‹ Histoire universelle, ancienne et moderne (volume 2)Chapitre 39 sur 47 · CHAPITRE VINGTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGTIÈME

Kègne de Lcou III. — Evtnemens à Rome. — Règne d'Aripert II ;i Pavie. — Sa iHort. — Règne de son fils Luitprand. — Habileté du pape Grégoire II. — Siège de Constantin opie par Soliman. — Victoire de Léon. — Mdrt de Soliman. — Nouvelle victoire de Léon. — Levée du siège de Constantinople. —Révolte de Scrgius en Sicile. — Révolte et mort d'Auastase détrôné. — Association de Constantin à l'empire. — Révolte des Juifs. — Apparition de l'Ile de Santorin. — Edit de Léon contre le culte des images. — Résistance du patriarche Germain et du pape Grégoire. — Conspiration de Léon contre le pape. • — Soumission de Grégoire. — Soulèvement des Grecs. — Cosme est élu empereur par eux. — Sa défaite et sa mort. — Nouvelle guerre avec lé pape. — Zèle du roi des Lombards pour le pape. — Sa marche contre Rome. — Son humiliation devant le pape.

— Défaite et mort de Tibère, élu empereur par les Toscans.

— Fanatisme de Léon. — Déposition du patriarche Germain. . — Mort de Grégoire II. — Pontificat de Grégoire III. — Son décret en faveur du culte des images. — Marche d'une armée contre Rome. — Défaite de ces troupes. — Division des églises grecque et latine. — Ambassade du pape à Charles Martel. — Mort de Grégoire III et de Léon.

dcLëonlII

LÉON III. DIT LTSAURIEN. (An 717.)

nigne J^'Orient se voyait enfin, après tant de règnes honteux , sous l'autoriié d'un guerrier capable de le défendre contre ses ennemis, de retarder sa chute et de relever ses ruines. Tel était au moins l'espoir pubHc ; mais , si Léon ne démentit point

DU BAS-KIMPIIIK. 58 1

sur le irone Vidée qu'il avait donnée de sa bravoure dans l(îs camps , il ne répondit pas sous d'autres rapports à l'attente générale.

De grands défauts ternirent ses grandes qualités : son opiniâtreté en matière de religion produisit un schisme funeste ; la coupe du pouvoir l'enivrajil voulut gouverner les consciences comme il commandait les troupes, et il devint, par ces fautes capitales, l'une des principales causes de l'accroissement delà puissance des papes et de la naissaiicc peu éloignée d'un nouvel empire d'Occident.

Tandis que Constantinople se félicitait de l'avé- Evénemens

"^ '■ à Rome.

nement de Léon , Rome jouissait d'une trêve qui soul?geait passagèrement les maux dont elle était accablée depuis tant d'années. Arlpert II , parvenu Règne au irone de Milan par un assassinat, gouverna ses peuples avec justice, et rendit à l'église romaine les terres dont les Lombards s'étaient emparés. Plusieurs écrivains ecclésiastiques ont prétendu que long-temps avant cette époque le territoire romain était le patrimoine de saint Pierre , et qu'Aripert y avait ajouté une partie du Piémont. Cette opinion est dénuée de tout fondement. Les églises, en différentes contrées, avaient reçu, de tout temps, des fermes en dons, et qu'elles appelaient du nom de leur patron ; mais elles possédaient ces biens comme les particuliers , sous la souveraineté du prince : une partie des revenus était destinée

Sa mort.

Régne de son

aux pauvres, le reste à lentrelien de l'église. Pépin, roi de France, fut réellement le premier qui donna au pape une souveraineté temporelle. Voilà ce qui est historique, le reste est fabuleux; et ce qui le prouve évidemment, c'est que le pape Grégoire-le-Grand excommunia les administrateurs du patrimoine de saint Pierre, qui se prétendaient indépendans, et refusaient de reconnaître l'autorité de l'empereur et de ses magistrats.

Aripertse noya dans le Tésin. Ausprand, qui le combattait alors , voulut vainement lui succéder; les peuples , attachés à la mémoire d'Aripert , gjj élurent son fils Luitprand , qu'on regarde comme

Luitprand, j^ mciUcur roi qui ait régné sur les Lombards. 11 était juste, vertueux, clément, et, quoique illettré, non moins habile dans les négociations qu'à la guerre. Ses lois maintinrent l'abondance et le repos dans son pays ; ses armes en étendirent les limites.

Habileté Grégoire II, son émule en talens et en vertus ,

Grégoire II brillait alors sur la chaire pontificale. Ce pape habile enleva Cumes par son audace au duc de Bénévent, et trouva par son adresse le moyen de rallier momentanément l'empereur Léon à l'orthodoxie.

