CHAPITRE NEUVIEME
Inaction d'HèracIiùs pendant dix aûs. — Ses ^r<^paratifs' hostiles contre les Perses. — Jugement, condamnation et mortde Crispe.
— Régence d'Hcraclius Constantin. — Dvpart de l'empereur avec son armée. — Sa \ictoire sur Its Perses. — Son ambassade a Cosroès. — Sa jiouvellc. victoire sur. Jes Perses. — Sa retraite volontaire. — Son combat avec un géant. — Révolte à Constantinople. — Nouvelle guerre avec Cosroès. — Bataille de Zab. Défaite des Perses. — Fuite de Cosroès. — Son abdication. — Cruauté de son fils Siroès. • — Son parricide. — Mort de Cosroès.
— Paix entre Hcraclius et Siroès. — Mort de Siroès. — Retour et triomphe d'Héraclius à Constantinople. — Son départ pour Jérusalem. — Son règne honteux. — Son édit nommé l'Ecthèse. — Description de l'Arabie. — Histoire de Mahomet. — Son origine. — Son mariage avec Cadija. — Ses premières armes. — Scsvoyages. — Son portrait. — Sa prétendue mission comme prophète. — L'Islamisme , loi de l'Alcoran. — Imposture de Mahomet. — Ses miracles. — Son rcve sur le mont Zara. — Ses premières prédications. — Ferveur du jeune Ali , lieutenant de Mahom et. — Fuite de Mahomet. — Hégyrc , ère sacrée des Musulmans. — Mahomet est roi et grand-pontife. — Ses exploits.
— Son entrée artificieuse à la Mecque. — Ses projets de conquêtes. — Défaites des Romains. — Kaleb est nommé général.
— Mort de Mahomet. — Abubeckcr est élu calife. — Guerre entre les Turcs et les Persans. — Défaite des Perses. — Echecs des Romains. — Mort d'Abubecker. — Elévation d'Omar. — Disgrâce de Kaleb. — Pusillanimité d'Héraclius. — Ses préparatifs de guerre. — Bataille de Jarmonze. — Bravoure des Sarrasines. — Défaite des Romains. — Capitulation de Jérusalem. — Entrée d'Omar dans cette ville. — Prise d'Antiochc , par Omar. —Peste en Syrie. — Moit de vingt-cinq mille musul-
i)u BAS-EMPiKi.. a53
in.ms et »|(' K;»lcl>. — Invnsiuu «l'Oii^r çn Egjph- —Mort irHt'iacUiis. — Hi'gcncc dç l'ùppcratrice Marjnc
.jyj'» Ji
HÉRACLlUSi/(An 610.)
L'empire, délivré du f^irdeau de h plus odieuse , ''""^''';» tyrannie, semblait se réveiller d'une longue. lé- p|;"''^"''''^ iliargie , et reprendre son antique ardeur pour la j^loirc et pour la liberté ; Héraclius , semblable aux anciens béros de Rome, devait illustrer le trône qu'il venait de conquérir ; cependant , soit qu'il voulût affermir sa puissance avant de l'étendre, soit qu'il fût retenu dans son palais par les premières ardeurs d'un chaste amour et par les premières jouissances du rang suprême, soit enfin qu'il eût , avant de déployer sa force , beaucoup de mesures à prendre et de maux à guérir, on îe vit dix années dans un repos que Fliistoire lui reproclie , et qui laissa l'Orient gémir sous le joug, de Gosroès. Enfin il réunit toutes les troupes s«' .
^ préparatifs
de l'Afrique , de la Grèce et de l'Orient, dans le hostiles en-
1 ^ ' tre les Per-
dessein de tirer vengeance des Perses , dont les "**'• armes s'étaient avancées naguère jusqu'à Qialcédoine , et qui , depuis sept cents ans y se montraient les ennemis les plus redoutables des Romains.;
L'empereur avait cru d'abord, par déférence Jugeoidnt, pour Crispe, gendre de Phocâs, devoir lui confier lion et mort le commandement de l'armée; soit par traluson.
254 IIISTOIKE
soit par lâcheté , le général laissa sans résistance rennemi piller Césarée et ravager la Cappadoce : par faiblesse , il fuyait devant les Perses ; par vanité, il bravait Héraclius, prétendant que ce prince ne devait qu'à lui sa couronne.
L'empereur , dans l'espoir de le ramener à la soumission , vint le trouver k Césarée. L'allier général ne se leva point pour le recevoir, lui parla en maître et le railla sur ses projets de conquêtes. Héraclius dissimule son ressentiment, retourne à Constanlinople , invite Crispe à s'y rendre sous prétexte de lui faire tenir , sur les fonts de baptême , un enfant que l'impératrice venait de lui donner : lorsqu'il y est arrivé , l'empereur convoque le sénat , et demande si un outrage fait à la majesté impériale mérite un plus grave châtiment qu'une offense reçue par un particulier.
La réponse n'était pas diflicile à prévoir. « Et vous, Crispe , dit-il , quel est votre avis ? » Celuici, trop vain pour soupçonner qu'il fût question de lui , répondit ce qu'un semblable crime ne méritait aucune grâce. »
Héraclius alors , rappelant ses murmures , dénonçant ses insolences , dévoilant ses trahisons (jue prouvaient des actes authentiques , dit : a Je y) suis moi-même coupable ; j'ai mal placé ma » confiance, et je ne devais pas croire qu'un » gendre perfide pût devenir un ami fidèle. »
Après ces mots, il condamna Crispe à être rasé
nv BAS-r.MPiRE. a35
ol renleriiu; dans un cloîirc, où il lernilna ses jours.
Ses soldats éclalalent en murmures ; un prince faible eût augmenté leur mécontentement par les voies de rigueur que dicte toujours la crainte : Héraclius, plus habile et plus courageux , les appela près de lui, leur livra la garde de sa personne , et s'assura , par ce moyen , de leur fidélité.
Pliilippique , tiré du monastère où Phocas l'avait exilé , obtint le gouvernement de Cappadoce ; on lui adjoignit Théodore le Curopalate , frère de l'empereur.
Avant de partir pour l'expédition de Perse , ^^s<^rice l'empereur acheta , par une somme de trois mil- consiaïuin. lions , l'alliance du kan des Abares, le priant de se regarder comme le tuteur de son fds aîné , Héraclius Constantin , auquel il laissa la régence de l'empire, quoiqu'il n'eût alors que dix ans.
Il recommanda aussi au prince barbare son ncparide second fils j nommé Héracléonas. Au moment ^^'^'^ «>«
armée.
de sortir de Consiantinople, il se prosterna au pied de l'autel de Sainte-Sophie , et dit au patriarche qu'il laissait la capitale sous la garde de la Vierge et sous la sienne.
