‹ Histoire universelle, ancienne et moderne (volume 2)Chapitre 18 sur 47 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

Portrait de Maurice. — Son gouvernement. — Guerre avec la Perse. — Piévohitions en Orient. — Ri'vohitîon f n Italie. — Ketraite et installation an pape Grégoire. — Guerre avec les Lombards. — Révolte contre Maurice. — Députation de rarniée. — Caractère de Pliocas , un des députés. — Pliocas est élu général. — Fuite de Maurice. — Pliocas est empereur. — Mort de Maurice et de ses fils.

MAURICE. ( An 5^2. )

Poriraii JVIaurice , CH moiitant sur le trôiiG, ajouta, pnr reconnaissance, le nom de iibere au sien; ce prince semblait né pour commander: il était courageux avec prudence , savant sans vanité, grave sans hauteur, juste et clément, laborieux et sobre. Le temps nous a conservé un traité qu'il avait composé sur l'art militaire. Son économie maintint Tordre dans les finances ; mais une vertu portée à l'excès se change en vice : l'économie de l'empereur devint avarice, ternit sa gloire , et fut la cause de sa perte.

Son gou- La justice , la sagesse et la clémence signalèrent

rernement. ^ ^ ... ^.

les premiers actes de son administration ; il délivra ses sujets du poids de quelques impôts.

Son père , nommé Paul , était un homme vertueux mais sans capacité, il le fit venir à sa cour, le traila avec respect, et ne lui donna aucune part au

vernement.

nu iiAS-i,i\iriKr.. :î2.t)

gouvernement. Alamundar, géacral anibiùeUpc, avait trahi Tibère à la balnille (Je Calllniaue j diip^ l'espoir de le perdre et de le r<;niplac,çr. ij allep,4î\^t( avec crainte son arrêt ^ et reçut sa S»we.j^/^^ j j

Pierre> frère de l'empereur, montrait des lalçn^; la laveur l'avait élevé au rpn^ de curopalale : Mau:, rice, en le nommant maître de la milice et duc de Thrace , accorda ces dij^aiilés plutôt à son menljÇ: (ju'à sa naissance.

L'empire était en guerre permanente corilre l^^J^'p^se^'^" Perse ; Mystacon commandait les Romains. 11 \\r. vra bataille à l'ennemi ; son premier choc l'enfong^y mois une trahison lui enleva la victoire. Cur^.,, officier grec , qui était à la tête de l'aile droitç^» n'exécuta point les ordres de son général. Le^ Perses profitèrent de son inaction, etgagnèrentlA bataille. Philippique, envoyé par Maurice povir réparer cet affront, ranima le courage des Romait^s. Secondé par Héraclius, chef habile ( père de celui qui monta depuis sur le trône d'Orient ) , il rencontra les Perses près de Solacon , les délit complètement , et détruisit la moitié de leur armée.

Cet Héraclius , respecté par l'Eglise comme par l'armée, joignait une extrême piété à une grande bravoure. Il portait, dit-on, l'image de Jésus- Christ au bout de sa lance; et, avant de vaincre à Solacon, il répandit des larmes sur le sang qu'on allait verser.

25o HISTOIRE

Dans cette bataille , l'infanterie , depuis longtemps négligée , décida la victoire. La cavalerie ne servit qu'à la compléter.

Il n'est rien d'aussi varié que le cœur de l'homme : on lui voit souvent la légèreté de l'air et l'inconstance de la fortune ; le même Philippique , dont l'intrépide courage venait de froudroyer les Perses , peu de temps après, frappé de terreur à la vue d^un corps nombreux de paysans armés , prend la fuite, et laisse son camp ouvert à l'ennemi, qui le livre au pillage ; mais il ne tarda pas à réparer sa honte : reprenant l'offensive, il dévasta la Perse. Maurice cependant ne lui rendit pas sa confiance ; il nomma Prisque pour le remplacer. Ce général justifia le choix de l'empereur par quelques succès : on l'envoya ensuite combattre les Abares.

"Son successeur Commentiol vainquit les Perses près de Nysibe , et dut une grande partie de ce triomphe au courage de Germain et à l'habileté de son lieutenant Héraclius.

