‹ Histoire universelle, ancienne et moderne (volume 2)Chapitre 24 sur 47 · DU BAS-F,>IP1RI · texte numérisé non relu

DU BAS-F,>IP1RI

Ses iroupes dôcouragées se débandaient ; l'intrépide Malioniel, par des prodiges de valeur, réchaufte leur zèle, échappe à un péril certain, rétablit le combat, ramène la victoire, et revient dans sa capitale en triomphe , avec six mille captifs et un butin compose de vingt-quatre mille chameaux , quarante mille moutons et quatre mille onces d'argent.

La conquête de l'Arabie , toutes les tribus réu- ses nies en un seul peuple , et la domination paisible conquête» des déserts , ne suffisaient pas à l'ambition de Mahomet. Méditant la conquête du monde , il écrivit à tous les princes de l'Orient , pour les inviter à reconnaître sa mission , son culte et sa loi.

Cosroès renvoya son ambassadeur avec mépris. Le prophète lui écrivit une lettre menaçante, lui annonçant la destruction prochaine de son empire. Bientôt les victoires d'Héraclius parurent accomplir cette prédiction. Ayant reçu par un avis secret la nouvelle de la mort du roi de Perse, il l'apprit à son peuple, en disant qu'il la tenait d'un ange; et, lorsque l'événement l'eut confirmée , aucun incrédule n'osa plus douter de ses révélations.

L empereur d'Orient accueillit favorablement DôfaiieJes 1 ambassadeur de Mahomet. Les Arabes prétendent même qu'Héraclius crut à la mission du prophète, et conclut un traité avec lui. Quoi qu'il en soit, celte bonne intelligence dura peu; un lieutenant de l'empereur , gouverneur de Boslra , fit

Hos

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nssassiner un onvoyé de Malioniel. Le proplièle déclara la guerre aux Romains ; ceux-ci furent vaincus près de Muta, dans une bataille que leur livrèrent les Arabes.

On peut juger par le commencement de celte lutte, qui dura huit siècles, du fanatisme héroïque que le culte de Mahomet inspirait à ses disciples. Au milieu de la mêlée , Janfar perd la main droite , qui tenait l'étendard sacré ; il le saisit de la gauche , la perd encore, et serre entre ses bras le drapeau jusqu'au ]noment où cinquante blessures le renversent sur la foule des morts.

Kaki. Le bouillant Kaleb relève l'étendard, renverse

csl nommé . , r 1 n

général lout cc qui S opposc a ses coups, enionce les liomains, les poursuit , en fait un affreux carnage, et se voit nommé général par l'acclamation unanime des nmsulmans vainqueurs.

Mrtae Mahomet, souverain absolu de toutes les contrées qui s'étendent de l'Euplirate à la mer Rouge , conserva jusqu'à l'âge de soixante-trois ans , malgré de fréquens accès d'épilepsie , et les effets du poison qu'on lui avait donné , la force de son corps et la vigueur de son génie. Une fièvre , qui dura quatorze jours, termina sa vie le 7 de juin 632.

Peu d'heures avant d'expirer , il parut à la tribune , qui était à la fois sa chaire et son trône. « Si j'ai puni injustement quelqu'un, dit-il, je me » soumets au fouet par représailles : si j'ai souillé » riionneur d'un musulman , qu'il proclame m a

nu nAS-i'-MPii;r.. 'M)^

» laule; si \c l'ai dépouille, que moi) hieii ae(p\ille

)) le ca[)ilal et l'intérêt. » Un seul des assislans se plai^aiit , et fut satisfait.

Il atïrancliit ses esclaves, rc'j^la ses funérailles, ctdésijjna pour son successeur, suivant le rapport tie quelques historiens , Ali , et selon d'autres , Abubecker.

Il recommanda trois choses principales à ses disciples , de s'adonner d la prière , de chasser d'Arabie tous les idolâtres , et d'accorder les privilèges des vrais croy ans d tous les hommes^ de quelxpie pays qu' ils fussent y qui embrasseraient îislamisme.

Enfin il déclara que l'ange Gabriel lui était venu dire adieu, et il rendit le dernier soupir sur le sein d' Aïscha , la plus chérie de ses femmes.