Tel était alors le changement survenu dans les mœurs. Les Romains se confiaient plus à leurs saints qu'à leurs armes ; et les empereurs , oubliant le sénat , chargeaient les évéques de proléger leur empire.
256 UISTOIRL
L'armée clTIéraclius était nombreuse , mais elle n'offrait à ses regards qu'an bizarre mélange d'Africains, de Grecs, de Romains et de barbares de toutes les contrées de l'Europe.
Le courage des uns était abattu par de nombreux revers; la lidélité des autres inspirait peu de confiance. L'empereur eniploya une année entière à organiser celte masse informe , à la connaître , à l'aguerrir et à là discipliner. Sa sévérité y rappela l'ordre , son exemple y ressuscita l'bonneur.
Ses troupes légères remportèrent d'abord quelques avantages, qui firent renaître la confiance depuis long-temps perdue. Cependant Héraclius, peu sûr encore de Tarmée , prit une position forte dans le Pont, et s'y relranclia.
Sarbar , général des Perseis , voulut l'en faire
sortir et attaqua la Cilicie; l'empereur, sans
craindre cette diversion , traversa l'Arménie pour
Sa entrer en Perse ; Sarbar le suivit et lui livra ba-
vicloire sur „, tt ' T < • t / f
les, i^erses. taillc Heracnus , après avoir dispose son armée en habile général , chargea l'ennemi en soldat vaillant : sa victoire fut complète , et , ayant ainsi terminé cette glorieuse campagne , • il prit ses quartiers d'hiver en Arménie.
s„,j Au printemps, avant de recommencer à com-
à cosvoè? battre , il envoya des ambassadeurs à Cosroès , qui les fit assassiner. c( Vous le voyez, dit Héra- » clins à ses soldats , nous faisons k guerire non
DU BAS-EMPIRE. 'iS'f
^) à (les lioniines , mais à des bêles féroces. En » travcisjiiit la fertile Asie, ravagée par ces bar- » bares , vous n'y avez plus trouvé que les cendres » de vos villes et les ossemens de vos pères ; ces » brigands ne respectent ni les lois ni Dieu )) même. Armons-nous donc pour la foi et pour )) riuimanité : vengeons tout ensemble notre culte w et notre patrie : il faut que la Perse soit à son » tour le tombeau de ses habitans; mais , en vous )) enfonçant dans ces vastes contrées , vous allez » vous y voir entourés d'une foule innombrable « d'ennemis , vous n'^ aurez d'autre moyen de )) salut que la victoire ; marcbez , et soyez con- » vaincus que fuir ce serait courir à la mort. »
Une acclamation universelle répondit à ces pa- sa rôles. On se mit en roule, et en peu de jours on victoire snr arriva près de Uanza , aujourd nui launs , ou se trouvait le trésor du roi. Cosroès couvrait cette ville avec une nombreuse armée : Héraclius l'attaqua impétueusement, la mit en fuite, s'empara de la ville, et passa l'hiver en Albanie.
Mais, tandis qu'il étendait ses conquêtes en Orient, les Visigolhs, sous le règne de Suintila, cbassèrent totalement les Romains d'Espagne *. La Perse était une pépinière de guerriers ; comme les anciens Partbes, ils se montraient plus redoutables après leurs défaites , et semblaient renaître de leurs cendres. Sarbar et Sais, réunissant leurs
* An 614.
a5H msToïKE
Sa r. traite- débris , viiirenl Je nouveau atlaquer les Koinains.
volontaire.
Héiaclius , aflaibll par la défection des Lazes qui avaient abandonné ses drapeaux, évita longtemps la bataille, et, par sa retraite, inspira aux ennemis une confiance imprudente.
Leurs deux généraux se séparent ; l'empereur profite de cette faute, marcbe la nuit rapidement, et surprend Sarbar dans son camp. Une grande partie de la noblesse persane périt dans ce combat.
Après cette troisième campagne , Héraclius crut nécessaire de ramener en Asie-Mineure son armée fatiguée par tant de marches et de combats. Il traversa le niont Taurus , le Tigre , la ville de Marlyropolis, et s'arrêta quelques jours dans Amide.
Là , il trouve Sarbar qui l'avait devancé pour
lui disputer le passage de l'Euphraie ; Héraclius
le trompe par une fausse attaque, passe le fleuve
à gué , et entre en Cilicie ; Sarbar , qui le pour-
Son suivait , l'atteint sur les bords du Sacus ; les deux
conil.atBvec , , " , i /^ J-
unpéant armecs s y livrent un combat sanglant. Un distinguait , au milieu des Perses , un guerrier d'une taille colossale , qui portait le désordre , la terreur et la mort dans les légions ; renversant tout ce qui s'opposait à lui, il se précipite sur l'empereur. L'intrépide Héraclius reçoit le choc sans s'ébranler, perce le géant d'un coup de lance , le tue, franchit la rivière, enfonce l'armée perse et la met en déroute.
DU Bas-empiki:. ù5()
Sarbar, qui fuyait, suivi pour toute escorte, alors, d'un déserteur romain, lui dit : « Vois- lu » ce terrible içuerrier , dont les bottines sont cou- )) leur de pourpre , et dont le bras moissonne tant )) de Perses, c'est Héraclius, c'est ton maître, » c'est lui seul qui bat notre armée et qui m'en- )) lève la victoire. » Sarbar ne s'arrêta et ne se crut en sûreté qu'après avoir passé l'Euplirale.
Les triomphes de l'empereur ne rendaient le i^""He peuple de Constaniinople ni plus reconnaissant ni i'""!'^plus docile ; il se révolta parce qu'un édit avait diminué des distributions de grains, trop prodiguées par le lâche Phocas ; la fermeté de la garde dissipa celte sédition,
Gosroès, désespéré, voulait se veni^jer ou périr: Nouviie
" '■ giurio avec
il arme toute sa nation; il fait marcher ses meil- cosr .es. leures troupes, et entre autres cinquante mille hommes qui composaient ce qu'on appelait /es bataillons d'or.) parce que ce métal brillait sur les pointes de leurs javelots. Sarbar, à la tête d'une seconde armée, marcha contre Constaniinople que menaçaient alors les Buli^ares et les Esclavôns; /
Razatès, avec un troisième corps, fut chargé de couvrir la frontière.
L'empereur, dont la prudence n'était jamais en défaut, opposa trois armées à celles de l'ennemi. Théodore, l'un de ses généraux, livr? bataille à Sais; une grêle violente, venant frapper tout à coup le visage des Perses, favorisa l'attaque des
26o HISTOIRE
Romains. Théodore remporta la victoire ; ses soldats attribuèrent ce succès à l'orage excité , disaient-ils, en leur faveur, par la Vierge. Sais, vaincu, mourut de chagrin.
Le lâche et cruel Cosroès fit déterrer le corps de cet infortuné général, et l'exposa sur un gibet aux outrages de la populace.
