TOME
586 HlSTOIUh
lUvoite et Une autre conspiration menaça les jours de
mort d'A trôné
nastase dé- Léon. Anastasc , las de son eiiil et ennuyé de la
prêtrise, forma le dessein de remonter sur le trône; le roi des Bulgares lui prêta cinq mille livres d'or. Quelques-uns des anciens courtisans du prince détrôné, et qui élaiént restés en place, promirent de lé seconder : l'un d'eux , le patrice Sisinius, rassemblait déjà des batimens et des iroup"e!s bulgares pour exécuter cette entreprise* Léon les prévint, envoya au supplice tes officiers qui le trahissaient , et gagna , à force d'argent , le foi des Bulgares, qui lui livra Sisinius, Anastase et l'ar-' clïeVêque de Thessalonique ; ils furent décapités dans l'Hy ppodrome .
Tous ces complots et la fréquence des révolutions inquiétaient l'empereur sur le sort de ses enfaris. Dans Fespoir de rendre son fils Constantin lin à rera- plus rcspectablc aux yeux des peuples et de, lui. assurer l'héritaee de sa couronne , il le fit tenir sur les fonts ^de baptême par les dignitaires et par les sénateurs ; bientôt api^sill'associa à l'empire. Révolte ,, |^e(S Juifs , toujours fermes dans leur culte et dans leurs espérances au jnilieu de leur ruine,, prôclanièrent un messie et levèrent l'étendard dtf l^rrévoltè 5 l'empereur comprima cette rébellion ,i eei qui était juste et facile ; mais il leur ordonna elisttite, sous peine de mort, de se faire baptiser, ce qui était aussi inique qu'insensé. Les infortunés
A ssociatïon
nu BAS-EIVIPUIK. 587
parurent obéir , cl ne firent que profaner im sacrement qu'ils délestaient.
Léon , accoutumé à vaincre , voulait que rien ne lui résistât. Il persécuta les montanistes, et sa violence augmenta l'opiniâtreté de ces sectaires.
La guerre contre les musulmans ensanglantait toujours l'empire ^ : les Sarrasins s'emparèrent de la Sardaigne ; Jesid, successeur d'Omar, ne régna que quatre ans , et laissa le sceptre à son frère Hescliam ; celui-ci livra bataille aux Romains dans les plaines de Syrie ; il fut battu et contraint de fuir jusqu'à Damas. Mouselima répara cet échec par quelques succès.
L'Onent fît alors sans combats une conquête Apparition etrangeet nouvelle^*: un volcan souterram éclata lonn. daps l'Archipel , à vingt- sept lieues au nord de l'île de Crête , et fit sortir du sein de la mer Fîle de V
Santorin , aujourd'hui failleuse par ses vins exquis.
Jusque-là , Léon s'était fait admirer comme mo- E,iit je
r r -\ '-i • . 111 Léon contre
narque et comme gênerai ; il ternit cette double le cuite des gloire en y voulant ajouter celle de théologien, 5 '" ^^ " le culte des images lui paraissait superstitieiix et contraire à la pureté de la foi évangélique. Décidé à proscrire ce culte , il convoque le sénat : « Je » veux , dit-il , pour prouver à Dieu ma recony) naissance des bienfaits dont il m'a comblé", je » veux abolir l'idolâtrie introduite dans l'Eglise » par le culte des images. Ces images , qu'un
' An 7^3. — »» An 756.
388 nisToiRL
)) peuple fanatique prend pour la Divinité, ne » sont que de véritables idoles. II m'appartient , )) comme chef de la religion ainsi que de l'em- » pire, de réformer un si honteux abus. »
A la suite de ce discours il lut un édit dont l'objet était de détruire cC' qu'il appelait une superstition sacrilège. Au mépris des anciennes coutumes, il ordonna aux sénateurs d'enregistrer cet édit sans délibérer.