Ses dernières paroles furent celles-ci : « Dieu , » pardonnez-moi mes péchés; je vais rejoindre » mes concitoyens qui sont au ciel. »

C'est ainsi que se termina la carrière de cet homme extraordinaire, qui^ le sabre à la main, à la tète de cpielques Arabes, imposant aux hommes un seul Dieu, un seul maître , un seul prophète, recommandant l'aumône, professant la pauvreté, traitant en frèies ceux qui adoptaient ses dogmes, et en tributaires ceux qui refusaient d'y croire , fonda en peu d'années, à la lueur des torches du fanatisme , le plus grand et le plus formidable eujpire du uionde'.

Abubecker rst élu kaliie.

La puissance de ses successeurs fit des progrès toujours croissans tant qu'ils réunirent dans leurs mains le pouvoir spirituel et temporel ; ils conservèrent cette double magie jusqu'au milieu du dixième siècle; mais, à celle époque, quelques guerriers audacieux ayant usurpé le sceptre , les kalifes , vicaires de Mahomet , ne gardèrent plus que le pouvoir pontifical. Il se réduisit à décider les questions relatives aux dogmes ; on leur laissa le stérile honneur d'être nommés les premiers dans les prières. Enhn , au milieu du treizième siècle , lorsque les Tartares se rendirent maîtres de Bagdad , ils abolirent la dignité souveraine de kalife. Le muphti , qui le remplaça , ne fut que le ministre du culte ; et l'on pourrait regarder cette époque comme celle du commencement de la décadence des musulmans ; car tout empire prépare son aflaiblissement et sa chute , dès qu'il s'éloigne du principe qui a fondé sa force et sa grandeur.

Le prophète ne laissait point d'enfans mâles; Ali, son parent, son gendre, le plus enthousiaste de ses disciples , le plus bouillant de ses guerriers , paraissait digne de le remplacer : mais Abubecker, .beau-père de Mahomet, et qui avait le premier embrassé son culte, fut élu kalife ; sa vieillesse lui valut les suffrages d'Omar et d'Othman , les plus puissans des Arabes qui espéraient régner après lui.

Cette première querelle pour le trône devint dans la suite la cause d'un grand schisme et de

nu BVS-EWPIKI.. 2(p

saiîglanlt's guerres entre les Turcs el les P«;rsaiis. qucu» Ceux-c>. soulionneiil encore qii AU, nlari de Fa- T„ic<et'ic8 Uiuo , fille de Maboniel ,• élail le souverain légllinie. Cesl , selon eux , au mépris des lois divines el des droiis sacres des faiimiles, que les trois premiers kalifes et les princes de la dynastie des Omniiades ont régné; au reste, Abubecker justifia par son activité, par son zèle fanatique et par la rapidité de ses exploits, le choix de ses partisans.

Cent vingt-quatre mille musulmans se rémiirenl sous son drapeau. Après avoir fait reconnaître son autorité dans toute l'Arabie, voulant profiter des troubles qui agitaient la Perse depuis la mort de Siroès, il entra dans l'Irac ; c'était l'ancienne Chaldée. Quelques princes arabes, nommés Mundar, y avaient fondé un petit royaume qui relevait du roi de Perse. La fille de Cosroès, Arzounidoch, régnait alors ; elle envoya une nombreuse armée contre les mabométans , sous les ordres de Mahran. Ce général livra bataille aux musidmans , ils Défaite

^ (les Perses.

le détirent complètement, et le tuèrent : les Perses, attribuant leur malheur à la reine, la déposèrent. Trois princes qui lui succédèrent éprouvèrent le même sort; enfin Udesgerde, fils du célèbre Sarbar , fut porté au trône par les vœux unanimes des grands et du peuple ; il régna vingt ans : mais quoiqu'il combattît avec courage , il fut constamment vaincu par Raleb et paii* les mabométans.

2t)6 HISTOIRE

Echec dei Une autre année musulmane avait été envoyée,

Rojiiuins. ''^

parle kalife, en Syrie, sous les ordres d'Obéida. Héraclius chargea Fun de ses lieutenans, Sergius, de la repousser ; mais ses efforts furent vains; la tactique romaine ne put résister au courage invincible des Arabes. La veuve de Mahomet, Aïscha, exerçait une grande influence sur le kalife son père ; elle fit donner le commandement de l'armée de Syrie au fameux Amrou : il se rendit maître de Gaza. Kaleb assiégea Bostra, la prit, et marcha sur Damas : le génie d'Héraclius semblait éteint par celui de Mahomet.