A cette époque l'empereur trouva parmi les barbares de nouveaux secours et de nouveaux dangers; les Rhosares, qui se disaient fils de Japhet , venaient de paraître sur la scène du monde , et se rendaient redoutables par leur valeur; descendus des montagnes du Caucase, ils envahirent la Circassie et la Crimée. On les appelait aussi Turcs orientaux , ou Tauro-Scythes , ou Cabaj'diens. Us existent encore sous ce dernier nom près de la mer Caspienne.
Héraclius conclut avec eux une alliance, et promit à Ziébel leur prince de lui donner sa fille ; leurs tribus guerrières , s'avançant pour seconder ses opérations , entrèrent en Perse p ^ les défilés de Derbent. Mais dans le même temps les Abares, inconstans comme tous les peuples sauvages, cédant à For de Cosroès, s'unirent aux Perses et vinrent en grand nombre investir Constantinople.
Le kan qui les commandait se croyait tellement sur d'entrer en triomphe dans cette capitale, qu'il répondit avec mépris aux sénateurs chargés de
DU BAb-KMPIKE. 26 1
négocier avec lui : « Rendez-vous à discrétion, M ou voire perte est certaine; car, à moins d'clre » changés en oiseaux ou en poissons, vous ne pou- )) vez ni'échapper. »
Le courage d'Héraclius semblait alors s'être répandu dans tous les cœurs doses sujeis; le éénat répondit aux menaces du barbare avec une fierté antique et romaine ; tous les habitans prirent les armes, chaque jour on livra plusieurs batailles sanglantes sur terre et sur mer; enfin les Abares, voyant tous leurs assauts infructueux, leurs plus braves guerriers écrasés par les machines de guerre, et taillés en pièces par les assiégés qui faisaient contre eux de fréquentes sorties, s'éloignèrent; on en fît un grand carnage dans leur retraite, et leurs bâtimens légers furent dispersés ou détruits par la flotte romaine.
Tandis que la capitale de l'Orient se délivrait elle-même d'un si grand danger, Héraclius pénétrait en Assyrie, et s'emparait de plusieurs villes ; mais, au moment où rien ne semblait plus pouvoir arrêter le cours de ses conquêtes , les Khosares l'abandonnèrent brusquement, et lui enlevèrent ainsi la plus grande partie des forces qui étaient sous ses ordres.
Le courage des soldats était ébranlé ; ils considéraient avec inquiétude la faiblesse de leurs rangs au milieu d'une terre ennemie. c( Rassurez- )) vous, leur dit Héraclius, Dieu a voulu éloigner
263 HISTOIKt
» nos perfides alliés, pour que nous ne devions » nos triomphes qu'à lui seul et à noire courage. » Il continue intrépidement sa marche , et se trouve enfin dans la plaine de Zab , près de INinive , en untaiiie prëscnce de l'armée des Perses. La bataille Ait longue, la résistance opiniâtre, la mêlée terrible; chacun amenait sur le champ de bataille ses dernières ressources; cette journée devait décider du sort des deux empires : l'air était obscurci par les traits, un nuage épais de poussière cachait dans l'ombre les ravages de la mort.
Les haines de sept siècles, accumulées, semblaient faire éclater dans ce champ de carnage leurs dernières fiireurs ; enfin Héraclius , las de voir si long-temps la fortune incertaine, veut la décider. Animant ses troupes du geste et de la vois, il s'élance comme un lion dans les rangs ennemis, renverse de sa lance deux vaillans satrapes, aperçoit le chef de l'armée, Razatés, fond sur lui, et trouve un adversaire digne de le combattre. Le Persan frappe de son redoutable cimeterre le casque de l'empereur, le brise, fait couler son sang, et, d'un autre coup, lui fait une profonde blessure dans la janibe. Héraclius, d'un coup plus terrible, se venge, et termine cette lulteen enfoï^çant son glaive dans la poitrine de Razatt^s. Dtfaite La chute de ce guerrier est le signal de la dié— faite des Perses ; la moitié de leur armée est détruite , l'autre fuit ; leur camp est livré au piikrge.
m RAS-ETVIPIRE. ^265
NlniVc ouvrr ses pdrles au valnqiu'iir; TJcraclias rnarclio sur Ctésiphon , met on cendres les pal.iis du roi , et arme enfin à Dascara , aujourd'hui Dljala , qui élail alors la résidence des monarques de la Perse.
Cosroès, surpris, ne dut son ^alut qu'à la rapi- t'uii-dite de son coursier. Le palais de Dascara réunissait tant de richesses , fruit des conquêtes de tant de siècles , que , selon les historiens du temps , sans doute exagérés, le butin qu'en rapporta Héraclius fut estimé à près de cinq millards.
Le roi de Perse, errant, s'arrête dans Une cabane ; il avait perdu son trône et non sa cruauté ; furieux de sa défaite , impuissant pour la réparer, il n'écoute que son désespoir. Comme il ne peut se vehger de ses ennemis , sa haine se porte sur ses sujets. Plusieurs courriers partent chargés d'arrêts de mort contre Sarbar et contre une foule d'officiers; indignés de cette injustice , ils se révoltent et viennent tous se ranger sous les drapeaux de l'empereur.
Héraclius , aussi modéré dans la prospérité que le roi de Perse était cruel dans l'infortune , îuï écrivit : « Je vous ai combattu et je vous poursuis, w non pour vous détruire , mais pour vous forcer ^ à la paix. Autrefois je Vous l'ai demandée, a u- » joutïï'hui je vous l'offre. »
Un refuà orgueilleux fut la réponse de Cosroès : éë ihOHarqUe , vaincu, liai, méprisé, se sentant
Son abUicaliun
264 HISTOIRL
traîner par le chagrin aux portes du tombeau,
déclara qu'il voulait céder les débris de son trône
Ciuauic à son second fils Médarsès. Mais Siroès , l'aîné de
de son fils , .
Siroès. tous , qui était enfermé à Séleucie dans une prison
Son ^ *■
parricide, par l'ordrc de son père , rompt ses liens , arme ses partisans , se voit rejoint par les restes de l'armée , égorge vingt-quatre de ses frères, ordonne d'arrêter Cosroès, son père , et le fait enchaîner, jy^jj Au lieu d'alimens , il ne lui fait servir que des
^* *^''*"*'" lingots d'or, et le condamne à mourir de faim, en lui adressant ces mots barbares : « Nourris-toi )) de cet or pour lequel tu as si long-temps opy) primé la Perse et ravagé le monde. »
Paix entr. Qq moustre , élevé au trône par un parricide :
Iléracliiiset i. L ^
au trô^e^"^^ conçlut la paix avec Héraclius. Les deux empires reprirent leurs anciennes limites; on rendit à l'empereur la vraie croix, dont Sarbar avait dépouillé. Mort dit-on , l'église de Jérusalem. Quelque temps
(l« Siroès/; , Cl- ' ••11 n '
après, Siroes mourut viclime de la peste, fléau peut-être moins horrible que liii.
