‹ Histoire universelle, ancienne et moderne (volume 2)Chapitre 26 sur 47 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

Conquête de l'Egjpte par le kalife Omar. — Incendie de la bibliothèque d'Alexandrie. — Conquête de l'Italie par les Lombards. — Publication du code lombard de Rotharis. — • Mort d'Omar. — Rc^e du kalife Othman. — Bataille de Cadésie.

— Bataille nommée la victoire des victoires. — Bataille entre les Romains et les Arabes. — Edit nommé type de Constant.

— Disgrâce, défaite et mort de l'exarque Olympius. — Invasion des Sarrasins. — Association de Constantin à l'empire.

— Dévouement d'un soldat napolitain. — Fuite de Constant.

— Mort d'Othman. — Guerre entre Ali et Moavia pour le kalifat. — Conspiration de trois musulmans. — Mort d'Ali. — Perfidie de Moavia à l'égard de Hasan , fils d'Ali. — Mort d'Hasan. — Règne de Moavia. — Secter d'Ali et de Moavia. — Conquête de l'Esclavonie par Constant. — Ses fils Héraclius et Tibère sont nommés Césars. — Paix entre Moavia et Constant.

— Mort de Théodore , frère de Constant. — Remords de Constant pour ce crime. — Usurpation de Grimoald en Lombardie. — Sa perfidie à l'égard de Gondcbert et de Perthai'it. — Mort de Gondebert. — Fuite de Pertharit. • — Victoire de Grimoald sur les Français. — Projet de conquête de Constant.

— Son arrivée et ses échecs en Italie. — Sa résidence à Syracuse. — Ses exactions et sa mort.

CONSTANT II. (An 46i.) Un ffrand désastre signala la première année du

Conquête y -, r^ . .

de rEgjpie règne de Constant. A mrou , lieutenant du kalife

par le kalife

OiTiar. Omar, se rendit maître de toute l'Egvpte, et s'empara d'Alexandrie. 11 trouva dans celte ville des trésors immenses ;, quatre mille palais, autant de

nu B\S-V.iMI>IUK. OI.l

hciins puhlics , qiialrc cents cirques, et fl(^ii7,e niiMe jardins.

Au milieu de sa nombreuse population ou comptait quarante mille juifs qui nourrissaient le fisc par de riches tributs ; on en exigea un de "deux ducats , que paya chaque Israélite : par ce moyen , ils rachetèrent leur vie , leurs propriétés, et la liberté de leur culte.

Ces immenses richesses rendirent les conquêtes des musulmans plus rapides; ils ne les dépensaient que pour entretenir leurs armées nombreuses, et pour orner leurs mosquées. La religion faisait à chaque nuisulman un devoir de rester pauvre, le luxe public était le seul qu'ils connussent : tout se prodiguait alors pour la foi , pour la gloire , pour la patrie, et rien pour les individus.

Amrou voulait protéger les lettres , et sauver incmiii. la bibliothèqiie d'Alexandrie ; elle était composée iiioUi vnK de cinq cent mille volumes. Il consulta le kalife; «irie. le farouche Omar répondit : (( Si ces livres ne con- » tiennent que ce qu'on trouve dans l'Alcoran , » ils sont inutiles ; s'ils renferment des choses qui » lui soient contraires , ils sont dangereux ; ainsi , » fais-les brûler. » Amrou obéit à regret ; ce trésor des sciences antiques chauffa pendant plusieurs mois les bains d'Alexandrie, et ce fut ainsi que le fanatisme d'un Arabe éteignit les lumières de l'ancien monde '*'.

5l4 HISTOIHL

. Amrou fit nettoyer le canal d'A drien , et le rendit navigable. La peste de l'Egypte, ajoutée à celle de la Syrie et de la Palestine , jeta l'empire dans une profonde consternation. Constant implora vainement les conseils du sénat. Lorsque autrefois , décoré par la victoire , Marc-Aurèle rendait à ce corps auguste la liberté des discussions, il inspirait un juste respect. Mais un faible despote dépouillé , qui demandait tardivement conseil, n'excitait qu'une pitié ressemblante au mépris. ' Conquête D'uu autrc côté, les Lombards faisaient de con-

ae l'Italie . , ., , , 1 /-. a

pariesLom- tmuels progrcs; ils s emparèrent de (jenes, mirent en fuite 1 exarque Platon, prirent Savone, et se rendirent maîtres de tonte l'Italie jusqu'aux Alpes.

