TOME
Gollis , de Vandales , de Sarmalcs, de Lombards, de Francs , d'Arméniens, de Persans ; la barbarie avait fillré de toutes parts dans l'empire ; aucune force ne pouvait résister à ce torrent qui partout éteignait la lumière et changeait les mœurs.
, Pendant ce long orage , les princes, occupés à soutenir péniblement leur couronne chancelante, accumulaient vainement les lois contre ce débordement de vices. Gouvernant des hommes qui ne respectaient plus la justice, ils ne voyaient d'autres moyens, pour conserver leur pouvoir et leur vie , que l'alrocité des supplices , la bassesse des fourberies, ou la lâcheté des plus honteuses et des plus dangereuses concessions.
p^,^^ Tandis que l'empire romain offrait au monde le
.les ^nMisnï-^ liste spectacle de sa décrépitude, celui des mu- Moavia!'** suluians brillait , dans sa jeunesse , du plus grand éclat; sa force croissante menaçait de tout envahir : du fond de la mosquée de Damas, Moavia, pontife et roi, gouvernait l'Asie , dominait en Egypte, couvrait l'Archipel de ses flottes , dévastait la Sicile 5 effrayait Constantinople , et se préparait à conquérir totalement l'Afrique '^.
P^ ,^.,^ Le fameux Oucba , envoyé par lui avec dix d'OucLa. j^{^\\q cavaliers dans celte vaste contrée, pour y étendre la puissance du kalifat et la doctrine de l'islamisme, s'avance comme la foudre, répandant partout la mort et l'Alcorau ; il s'empare de toule
* An 670.
OL r.AS-F,>iPiiii.. 359
la Blrèiio , envole cjaatio-vingl mille prisonniers vn Ei;\ pie , ol pose à <{uaranle lieues de Cartliai^^e , près d'une foret, sur le penchant d'une montagne tbrllle, les fondemens de la célèbre ville de J""??/,';,''"
Caïroan. Il la fortifia, et pendant long-temps elle J^.oncbr fut la capitale nouvelle de l'Afrique, et la résidence des lieutenans que les kalifcs fatimites y envoyaient.
On n'y suivit point les maximes sauvages du farouche Omar. Cette ville fut un asile pour les sciences et pour les lettres, bannies du reste du monde; on y vit une académie renommée , et ce qu'on n'aurait jamais cru , lorsque les ténèbres s'épaississaient sur l'univers chrétien, les Arabes seuls conservèrent alors et étendirent le dépôt de lumières, que détruisirent depuis, dans l'Orîent, les Turcs leurs vainqueurs. La ijloire d'Oucba , ni'irr.îce excitant la jalousie , lui attira une courte disi^râce : '''^^'''"» les revers de son successeur , Dinar, forcèrent le kalife à lui rendre son commandement.
11 poussa ses conquêtes jusqu'en Numidie , tailla "os
. , ^ . nouveaux
en pièces deux armées romaines , traversa la Mau- ^""^sritanie, attaqua Tanger, dont le gouverneur se soumit honteusement , força les passages du mont Atlas, porta ses armes jusqu'aux extrémités du royaume de Maroc , où les Romains n'avaient jamais pu pénétrer , épouvanta par son intrépidité les féroces habilans de ces contrées sauvages , et
34o iiisToiftt
ne fut enfin urrolé dans sa longue course que
par l'Océan '*".
A la vue de cette mer immense , le fougueux guerrier , poussant son cheval dans les flots , agitant son cimeterre, et tournant ses regards vers le ciel, s'écrie : a Dieu |)uissant! sans cette barrière » que tu m'opposes, j'irais forcer d'autres nations, » qui t'ignorent, à n'adorer que loi, ou à mourir. »
Oucba éprouva le sort de tous les conquérans ; ce torrent, rapide comme la foudre, n'en eut que la durée ; ses succès lui firent mépriser les vaincus. Il dissémina ses troupes dans ce vaste pays , et ne garda près de lui que cinq mille hommes. Les Romains , iremblans , n'osaient sortir des for- Kntreprise tcrcsscs oii ils s'étaicut reufcrmés. Un prince
de Kucilé. • 1 T> 1 y
maure, de la nation des Berbers, quon nommait Kucilé, entreprend seul de délivrer l'Afrique.
Les légions n'avaient plus de chef; il leur propose de les commander , réveille leur courage , les rassemble , et, à la tète de cent mille hommes, marche avec rapidité sur Cahoan.
