‹ Histoire universelle, ancienne et moderne (volume 2)Chapitre 38 sur 47 · CHAPITRE DIX-HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-HUITIÈME

Rtgne d'Anastaso II. — Portrait, origine et exploits de Li'on" — Révolte des troupes. — Théodose III est élu empereur. — Abdication d'Anastase.

ANASTASE IL (An yiS.) '

Règned A- jLe règnc d'Anastase fut court; il ne donna que des espérances, et laissa de justes regrets. Comme tous les princes sages, l'empereur voulut séparer le spirituel du temporel, et reconnut pour la foi l'autorité seule des conciles. Constantinople se soumit au pape; Rome reçut sans murmurer le duc que l'empereur lui envoya ; Anastase choisit pour ministres des honunes justes ; pour généraux , des guerriers habiles et éprouvés. Parmi ceux-ci brillait Léon , dont le :10m devint célèbre, et qui déjà, par ses exploits, ainsi que par ses talens, se frayait un chemin à l'empire.

Portrait, H était ué en ïsaurie , au sein d'une famille pau-

^xpi'ohV de vre. Dans son enfance on le nommait Conon. Ses parens vinrent s'établir en Thrace pour y faire le commerce de bestiaux. Conon se fît soldat, et prit le nom de Léon. Jusiinien était en guerre avec les Bulgares; il manquait de vivres: Léon obtint de son père cinq cents moutons , qu'il conduisit lui-

Lé"

t)ll BAS-EMPIRL. 375

même à l'empereur. Ce prince, toaclic de celle démarche et frappé de la noblesse qu'on remarquait dans les traits du jeune soldat, le plaça dans sa ijarde , et l'avança rapidement.

A la cour de Juslinien, la disgrâce suivait promplement la faveur. L^empereur, jaloux de la bravoure de Léon , l'envoya chez les Alains, avec l'ordre de les excitera la guerre contre les Abares; il le chargea de promettre à ces barbares un fort subside , et le mit dans l'impossibilité de tenir sa promesse. Léon évita le piège qui lui était tendu; il ne compromit point sa parole , et réussit dans sa mission.

A son retour, croyant rencontrer l'armée romaine, il apprend qu'elle est en fuite; suivi de cinquante Alains , il s'engage hardiment dans les montagnes, rallie quatre cents fuyards , charge à leur tête , et enfonce un corps ennemi, prend une forteresse, s'empare de quelques bâtimens, s'embarque à Trébizonde , et arrive à Constanliiiople, où il trouve Anaslase sur le trône- Les Sarrasins rassemblaient alors toutes leurs forces contre l'empire. Anastase de son coté réunit les siennes pour leur résister.

A cette époque * le kalife Oualide mourut. Il

avait signalé son règne parla conquête <le Samar-

cand et des contrées orientales de l'Asie. Déjà ses

armes brillaient jusque dans les Indes. Son frère

Sy* HISTOIRE

Soliman, qui lui succéda, abattit les vastes forets du Liban pour construire une flotte formidable; Anaslase envoya sur les côtes delà Phénicie un grand nombre de baiiniens légers dans le dessein de s emparer de ces bois de construction ou de les détruire. Le chef de l'expédition , nommé Jean , était à la fois diacre et grand trésorier de Révolte l'empire. Lorsque la flotte fut réunie dans le port de Rhodes, les équipages se révoltèrent contre leur général , et le massacrèrent. La sédition gagna les troupes de terre, dont le commandant Tiic.idosc n éprouva le même sort. Les rebelles, n'espérant ïeur.""*"^ point de grâce après de tels crimes, proclamèrent empereur un officier , nommé Théodose , qui prit la fuite , et se sauva dans les montagnes, aveu l'espoir d'éviter le pesant fardeau dont on voulait le charger. Mais il fut poursuivi , arrêté et contraint d'accepter le sceptre pour sauver sa vie.

Conduit ou plutôt traîné par les rebelles sur lesquels il régnait malgré lui, il s'approche de Constantinople. Anaslase se retire àNicée, où il appelle à son secours l'armée d'Asie ; mais son escadre l'abandonne ; les révoltés investissent Nicée et l'assiègent; Anastase fait une sortie, livre bataille, la perd, et laisse sur le champ du combat sept mille de ses plus braves soldats. Dans le même temps une autre division de l'armée des rebelles ^jjj^^,;^,,^ entre dans Constantinople. L'empereur, informé jAiiasust. j^. f.ç.^ événemeul; capitule, obtient la vie pour lui.

DU BAS-EMPIRE. Zj5

pour le patriarche et pour ses amis. II quitte la pourpre, prend l'habit monastique, et vient trouver Théodose, qui exécuta fidèlement la capitulation, en exigeant seulement qu'Anastase entrât dans les ordres sacrés. Il avait régné deux ans et demi; brave, clément, éclairé, vertueux il était digne de l'empire , mais l'empire n'était plus digne de lui.

» HAf««v«wtwMn

376 HISTOIRI.

■ M")t i ■ CHAPITRE DIX-NEUVIÈME,

Portrait de Théodose. — Résistance de Léon contre l'empereur. —7 Sa conférence avec le kalife Soliman. — Sa courageuse défense. — Abdication de Théodose. —Entrée de Léon dans Constantinople. — 'Sonconronnement.,

THEODOSE III. (An 716.)