Rëvoia- La Perse était à la fois attaquée par les Romains Orient."* et par les Turcs. Le roi Hormisdas était haï par ses sujets et méprisé par ses ennemis. Il perdit le trône par la même faute qui avait fait perdre l'Italie à Justin.

Les hommes pardonnent l'oppression plutôt que l'injure. Sophie, en insultant Narsès , avait fondé la puissance des Lombards. Hormisdas , jaloux de

nu BAS-J'.]VIPlRli. 23 1

Varane , le plus habile de ses généraux , qui venait de remporter d'éclatantes victoires sur les Turcs , prit l'occasion d'un léger échec pour le destituer; il lui écrivit une lettre outrageante, et lui envoya une robe de femme. Varane exhale son courroux en menaces ; le roi donne à un ofcier l'ordre de l'arrêter : le général jette cet officier dans les fers , et le fait écraser à ses yeux sous les pieds d'un éléphant.

L'armée de Varane se soulève en sa faveur. Celle qui combattait les Romains embrasse sa cause, la révolte s'étend ; le roi, qui s'était rendu odieux par ses cruautés, reconnaît la faiblesse d'un pouvoir qui n'est fondé que sur la crainte ; il ne trouve plus de défenseurs, les rebelles s'avancent contre la capitale ; un prince du sang royal , Bendoès, gémissait au fond d'un cachot; le peuple rompt ses chaînes; à la tête delà garde il entre dans le palais. Le tyran , qui n'avait plus d'amis, de sujets ni de soldats , croyait encore régner, parce qu'il était assis sur son trône , entouré de quelques courtisans.il leur ordonne. d'arrêter le rebelle; tous les flatteurs passent sans honte du côté de Bendoès qu'ils insultaient la veille; ils se jettent sur le monarque , le renversent du trône et l'enferment dans une obscure prison.

Cosroès, fils du roi, veut fuir; Bendoès l'arrête, le rassure et lui donne le sceptre. Cependant Hormisdas, honorant son malheur par quelque audace,

convoque dans son cachot les grands de l'empire ; étonnés de cet ordre ils obéissent : le roi leur parle avec éloquence , non pour reprendre son pouvoir, mais pour le transmettre au plus jeune de ses fils, dont il vante les vertus : « Mon sort » est terminé , dit-il , le vôtre seul m'occupe ; j'ai » donné le jour à un monstre , c'est celui que les )) rebelles couronnent : s'il règne sur vous , vous )) serez tous ses victimes. » Ce discours ébranle les assistans ; la clialeur entraîne une partie des suffrages ; Bendoès réplique avec feu , réveille les ressentimens , rallume la haine , excite la fureur; on égorge aux pieds du monarque le jeune prince qu'il désignait pour lui succéder. Cet horrible spectacle fut le dernier qui frappa la vue de ce père infortuné : les rebelles lui crevèrent les yeux.

Cosroès, justifiant la prédiction d'Hormisdas , commence son règne par un parricide ; ajoutant l'hypocrisie à la cruauté , il ordonne d'abord de traiter son père en roi , de le servir en vaisselle d'or, et ensuite il le livra aux lx)urreauî qui l'assassinèrent.

Varane refusa de se soumettre au nouveau roi , et répondit avec mépris à ses lettres : au lieu de lui donner les titres dus à la majesté roj^ale , il se servit de ces mots insolens : ton imbécillité , ton impudence.

Cosroès marche contre lui , le combat , est

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vaincu , et prend la faite ; abandonne de tous ses soldais , il se sauva sur le territoire romain , et implora Fappui de Mam-ice.

La justice et l'humanité auraient dû rejeter ses prières, et livrer ce monstre à ses ennemis; mais la politique se sépare trop souvent de la morale , et sacrifie des intérêts éternels à des calculs de circonstances.

L'empereur donna des troiipes à Cosroès, qui repassa l'Euphrate , et reparut dans ses Etats à la tête des Romains. Bendoès et la plus grande partie des grands vinrent le rejoindre.

Bientôt il se trouva en présence de ses ennemis; ses forces se montaient à soixante mille hommes , celles de Varane à quarante : la bataille eut lieu près de Balarath; l'impétueux Varane enfonça d'abord les troupes du roi de Perse ; mais Narsès , qui commandait les Romains auxiliaires , rétablit le combat, mit les Perses en déroule , et s'empara de leur camp. Varane disparut; depuis sa défaite on n'entendit plus parler de lui.

