‹ Histoire universelle, ancienne et moderne (volume 2)Chapitre 19 sur 47 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

Portrait de Phocas. — Evéncmens en Orient. — Mort de Narscs par la perfidie de Domentiol , frère de Phocas. — Conspiration contre Phocas. — Révolte de Crispe. — Départ du jeune Hérarlius. — Son arrivée à Constantinople. — Défaite et mort de Dpn^enfiol. — Déchéance, mutilation et mort de Phocas. — Héracliiis est empereur.

PHOCAS. (An 6o3. ) Poitiait Les vices grossiers d'un soldat féroce étaient

de phocas, ' i> r ' • t ^ H • »

couronnes ; 1 armée avait livre 1 empire a un monstre : il suffisait de regarder ses traits pour connaître l'atrocité de son âme; son regard était farouche, ses cheveux roux , ses sourcils épais et joints ; on voyait sur son visage plusieurs cicatrices profondes qui devenaient noires lorsque la colère l'enflammait.

Son élévation fut pour l'Orient le signal des plus grands malheurs j les Perses dévastèrent les frontières de l'empire ; la famine et la peste y répandirent la mort, mais le sanguinaire Phocas fut encore pour les peuples le plus fatal de tous ces fléaux.

L'image du tyran et celle de Léoniine sa

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femme arrivèrent, selon l'usage, à Rome, el, de même qu'autrefois, on adoiait dans celle ville, avec une égale piété , les dieux de l'enfer et ceux du ciel ; on vit le clergé , le sénat et le peuple , façonnés à la tyrannie , recevoir avec les plus vives acclamations le simulacre de l'usurpaieur.

Le pape saint Grégoire déposa respectueusement ces images au Capitule. L'Eglise regardait alors comme un devoir de respecter toujours l'autorité temporelle , quels que fussent son droit et sa source. C'était la loi de l'Evangile, Grégoire devait s'y soumettre; cependant on ne peut s'empêcher de regretter que ce grand homme n'ait pas alors saisi cette occasion de se rendre maître de Rome et de l'Italie ; la puissance temporelle du saint Siège , si contraire aux maximes de la religion , aurait au moins pour excuse une origine plus honorahle ; elle eût été justifiée par l'Iioneur que devait inspirer un monstre tel que Phocas. Mais Grégoire , plus chrétien qu'ambitieux , n'écoula que l'Evangile , ne s'occupa que du ciel , laissa les hommes disposer de la terre, et reconnut, comme eux , le gouvernement de fait.

Cependant, lorsque tout tremblait sous le glaive du soldat couronné , Grégoire adressait au tyran de courageuses leçons sur ses devoirs. « Ce qui » distingue nos empereurs, lui disait-il, des mo- » narques étrangers, c'est que les rois traitent » leurs sujets en esclaves ; et que ïios empe-

)) reurs, sans rien perdre de leur puissance, lais- )) sent à leur peuple sa liberté. »

Phocas récompensa la soumission de l'Eglise

romaine , en la protégeant contre les hérétiques.

Evénemens ]^q çj^l paraissait alors , dans son courroux ,

en Client. r ' '

vouloir condamner tout l'Orient à gémir; sous la plus affreuse tyrannie. Cosroès se montrait en Perse aussi cruel que Phocas ; ce roi parricide demanda à l'empereur la destitution de Narsès, qui l'avait replacé sur le trône. La guerre continue entre les deux empires; Germain commandait i'arméc romaine ; un-soldat , indigné de servii' * sous ce général perfide , qui avait trahi Maurice , l'insulte et le perce de son glaive. Germain , guéri de cette blessure, livra bataille aux Perses , et la perdit.

Dans le même temps , le bruit se répandit en Syrie que Tliéodose , fils de Maurice , vivait encore , et qu't)n avait trompé le tyran en lui livrant tine autre victime ; on croit facilement ce qu'on désire , le mécontentement accrédite le mensonge : Narsès feint d'être persuadé de l'existence de Théodose ; il soulève ses soldats , et se rend maître d'Edesse ; l'évêque de cette ville s'opposait à la révolte , le peuple le kpida.

Partout on fomentait des soulèvemens contre l'usurpateur , et partout ses vigilans satellites punissaient la rébellion par de nombreux supplices. Toute vertu, tout mérite faisait ombrage à Phocas;

nienncas

oiijiiialiori contre

nu B\s-hMPiiir. î^n

«'•«arlanl tous Jcs lïoimuus de lalius, il rloniia le (X>mmaiKleinent de l'armée à Léonee, chef de ses ciiniiqiios. Cosroès le vainquit dans une sanj^lanle l>ataille , et fît égorger tous les prisonniers.