Le règne de Cosroès et le sien avaient détruit le prestige de ce long respect porté dans 1 Orient aux souverains ; la Perse devint la proie de l'anarchie ; on y vit huit règnes en quatre années : Sarbar fut un de ces rois éphémères ; Ildesgerde , 1 un de ses fils , monta sur le trône , et fit cesser ces troubles intestins ; mais ce fut sous son règne que les musulmans détruisirent l'empire des Perses.
Héraclius revint dans la capitale jouir du plus
DU BAS-EMPUtli. ^65
glorieux triomphe dont Rome et Constanlinople R.tour eussent ete témoins depuis plusieurs siècles. duèraciias
à Conslan-
11 s'y montra sur un char traîné par quatre ëlé- ii"«>pie. phans , les trésors de la Perse, élalés aux yeux du peuple, excitaient son entliousiasme , et la vue de la vraie croix, sa vénération.
Il partit ensuite pour Jérusalem; animé d'un sonJéimrt zèle plus religieux que politique , il en chassa les saiem. Juifs, et porta lui-même sur ses épaules la croix jusqu'au Calvaire. 11 reçut dans cette cité la nouvelle de la naissance du troisième de ses fils , et donna audience aux ambassadeurs du roi de France , Dagobert , qui le félicitait sur ses exploits.
Cette époque brillante aurait dû terminer la vie son rôgu» d'Héraclius; malheureusement il survécut à sa gloire, et, en le suivant dans la seconde moitié de sa carrière, nous n'aurons plus à peindre qu'une vie faible, molle, un règne honteux et funeste. 11 nous avait fait remonter aux beaux jours de Rome, et nous allons retomber avec lui dans Byzance.
Fatigué de combats , rassasié de gloire , il abandonna ses camps pour se retirer dans son palais, oublia ses guerriers, se livra à ses courtisans, s'entoura d'eunuques, de moines; et, détournant ses regards des dangers qui menaçaient l'empire, il ne s'occupa plus qu'à résoudre des questions théologiques : enfin, descendu honteusement du rang des héros, il entra dans la foule des sectaires.
Les anciens maîtres du monde, menacés de tous
iz66 HISTOIRE
côtés par les barbares, s'étourdissaient stupidement sur la chute rapide qui les entraînait dans l'abîme , sourds au bruit des armes , ils n'écoutaient que les cris du cirque , les déclamations des prédicateurs , les voix discordantes des synodes et des conciles, les harangues factieuses des chefs de secte , et laissaient tranquillement les Visigolhs les chasser de l'Espagne , comme les Lombards de l'Italie.
Les Francs , autrefois tributaires , étendaient rapidement dans l'Occident leurs conquêtes et leur durable puissance: les Abares, les Esclavons, les Tauro-Scythes insultaient et menaçaient la capitale de l'Orient. Les Perses , vaincus, reprenaient sans obstacle leurs anciennes limites et leur attitude menaçante ; enfin un orage formidable se grossissait dans les déserts de l'Arabie sous un étendard sacré; et, au milieu de tous ces périls, l'empereur ne cherchait que les moyens de concilier les opinions d'Apollinaire, qui confondait les deux natures divines ; de Nestorius , qui soutenait qu'elles s'unissent de volonté ; d'Eutychès, qui ne reconnaissait qu'une nature en Dieu, et des Monothélites qui croyaient à une seule volonté en deux natures.
Par un contraste remarquable, tandis que le belhqueux Héraclius attachait la plus grande itn^ pôrtànce à ces puériles subtilités, le chef de 1 Eglise, le pape Honorius , les traitait avec mépris,' et ne lés appelait qiiè dêS querelles dé mats.
IW BAS-EMPIRE. 267
Ij'cnin(rr(3iir aiiemcnta ranitiiosilc de ces sccies, Son
. ^ éilit noninié
en voulant lerrainer leurs discordes parlaibrcedei'iccthèsc. son autorité : il publia en 65g , en faveur des monothélitos, un édit alors fameux , et qu'on nomma l'Ecthèse. Rome et l'Afrique refusèrent de s'y soumettre : la chaire combattit l'usurpation du trône ; les disputes continuèrent, et le vainqueur des Perses , vaincu par les prêtres, fut obligé de désavouer son édit.
La fureur anarchique des barbares du Nord détruisait et dispersait les derniers débris de l'empire romain; l'Orient, dégradé par la servitude, énervé par la mollesse, précipitait sa décadence, en se soumettant à l'avidité des courtisans , aux caprices des eunuques , aux folies du cirque , au délire des disputes ihéologiques ; ce fut dans ce moment de désordres et de faiblesse que l'on vit naître et s'accroître en peu de temps dans les sables du Midi , sous un ciel brûlant, au milieu de tribus fières , sauvages et belliqueuses , une religion et une puissance nouvelle qui changèrent la lace de la plus grande partie de monde, et qui furent au moment de le soumettre tout entier à un seul culte , à un seul maître , à une seule loi.
Bientôt nous verrons' tous les trotte^ de l'univerij renversés ou ébranlés par l'apparition d'un Ariibe, par la voix d'un faux prophète, par le glaive do Mahomet, et par le courage de ses fanatkjues successeurs.
268 lîISTOlRl,
Lorsquepa tyrannie parcotirl la lerie et fait
gémir dans l'esclavage les plus fertiles contrées du
globe , la liberté cherche et trouve un asile dans
les forêts, dans les montagnes , dans les déserts.
Descripiion L'Arabic , de temps immémorial , était restée
de l'Arabie. . ^ ....
mdependante : souvent envahie, jamais subjuguée , elle avait résisté à tous les conquérans , à tous les ravageurs du monde; leurs armes s'étaient brisées contre ses rochers; leurs troupes avaient disparu dans les sables, et, malgré les vains efforts de Sésoslris , de Cyrus , d'Alexandre , de Pompée, deTrajan, les Arabes, monument unique des temps primitifs, gardaient, comme un feu sacré, leur liberté, leurs mœurs, leur courage belliqueux et leur vie pastorale.
Tandis qu'autour d'eux les républiques, les rois, les héros , les nations , les empires s'élevaient, se combattaient, se corrompaient, changeaient de coutumes, de lois, de sol même , et tombaient tour à tour avec fracas, on voyait encore dans les plaines de l'Arabie la simplicité patriarcale, les troupeaux de Jacob , les chameaux d'Esati et la tente d'Abraham,
L'histoire, dans les longues périodes que nous avons parcourues , parle souvent des Arabes, et ne les peint presque jamais ; les révolutions qu elle raconte semblaient toutes s'arrêter devant cette borne antique-, mais leur temps de bonheur et d'ignorance est fini, leur immobilité cesse; une
époque d'orage, de gloire et de domination s'ouvre pour eux; le fanatisme renverse les éternelles barrières qui défendaient leur liberté. Les Arabes vont être asservis , et , conquérans , le sort leur a donné un maître; au milieu d'eux a paru Mahomet.