Cette mesure téméraire excita de grands troubles dans l'empire. Ceux qui partageaient, par dévouement , par conviction , ou par intérêt , l'opinion de l'empereur , attaquèrent avec furie , insultèrent , et détruisirent sans respect ces prétendues idoles. On les nomma iconoclastes , c'està-dire briseurs cPimages. Ils ne respectaient que la croix. Les autres défendirent avec im égal emportement les objets de leur longue vénération. Léon ne dut pas tarder à sentir qu'il est peutêtre plus dangereux d'attaquer les superstitions que la foi.
iiésbtance Cependant , indigné de cette innovation hardie
ilu palriar- -i • i • l . • 1
che Ger. ct dc ccttc usurpation de pouvoirs, le patriarche
nain ct du ^^ . . , . ï^ ' ■ ' ■
pape Gré- Gcmiam, ainsi que le pape Grégoire, résistent aux ordres de l'empereur , et s'efforcent de lui prouver que les chrétiens honorent les images , et ne les adorent pas ; Jean Chrysostôme soutient avec fermeté, en Orient, la doctrine de l'Eglise. Léon répond à leurs remontrances par des rigueurs cl
DU BAS-EMPIIIE. SSj)
par des vengeances ; tout l'Occident se soulève contre l'édit impérial ; Grégoire écrit avec force à ce monarque , et l'avertit que les princes n'ont aucun droit qui les autorise à statuer sur la foi.
Il est vrai qu'au moment où le pape voulait que la puissance temporelle ne dépassât pas ses limites , il sortit lui-mcme des siennes , et soutint opiniâtrement la cause des peuples de Calabre et de Sicile , relativement à une nouvelle capitation à laquelle l'empereur prétendait les assujettir.
Léon , fatigué de cette résistance , veut déposer Conspira-
f p . I T> " tiondcLèou
le pape , et lait tramer dans Home une conspira- contre ic lion contre lui. La multitude prend le parti du pontife et met à mort les conjurés. Le duc Paul appelle à son secours des troupes de Ravenne ; mais les Romains , les Toscans , les Lombards prennent les armes et rendent ses efforts inutiles. Cependant Grégoire, ne voulant point alors pous- soBmission
11' » 'l'A i>cîe Grécoiio
ser plus loin ses succès , apaisa lui-même la révolte ; sa soumission fut aparente , son indépendance réelle : depuis ce temps le saint Siège devint aussi cher à l'Italie que le trône impérial lui était odieux.
Ce mécontentement qu'excitait partout le des- souièTe. potisme de l'empereur fit sortir les Grecs de leur ciL. longue apathie ; ils se soulevèrent '^^ , et élurent pour empereur un officier nommé Cosme , qui parut bientôt avec une flotte sous les murs de
*An 727,
Nouvelle guerre avec
390 mSTOlKL
cosma Conslantino[)le. Le courage de Léon et le feu grépeieur par gcols détruisireiit la flotte et l'espoir des rebelles :
eux. ^~, . .
Cosme ainsi que son lieutenant Etienne lurent pris et sa mort, et eurcnt la tête tranchée. Une amnistie entière désarma et rassura leurs complices.
Les musulmans, profitant de ces troubles, attaquèrent Nicée. La bravoure des babitans les contraignit de lever le siège. L'empereur persistait toujours à vouloir forcer les consciences ; il essaie " ^''P^' vainement de déterminer les Vénitiens à embrasser sa cause ; ceux-ci refusent de prendre son parti contre le saint Siège. Les villes de Rimini^ Fano, Pizzaro , Ancône se soulèvent contre l'exarque : chacune de ces cités élut un duc ; le pape feignait publiquement de calmer leur ardeur , que secrètement il excitait.
Le duc de Naples se montra seul docile aux ordres de Léon. Il se mit à la tète de l'armée avec son fils , et marcha contre Rome ; le bruit de son approche produit une révolution. Le courage , exilé depuis si long-temps de cette ancienne capitale du monde, semble y renaître; les Romains, qui avaient livré sans résistance aux plus vils barbares leurs richesses, leur sang, leur honneur, leur liberté , s'arment avec fureur pour soutenir une querelle théologique : ils sortent de la ville , livrent bataille aux Napolitains , les enfoncent et tuent le duc de Naples ainsi que son fils.
Le roi des Lombards , saisissant cette occasion
DU RVS-KMI'IUl' . Syi
favorable à ses desseins ambitieux , aileclant un zci.;a.i
j riiidcsLimi'
zèle ardent pour la cause du pape, s empara de bar.is pour
■^ le papo.
Ravenne, prit Narni, dans le duché de Rome, et en fit présent à l'église romaine , qui l'accepta.