Ce prince naguère si belliqueux , au lieu de défendre son empire , donna l'exemple du découragement ; il s'éloigna de Damas et se retira dans Antioche. Son frère Théodore, réunissant toutes ses troupes, livra bataille à Raleb, près de Gabata ; l'étendard du prophète mit en fuite les aigles romaines.

Par les ordres d'Héraclius une nouvelle armée vint s'opposer à la marche des vainqueurs. Enhardie par ce secours, la garnison de Damas fît une sortie, tailla en pièces un corps ennemi, enleva dans leur camp un grand nombre de femmes sar- V rasines, et se mit en marche pour rentrer dans la ville avec ses trophées.

Le général romain Pierre, qui commandait cette troupe , employa la violence pour outrager la pudeur de Kaula sa prisonnière, et femme

nu B\s-E>iPiKt:. 297

trmi chef sarrasin ; mais il ne tarda pas à se convaincre qno les nmsiilnianes étaient aussi fières et aussi braves que leurs é[)oux. L'intrépide Kaulu repousse avec vigueur cette offense, saisit un cimeterre ; les autres femnies suivent son exemple , toutes s'arment de lances , se rangent en niasse , se serrent dos à dos, résistent vaillamment au glaive d'une foule de Romains qui les entouraient; la résistance opiniâtre de ces guerrières rendit le combat si long, que Kaleb eut le temps d'arriver à leur secours; il paraît, enfonce les Romains et lue leur général Pierre.

Peu de temps après * , Théodore livra aux Sarrasins, près des murs d'Ainadin, une bataille qui dura deux jours : à la lin du premier, la victoire étant indécise , Théodore propose une Irève pendant laquelle il dresse à Kaleb une embûche dans le dessein de l'assassiner. Cette perfidie, découverte, redouble la fureur des Sarrasins; ils enfoncent l'armée romaine, la forcent à la retraite, la poursuivent et en font un grand carnage.

Théodore, ralliant ses débris, veut encore leuler le sort de combats, près d'Enièse; niais les soldats romains méprisent ses ordres, re l'usent de servir sous lui, se révoltent, et proclament empereur un officier nommé Baane : une troupe fidèle accompagne Théodore dans sa retraite , et par sa défection affaiblit l'armée. Les Sarrasins proiitciu

* An 634.

de ces discordes , attaquent impélueusement l'armée de Baane et la taillent en pièces. Cet usurpateur d'un moment courut cacher sa honte dans les déserts de Smaï, où il se fit moine.

Le siège de Damas continuait; Thomas, gendre d'Héraclius, défendait la ville avec courage; mais la trahison d'un prêtre , nommé Josias, en ouvrit la nuit les portes à Raleb. Le général arabe en chassa tous les habitans qui refusèrent d'embrasser l'islamisme ou de payer un tribut.

Implacable dans son triompiie , il fit poursuivre les fuyards, qui furent presque tous massacrés, ainsi que Thomas leur chef. Lorsque le faible Héraclius apprit la perle de Damas , il s'écria : c( C'en est fait de la Syrie. » Ce. prince, qui ne savait plus ni régner en empereur , ni mourir en soldat , sortit d'Antioche , et partit pour Conslanlinople.

Mort Le jour même où la prise de Damas ajoutait tant

d'Abubcc- , .

J'"' d éclat à la puissance des Sarrasins, le kalife Abubecker mourut *. Trompé le premier par Mahomet, il était, de bonne foi, apôlre de l'islamisme ; les musulmans le regrettèrent : ils admiraient sa piété, sa justice et son humble simplicité, autant que la fierté de son courage. Sous son règne , les Sarrasins avaient conquis quatre riches provinces; on ne trouva chez lui , pour tout trésor , que qua-

rante ecus.

* Au 634.

i)L' BAS-EMPiia:. agg

Les Arabes, comme les anciens Romains, respectaient alors la pauvreté ; elle donne une âpre vigueur qui, dans tous les temps, iriomplie de la mollesse et du luxe. L'or de l'Asie était tombé devant le fer de Rome , et la pourpre romaine s'humilia devant les rustiques toisons qui couvraient les sauvages habitans du Nord.