Tournons donc à présent nos regards sur l'Arabie , puisque l'histoire de cette contrée va se lier inséparablement pendant plusieurs siècles à celle des autres peuples , dont elle fut séparée si longtemps.
L'Arabie forme, entre la Perse , la Syrie , l'Egypte et l'Ethiopie , un triangle , long de quinze cents milles et large de sept cents. Cette contrée, dix fois plus vaste que la France , nourrit toujours moins d'habitans qu'une de nos provinces. Le sol de la plus grande partie de ce pays est aride, brûlé par un soleil ardent , ravagé par des vents impétueux qui frappent le voyageur de terreur , dessèchent sa poitrine altérée, et l'engloutissent dans des tourbillons de sables.
Les côtes de la mer, plus fortunées, jouissent d'un air plus frais , et présentent un aspect plus riant ; on y voit de nombreux troupeaux , des vignes fécondes , et ces nobles palmiers qui offrent à la fois, à l'Arabe fatigué, l'ombrage, le repos et une saine nourriture. Ce contraste d'aridiié et d'abondance ^ fait diviser l'Arabie en Arabie Heureuse et en Arabie Pélrée. Il produit aussi 1 étonnant mélange qu'on y remarque , des mœurs
ayo HISTOIRE
hospitalières et des mœurs féroces , de l'esprit commerçant et de l'esprit guerrier.
On n'y trouve pas plus de variété dans les usages que dans les saisons , et si les fils de Jacob y pouvaient revenir , ils y reconnaîtraient encore , sous les tentes des Bédouins, les habitudes, les caractères et les physionomies des serviteurs, des soldats et des pasteurs d'Abraham.
Dans leurs longues courses , au milieu de leurs déserts, épuisés de lassitude et de soif, ils §e rappellent encore les souffrances d'Agar; et, depuis tant de siècles , leurs irruptions dans les contrées voisines , et leur ardeur constante pour piller et dépouiller les autres peuples, semblent venger encore Ismaël déshérité.
L'infatigable activité des hommes triomphe partout des climats et des élémens ; la nature avait condamné l'Arabie à la pauvreté ; l'Arabe sut y trouver des trésors.
Le chameau, construit pour porter des fardeaux, organisé pour souffrir long- temps la faim et la soif, devint, pour ainsi dire, la navigation du désert.
Le cheval , plus ardent , plus vigoureux dans ces contrées que dans le reste du monde, semble porter sur des ailes l'enfant d'Ismaël à la victoire , et le dérobe par sa rapidité à la poursuite de ises ennemis.
De nombreuses citernes , dispersées au nodlieu
DU BAS-KMFIKI.. '2rj l
lies sables , rasseiublèrcnl les eaux du eiel , cl rcMiplacèi'ent les sources et les fleuves refusés à ces plaines brûlantes.
Enfin l'encens et le café , reclierchés si avidement par le luxe de toutes les nations civilisées , apportèrent dans l'Aral^ie une i^raudc partie de l'or des peuples riches; et , tandis que ses déserts étaient couveris de camps nombreux , on voyait s'élever sur ses cotes des villes populeuses et commerçantes.
Le port de Gidda les liait à l'Abyssinie ; ils partaient du roc de Kalif pour commercer avec le golfe Persique et sur les rives de i'Eupbrate. La fameuse ville de la Mecque se trouvait placée à égale distance entre l'Yemen et la Syrie, et Ton voyait arriver en foule les chameaux de l'Arabie aux foires de Bostra et de Damas.
Les tribus qui habitaient les frontières de la Perse et de l'empire romain se mêlaient aux querelles de ces deux Etats, et voyaient s'accroître , par ces discordes étrangères , leur influence, leur gloire et leur richesse ; poursuivant et piUant sans pitié les vaincus , ils ne craignaient point les vainqueurs. Le désert leur servait d'abri , et dans leur retraite il leur suffisait de mettre à sec les citernes, pour poser une barrière insurmontable entre eux et l'ennemi.
Les Romains et les Grecs appelèrent les Arabes Sarrasins , c'est-à-dire Orientaux ; une étrange
^72 liisTotRi:
ignorance a pu seule faire croire à quelques historiens que ce nom venait de Sara ; il eût certes mal convenu aux descendans d'Agar.
Les femmes , aujourd'hui esclaves dans ces contrées , ne l'étaient point autrefois ; elles avaient au contraire une grande influence sur les esprits de ce peuple fier , ardent et voluptueux ; elles y parvinrent même quelquefois au suprême pouvoir. Zénobie , veuve d'un prince d'une tribu de Sarrasins , fut reine , impératrice , conquérante , partagea le sceptre du monde avec Gallien , et disputa vaillamment au célèbre Aurélien la victoire et l'empire.
Une autre reine sarrasine , Mavia , vainquit les Romains , et força l'empereur d'Orient à lui demander la paix.
Le nom de roi , donné aux princes arabes par les historiens , pourrait tromper sur la forme de leur gouvernement. La division de ces peuples en tribus fut chez eux la cause constante de la durée de leur indépendance. Le despotisme ne s'établit facilement que dans les contrées vastes , où une nombreuse population est réunie sous une même loi : la liberté veut des limites étroites et un territoire borné.
En Arabie , chaque ville , chaque tribu avait ses chefs ; on les appelait émirs ou cheiks. Leur pouvoir était peu étendu ; ils ne décidaient rien d'important sans consulter les chefs de famille
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rassemblés; cl si, par un anliquc usage, ce comluandenient restait dévolu à une même fannllc , il y était électif et donné au plus digne.
Les fiers Arabes , toujours armés, reconnaissaient des princes et non des maîtres : ils ne leur soumettaient même pas le jugement de leurs querelles particulières ; le glaive les décidait, et jamais cbez aucune nation la passion de la vengeance ne se montra si durable et si féroce : elle se transmettait de génération en génération.
La guerre étrangère, et quelques jours consacrés aux fêtes solennelles , suspendaient seuls , par de courtes trêves, ces éternelles hostilités.
Les Arabes professèrent d'abord la religion simple d'Abraham ; ils disent encore que le temple fameux de la Mecque, et que l'on nomme la Caaba , fut bâti sur le lieu où Abraham voulut sacrifier Isaac; ils y firent depuis, trop souvent , par une imitation et par une superstition aveugle , des sacrifices humains. Près de ce temple ils montrent le puits d'Agar. Dans la suite , le sabéisme , c'est-à-dire le culte des astres, de la nature divinisée et même des animaux , répandit ses erreurs séduisantes sur cet antique berceau des patriarches.