L'exarque, retiré à Cosmc, trama dans Rome, par ses agens, une nouvelle conspiration contre le pontife : le peuple le sauva encore une fois de Ja fureur des conjurés. L^amitié du roi Lombard inspirait cependant à Grégoire plus de craintes que d'espérances : ce pape habile pénétrait ses vues secrètes, et regardait la conquête de Ravenne comme le prélude de celle de Rome; dans cette position critique, il implora les SQÇours; des. Vénitiens. A sa prière le doge Orso arma une flotte '^^j débarqua ses troupes, fondit à l'improviste sur l'armée du roi Liutprand , la battit, fit prisonnier le neveu du roi , chassa les Lombards de Ravenne, et, n'osant offenser l'empereur , y rétablit l'exarque Eutichius.
Le roi lombarfl , irrité de sa défaite , conclut s..
U Hiarclucon-
lance avec 1 exarque et s approcha de Rome; ii'^ Rumu,
ce nouveau danger décida le pape à implorer l'appui du fameux Charles Martel , qui 5 sous le nom du roi Thierry IV , gouvernait alors la France. Ainsi les fautes de Léon furent la cause principale qui décida Rome à tourner ses regards vers Je Nord : elle prit l'habitude d'appeler en Italie les Français, moins dangereux pour >eUe par leur
* An 7J9.
ëloignement, que les impériaux et que les Lombards.
Cependant la médiation de Charles, par une circonstance imprévue, devint alors inutile. Au moment où les armées coalisées étaient campées dans les prairies de Néron , lorsque Rome se croyait perdue sans ressource , le courageux Grégoire sort à la tête de son clergé , et paraît dans Son le camp du roi de Lombardie. La vue de la croix ,
liumiliation ^ rriii
devant le Ig pompc du cortégc , 1 aspect vénérable du pape, revêtu ainsi que tous les prêtres de leurs habits pontificaux, étonne, émeut, attendrit, désarme le roi lombard ; en vain l'exarque veut affermir son courage , ce prince , touché , désarmé , entraîné par l'éloquence du pontife , se jette à ses pieds , le suit au Vatican , s'y dépouille de ses ornemens royaux , les dépose au pied du tombeau de l'apôtre ; enfin il supplie le pape de lui pardonner, de lever l'excommunication lancée contre lui , et de lui accorder son amitié.
Le pontife le relève , l'embrasse ; les alarmes cessent , la haine s''éteint , la paix est signée , et Grégoire reste vainqueur des deux armées enne- ••mies qui se retirent l'une à Pavie , l'autre à Ra venue.
Le pape était trop habile pour ne pas sentir que sa gloire pouvait exciter l'envie, et que la modération seule consoliderait son triomphe; il persuada lui-même aux Romains de reconnaître l'au-
DU DAS-EMPIUE. SgS
lorité de l'exarque, mais il n'cnccdail que l'ombre el en gardait la réalité.
Peu de temps après les Toscans élurent pour Défaite
m'i > * ^ 1 A ot nsorl lie
empereur im certam libère, qm, a leur tetc, Tii„.,u. éu marcha contre Kome : 1 exarque , qui avait licen- pa. icsToscie ses troupes, se montrait conslerne ; (jregoire lui rend le courage ; il monle en cbaire : du haut de celte tribune, comme les anciens consuls, il appelle les citoyens à la défense de la patrie : à sa voix ils prennent tous les armes ; l'exarque les commande, attaque l'usurpateur, le défait, le poursuit, l'assiège , le prend et envoie sa tête à l'empereur.
Les obstacles opposés aux ordres de Léon le Fanatisnie rendaient fanatique dans son hérésie. Le patriarr- , '\ .' che Germain, presque centenaire, osa lui repro-^^^i'"^';^;;;cher son injustice; l'empereur lui donna un souf- "'^'"• flet et le fît déposer par le sénat. Germain alors , se dépouillant du pallium, dit au tyran : (( Maper- » sonne est soumise aux ordres absolus du y> prince , mais ma foi ne cède qu'à un concile )) général. »
Les soldats , presque toujours disposés à servir les caprices du despotisme , brisaient partout les images et insultaient les prêtres. L'implacable Léon fit brûler la bibliothèque publique, parce que les professeurs qui l'administraient ne partageaient pas ses opinions; partout ses rigueurs excitaient la révolie ; il voulut faire enlever un
crucifix de bronze attaché à une porte de ia ville ; le peuple le défendit et la garde impériale en fit un grand carnage. La persécution des apôtres fit peut-être moins de martyrs que le brisement des images.