Polirait Les qualités qu'on estimait dans Théodosc étaient sa piete, sa modestie, sa bonté; elles auraient paré un particulier , mais elles ne suflisaient pas à un prince. Il manquait de celles qui sont le plus nécessaires pour régner , l'habileté et la force.

Son premier acte fut un traité honteux avec les

Bulgares., Sous ce faible monarque la discipline

acheva de se perdre , et les mœurs de se corrom-

ïiisiâtance prc ; Léou , qui commandait alors les troupes

contre l'em- d'Orient , rcfusa de reconnaître l'empereur.

Sa Dans 1 intention apparente de venger Anastase ,

avec'^ie'ka- ct avcc Ic dcsscin réel de le remplacer , il offrit la

lifeSolimaa • -i y^n i i ' ' i

main de sa nlley et une grande charge, au gênerai des troupes d'Arménie , Artabase , qui promit de le seconder dans son entreprise. Mouselima, frère du kalife Soliman , s'avançait alors en Galalie , à la tête d'une armée de Sarrasins ; jugeant l'occasion

DU &AS-EIVUMK1 . 577

iàvorahie jiour all'aiblir l'empire , en y romemant lu discorde, il écrivit en ces termes à Léon: c( N(ms savons que vous êtes difçne du trône; vep nez nous trouver , nous vous aiderons à y mon- D 1er, cl nous conviendrons ensemble d'une paix 3) utile aux deux nations. »

■ Léon lui répoiidit qu'il ne croirait point à ses promesses et à ses vues pacifiques, si le kalife So- Umaii^ qui assiégeait Amorium, ne consentait à cesser ses atiaques contre cette ville ; Soliman lui promit de lever le siège dès qu'il arriverait, et lui donna sa parole pour gage de sa sûreté.

Léon, animé par cette audace, mère des succès , part intrépidement avec trois cents cavaliers pour se rendre auprès du kalife ; les Sarrasins vont en bataille au-devant de lui jusqu'à un mille de leur camp. Ils le saluent du nom d'Auguste; les habitans d'Amorimn , du haut de leurs remparts, font entendre les [)lus vives acclamations pour la prospérité du nouvel empereur.

Cependant, malgré ces apparences favorables,

* ' o 1 i 7 courageuse

au mépris de la foi jurée, le kalife continue et '^*^^"'*presse le siège. Léon rompt les conférences ; il voulait partir , mais il apprend que trois mille cavaliers arabes lui coupent la retraite. Comme on l'avertit en même temps que Mouselima approchait avec.son armée, dissimulant ses vrais desseins , il demanda au kalife la permission d'aller conférer ayec ce général : Soliman y consentit, mais lui donna

une escorte quatre lois plus nombreuse que la faible troupe de cavaliers qui le suivaient. Léon se met en marche coninie un captif; mais, dès qu'il est hors de la vue du camp arabe, il crie à ses trois cents cavaliers : « Compagnons, il faut com- » battre les ennemis , et non les compter. Char- )) geons ces infidèles , Dieu combattra pour » nous. )) A ces mots , il s'élance comme un éclair sur l'escorte sarrasine , l'élonne , l'enfonce , la disperse , rejoint son armée, et en donne une partie à Nicétas qui attaque Mouselima , fait lever le siège d'Araorium , et contraint les Arabes à se retirer en Cappadoce.

Léon , à la tête du reste de l'armée , s'avance vers Nicomédie, rencontre le fils de Théodose qui commandait la garde impériale , lui livre un combat sanglant, remporte la victoire, et le fait prisonnier ,• Théodose n'était point capable du lutter contre un pareil rival. Le sénat le conjure d'épargner à l'empire , ])ar son abdication , les horreurs d'une guerre civile; comme ce prince régnait malgré lui , il céda facilement aux vœux des sénateurs, et quitta sans regret im sceptre qu'il ne pou-' vait soutenir.

Ab<]icaiion Le patriarche lui promit , au nom de Léon, quon épargnerait ses jours. Un exigea que mi et ses eniàns se fissent prêtres. Ce faible prince , délivré plutôt ([ue privé du trône , vécut tranquillement à Ephcse, s'occupajit , pour tout travail , U

DU BAS-EMPlKF.. rîyr)

écrire eu leltr<;s d'or les évani^lles elles ofliee^ de l'Eglise. Son épitaphe est pliis remarqiuJjle que son règne. Regardant la mort comme la guérison de tous les maux, il voulut qu'on ne gravât sur sa tombe que ce seul mot , santé.

Après ce iriomplic facile, Léon entra paisiblement Emi ec <ic dans Constanlinople parla porte dorée. Les babi- ^""^'anii-

*• ■*■ nople.

tans le reçurent avec les transports de joie et d'espérance qu'excite presque toujours un nouveau règne. Le lendemain il fut couronné par le pa- s triarcbe, qui lui lit jurer de respecter et de maintenir les décrets des conciles et les décisions de l'Eglise.

on cont'oiinemcnt.

5H() ULSTOUU-.

x'\'\VVVVV\VVVVV\vV\bV\V\^'VVV\AAVV\'VVVV\^VVVVVVV\^I.V\VVV\/VVVVVvVVVVVVVVVV^

Page 1