Ija Syrie, la Grèce et l'Egypte peuplèrent ensuite la Caaba de leurs dieux.
Lorsque les Juifs furent vaincus par Titus , et enfin dispersés par Adrien , ils inondèrent
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l'Arabie j bienlol les Abyssins conquirent plusieurs provinces arabes, et y portèrent l'Evan^le.
Depuis le rèi^^ne de Constantin les sectes , tour à tour persécutées , des nestoriens , des gnostiques , des ariens , des manichéens , des monoibélisles, se réfugièrent en Arabie ; l'imagination ardente des Arabes^ passionnés pour l'éloquence, pour la poésie, pour le courage et pour le merveilleux , accueillait avec faveur tous ceux qui parlaient avec enthousiasme , qui racontaient des prodiges et qui supportaient avec fermeté de grands malheurs.
Histoire Aîusi l'Arabie était devenue au sixième siècle
de Maliomct , l p • • 1* i '
le centre, le reluge, et , pour amsi du-e , le nuisee de tous les dieux , de tous les cultes , de toutes les - erreurs et de tous les fanatismes de l'univers.
Cette anarchie de tant de religions et d'opinions qui se combattaient mutuellement , ne pouvait durer : Mahomet naquit et la termina.
Les ennemis de cet homme célèbre , indignés de se voir contraints de céder à la force de son glaive, à la supériorité de son génie , et n'écoutant qu'une haine aveugle, attaquèrent sa mémoire avec 1 arme de la faiblesse , avec la calomnie ; ils lui attribuèrent une basse origine , sans penser que par là ils ajoutaient un nouveau lustre à sa célébrité , puisqu'ils lui traçaient un chemin plus long et plus difficile à parcourir ; ils augmentaient sa gloire en
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ilisnnt que du soin d'une profonde obscuriié il était parvenu à jeter un si grand éelat.
La vérité est que Mahomet , de la tribu des son origine Koreischites, naquit dans la famille des Hashemiies, maison illustre, dont les chefs, depuis un long espace de temps, avaient été appelés à l'honneur de gouverner les peuples braves et industrieux de la Mecque , et à porter le titre révéré de gardiens de la Caaba.
Son grand père AbduU-Moialleb se rendit fameux par sa bravoure et par sa générosité : possesseur d'une grande fortune , il en fit un noble usage, et l'employa à nourrir les habitans de la Mecque, lorsque cette ville éprouvait une affreuse disette.
Les A rabes de l'Yemen s'étaient depuis quelque temps soumis à payer un tribut au roi d'Abyssinie; les Koreischites , méprisant leur lâcheté, les insultèrent, entrèrent dans leur pays, et le livrèrent au pillage. Les Abyssins vinrent au secours de leurs vassaux, investirent la Mecque, et demandèrent arrogamment qu'on leur donnât en tribut de nombreux troupeaux , et que la garde du temple leur fut abandonnée.
« Ces troupeaux nous appartiennent, répondit » Motalleb, et nous les garderons : la Caaba est » aux dieux qui sauront la défendre contre les >i sacrilèges. "*>
Son courage soutint et justifia 1^ fierté de cette
réponse. La victoire se déclara pour lui , les Abyssins prirent la fuite, et les superstitieux liaintams de la Mecque crurent que les. oiseaux du ciel avaient i'ait tomber sur l'ennemi une jiluie de pierres.
Jamais l'héroïque ne siilTit à l'imagination de^ Orientaux, elle y ajoute toujours le merveilleux. Ces contrées furent constamment le berceau des superstitions et la patrie des prodiges.
Motalleb, digne descendant des patriarches, vécut cent vingt ans : l'un de ses fils, Abdalla, qu'on admirait comme le plus beau des Arabes, épousa la belle Amina, delà noble jfaBiJle des Zahrites : on dit que cet hymen fit mourir de jalousie deux cents vierges, éprises d' Abdalla : Mohamed, que nous appelons TMahomel, fut le fruit de ce mariage; il naquit à la Mecque l'an 670, quatre ans après la mort de Justinien, et au moment où ses compatriotes célébraient encore leur triomphe sur les Abyssins.
11 perdit, étant jeune, sa mère, son père et son aïeul. Comme ses oncles étaient en grand nombre, il n'eut pour sa part d'héritage que cinq chameaux et une esclave éthiopienne. Tel fut le commencement modique de la fortune d'un homme qui devait régner sur l'Arabie, et changer les deslins du monde en fondant une nouvelle religion et un nouvel empire.
Un des oncles ue Mahomet, qui se nommait
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Almlalcb, le prit sous sa prolcclioii <;l lo lo^'ca chez lui; il le tîtvoyai^er, cojubatlre, elle forma au coirinicfce ainsi qu'à la t^ucrre.
Le futur conquéranlde l'Arabie vécut, jusqu'à sonma-
, , , r'af;i' avec
vingt-cmq ans, presque ignore , dans les rangs Ca.iija. des soldats et à la suite des caravanes; enfin il s'associa aux affaires d'une riche veuve de la Mecque , nommée Cadija, se mit en quelque sorie à son service , lui inspira un violent amour, l'épousa, et , par ce mariage , reprit l'éclat et le rang de ses aïeux.
Son oncle fit les frais de ses noces , et lui donna les moyens d'assigner à sa femme un douaire de douze onces d'or et de vin^t chameaux.
Les tribus arabes étaient alors presque perpétuel- ses lement en guerre; leur histoire rend compte de plus armes. de sept cents batailles qu'elles se livrèrent dans le coiu'S d'un demi-siècle. Mahomet exerçait, dans ces combats partiels, son génie belliqueux; il y brillait parmi les plus braves , c'était le prélude de sa grande renommée.
Les intérêts de son commerce lui (iient entre- scs voyage» prendre de fréquens vovages dans la Phénicie , dans la Palestine, en Egvplc, en Syrie et sur les Irontières de la Peise ; il en observa plus les mœurs et les vices qu'il n'en étudia les lois. Son éduca-son port, ait lion avait été négligée. Le prophèle^ qui prétendit depuis éclairer la terre , ne savait ni lire ni écriie; mais, doué d'un esprit pénétrant, il acquit bienlôl
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la plus utile des sciences, il étudia les hommes, apprit à les connaître, et les domina.
La nature semblait l'avoir organisé pour le grand rôle qu'il devait jouer sur la terre ; sa constitution était vigoureuse , sa taille moyenne, sa tête forte et belle , son front large , ses yeux noirs , son nez aquilin , son teint coloré , son air majestueux , son sourire agréable , son regard fier et doux, sa physionomie ouverte et prévenante.