Publication Leur roi , Roiharis , fameux par ses exploits ,

«lu code ^ ^ ,, . . .

lombard île dcviut cucore plus célèbre par 1 abolition du droit

Rotharis. ' *

romain , et par l'établissement du code lombard. Ce code s'étendit dans l'Occident; les Normands l'adoptèrent. De nos jour», dans le royaume de Naples, plusieurs de ses dispositions étaient encore en vigueur.

Jusque là les Lombards n'avaient été régis que par des coutumes et des traditions ; Rotbaris publia, en 645, son code, dans le dessein d'imiter Dagobert qui avait rassemblé pour la France les lois des Allemands, des Francs et des Bavarois; le droit féodal européen tire son origine du droit lombard. Les nobles , les magistrats , le clergé

DL BAS-EMPlin:.. 5l5

(lisculaient les lois proposées par le roi, el, si l'on on croit quelcpes liisioricns, les députés du peuple étaient alors admis dans les assemblées.

Après la mort d'Ayon, duc de Bénévent, Rodoald, son successeur, étendit les possessions des Ijombards. Peu de temps après , Grimoald son frère le remplaça; ce fui lui qui, dans la suite, s'empara du sceptre de Milan, en détrônant Periharit.

Le héros des musulmans , le conquérant de la Mort

^ d'Omar.

Syrie , de la Mésopotamie , de l'Ej^^ypte , de la Lybie et de la Perse jusqu'à l'Oxus , le célèbre Omar, péril l'an 644 » sous le poignard d'un esclave. 11 avait pris, dii Cantemir, trente-six mille villes ou châteaux , détruit quatre mille temples idolâtres ou chrétiens. 11 fonda ou rebâtit quatorze cents mosquées. Selon les mahomélans, le bâton d'Omar était plus redoutable que l'épée de ses successeurs ; il ne voulut pas laisser le trône à ses enfans : ce C'est bien assez pour ma famille , disait- » il, qu'un de ses membres ait un aussi grand » compte à rendre à Dieu. ))

Six commissaires^ revêtus de ses pouvoirs , clioi- j.^jifg"Q(î['^ i sirent pour kalife Olhman , guerrier célèbre , et '" que Mahomet avait éloigné du trône parce qu'il préférait les intérêts de sa famille à ceux de l'Etat. Sons son règne , les musulmans achevèrent la conquête de la Perse.

i[iaii.

3l6 HISTOIRE

Raiiiiic Saad , héros sarrasin , avait £jo"né , à vinL'L lieues cleBabylone, la fameuse bataille de Cadésie, contre Rustan , général d'Ildesgerde ; Piuslan disputa trois jours la victoire. Le roi de Perse, vaincu , s'enfuit dans le Korassan ; les Arabes s'emparèrent, à Modin , de ses trésors ; Saad poursuivit l'infortuné ildesgerde , qui chercha un asile dans le Turkestan.

Biiiaiiic Cependant le brave Ruslan, illustrant son mal-

niminicc la '■

i'ictoircdes\^Qyj^Y . appelle aux armes tous les Perses, et à la

victoires 'il

tête d'une armée innombrable , et qu'il avait été impossible d'organiser , tente un dernier efï'ort pour sauver la monarchie. Les deux armées se rencontrent près de Nahavend; les Arabes nommèrent cette bataille la victoire des victoires j au premier choc, les Sarrasins sont d'abord enfoncés ; leur général Nooman est tué ; son lieutenant , Godaïfa, rétablit le combat^ après une longue résistance l'armée persanne fut taillée en pièces.

îldesgerde resta caché cinq ans dans un désert ; un prince turc , nommé Turkhan , à la tète de six mille hommes , vient lui offrir de le replacer sur son trône; l'orgueil des rois est plus constant que leur fortune ; ce vice survit souvent à leur pouvoir, lldesfferde reçut avec hauteur les offres du chef d'une horde barbare ,' Turkhan , irrité de ses mépris, se range parmi ses ennemis, se déclare mahomélan , et lui fait trancher la Icle j avec elle tomba l'antique empire des Perses qui devint une

nV B\S-r,MPlUE. .117

province dos kalifes *. Përosc, fils crildesgerdc , so relira diez les Cliinois. L'empereur l'accueillit, le nouinia cajiilaine de ses i;ardes , et lui promit dus secours pour reconquérir la Perse ; mais il n'osa ou ne put tenir sa promesse. Bientôt la race des rois persans s'éteignit par la mort de Pérose et de son fds.