Le musulman Dinar, autrefois esclave: ensuite
Devoue-
mentdeDi. gr^néral , dcpuis déplacé et emprisonné par Oucba, apprend au fond de sa piison les projets et la marche de Kucilé j il en informe son général, qui le fait venir en sa présence, ce Généreux es- )) clave , lui dit Oucba , sans mon im|)rudence ton » avis aurait sauvé les musulmans; en les disper-
* An 6-...
nar
DU liAs-iiAirii; I,. .)4l
» sain , j(; los ai perdus. Je. te rends la liherlé ; » cours en Arabie pour chercher de nouvelles » forces qui relèveront l'empire du prophète : » moi, je vais mourir ; il n'est pas permis à » un général musulman de fuir devant des chré- » liens. »
)) — Je suis digne, répond Dinar, de la liherlé
» que tu me donnes. Tu sais que je te hais , mais
n j'aime la relij^ion et la gloire : incapable de fuir
)) les infidèles , malgré l'aversion que tu m'in-
•» spires, je mourrai avec toi. »
Aussitôt ces deux guerriers fanatiques, à la tête Bataille
entreOucba
de cinq mille Arabes aussi intrépides qu'eux , «' Kuciié. courent au-devant des cent mille Romains et Maures que conduisait K.ucilé. A la vue de l'ennemi ils brisent et jettent les fourreaux de leurs sabres ; les soldats imitent leur exemple ; ils s'élancent avec la fureur du désespoir sur l'armée innombrable qui les entoure, qii les prcse, qui les accable; tous ne songent qu'à donner la mort, aucun ne cherche à l'éviter; ils signalent leur fin glorieuse par le plus affreux carnage; nul d'entre eux ne se rend ; ils succombent entourés de victimes , et cette bataille ne finit qu'avec le dernier soupir du dernier musulman.
Le général sarrasin expira sur un monceau de ^°'*cadavres immolés par son cimeterre. Le champ qui fut son tombeau conserve le souvenir de sa valeur héroïque ; on l'appelle encore le chamj)
(l'Oiicba, et si les sectateurs de Mahomet avaient eu des historiens comparables à ceux de la Grèce, la gloire du champ d'Oucba eût peut-être égalé celle des Tlicrmopyles.
Cependant la justice gravée dans le cœur des hommes, aurait toujours attaché un plus noble intérêt au sort de ces généreux Grecs, mourant pour défendre leur patrie et leur liberté , qu'à celui de ces guerriers farouches qui ne cherchaient la mort que pour étendre dans des flots de sang le fanatisme d'un imposteur et la puissance d'un despote *. Révoiuiio.i Cg fut à cette époque que la Lombardie devint die. " " ^ " 1<^ théâtre d'une nouvelle révolution. Son ancien roi, Pertharit, y rentra soutenu par les Français, et renversa du trône le faible Garibald , qui n'avait ni les vices ni les grandes qualités de son père Grimoald.
Le duc de Bénévent, Romuald, ne défendit point son fi'ère ; il renvoya même au roi vainqueur sa fenyiie Rodelinde et son fils Cunibert. Pertharit régna seize ans, et vécut enpaix avec l'empereur et avec son exarque. Dans ce même temps l'archevêque de Ravenne et son clergé voulurent se rendre indépendans du pape ; l'empereur Conslanlin les lit rentrer dans la soumission.
Le kalife avait alors résolu la ruine totale de
siogf a
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nple 1
IVluuvia.
?to"]T"l^l l'eîwpii'c- Ce redoutable ennemi des chréliejis
An 671.
1)1» bAS-i:;>iPiuL:. S-^o
équipa une grande flotte et une armée formitlal>lc <{in , après s'être emparées de l'île de Crète et de plusieurs villes sur les côtes de l'Asie-Minenre , vinrent enfin investir et assiéger Constantino[)le. L'empire était peidu si le courage de Constantin ne l'eût sauvé.
La terreur y précédait les musulmans. L'intrépidité de l'emperein' rendit aux halntans de la ca- [)itale l'espoir et la fermeté. A son exemple 5 tous invention
Un feu grêles citoyens devinrent soldats ; le eénie d'un Sy- s<^"'s p"
•^ 'ri J Callinitiue.
rien nommé Call inique seconda la valeur de Constantin, et sauva la ville, li inventa le feu grégeois, feu que l'eau ne pouvait éteindre. On le jetait sur reunerai, soit en poudre par des tuyaux dans lesquels on souillait, soit en liquide que contenaient des globes lancés par des arbalètes et par les catapultes. Dans la suite, on perdit long-temps le secret de ce feu destructeur. 11 fut retrouvé en France sous le règne de Louis XVi. Ce monarque généreux autant qu'infortuné défendit à ses ministres d'en faire usage ; il voulut qu'on ensevelît dans une ombre éternelle ce funeste fléau.
L'ignorance des Sarrasins dans l'art de la guerre contribua aussi au salut de Constantinople. Fidèles à leur coutume , plus forte chez eux que les lois , ils ne combattaient que l'été , s'éloignaient 1 hiver , et perdaient ainsi, en se retirant, le fruit de leurs travaux.
