CHAPITRE DOUZIEME
"Election du Myris^ l'Arraénien . — Conduite de Constantin à !'«gard de Myris. — Mort de Myris. — Révolte en faveWr d'Héraclius et de Tibère. — Mort des révoltes. — Éclat de l'empire des musuloiaDs sous Moavia. — • Exploits d'Oncb». — Fondation de la ville de Caïroanpar Oucba. — Disgrâce et réintégration d'Oucba. — Ses nouveaux succès. — Entreprise de Kucilé. — Dévouement de Dinar. — Bataille entre Oucba et Kocilé. — Mort d'Oucba. — B-évokttion en Lombardie. — — Siège de Constaiitinople par Moavia. — Jnvention du feu grégeois par Callinique. — Levée du siège. — Défaite des Arabes. — Paix entre le kalife et l'empereur. — Invasion des Monabites. — Paix entre eux et le kalife. — Invasion des Bulgares. — Leur victoire sur les Romains. — Paix entre eux et l'empereur. — Querelles religieuses. — Mort de Moavia. — Règne tyrannique de son fils Yésid. — Incendie de la 3Iosquée. — Mort de Yésid. — Moavia, fils do Yésid refuse la couronne. — Supplice et mort d'Omar. — Mort de Moavia. — Discordes de ses successeurs. — Mort de Constantin.
CONSTANTIN IV, dit POGONAT.
(An 669.)
Election Dès quc la nouvellc de la mort de Constant fut l'Arniénitn répandue dans Syracuse, les principaux oniciers de l'armée, craignant que son fils ne vengeât sur eux son trépas , revêtirent de la pourpre un Arménien nommé Myris ; et ce qu on aura peine à croire , c'est que dans une affaire si grave ils se
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contluislrent plulôl en artistes qu'en conjurés : le maintien majestueux, la régularité des formes, la beauté de la figure de Myris , furent les seul» litres qui réunirent leurs suffrages en sa faveur.
Constantin , fils de l'empereur assassiné , apprit Conduite
. . ; . «leConslan-
à Constantinople celte élection; comme il était ''"àrégurd
•■■ lie Myris.
digne du trône , il ne fut point découragé par cet événement ; associé par son père à l'empire , il en prit hardiment les rênes : la plus grande partie des forces de cet empire se trouvait alors en Sicile, en Afrique , et sous les dnapeaux de l'usurpateur. Constantin , avec celte rapidité qui crée les ressources et assuix; les succès , lève des troupes en Asie, en Grèce, en Italie, en Sardaigne, en Afrique même, écpiipe une flotte, s'embarque, arrive à Syracuse , frappe les rebelles d'épouvante, de m^iIs. se fait livrer Myris , ainsi que les principaux conjurés, et envoie leurs lêtes à Constantinople.
L'un d'eux, le patrice Juslinien, excita seul de justes regrets ; ce guerrier , dont on estimait les vertus et le courage, avait été porté à la révolte non par ambition , mais par la haine que lui inspiraient les vices de Constant. Germain, son fils, voulut le venger; son complot fut découvert; l'empereur le fit mutiler; il fut , dans la suite , patriarche de Constantinople , et se rendit célèbre par sa résistance, lorsque l'empereur Léon voulut proscrire le culte des images.
Après avoir soumis les rebelles et affermi son
sceptre, Constantin revint en Orient, justement satisfait du pape Vitalien , qui l'avait seconde puissamment dans cette brillante expédition. De retour à Constaniinople , il rendit les. derniers honneurs à son père.
En toute autre circonstance, son courage et son activité auraient suffi pour assurer son repos ; mais l'empire se trouvait alors sur la pente d'un précipice ; il clait devenu impossible de le re* monter j tout ce qu'on pouvait faire était de retarder sa chute. Les vaisseaux de 1 empereur avaient à peine quitté la Sicile que les Sarrasins, appelés par quelques traîtres , v parurent et y débarquèrent; on leur opposa peu de résistance : ces barbares la dévastèrent, s'emparèrent de Syracuse , et emportèrent dans leurs mosquées tous les chefs-d'œuvre des arts, dont tant de siècles et de triomphes avaient enrichi cette antique cité '^. RéToiie Tandis que les armes des Arabes ravageaient ^m'Ichvi les frontières de l'empire, il était déchiré au dedans par des troubles civils. Héraclius et Tibère , frères de l'empereur, et décorés par lui du titre d'Auguste, peu satisfaits d'un vain nom, se plaignaient de n'avoir aucune part au gouvernement; plusieurs corps de milice , gagnés par eux , se révoltent en leur faveur : par un mélange à la fois coupable et ridicule de crime et de superstition , ils prétendent, « qu'ainsi qu'on voit la Trinité
nu BAS-'îMPiKi;. 337
)) réj^nev dans le ciel, l'cmpiro doit olrc f;ouverné )) par trois empereurs. »
Constantin , opposant la dissimulation à l'hypo- '^'on
' ' . ; ^ des révoltés
crisie, écoute avec calme leurs audacieuses réclamations, leur dit que , sur une affaire si importante , il est nécessaire de consulter le sénat : il invite tous les chefs de la sédition à quitter leurs drapeaux et à paraître avec lui dans l'assemblée qu'il convoque. Dès qu'ils ont passé le détroit, il tombe sur eux , à la tête d'une garde fidèle , et les lait tous pendre le long du rivage *.
L'ignorance, la barbarie, la superstition, qui régnaient alors dans l'Orient, paraissent peu s'accorder avec les lumières du christianisme , et l'on voit d'abord , avec étonneraent , que cette religion, qui depuis civilisa tant de nations sauvages, n'ait pu, depuis Théodose, empêcher les Romains et les Grecs de tomber dans les ténèbres de la barbarie ; on serait même tenté , au premier coup d'œil, de l'accuser de cette décadence ; mais, pour se garantir de cette erreur , il suffit d'observer que si Rome et la Grèce avaient conservé leurs noms , il n'y existait réellement plus de Grecs et de Romains ; les armes , les emplois , les dignités, la domination étaient tombés depuis long-temps dans les mains des vainqueurs de ces peuples amollis.
La cour, l'armée, l'Eglise élaient j)euplée8 de
* An 669.