Olhnian justifia , par ses fautes , les reproches de Mahomet ; lorsque les généraux Arabes avaient remporté des victoires , il les remplaçait par son frère Abdalla , qui venait en recueillir l'honneur et le fruit. Après la fuite d'Ildesgerde , Abdalla vint conmiander dans la Perse , le Icalife l'envoya ensuite dans l'Egypte conquise , et ne tarda pas à s'en repentir.

Manuel , général romain , trompant sa vigilance, rentra dans Alexandrie. L'invincible Amrou répara cet échec, et reprit celle capitale; l'injuste Othman laissa cependant le gouvernement de l'Eg.ypte à Abdalla, et se rendit ainsi odieux aux Sarrasins.

Bientôt on sut que, méprisant la faiblesse de lîuniiie l'empereur d'Orient , le pairice Grégoire s'était Romains d rendu indépendant en Afrique. Cette défection donna l'espoir au kalife de conquérir Carthage ; il y envoya quarante mille Arabes sous les ordres d'Abdalla; Grégoire, à la tête de cent vingt mille

♦ An G5i.

3l8 HISTOlRIi

Romains , lui livra bataille près de Yacoubée : elle dura tout un jour sans résultat décisif; la fille de Grégoire, montrant le même courage que fit briller autrefois Clélie, combattit avec valeur au premier rang des légions. Le faible Abdalla était resté dans sa tente , loin du bruit des armes , parce qu'on lui avait dit que Grégoire promettait seize cent mille francs et la main de sa fille à celui qui lui apporterait la tête du cbef des Arabes. Enfin , il prit le parti de mettre aussi la tête de Grégoire à prix. Pendant plusieurs jours le combat se renouvela avec fureur , mais dans un dernier choc, Grégoire ayant été tué d'un (*oup de lance , les Africains découragés cédèrent la victoire et prirent la fuite ; la belliqueuse fille du palrice tomba dans les fers de Zobéir, lieutenant d'Abdalla ^.

Cette même année le Sarrasin Moavia fit une descente dans l'île de Chypre , en enleva les habitans et les réduisit à l'esclavage.

Edit Loin d'être réveillé par ses revers, et par la

de con- chute dc 1 Afrique , 1 empereur Constant ne s occupait qu'à protéger 1 hérésie des raonothelites ; il publia en leur faveur un édit qu'on nomma type de Constant. Le patriarche Pyrrhus se rendit à Rome pour adjurer l'hérésie ; mais l'exarque de Ravenné le força très-vite à se rétracter : le pape Théodore excommunia le patriarche Martin ,

* An 648.

DL BAS-EJVIPIKE. 3 1 f)

jKUvcnn au Mono poniificîil, rassembla <lans Rome un synode <lo cent clm[ év«V[nes : ils contlanmèrent I lioresie et. redit de l'empereur.

Cependant les Sarrasins, cpii ne s'amusaient point encore à disputer sur la foi, continuaient à propager leurs dogmes par le glaive. Abdalla se rendit maître de toute la Nubie ; les Sarrasins firent wne descente en Sicile ; le palrice d'Arménie conclut une alliance avec les Arabes ; le terrible Moavia s'empara de Rliodes; et le fameux colosse , qui fermait le port de cette île , frappa , dit- on , d'étonnement et de respect le colosse nuîsulman.

L'enjpereur Constant, plus irrité de la résis- »>sgrâce.

' . * ^ défaite et

tance du pape Martin que des victoires des "'°'* ^^

*■ ' ■• l'exarque

Arabes, chargea l'exarque Olympius de l'assas- ^'^"'p'"" siner , et pour le punir d'avoir échoué dans ce dessein, il lui ôta sa place, et l'envoya en Sicile combattre les Sarrasins.

Olvmpius , vaincu, succomba aux chagrins que lui causaient sa débute et sa disgrâce ; son successeur , Calliopas , se rendit à Rome , brava les fureurs du peuple, les menaces du clergé, arracha violemment le pape de l'Eglise dans laquelle il s'était réfugié, et l'envoya à Constantinople ; il y fut jugé et condamné par ses ennemis. On le traîna dans les rues , escorié par deux bourreaux : son cou était enfermé dans un carcan ; il fut jeté dans un cachot; l'empereur voulait l'y

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