G^goiVc^i L^^ Romains perdirent bientôt mi grand homme; PoDiinrat Grégoire II mourut en ySi : Grégoire III lui suc-
Êoireiii. céda; sous son pontificat la querelle qui divisait le saint Siège et l'empire s'aigrit de plus en plus. De nouvelles attaques des Sarrasins multiplièrent encore les embarras de Léon , et comme les troubles religieux l'occupaient alors plus que la guerre , il se reposa sur ses lieutenans du soin de les combattre. Les Arabes pénétrèrent en Paphlagonie, et défirent une armée romaine. Les Turcs avaient -forcé les portes Caspiennes ; Mouselima les en chassa.
Son .lécrct En 732 , le pape réunit un concile à Rome. Là,
«lu culte des en préseucc de la noblesse et du peuple , on déclara
images. * ^ ■*■ ,
séparé de la communion des fidèles quiconque manquerait au respect dû aux images.
Ce décret parut à Léon un outrage insupportable ; il chargea le duc de Sybire de livrer Ravenne au pillage, de s'emparer de Rome, de détruire toutes les images , et d'amener le pape enchaîné à Constantinople.
Le général, à la tête d'une forte armée, dé-
Marche . ■■11 J 1
dune a, - barque en Italie ; les femmes , les vieillards , les
niée cou Ire ^ l •!* M T
Rome. enfans se couvrent de sacs et de cilices ; ils loni
DO BAH-ETVlPlKli. * 3y5
reteniir les temples de leurs gémissemcris ; mais la fureur succède à la conslernalion : les citoyens prennent les armes; à la vue de l'ennemi, fei- D^rjit^.ie gnant de fuii", ils attirent les troupes impériales"'*"'"''" dans une embuscade , fondent sur elles , les taillent en pièces , et coulent à fond leurs vaisseaux.
Ce revers met le comble à la fureur de Léon : . ^',^'?.'°"
' des eglisrs
il enlève à la juridiction de l'église de Rome , la f^^^^'^ *"' Grèce, l'IUyrie, la Macédoine, qu'il soumet au patriarche de Constantinople , et commence ainsi la funeste division de l'église grecque et de l'église latine.
Depuis cette époque , aucun succès éclatant ne consola Léon de ses disgrâces. Pendant six ans les Sarrasins continuèrent impunément leurs courses en Asie. Soliman , protégeant un imposteur qui se disait fils de Justinien II , le couronna dans Jérusalem , et lui envoya des troupes ; mais l'armée de Léon le défit et le tua.
L'empereur donna pour femme à son fils Constantin la fille du kan des Kosares ; cette princesse, dont onadmiraitl'espritetla beauté, prit, en recevant le bapléme, le nom d'Irène.
Les liens qui attachaient Rome à l'empire se re- Ambassade lâchaient chaque jour. En -741 ^ ^^ pape fit un acte charies de souveraineté jusque là sans exemple ; il envoya une ambassade solennelle à Charles Martel , et , dans l'espoir d'obtenir son appui ,' lui fit présent
des clefs du tombeau de saint Pierre , et d'une partie des liens de cet apôtre. Baronius , en parlant des craintes et des j^émissemens de Grégoire 111 , dit (( que ce pape sema dans les larmes , et que » ses Successeurs moissonnèrent dans la joie. »
Charles reçut aussi des députés du sénat et du peuple romain, qui le décorèrent des titres de consul et de patrice; Charles, de son côté, envoya au pape l'abbé de Corbie, et un moine de Saint-Denis , chargés de riches présens ; mais il refusa les secours qu'on lui demandait , dans la crainte de s'affaiblir en France et de se brouiller avec le roi lombard qui l'avait aidé à combattre les Sarrasins.
L'année 741 vit mourir trois hommes fameux ,
Charles Martel , Grégoire III et Léon. Une hy-
MoriJe dropisie terminales jours de l'empereur; il avait
GregoirelII , , . n '
cl de Léon, rcgnc vmgt-quatrc ans : son fanatisme termt sa gloire , et les extravagances du théologien etfacè-' rent le souvenir des exploits du guerrier.
nu BAS-EMPIRE. 3i]J
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