens , marchaient avec sécurité ; tout à coup ils se voient attaqués par un corps de Romains, sous les ordres de Justin qui les met en fuite et pille leur camp.
Bientôt , ralliés , leur vengeance fut prompte ; ils battirent les faibles troupes qui défendaient la frontière, et s'emparèrent d'une partie de laPannonie et de la Mœsie.
Tel était alors l'état déplorable de l'empire :
Juslinien , dont le nom serait anjourd'lml dans l'oubli , si Bélisaire, Narsès et Tribonieii n'eussent illustré son règne , dissipait ses trésors en fondations d'églises, en balimens somptueux, en dépenses frivoles; il laissait dépérir l'armée, et se contentait de diviser les barbares qu'il aurait dû combattre. Ses prédécesseurs soldaient six cent quarante-cinq mille hommes : il n'en garda que cent cinquante mille , dispersés en Italie , en Afrique, en Espagne, en Grèce, en Arménie, en Mésopotamie et en Egypte.
La caisse militaire devint le trésor des minisires et la proie des favoris. Enfin , tandis que sa vanité se repaissait de l'éclat de quelques conquêtes passagères, dues au génie de deux grands hommes, le centre de l'empire restait découvert, et la Thrace même , si voisine de la capitale , était livrée sans défense aux barbares.
Zabergan , roi des Huns, jaloux des faveurs que l'empereur avait accordées à d'autres princes barbares, franchit le Danube sur la glace, ne rencontre aucunes troupes qui s'opposent à son passage , traverse la Mœsie sans obstacle , arrive en Thrace , fait ravager la Grèce par une de ses divisions, en envoie une autre dans la Chersonèse, marche lui-même avec sept mille chevaux sur Constantinople , et' met tout à feu et, à sang aux environs de la capitale . /
Jj'épouvante devient générale : Justinien trem-
IJP HISTOII: I.
Ainrwcs .le ble (laHs soii palais; on porte, au-delà du Bosphore, le trésor public et ceux des égKses; les citoyens coureni enfouir leurs richesses dans leurs terres, en Asie. La garde impériale, les milices de la ville sortent enfin pour combattre ', mais, depuis dix ans, ces soldats , étrangers aux travaux et aux périls de la guerre , ne formaient qu'une troupe de parade, ime vaine et fastueuse décoration^ de théâtres et de triomphes.
Armement Bélisairc , dcpuis deux lustres , vivait retiré et cuaire q^]j^ dans la capitale ; rarement il paraissait au milieu de la foule frivole des courtisans, dans laquelle il était à peine aperçu. Le danger public rappela ?a gloire : Justinien , effrayé , se souvint qu'il avait un grand homme près de lui , et implora son secours.
Bélisaire était courbé sous le poids des malheure et des ans ; mais, à la vue du péril , à l'appel de sa patrie, son âme héroïque rend une nouvelle vigueur à sa vieillesse : au son de la trompette, il rajeunit; il reprend son glaive victorieux; son casque, ombragé de lauriers, vient de nouveau couvrir ses cheveux blancs. Enfin il se lève , il se montre menaçant dans cette ville où régnait la crainte : à sa vue, la terreur se dissipe, l'espérance renaît.
Au bruit de son nom , une foule de citoyens et de paysans accourent sous son étendard. Mais, dans toute celte nuilliludc vieillie dans l'oisiveté, il ne
nu livs-KMPiKE. 191
inmvc quo (rois ccnls liomnics (jui alcnl manié inic arme cl couché sous une lenie : à la lelc de celle faible troupe, il sorl liaidimenl de la viUe, Ibrlilie son camp , fait observer les mouvemens de l'ennemi, et ordonne d'allumer au loin des feux pour faire croire qu'il est suivi d'une nombreuse armée.
Les barbares , trompés par cette ruse , perdent du temps , se tiennent quelques jours sur la défensive; mais , rassurés enfin, lorsqu'ils voient qu'on ne les attaque pas , ils s'avancent impétueusement avec plus d'ardeur que de prudejice.