Narsès rétablit Cosorès sur son trône , et lui conseilla , en le quittant , de ne jamais oublier qu'il devait aux Romains la vie et l'empire.

GDsroès promit d'embrasser la religion chrétienne , mais il ne voulut onu n'osa pas quitter celle des Mages; cependant, au mépris de leurs lois, il épousa une Romaine nommée Sira.

Ces rcvoluiions dans l'Orient firctit jouir Fem-

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pire grec d'un long repos, et les Romains, tant de fois vaincus par les Perses , regagnant alors tout le terrain qu ils avaient perdu , rentrèrent dans leurs anciennes limites, et devinrent les arbitres , les protecteurs et presque les maîtres de ce trône ennemi , qui depuis si long- temps était l'objet de leur jalousie et de leur effroi.

Révolution A peu près à la même époque une autre révolution éclata en Italie ; les Lombards , fatigués de l'anarchie républicaine, élurent Cleph II pour roi ; revêtu du pouvoir suprême , il laissa aux ducs leurs gouvernemens et une grande autorité sur leurs vassaux. Il faut chercher dans ses lois l'origine de cette jurisprudence féodale si chère aus; grands, si redoutable aux princes, si oppressive pour les peuples , qui prolongea la tyrannie en l'organisant, et régularisa pour ainsi dire le chaos. Tout l'Occident adopta cette législation barbare , dont quinze siècles après on garde encore de douloureux souvenirs.

Autaris , successeur de Cleph , pendant un règne de six ans , maintint assez fermement la justice , rétablit la sûreté publique , et adoucit la , férocité des Lombards. Mais il ne combattit point

les progrès de ^ignorance qui continuait à répandre sur l'Europe mi voile de ténèbres.

L'empire d''Orient était plus riche que guerrier. Au défaut d^armes, Maurice, pour défendre ce qui lui restait de possessions en Italie , acheta

Retraite et

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l'alliance des Français ; cinquante mille pièces d'or envoyées par lui à Childebert déierniinèrent ce prince à francliir les Alpes. Aularis lui en donna trente mille pour les repasser, et battit ensuite les troupes de l'exarque de Ravenne.

En 590, le pape Pc'lage étant mort, la fortune, installation qiii voulait que nome , après avoir ete la capitale Grégoire. du peu[)le-roi, devînt celle du monde chrétien , plaça sur le siège pontifical un grand homme, Grégoire. Ce pape , qui devait illustrer la chaire de Saint-Pierre , luttant d'abord contre sa destinée, voulut se dérober à son élévation, résista au clergé, s'opposa aux vœux du peuple, conjura Maurice de ne pas confirmer sa nomination , et chercha au fond des cavernes un asile contre les grandeurs qui le poursuivaient.

Plus il montrait d'éloignement pour le pouvoir , plus il en parut digne; l'empereur, les grands, le clergé, le peuple persistèrent dans leur choix; on découvrit la retraite de Grégoire, on le remena malgré lui à Rome, on triompha de sa résistance, et il fut installé sur le siège du prince des apôtres. L'activité , la prévoyance -> la fermeté caractérisèrent son administration. Il maintint la foi , réchauffa le zèle, secourut les pauvres, garantit le peuple de la disette , et inspira un grand respect aux barbares ; mais il combattit les schismatiques avec une ardeur si excessive , que l'empereur crut nécessaire de l'exhorter à calmer son zèle.

De son colé le pape reprochait à Maurice de ne pas réprimer avec assez de sévëiiié les concussions des exarques d'Italie et d'Afrique.

On trouvait généralement alors que Maurice montrait la douceur d'un pape, et Grégoire la fierté d'un empereur.

sYcl^\ln L^s Français , réunis de nouveau aux Romains , "■ attaquèrent avec succès les Lombards. Regge , Parme , Plaisance et le duc de Frioul se soumirent passagèrement à l'empereur. Mais la politique des sucdesseurs de Qovis , loin de vouloir établir l'ordre en Italie, n'avait pour but que d'y prolonger la guerre, d'y fomenter la discorde et d'en profiter.