Sa gravité imposait le respect, et ses paroles affectueuses inspiraient l'amitié; il abordait ses supérieurs sans embarras , ses inférieurs sans fierté ; son génie était vaste, son imagination ardente, son courage intrépide, son esprit souple et artificieux, sa volonté inébranlable : toujours fixé vers le but de sa politique, on ne le vit jamais s'en écarter , ni dans ses paroles, ni dans ses actions, ni dans ses affaires, ni dans ses plaisirs.
Ses méditations, ses artifices, ses harangues, ses institutions , ses combats n'eurent sans cesse qu'un seul objet , celui de fondre toutes les tribus en un seul peuple; de rassembler les Arabes sous un seul chef, sous un seul culte j de réunir dans ses mains le sceptre, le glaive et l'encensoir; de gouverner les esprits comme les corps ; enfin de commander aux sages par l'unité d'un Dieu, aux superstitieux par une révélation miraculeuse, au vulgaire par l'espoir des voluptés élernelles.
Il montrait la vérité aux philosophes, piomel-
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tait la {gloire aux grands et aux braves, le pillage aux pauvres, et des délices sans fin aux hommes sensuels : enfin il faisait braver à la foule de ses disciples les austéi*ités, les périls et les privations dans ce monde , par l'attente des trésors et des plaisirs d'un sérail céleste; c'était au nom du ciel qu'il voulait conduire ses soldats à la conquête de la terre.
Dans ses longs voyages il méditait ses grands desseins , et se retirait fréquemment au fond d'une caverne, où il prétendait, par l'entremise de l'ange Gabriel , recevoir les ordres de Dieu.
Ce fut à l'âge de quarante ans , dans l'année 6" 1 4, '•=> préien-
o y ■> ■> j„g ijii5sion
que ce conquérant adroit , audacieux , enthou- '°"""*' p^°siastc , déclara sa prétendue mission, et voulut se faire passer pour prophète :
(c Dieu m'envoie , dit-il , pour rétablir le culte )) antique et pour lui rendre sa pureté. Abraham » et Ismaël , dont nous descendons , n'étaient ni » juifs ni chrétiens, mais vrais croyans ; ils n'ay^ doraient qu'un seul Dieu, et ne commirent ja- » mais l'impiété sacrilège de lui associer d'autres » divinités. »
La profession de foi du nouveau prophète était simple comme toutes les grandes idées qui laissent de longues traces ; elle se réduisait à ce peu de mots : « 11 n'y a point d'autre Dieu que Dieu , » et Mahomet est son envoyé. »
Les pratiques auxquelles il soumit dans la suite les musulmans étaient supei siilieuscs , cl , par là ,
aSo HISTOIRE
faites pour le vulgaire. Mais le dogme de l'unité de Dieu rendait sa doctrine respectable aux bons esprits. Enfin son paradis sensuel , et l'idée du fatalisme qu'il grava profondément dans l'imagination de ses disciples, en fit des enthousiastes invincibles.
Tandis que l'Asie et l'Afrique n'offraient plus aux regards du monde que des pnnces amollis, des grands corrompus, des soldats énervés, des peuples écrasés d'impôts, et livrés presque sans défense aux invasions des hordes barbares et a nar chiques du Nord , Mahomet formait , prêchait, rassemblait et armait contre eux un peuple vigoureux, ardent, belliqueux , dont le courage élait fortifié de toute l'âpre té d'un climat brûlant, de toute la fermeté qu^inspire le mépris du repos , des richesses et de la mort, enfin de toute la violence du fanatisme.
Jamais circonstances ne furent plus favorables pour une grande révolution. Partout l'idolâtrie était livrée au mépris ; la multiplicité des dieux , dans la Gaaba, avait rendu leur culte ridicule. Les discordes des conciles, la confusion des sectes divisaient et fatiguaient l'Asie et l'Afrique. Les Perses et les Romains ne s'occupaient qu'à se détruire mutuellement , et à repousser les barbares du Nord.
L'œil perçant de Mahomet mesura son siècle j il vit que le temps de l'Arabie était venu , qu'elle
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pouvait , à son tour , briller parmi les grands empires qui s'éiaient successivement élevés et dé- Iriiils.
La loi de Mahomet , Vislamisme , est renferjucc L-hi»-
' misrao, lot
tout entière dans un livre nommé l'^/corcz/i. Un'i<:i'Aic..ia« moine nestorien , appelé Sergius , aida , dit-on , le prophète à le composer; c'est ce qui peut expliquer le mélange bizarre qu'on y trouve des doctrines juives et chrétiennes.
Suivant ce livre , a il n'a existé que six grands y> prophètes, Adam, Noë, Abraham, Moïse, » Jésus, et Mahomet, le dernier, ainsi que le » plus grand de tous. »
Le législateur des musulmans , ménageant les chrétiens qu'il espérait séduire, montrait beaucoup de respect pour Jésus-Christ; il ne le reconnaissait pas conmie Dieu, mais il déclarait que nul autre ne s'approchait plus près que lui de la Divinité.
Dans son livre , il prétend que les Juifs , qui crurent l'avoir tué, n'avaient frappé qu'un fantôme, tandis que son corps était monté dans les cieux.
L'arme de Jésus-Christ, pour vaincre les âmes, fut la douceur, et celle de Mahomet la force. Cependant l'imposteur était trop artificieux pour employer d'abord ce moyen violent ; il se montra tolérant tant qu'il fut faible : tel on voitun rui^-7 seau modeste baigner les muis qu'il renverse dès qu'il devient torrent.
Le faux proplièle, dans ses premières prédications , disait n'avoir été envoyé aux hommes que pour les persuader; lorsque ses disciples formèrent une armée, devenu maître, il commanda aux consciences.
Sa loi étoit sévère, mais politique ; par cette loi, tout infidèle, tout idolâtre participe aux honneurs, aux pouvoirs, aux privilèges des Arabes s'il embrasse le culte mahométan. Il meurt s'il prétend défendre à la fois sa religion et son indépendance ; mais dans le cas où il veut garder sa foi en se soumettant au pouvoir temporel de Mahomet , ses jours , ses biens sont épargnés ; il exterce en liberté son culte , et n'est obligé qu'à payer un léger tribut .