Bélisaire avait placé dans une foret deux cents archers en embuscade : à la téie de trois cents ca-;valicrs , il charge les ennemis avec le courage et la téméiité d'un jeune capitaine , s'élanc'c au milieu des barbares, et on tue quatre cents; au même moment ses archers se lèvent et attaquent les Huns en flanc. D'un autre côté, selon les ordres du général , tous les paysans, qui suivaient ses drapeaux, jettent de grands cris, traînent sur la terre de gros arbres , et forment ainsi un nuage de poussière qui pei'suade aux Huns qu'une armée innombrable marche contre eux.
L'épouvante les saisit, ils prennent la fuite, et, g^ dans leur désordre , Bélisaire en fait un grand car- ks barbares nage : ainsi le génie d'un seul homme vainquit toute une armée et sauva l'empire.
Animés par celle victoire, les soldats, qui défendaient la muraille de la Chersonèse, repoussèrent une autre division des Huns ; Zabergan, vaincu, demanda la paix : l'empereur, trop heureux de l'accorder, lui paya un subside, et il repassa le Danube.
Spn L'enthousiasme du peuple pour Bélisaire , lors-
tiïoni|ihe et
sa disgrâce, qu'avcc scs trois cents soldats il rentra en triomphe dans la ville , servit de prétexte aux lâches courtisans pour l'accuser d'aspirer à l'empire ; la gloire est un crime aux yeux de l'envie. La reconnaissance de Juslinien disparut avec son danger, et une nouvelle disgrâce fut la seule récompense du libérateur de l'empire.
L'empereur reprit l'habitude de l'intrigue , son arme favorite ; il sema la division parmi les Huns , qui tournèrent leurs armes contre eux-mêmes. On acheta la paix des Perses ; l'empire leur paya trente mille pièces d'or. Ils lui cédèrent la Lazique. On obtint que le christianisme serait toléré en Perse. La fermeté de Narsès maintint la tranquillité en Italie. *
Celle de Constantinople fut troublée par les factions du cirque; la garde fut obligée, de charger les séditieux et d'en tuer un grand nombre. Plusieurs païens, qui rendaient encore en secret un
* An j6i>.
nu BVi-EMPiRii. ig3
nulle aux iiK)lcs , oxcilèrcnt le courroux de l'cmjKîrcur : les uns furent égorgés , les autres mutiles, et l'on brûla leurs livres.
Le luxe romain fit alors une conquête impor- Découvcnc tante; il lu dut a deux momes qui apportèrent en soie. Europe des vers à soie '^.
On commençait à se lasser de la longueur d'un conspira-
< /> *l*.l '11» • t'oii contre
règne sans force qui achevait la ruine de 1 empire , justinicn. en épuisant sa vigueur pour le décorer d'un vain éclat. Quelques grands et le banquier Marcel résolurent d'assassiner l'empereur : Eusèbe, commandant les Gotlis auxiliaires, découvre le complot; on arrête les conjurés au moment où. ils entraient dans le palais , Marcel se poignarde. Les lâches ennemis du sauveur de l'empire promettent à Sergius , l'un des conjurés , de lui faire obtenir grâce, s'il dénonce, comme ses complices , Paul, Jean et Vitus, amis intimes de Bélisaire. L'empereur nomme une commission pour juger et punir les coupables. Les accusés chargent tous Béli- captivité
• 11 5 \i -.•■lie Bélisaire
saire : ce grand liomme n oppose a leurs calomnies à ce sujet. qu'un noble silence ; sa gloire et sa vie entière répondaient pour lui. Les juges n'osèrent pas le condamner j il fut arrêté et gardé étroitement dans sa maison : on le priva de toutes ses dignités, mais celle de son caractère le décorait plus que les vains titres dont on le dépouillait.
* An 563.