Le siège fut mémoiable par la furie des assail-
344 HisToiRi:
lans et par ropiniâtreté des assiégés. Chaque jour voyait couler leur sang dans de nombreux combats sur terre et sur mer. Trois anciens compagnons de Mahomet animaient par leur exemple la valeur des musulmans. L'un d'eux, Abou-Ajoub, qui avait donné asile au prophète lorsqu'il chercha un refuge dans Médine , mourut pendant le siège ; on montre encore son tombeau. C'est près de ce monument , sacré pour les mahométans , que les siJtans viennent solennellement ceindre le cimeterre, lorsqu'ils montent sur le trône ottoman.
Indigné de la résistance des chrétiens , Gésid , fils de Moavia , vint prendre le conmiandement de l'armée. On redoubla d'efforts, les assauts furent plus fréquens et n'eurent pas plus de succès : pendant cinq ans Conslantinople , investie et séparée du reste du monde, ignora ce qui s'y passait. Aussi les Jiistoriens grecs ne nous ont transmis presque aucun des événemens de cette époque.
Lgy^.^ Enfin, en 67 9 , les Arabes , fatigués de combats , du sidgc. accablés de lassitude, découragés par la résistance j de l'empereur, levèrent le siège. Une tempête
Défaite dispersa leurs vaisseaux. Leur armée de terre était d.s Arabes, gfjy jjjjjg p^. ^^nt d'inutilcs assauts ; les généraux de Constantin, Florus, Pétionas et Cyprien, la poursuivirent, l'atteignirent dans sa retraite et la taillèrent en pièces. Le kalife , consterné par ces
Paix enlie 1 *
u kalife et (.gy^ji^s conclut lu paix , et se boumit à payer un
i empereur. -^ 1 -^ J. J
nu B VS-F.^lîPlRl.. 345
tribut antiiiel de trois mille livres d'or, de cinquante esclaves, et de cinquante chevaux de race arabe ; étrange association qui peint les mreurs en rangeant sur la même ligne les hommes et les animaux !
€e dénoûment imprévu d'une guerre si désastreuse couvrit de gloire Constantin. Je kan des Arabes, le roi des Lombards et le duc de Bénévcnt sollicitèrent son amitié. On appelait ce prince Pogonat, ou le barbu, parce qu'étant parti de Constantinople jeune et imberbe , il y était revenu l'année d'après portant une barbe épaisse.
Il y a toujours dans la gloire la plus légitimement acquise quelque mélange de fortune; un ennemi nouveau, qui menaçait alors les Sarrasins, ne contribua pas moins que le courage de 1 empereur à sauver l'eujpire.
Au milieu des forêts presque inaccessibles qui invasion
^ ^ * des Ittaro-
couvrenl les montagnes du Liban, un peuple fîer°''"et belliqueux s'était rendu indépendant; il portait le nom de Maronites. Ces sauvages guerriers firent alors de fréquentes invasions en Perse, en Syrie, en Arabie, portant partout le ravage et la mort. Ils rendirent avec usure aux Sarrasins tous les maux qu'ils avaient faits aux Romains depuis quelques années. De nos jours on voit encore dans ces contrées un petit nombre de Maronites, protégés par le prince des Druses. la crainte de leurs
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armes et la nécessité de les repousser décidèrent le Icalife à la paix.
Invasion L'empire , enlouré d'ennemis , ne pouvait lone-
desBuJgaies ^ ., \
temps rester en repos ; ses frontières furent envahies par les Bulgares * : autrefois vaincus par Théodoric sur les rives du Boryslhène, il les transporta au-delà du Danube ; ces barbares toujours errans s'étendirent dans la Dacie, dans les deux Pannonies , et sur les bords du Pont-Euxin.
D'abord , unis par alliance aux Esclavons abares , ils se brouillèrent avec eux , furent battus , chassés 5 et demandèrent un asile à Dagobert, roi de France. Ce prince les trompa, les attira dans un piège et en fit égorger neuf mille. Ils revinrent dans l'Orient; Jusiinien arrêta leur course, et ils se soumirent au kan des Abares. Sur la fin du règne d'Héraclius, leur roi Cubrat se rendit indépendant, chassa les Abares, et obtint dans l'empire la dignité de patrice.
Ses fils partagèrent ses conquêtes : l'aîné s'établit près du Volga , le second sur les bords du Tanaïs, le quatrième en Pannonie, le cinquième en Italie avec les Lombards. Le troisième fut le plus célèbre , on le nommait A sparuch ; il fonda le nouveau royaume des Bulgares , qui , pendant trois siècles, désolèrent l'empire par des guerres continuelles.