C'est à l'habileté de ce système que Yislamisme dut la rapidiié et la facilité de ses conquêtes ; le désir de partager la puissance et la fortune des Arabes vainqueurs rendit les conversions nombreuses. Les peuples, accablés d^impôts parleurs souverains , se soumirent sans regret à un faible tribut qui leur assurait la paix, la liberté de conscience et une forte protection. Quant à la servitude, ils ne faisaient qu'en changer; aussi, partout où régnait le despotisme oriental, on ne vit que peu d'hommes braves et opiniâtres s'opposer au sceptre et au glaive de Mahomet. « Ce furent, » dit à celte occasion le célèbre Monstesquieu, » les tributs excessifs qui donnèrent lieu à celte
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» cliangc l'acililc que trouvèrcnl le* niahomé- » laiis dans leurs conquêtes. Les peuples, au » lieu de celle suite continuelle de vexations w que l'avarice subtile des empereurs avait iniagi- » nées , se virent soumis à un tribut simple, payé » aisément, reçu de même , plus heureux d'obéir » à une nation barbare qu'à un gouvernement » corrompu , dans lequel ils souffraient tous les )j inconvéniens d'une liberté qu'ils n'avaient plus, » avec toutes les horreurs d'une servitude pré- » sente. »
Mahomet prétendait recevoir successivement, dans ses cavernes , les feuilles de l'Alcoran , qu'un ange lui jetait du haut des cieux ; il les enferma dans un riche étui de soie. Après sa mort, Abubeker publia ce recueil sacré , dont chaque verset est regardé par les Musulmans comme un miracle.
Au milieu d'une foule d'extravagances qui choquent dans l'Alcoran la froide raison des Européens , et qui plaisent à la vive imagination des Orientaux , on trouve tous les préceptes de morale, de justice, de charité , sur lesquels toutes les religions s'accordent ; car aucune, sans ces principes , ne pourrait s'établir.
Ce qu'il faut admirer dans Mahomet , c'est son habileté profonde , il grava ses lois non-seulement dans les esprits , mais dans les cœurs : c'est là le sceau du génie. Moïse, Confucius , Lycurgue,
Zoroaslre, Numa, Jésns-Christ et Mahomet sont les seuls législateurs dont les institutions soient devenues des mœurs.
Le musulman, comme le juif, le Chinois, le Spartiate , le Romain , le chrétien , périt plutôt que de renoncer à ses lois.
Par malheur pour l'Orient , ce nouveau culte, qui inspirait tant de fanatisme , et qui devait faire tant de conquêtes, était empreint d'iin caractère funeste aux progrès de la civilisation. Le flambeau des autres cultes éclaire et féconde , celui-ci brûle et dessèche ; s'il porte au cOurage pour mériter le ciel, il inspire l'insouciance pour les biens de la terre, et dispose au mépris des lettres et des arts. En effet, dès qu'on adopte le dogme du fatalisme , à quoi servirait d'apprendre et de prévoir, puisqu'on ne peut rien éviter ?
Mahomet disait a que l'Alcoran était incréé , » éternel , dicté par Dieu même ; il défiait les » anges d'çn imiter une seule phrase. » Au commencement de sa carrière prophétique , lorsqu'il s'annonça comme l'apôtre de Dieu, on lui demanda de prouver sa mission par quelques signes merveilleux. « Une religion sans mystère, répon- )) dit-il, n'a pas besoin de prodiges : la vérité « fait sa force; mais je vous prouverai cepen- » dant que le glaive de Mahohiet n'a pas moinâ y> de puissance que la verge de Moïse. ))
Le nouveau prophète ne tarda [)as à s'aperce-
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voir qu'il se Irouipail, et qu'il parlerait en vain à la raison des Arabes, s'il ne frappait leur imaginalion par des prestiges. Bientôt l'imposteur parut j^Mllt'omrt faire de nombreux miracles; ses disciples crurent et croient encore qu'il guérit des malades et ressuscita des morts ; ils virent l'eau jaillir de ses doigts; les cîiameaux lui parlèrent : une épaule de mouton lui révéla qu'elle avait été empoisonnée .'^", .
i i miracles.
parmi juif; mais cette révélation vint trop tard, car il en avait goûté ; et depuis ce temps il souffrit toujours des effets du venin qui abrégea probablement sa vie.
Ce qui remplit surtout les Arabes de respect et d'admiration pour lui , ce fut le rêve qu'il fît sur le mont Zara. L'ange Gabriel lui ouvrit le cœur , en tira une goutte noire , principe du péché , et le remplit de foi et de science. Il lui amena ensuite y^/6oraiL' 5 animal' mystérieux , monture des prophètes ; cet ^Iborak tenait de l'âne et du mulet ; il avait une face humaine, une mâchoire de cheval et des ailes d'aigle.
Cette béte céleste lui parle , se baisse pour le son rêve
' sur Je mont
recevoir sur son dos , et le mène dans le temple de ^ Jérusalem , où il est reçu par Abraham et par Jésus Christ. Il y trouve une échelle de lumières, par laquelle il monte au ciel ; il passe entre les étoiles , globes immenses suspendus aux cieux avec <lcs chaînesd'or, y rencontre Adam, les anges, et admire le grand coq bleu, dont la tète est si éloi-
ira.
gnécdcla queue qu'il faudrait cinq cents ans j)our parcourir l'espace qui les sépare. Tous les coqs de la terre répètent ses chants.
Il traverse ensuite sept cieux de diamans , d'émeraudes , de topazes , de saphirs , d'airain , d'or et d'hyacinthes ; les léi^ions des anges , les troupes de prophètes rendent hommage à Mahomet ; on lui présente trois coupes, l'une de lait, l'autre de vin , la dernière de miel ; il prend celle qui contenait du lait. Une voix éclatante lui dit alors : a Si » tu avais choisi le vin , tu aurais échoué dans ta » grande entrepose. »
Enfin il arrive au trône de Dieu , et le jvoit orné de cette inscription : « Il n'y a point d'autre » Dieu que Dieu, et Mahomet est son prophète. ))■ L'Etre suprême le touche de sa main puissante , le pénètre d'abord d'un froid aigu , le remplit après d'une force invincible, et lui apprend enfin tout ce qu'il doit enseigner aux hommes. Ce long voyage fut achevé dans l'espace d'une seule nuit.
Voilà donc, à la honte de l'humaine raison, la fable que les trois quarts du monde ont adoptée , et que tant de peuples respectent encore. g^g ^^ Les premiers disciples de Mahomet furent sa aiMuÔns!^* fename et un de ses parens. Au bout de deux ans, leur nombre ne s'élevait encore qu'à cinquante. Ses premières prédications n'eurent aucun succès. Les Roreischites l'écoutaient avec mépris ; on assure qu'il confondit leur incrédulité en coupant en
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deux, à leurs regards, la lune; que celle planèlc le salua , lui parla en arabe , lourna aulour de la Gaaba , enlra dans le col de sa chemise , et en sortit par sa manche.
11 recommanda au peuple de longs jeûnes, de fréquentes ablutions, lui annonça la résurrection des morts , le frappa de crainte par le tableau de son enfer, et charma son imagination par la pein- ' turc de son paradis voluptueux.
Ayant rassemblé un grand nombre de ses secta- Ferveur Ju leurs dans un festin, le plus ardent de tous, le lieutenant '