Siège Dans ce même temps un grand orage éclatait

deOonstan- -, 1 1 i-p r • 1' *

liuopie par coiHre 1 eiupereur ; le kalite^ furieux d avoir coii-

SolimaQi ., • , , ,

tribue a sa grandeur sans en tirer aucun avantage pour les Sarrasins, vint à la tête d'uiie armée in-

nu UAS-EMPIRC. "ii^"}

nonibrablc assiéiJcr pour la trolsiùnic Tols Conslan- vi,ioi,r linoplc. Léon, pour réloigncr, tenta d'aLord la"' vole des négociations : (c On ne transige point avec » des captifs , on ne traite point avec des vaincus , » répondit le fier Arabe ; j'ai déjà désigné la gar- )) nison qui doit occuper la place; il ne vous reste )) d'autre parti que de vous soumettre à mon pou- )) voir. » La seule réplique de Léon à cette insolence fut la victoire.

La flotte sarrasine était sous voile ; un violent coup de vent la disperse : l'empereur profile de ce moment favorable ; il sort avec des bâtimens légers et des brûlots ; il traverse liardiment la flotte ennemie et lance sur elle le feu grégeois qui la réduit en cendres. Ce succès rend le courai;e aux assiégés : la vaillance du prince a passé dans le cœur de tous les babilans; ils repoussent avec opiniâtreté les assauts redoublés des Arabes et les forcent à se renfermer dans leur camp.

Ces revers bâtèrent la mort du kalife Soliman. Mort Son neveu Omar lui succéda. Dans l'année 718 , '^ 1 biver le plus rigoureux qu'on eût vu dans ces contrées couvrit la terre de neige pendant cent dix jours. La rigueur du froid ralentit l'ardeur des attaques.

Au printemps, deux nouvelles flottes sarrasi- Nouvelle nés, venues d'Egypte et d'Afrique, arrivèrent Léon. pour renforcer les musulmans; mais les matelots, les officiers et les soldats de ces contrées nouvel-

virloire tic

Jement conquises et converties, se découragent eli voyant le déplorable état de l'année du kalife. Les Egypilens donnent l'exemple de la défection ; ils désertent la cause des Arabes , et entrent dan^s le port de Constantinople. Léon monte sur leurs vaisseaux, fait une nouvelle sortie : tous les bâtimens ennemis sont pillés, brûlés, coulés à fond.

Mouselima, qui manquait alors de vivres, se vit forcé d'envoyer en Asie de nombreux corps qui la dévastaient; mais l'empereur y fit passer des détacbemens qui attirèrent les Arabes dans des em- ' buscades et les massacrèrent.

Levée L'abondance régnait dans Constantinople, la consianti- famiuc daus l'armée musulmane. Enfin Mouselima , vaincu par la disette et par le courage de l'empereur, leva le siège et s'éloigna. Une armée de Bulgares l'attaqua dans sa retraite, le défit, et lui tua vingt-deux mille hommes ; une tempête détruisit les restes de la flotte mahométane. La capitale de l'Orient célébra ce triomphe avec des transports de joie , et compara dans ce moment son libérateur aux plus illustres héros de l'antique Rome.

Le kalife, dans le premier mouvement de sa colère, ordonna de tuer tous les chrétiens qui n'embrasseraient pas la foi de Mahomet ; ses ministres, moins barbares que lui, désarmèrent son courroux ; il révoqua son édit sanguinaire : mais depuis cette époque les sectateurs de l'Evangile

DU BA-S-liMPlIlK. 585

lurent soumis , dans l'empire musulman , à des lois aussi injustes qu'humiliantes; elles existent encore, et entre autres celle qui défend aux tribunaux, d'admettre le témoignage d'un chrétien contre un musulman.

Le Itahfe , qui n'avait pu vaincre Léon , essaya de le convertir ; il lui écrivit une longue lettre pour lui démontrer la vérité de l'Alcoran et pour l'engager à embrasser un culte plus pur et plus raisonnable que celui du Christ. Ses prédications , comme on devait s'y attendre, n'eurent pas plus de succès que ses armes.

Le siège de Constantinople avait répandu l'effroi dans la Grèce et dans l'Italie. Regardant la ruine de l'empire d'Orient comme certaine, on craignait à chaque instant de voir les Sarrasins vainqueurs fondre sur l'Occident. Sergius, qui Révolte commandait en Sicile , forma le projet de se rendre en sicUe. indépendant, et pour sonder les esprits il fit d'abord proclamer empereur, par quelques mécontiens, un de ses lieulenans nommé Tibère.

Les regards vigilans de Léon s'étendaient sur les parties les plus éloignées de l'empire : informé du complot , il envoie en Sicile un officier , nommé Paul, qui fait tomber les faux bruits, rassure les hommes timides, déconcerte les conspirateurs, les arrête et envoie leurs têtes à l'empereur. Sergius, seul auteur de la conjuration, eut l'adresse de se justifier.

Page 1