L' Asie ressemblait à une mer de sang , dans i^i- r' «ic

Narscs p.i

la{[uelle se plongeaient à l'envi Cosroès et Phocas. '" v^f"^>e Donicntiol , frère de l'empereur, ne pouvant j^''^;,!^'^^^ vaincre Narsès , le trompa en l'invitant à une conféi'cnce : ce général , trop confiant , crut à la foi des sermens ; on l'arrêta , il fut brûlé vif.

Malgré l'effroi qu'inspirait la tyrannie , l'indi- c

lion ,.

gnation publique multiplia les conjurations : pI'oc.is Constantine , veuve de Maurice , avait été , ainsi que ses filles , épargnée par le tyran; il les avait seulement condamnées à une clôture perpétuelle. Germain , qui aspirait secrètement au trône , voulut s'appuyer de leur nom et du respect qu'on leuiportait ; par ses ordres , l'eunuque Scholaslique les tire de leur prison , les conduit à Sainte-Sophie ; le peuple se soulève en leur faveur , el livre le prétoire aux flammes. On comptait sur 1 appui de la faction verte ; si elle se fût déclarée , la révolution était faite.

Son chef , Jean de la Croix , refuse de suivre les conjurés , ils le tuent ; cette violence irrite ses nombreux partisans , qui se précipitent sur les rebelles et les massacrent. Phocas voulait faire périr tous ceux qui s'étaient échappés , mais l'église leur servit de refuge , el le patriarche Cyriaque no

consentit à les laisser sortir qu'après avoir fait jurer à l'empereur , sur l'Evangile , qu'il épargnerait leurs jours.

Scholastique seul périt , les princesses furent renfermées dans un monastère ; on força Germain d'entrer dans les ordres sacrés, et Philippique fut contraint à se faire moine.

L'Italie était toujours le tliéâtre d'une guerre rruclle entre l'exarque et les Lombards. Dans l'année 606 , la mort enleva aux Romains le pape Grégoire ; Sabinien lui succéda , et n'hérita pas de ses vertus. Avare et dur pour le peuple, il disait avec hauteur , dans un moment où la famine désolait la capitale , « qu'il ne prétendait pas , y) comme son prédécesseur , acheter à grands )) frais , avec du pain , les éloges d'une incon- » stante multitude. »

T^évoiio Phocas avait fait épouser sa fille à Crispe, son "*''^" confident et son complice ; mais bientôt , jaloux du pouvoir qu'il lui avait donné , il vit avec inquiétude le peuple placer l'image de son gendre à côté de la sienne. La faveur d'un tyran est presque toujours un grand péril : l'obtenir, c'est se placer sur le bord d'un précipice. Crispe , disgracié, et souvent menacé de la mort, excite les grands à conspirer contre Phocas; le patrice Théodose, préfet d'Orient, se joignit à lui. Constantine , du fond de son monastère , secondait leurs vues; sa messagère, Pétronia , chargée par

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elle d'iiiic IcUrc pour Germain, trahit son secret. Le patrice, vaincu par la torture, nomma la plupart de ses complices; ils furent nmtilés avant tl être massacrés. Germain , l'impératrice Gonstantine et ses trois filles subirent la mort.

Cependant les Perses étendaient leurs ravages jusqu'au fond de la Phénicie et de la Palestine ; les Abares dévastaient l'Ulyrie et la Thrace. Phocas , insensible aux malheurs de l'empire , ne s'occupait qu'à poursuivre et à exterminer les partisans de Maurice.

Crispe , qui avait eu l'adresse , dans la dernière conjuration, d'échapper aux soupçons du tyran, cherchait et forgeait en Afrique les armes qui devaient enfin délivrer Constantinople d'un monstre.

Le brave Héraclius , exarque de cette province , qu il gouvernait avec le patrice Grégoire, son frère et son lieutenant, jurèrent la perte de Phocas. Leur première mesure fut de cesser d'envoyer des blés dans l'Orient ; par ce moyen ils disposèrent les peuples de Grèce et d'Asie à la révolte.

Crispe les pressait de hâter l'exécution de leur dessein ; mais , plus sages que lui , ils en assurèrent le succès par une prudente lenteur.

Chaque jour le délire de Phocas augmentait la haine et le mépris qu'il inspirait ; dans l'espoir de réveiller le courage de ses soldais , et de les exciter à combattre les Perses qui menaçaient

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