Ce prince fixa sa résidence près des bouches du
* An 679.
mains
lUT BAS-EiMPIKE. ô-kj
Danube. Les Bulj^ares fuient accusés par les Grecs lie la plus féroce cruauté et des vices les plus ini.iuies. Aussi leur nom, en s'altcrant, est devenu et resté une injure grossière et si obscène qu'il n'est pas possible de la citer.
L'empereur conduisit son armée contre eux; Leur
J- ^ ^ viclir —
mais une attaque de goutte l'ayant obligé à s'éloi- ^=*i' gner de son camp, son dépari fit croire aux soldats (ju'il prenait la fuite. Aussitôt une terreur panique saisit les légions ; en vain leurs cliefs veulent les rallier, elles se débandent et se dispersent ; les Bulgares, qui d'abord avaient été effrayés de leur approcbe, se rassurent, les poursuivent, en font un grand carnage , s'emparent de la ville de Varna, inondent, dévastent les contrées voisines, et s'établissent enfin dans une position presque inexpugnable , couverte au midi et à l'occident par le mont Hémus, au nord par le Danube, et à l'orient par le Pont-Euxin.
De là ils étendent leurs ravages dans la Tlirace , accroissent leurs forces en s'incorporant sept hordes d'Esclavons, et contraignent l'empereur, qui n'avait plus d'armée, à leur payer un tribut annuel pour acheter la paix.
Le bruit des armes et les dangers de l'empire * Qnerciirs ne suspendaient pas les querelles religieuses. L Orient était toujours divisé par l'hérésie des monoihéliens; les patriarches de Gonstantinople et
* .An G8o.
34^J HISTOlKt,
d'A mioche la soulenaienl; lout rOccideiil Ja rcjeiait et persistait à reconnaître deux volontés et deux natures en Jésus-Christ.
L'empereur voulut profiter de la paix pour rétablir la concorde dans l'Eglise ; le j^ape Donus , dans le dessein de le seconder , lui envoya des légats , et lui écrivit une lettre qui prouve la rapidité des progrès que faisaient alors en Occident l'ignorance et les ténèbres, ce Ne vous attendez pas , » disait-il , à trouver dans nos légats l'éloquence » séculière, ni même la science parfaite des Ecriw turcs; comment, au milieu des horreurs du pil- » lage, des malheurs des invasions, et au bruit » perpétuel des armes, nos prélats, forcés de » gagner leur nourriture par le travail de leurs » mains, auraient-ils pu acquérir et conserver » quelques lumières? Le patrimoine des éghses » est envahi par les barbares ; tout ce que nos » pontifes ont pu sauver c'est le trésor de la foi : )) ils la gardent dans la simplicité de leur cœur , » telle que nos pères l'ont transmise, sans y rien » ajouter et sans en rien retrancher. » jj„jt L'empereur convoqua dans son palais le sixième
concile général ; cent soixante-cinq évéques y condamnèrent en sa présence les monothélistes , et la mémoire du pape Honorius.
Cette même année * , le chef de la dynastie des Ommiades , le kalife Moavia , mourut ; parvenu au
* Ail 680.
de Moavia.
DU BAS-r.lMPIlii;. 3-^9
irôno par Ja poifidie , il s'y iiialntini ])ar la justice, se rendit célèbre par son habileté , par ses conquêtes , et se fit chérir par sa clémence. Lorsqu'il était encore jeune , le prophète Mahomet , devinant son génie , lui avait prédit ses grandes destinées. Avant hii , le trône des kalifes était électif, il le rendit héréditaire.
Son fils Yésid lui succéda ; son incapacité le Règne
1 • T 1 T»/r ••11 • Ijfranniquc
rendait peu digne du sceptre. Mais il devint surtout <io sou nh
Ir ésij.
méprisable aux yeux des musulmans , parce que , violant leurs lois et leurs mœurs , Il s'adonnait au vin , aimait la musique , et portait des vêtemens de soie. Ses exploits se bornèrent à la conquête de la Bucharie ; marchant sur les pas des tyrans , il déshonora sa propre sœur , et condamna au supplice plusieurs illustres généraux.
Indigné de ses excès , un rebelle nommé Moctar lui enleva la Perse ; Médine se révolta contre lui. Mahomet avait menacé de la vengeance céleste tous ceux qui porteraient leurs armes profanes sur la cité qui lui avait servi d'asile ; Yésid, méprisant cette défense , attaqua Médine , la prit , et la livra au pillage.
La Mecque s'était déclarée pour les rebelles , incendie de I esid 1 assiégea et ne put s en rendre maître , mais avant de se retirer il lança , sur la célèbre mosquée de Mahomet , des feux qui la consumèrent.
Ce prince , cruel et irréligieux , mourut en 685 , w^i après trois années de règne. Son lils Moavia ,