Par la médiation de Contran , Gliiltlebert conclut secrètement la paix avec Aularis. Sa défection fit perdre aux Romains leurs avantages '*'-

Le roi des Lombards mourut; Agidulplié lui succéda , et continua la guerre avec succès. En vain Grégoire conseillait à l'exarque Callinique de faire une paix solide avec un ennemi puissant qu'il ne pouvait vaincre. Sa sagesse n'obtint qu'une courte trêve. Bientôt on ^eprit les armes. Padouc fut ruinée par les Lombards ; ses liabitans augmentèrent la population de Venise. Cette république, forte par sa position , augmenlak sa puissance par l'habileié de sa politique; les malheur» de ses voisins grossissaient journellement ses forces, et les

*An 090.

l)f BAS-P.TVTr'lKt. 9.37

(k-hrls (lo Ronio venaient sans cesse élever cl affernnr ce noble édifice.

Hors de l'Orient ce n'était plus un empire, c'étaient des mines que les empereurs défendaient. Les Romains possédaient encore une partie des côtes méridionales de l'Espagne ; ils s'y maintinrent en profitant des divisions des Gotlis,

Hermenigilde fut défendu par eux contre son père ; mais ils le livrèrent ensuite à ses ennemis pour trente mille pièces d'or. Les Romains d^alors, bien différens de leurs pères, se laissaient repousser par le fer et corrompre par l'argent.

Ingonde , femme du prince trahi , et sœur de Childebert, mourut en se rendant à Conslantinople avec son fils Athanagilde pour y chercher un asile.

Le roi des Lombards , ne se bornant pas à ses victoires contre l^exarque, s'allia avec les Abares, dans le dessein de ravager l'Istrie. Maurice dé- luvoite

11 >•! ' 1 A 1 / contre i*lau-

clare alors qu il va se mettre a la tête de son armée licc |K)ur le combattre ; mais, soit que la fortune eût énervé son esprit, soit que l'âge eût épuisé sa force, on ne retrouva plus en lui cette fermeté de caractère qui avait autrefois rétabli la discipline dans l'armée, ni ce courage qui dans sa jeunesse l'avait conduit à la victoire et au trône.

Faible et superstitieux , au moment de son départ, il passe les nuits à l'église Sainte-Sophie, dans l'espoir d'obtenir une révélation ; il part

rempli de crainte , il se décourage à la vue de quelques pronostics fâcheux; une éclipse le trouble, une foule de raendians l'arrêtent, une tempête l'etfraie ; il perd le temps à écouter les fables de trois voyageurs d'une taille gigantesque, qui portaient des harpes d'or, et venaient, disaient-ils, d'une contrée du Nord , où la musique était la seule étude et la seule occupation des habitans.

Quelques lâches sénateurs l'invitent à revenir dans la capitale ; il cède à leurs instances. Conservant son orgueil au moment où il montrait tant de faiblesse, il refuse la proposition de Contran, qui lui offrait des troupes et lui demandait un tribut. Pierre, frère de l'empereur, les généraux Prisque et Commentiol dirigent les armées; ils sont d'abord vainqueurs sur les rives du Danube, et se laissent ensuite surprendre et vaincre.

Maurice, par son indulgence pour les chefs, par sa rigueur pour les soldats, s'attire la haine de l'armée ; la famine se joint aux malheurs de la guerre, et porte le peuple à la sédition. L'empereur croit apaiser le ciel en offrant à l'Eglise une couronne d'or qu'il avait reçue des impératrices Sophie et Constantine. Cet usage religieux de l'or, qui eût été mieux employé à acheter des grains, irrite les princesses et mécontente le peuple.

Aux fêtes de Noël, la multitude se révolte, insulte Maurice dans, le temple, et le poursuit à coups de pierres.

DU BAS-EMPIRIi. 2^9

Cependant la guerre conlinuait avec des succès balancés; Prisque, dans cinq combats glorieux , avait détruit un grand nombre d'ennemis. L'avarice de l'empereur lui devint plus funeste que la valeur des barbares.

Les soldats demandaient une augmentation de oéputaiion

de l'armée.

solde, l'empereur la refuse; 1 armée, commandée par Pierre, se soulève, brave les ordres de son général, marcbe.sur Gonstanlinople , et envoie à l'empereur une députation chargée de ses demandes ou plutôt de ses menaces.