Abubecker , dans ses derniers mojiiens , désigna r.iévaiion Omar pour son successeur. Celui-ci refusait cet honneur, disant : ce La gloire me suflit, je n'ai » pas besoin de couronne. » — a Cela peut être, » répondit le kalife; maiselle a besoin devons, w Omar obéit. Monté sur le trône du chef des croyans, il prit le titre de prince des fidèles, ou d'émir Almoumenin ^ les cbrétiens, défigurant ce nom, en firent depuis celui de MiramoUn. • Kaleb , long-temps rival d'Omar , prévit sa dis- Disgrâce

, , . . . / 'le Kaleb.

grâce, et s y résigna; il fut destitué; et ce guerrier farouche, qu'on nommait l' Attila musulman, tro[> religieux pour résister aux ordres du pontife-roi, descendit, sans murmurer, de la dignité de général aux emplois les plus subalternes, qu'il était certain d'illustrer par son cimeterre redoutable et par sa bravoure enthousiaste.

Cependant Héraclius attribuait ses revers non l'usiuania leur vraie cause, a sa faiblesse, mais aux divisions radius, qui régnaient parmi les chrétiens; il prévit la chute prochaine de Jérusalem ; son zèle religieux ne s'était pas refroidi comme son courage. Il se

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rendu dans la ville sainle, y piil la vraie croix , et, pour la dérober aux outrages des Sarrasins, il l'envoya à Constaniinople : c'était annoncer au peuple de nouvelles délaites, et les rendre plus certaines encore.

Le souvenir de son ancienne gloire lui rendait plus amer le sentiment de sa honte présente. Arrivé près de la capitale, il s'arrêta long-temps dans une maison de plaisance, n'osant reparaître vaincu sur le théâtre de ses triomphes. Là , il reçut l'avis d'une conjuration tramée contre ses jours. Dès qu'on devient faible , on ne tarde pas à être cruel ; sur un simple soupçon, croyant son frère et son neveu coupables , il les fit mutiler et les «xila. Cependant, pressé par les instances du sénat, il fit jeter un pont de bateaux sur le Bosphore, traversa furtivement sa capitale, et rentra en ftigitif dans son palais, à la faveur des ombres de la nuit.

Sa renommée, expirante dans l'Orient, vivait encore dans le Nord. Cuprat, roi des Bulgares, conclut avec lui un traité d'alliance, et chassa les Abares, qui menaçaient les frontières de l'empire. Mais rien n'arrêtait les progrès des Sarrasins; leurs armes ravageaient la Syrie et la Phénicie. Le pillage pouvait amollir leurs mœurs , qui faisaient leur force. Omar, par sa rigueur, affermit leur foi, leur discipline et leur courage ; il punit sévèrement quelques musulmans qui avaient bu du vin à Damas. Le lieutenant du kalile, Aiju-Obéida,

nu B\S-E>IPIHF.. 3oi

nvail accorcL' aux infulèlcs des trêves pour rcccvou" tl 'eux des uibuls ; Oiuar lui leproclia publiquement celle houleuse faiblesse : plusieurs villes de Syrie, ctenireautresBalbeck, ainsi qu'Enièse, tombèrent sous les armes des Arabes. nf-ju»

Ce torrent dévastateur menaçait l'empire d'une sr? ruine ]>rocliaine. Réveillé par ce danger imminent, <ie t^cm-. Hé radius lassemble toutes les forces de l'Asie et de l'Europe ; il en donne le commandement à un général estimé , nommé Manuel. Omar, instruit que cent vingt mille Romains marchent contre les musulmans , monte en chaire , appelle aux armes tous les fidèles , et envoie de nombreux renforts en Syrie. Bientôt les armées furent en présence ; Manuel , avant de combattre et de livrei* les destinées de l'empire aux chances d'une bataille , voulut tenter la voie des négociations. Dans la conférence qui eut lieu entre les généraux, Manuel vit avec surprise les musulmans s'asseoir sur la terre , et refuser les sièges qji'on leur offrait : a D'oij. vient votre étonnement ? dit Raleb. Ce )) gazon cmaillé de fleurs est le siège que Dieu )) nous a donné , et surpasse en richesses les )) trônes les plus magnifiques des chrétiens. »

Les Sarrasins voulaient conquérir, dominer et cauiiir-a.!

. . . Yaniiou?.!'.

convertir ; les Romains ne pouvaient m ne voulaient se soumettre ; la conférence fut rompue , et des deux côtés on courut aux armes pour dé-

Bravoure (les Sarrasins.

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cider par le fer, dans les plaines d'Yarmouze , celle grande querelle.

