CHAPITRE DIX-SEPTIÈME
Dissensions religieuses. — Règne honteux de Filipique. — Conspiration du patrice Georges. — Hardiesse de Rufus. — Dichéance et captivité de Filipique. — Elévation d'Anthénius , nommé Anastase II. — Sa rigueur envers les conjurés.
FILIPIQUE. (An 711.) JDès que FilipiqiK} fut parvenu au trône , il s'en Dissensions
!• • • ' 1 • / • religienses.
montra indigue par son mcapacue : la paix était rétablie dans l'Église ; il la troubla de nouveau, en • se déclarant pour l'hérésie des monothéliens.
Depuis quelque temps les empereurs confiaient le gouvernement de Rome à un duc nommé par l'exarque. Celui qui était alors en place fut destitué ; mais , soutenu par la faveur du peuple , il ne voulut pas recevoir le duc qui le remplaçait; les deux partis se livrèrent dans Rome un sanglant combat. Le pape et les prêtres , la croix et l'Evangile à la main , se jetèrent entre les combattans , les séparèrent , et , par leur influence , mirent fin à celte sédition que l'autorité impériale seule n'aurait pu réprimer.
La tiare commençait à l'emporter sur la couronne , et il faut avouer qu'alors elle le méritait.
L empereur voyait son sceptre à la fois menacé TOME 8. 24
SyO HISTOIRE
R*gne par les Arabes , qui ravaifeaient l'Asie , et par le
hontenx de ^ ^ ^ , . . .
Fiiipiqne. roi cles Bulgares , armé , disait- il , pour venger Justinien. Nulle part on n'opposait aux ennemis une honorable résistance. Filipique , insensible aux revers de l'empire, se livrait, dans son palais, aux plus honteuses débauches , enlevait les femmes à leurs époux , et les religieuses à leurs couvens. Conspira- Lcs armécs manquaient de tout , le trésor pu-
tion du pa» * •'■
triée Geor- }^i{q s'épuisait pour payer les spectacles et les fêtes. Un règne si faible et si méprisé ne pouvait durer : le patrice Georges , qui commandait l'armée de Hardiesse Thrace , tramc UQC conjuration; Rufiis , officier déterminé, se charge seul de l'exécution du complot. Il entre dans la capitale , au moment où l'on célébrait le jour de la naissance de l'empereur : après les jeux du cirque , le prince , sortant du bain , dorme un grand festin à sa cour j chacun s'y livre
Déchéance gu plaisir , ct boit avec excès. A l'instant où tous
et captivité '■ ^
de Filipique les convivcs sont plongés dans 1 ivresse , l'audacieux Rufus paraît, saisit l'empereur endormi, l'enveloppe dans son manteau, l'enlève, le porte à l'Hyppodrome , lui fait crever les yeux, et l'enferme dans un monastère *; il avait régné dixsept mois.
L'histoire ne parle plus de lui , et laisse dans un oubli profond ce faible monarque qui aurait dû y rester toujours.
* An jiS.
DU RA.S-K1V1P1KL;. 5y l
Après cette paisible et courte révolution, le EUvnion pouple ressaisit ses tiroils , se rassembla et élut , nius , nompour empereur , Anlliemus , premier secrétaire tuase ii. d'Etal , dont on estimait alors généralement la vertu. Il prit , en montant sur le trône , le nom d'Anastase II.
Le premier acte de son pouvoir fut un acte de ^* "?ueur
' ^ envers les
rigueur, dicté par la politique autant que par la '^""'"•^"• justice : profitant de la trahison , mais punissant les traîti-es, il condamna le patrice Georges et ses principaux complices au même traitement qu'ils avaient fait subir à Filipique.
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