Le plus audacieux de ces députés était un des caractér»

I • /Y* • 1 i> ' '1 de Phocas,

derniers of liciers de 1 armée, ne dans un rang un de. dèobscur en Gappadoce, autrefois écuyer de Prisque, alors centurion : sa force, sa brutalité, sa passion pour la débauche lui attiraient l'affection des soldats ,• on le nommait Phocas.

Un devin avait dit à Maurice qu'il devait se défier du glaive de l'homme dont le nom commençait par les lettres PH. Le prince crédule , troublé par cette prédiction, crut d'abord qu'elle pouvait regardei' Philippique. Ce général, appelé par lui , dissipa ses soupçons , et lui dit que si l'oracle du devin était digne de quelque foi , il devait plutôt se nie ttre en garde contre Phocas. i(. Prince, )? ajouta- t-il, vous devez le connaître; il vous a )) autrefois insulté au milieu du sénat; c'est un » soldat séditieux ; il est tout ensemble insolent )) et lâche. »

Q-ilO IIISTOIKE

(c Ah! ic'ponclit Maurice, s'il est lâche, il Joil » être sanguinaire. »

pi.ocas est Cependant les progrès de la révolte s'étendaient

olu i;caéral. . . ^ i i »i tm i

chacjue jour. Les soldats élurent Phoças pour leur général. L'empereur, haranguant le peuple dans le cirque, parla de cette sédition avec mépris. La faction bleue l'applaudit, la verte se tut; les rebelles s'approchèrent et oftrirent la couronne à Germain, beau- père de Théodose, fils aîné de l'empereur : Maurice ordonna sa mort, mais Théodose favorisa sa fuite, rn te Cependant la révolte éclate dans toute la ville,

itc Maurice. -i»T- 1 ' • r

la garde reiuse démarcher. Maurice, déguisé, se sauve avec sa femme et ses enfans ; il envoie son fils aîné à Cosroès, en lui demandant de lui rendre le même service qu'il a reçu de lui autrefois.

Germain ne resta pas long-temps dans l'erreur où l'avaient jeté les propositions trompeuses des rebelles; apprenant que la faction verte s'opposait à son élévation , il suivit lâchement le char de la fortune , et se rendit au camp de Phocas. Phocas est Cclui-cî couvoquc Ic pcuplc ct l^séuat, et feint encore d'otfrir la couronne à Germain qui la lui rend ; le rebelle est proclamé empereur par la multitude, et couronné par le patriarche. 11 entre dans la capitale, la traverse sur un char attelé de quatre chevaux blancs, se rend au cirque, jette au peuple une grande quantité d'or et d'argent, fait célébrer par des jeux son couronnement, partage le trône

DU BAS-EMPIRE. 124l

avec Lcontln(î sa femme ; le triomphe du crime s'acliève paisiblement , et ce jour de désastre ressemble à un jour de fête.

Cependant les soldats de Phocas poursuivent Mort de

,, l'A' '1 11 • /->i 1 / 1 • Maurice c-t

1 empereur cletrone, ils 1 atteignent en Lihalcedoine, de se» fiis. où il avait fait revenir son fils aîné. Ce monarque infortuné vit trancher la tête à ses cinq fils , dont le sang rejaillissait sur lui. Faible prince, chrétien résigné , il se soumit au jugement céleste, et bénit, dit-on, le nom de Dieu à chaque coup de hache qui tombait sur ses en fans. Après leur mort il présenta intrépidement sa tête au bourreau , et reçut sans effroi la mort qu'il aurait évitée, s'il eût montré sur le trône le même courage que dans les camps.

11 commanda les armées avec habileté, commença son règne avec sagesse, le termina sans gloire , et mourut en martyr. On porta sa tête au tyran ; Pierre fut massacré. Théodose chercha en vain un refiige dans l'église , on l'en arracha, et il fut immolé. Maurice perdit la vie et le trône le 27 novembre 602 ; il était âgé de soixante-trois ans, et en avait régné vingt. Les cadavres des victimes furent jetés dans la mer ; on exposa leurs têtes sur des pieux, aux regards du peuple et aux insultes des soldats.

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