C est aux époques héroïques des nations qu'on voit toujours l'intérêt privé disparaître devant l'intérêt public. Le général des musulmans, Abu-i Obéida, savait que Kaleb lui était supérieur en talens : sacrifiant son amour-propre à l'amour de la patrie , il lui remit le commandement de l'armée , se plaça en arrière à la tête de la réserve ^ avec le drapeau jaune de Mahomet, et là^ entouré de femmes s;.rrasines , il ne s'occupait qu'à exciter l'ardeur des braves et à empêcher la fuite des faibles.

La mêlée fut longue , affreuse ; le désir de soutenir la gloire romaine animait une armée, l'autre combattait avec la fureur du fanatisme : la victoire demeura incertaine pendant deux jours; cependant l'adresse des archers chrétiens faisait pencher la fortune du côté des Romains ; leurs traits , leurs flèches avaient privé de la vue sept cents des musulmans les plus braves. Les Arabes, découragés, commençaient à plier ; tout à coup les femmes sarrasines s'élancent en foule, sous les ordres de Raula , se jettent au milieu des dangers , se placent à la tête des musulmans, leur reprochent leur lâcheté , et raniment leur courage par leur exemple.

L'intrépide Kaula est blessée et renversée; une autre femme, Oséira , la sauve de la mort, en

nu BAS-EMPIRF.. 3o5

trancliant la lele tlu Romain qui la frappait. Le combat recommence partout avec acliarncment ; tandis que \e succès restait encore douteux , un soldat chrétien, dont un officier romain avait outragé la femme, se concerte avec les Sarrasins , trompe Manuel par un faux rapport , et lui indique un £^ué par lequel il peut, dit-il, tourner les ennemis.

Le général tombe dans le piège; il est attaqué oéfaiiedcs à l'improviste ; les plus braves de ses guerriers sont noyés dans le fleuve,* cet échec décide la victoire : les Romains , enfoncés de toutes parts , prennent la fuite, et laissent cent mille hommes sur le champ de bataille : les musulmans n'en perdirent que cinq mille *. Manuel, prisonnier , fut conduit à Damas , où on l'assassina.

Les vainqueurs marchèrent contre Jérusalem Cap"'"'":

1 lioii de Je-

et l'investirent ; tous ces guerriers fanatiques s'é- '^"*^''''"criaient : (c Entrons dans la terre sainte que Dieu » nous a destinée. »

Vainement le patriarche Sophrone s'efforça de détourner leurs armes, en les conjurant d'épargner une ville sacrée. « C'est parce qu'elle est » sacrée, dit Kaleb, c'est parce qu'elle est le » tombeau des prophètes que nous sommes plus » dignes que vous de l'occuper. »

Sophrone consentit à capituler ; mais il ne voulut traiter qu'avec le kalife. Omar vint rejoindre l'ar-

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lîic'o ; ce fier conquérant de l'Asie augmentait sa gloire en la leyèlant de la simplicité d'un humble péleiin. 11 montait un chameau, chargé de deux sacs qui contenaient de l'orge, du riz et des fruits; devant lui on avait placé une outre remplie d'eau, et derrière un grand plat de bois. Deux ou trois domestiques le suivaient; il prenait avec eux ses repas modestes. Apercevant sur la route quelques Sarrasins vêtus de robes de soie , il les fit traîner dans la boue. Sa tente , comme celle d'un Arabe vulgaire , n'était couverte que de peaux de chameaux. On n'y voyait d'autres sièges que la terre. Le Icalife promit aux habitans de Jérusalem la vie et la liberté du culte, ainsi que la conservation de leurs églises ; mais il leur défendit tous signes extérieurs, les croix, les cloches, leur interdit le prosélytisme, les somiiit à porter un habit dislinclif , leur défendit de parler l'arabe , de porter des armes , les assujettit à un tribut , et les força de reconnaître son autorité souveraine.

rntrér.vo- Omar entra , au mois de mai 658, dans Jérur^tu- vliîê! salem , accompagné du patriarche : et après ce triomphe éclatant sur la croix , il marcha contre Alep, s'en empara, et assiégea Antioche.

Nestorius, général romain, défendit vaillam- .VAi.iic.che Y^^çYit la capitale de la Syrie : mais enfin , dans

|>.ir v'Diar. i -^

une sortie, ses troupes ayant été taillées en pièces, la ville tomba au pouvoir du vainqneiu-^.

' An G38.

DU BAS-KMI'llll.. 5o5

Dans le nK-mo leiups Aimou atlaquaii Césarée; le jeune prince Conslantin , après avoir demande vaincniein la paix, lui livra Lataille et la pendit. Les i^rabcs se reudirpnt maîtres de Gésaçée, de Tyr et de Tripoli j ainsi, lOjLitii la Syrie ifut conquise en six années.?' A i ' ' f '*

La soumission dci. celte?. vaste oontrép ne la>fit i'«î'^ point jouir. du repos quelle espérait ;.'lèf fléau de la ^'^"'''^ i" peste, succédant ù celui de lagueiTe, y exerça *j"'^'^"'|^ "^^ d'affreux ravages; cette^iconiagion ÛL périr vingtcinq mille nuisulmans. Le vaillant K,aleb leur survécut peu. Les S&r^asiiis concfuirent ensuite la Mésopotamie : l'accroissement de leu^ 'puissance augmentait leur ambition comme leurs Forces; le prosélytisme grossissait sans cesse leurs armées. Le plus rapide propagateur d'un culte est un glaive triomphant.

Omar ne cherchait qu'un prétexte pour porter rnva-^ion l'Alcoran et ses armes en Egypte. Le plus mau- Esyi,ic. vais des conseillers, la peur, poussa le patriarche Cyrus à lui offrir l'occasion qu'il désirait ; dans l'espoir d'éviter l'invasion, ill'appela, en promettant au kalife ime forte somme d'argent , qu'il lui fut impossible de rassembler.

Amrou, pour se venger de ce manque de foi, entre en Egypte ; et , quoi qu'il ne commande que quatre mille Arabes, il met en fuite deux armées romaines. Cyrus, égaré par ses frayeurs extravagantes, compromet la dignité impériale, eu TOME 8. 20

3o6 HISTOIRE

offrant pour femme au kalife une liUe de l'empereur : mi refus hautain ne lui laissa que la lionte de celte proposition ridicule. Péluse et plusieurs villes se rendent ; Alexandrie est assiégée ; k? p»^ Iriarche menace Amrou du courroux de Dieu et delà vengeance des Romains. Le fier Arabe, étendant sa main vers la colonne de Poriipée , répond grossièrement au pontife : a Nous ne sorti- )) rons d'Egypte que lorsque tu auras avalé ce )) monument. » La résistance d'Alexandrie dura quatorze mois.

Héraclius voyait avec désespoir un peuple nomade, naguère obscur et presque ignoré , détruire sa gloire, effacer sa puissance et renverser l'empire; il n'était pas plus heureux en Occident : la jeunesse d'Adaloald , roi des Lombards , donnait aux Romains quelque espoir de l'attaquer avec succès ; mais Théodelinde sa mère sut maintenir habilement son autorité.

Quand elle mourut , son fils, déposé par les grands, se réfugia chez l'exarque. Arioald s'empara de son trône ; l'exarque, au lieu de profiter de ces troubles, ne soutint pas le roi détrôné : bien plus, corrompu par l'argent d'Arioald, il fît assassiner le duc de Frioul, qui s'était armé contre l'usurpateur.

Mort Héraclius, voyant l'Espagne enlevée pour ja-

mais à son sceptre, l'Italie presque tout entière sous la domination des Lombards, la Syrie, la

d'Héraclius

( DU BAS-F.MPlRt. Soy

Palestine , ïa Phcnicie conquises par les musulmans, et Alexandrie au moment de tomber dans leurs mains , mourut accablé de remords et de chagrins.

Il avait régné trente ans ; ses premiers exploits' ressuscitèrent la gloire de l'empire romain ; mais les qualités les plus brillantes deviennent inutiles lorsqu'elles ne sont pas soutenues par la force du caractère. Héraclius jeta un vif éclat tant qu'il fut favorisé par la fortune , mais il ne sut point lutter contre sa rigueur; et ce conquérant, dont le sceptre parut d'abord si puissant et le glaive si redoutable, abattu parle malheur, tomba sans gloire, ne laissant après lui qu'une renommée ternie et un trône brisé.

Son premier fils Héraclius Constantin, né d'Eudoxie , avait vingt-huit ans ; Héracléonas , fils de Martine, était âgé de dix-neuf. L'empereur, au moment d'expirer , décida qu ils régneraient tous deux sous la tutelle de l'impératrice Martine *.

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