‹ Histoire universelle, ancienne et moderne (volume 2)Chapitre 44 sur 47 · CHAPITRE VlNGT-TROlSlÉME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VlNGT-TROlSlÉME

Régence d'Irène , mère de Constantin VI. — Conspiration de

Nicèphorc Mariage de Constantin et de Rotrudc , fille d«

Charlcmapne. — Victoire »ur les Sarrasins et les Esclavons. — Voyages d'Irène et de Constantin. — Victoire d'Haroun, fils du kalifc. — Querelles religieuses. — Conquêtes, de Charlemagne. — Déchéance et captivité d'Irène.' — Guerre avec les Bulgares. — ■ Fuite des deux armées. — Révolte d'Irène. — Défaite de Constantin. — Révolte des soldats. — Vengeance d'Irène. — Déchéance de Constantin.

CONSTANTIN VI, dit PORPHYROGENETE. '

(An 780.)

Constantin, nommé Porpliyrogenète, parce qu'il ji^fc"" était né dans le palais, n'était âgé que de dix anscoÏLàun. lorsqu'on le plaça sur le trône; son seul appui, contre la turbulence des peuples et contre l'ambition de ses oncles, était sa mère Irène.

Cette femme hautaine le protégea tant qu'il ne fit qu'obéir, et le sacrifia quand il voulut régner.

Son oncle IN icephore conspira de nouveau, ont"'W'i« nile trahit; les conjurés furent arrêtés, battus de verges et forcés de se faire prêtres; l'adroite Irène maintint la tranquillité intérieure dans l'empire , en ménageant les iconoclastes et en tolérant les orthodoxes. Par ses ordres les Grecs , envoyés en Calabre, cherchaient à relever le pou-

432 IllSTOlftt

voir ini[)érial en llalie. Le pape , débarrassé des Lombards, voulut se délivrer des Grecs; à sa prière l'invincible Charles revint dans Rome ;

Ma.iigcac liène, n'osant le combattre, espéra le séduire;

li'.ia"- '^'" *^^^® ^^^ envoya des ambassadeurs , et lui demanda en mariage sa fille Rotrude pour le jeune empereur. Charlemagne accueillit favorablement l'ambassade ; les fiançailles eurent lieu ; la princesse avait huit ans. On laissa près d'elle l'eunuque Elysée , chargé de lui apprendre le grec.

Mtioirc L'empire romain était alo rs gouverné par un

rn'IiusVucs enfant, par une femme et par des eunuques, et cependant ce règne ne tut pas sans éclat. L eunuque Jean, à Ja tête d'une armée romaine , livra bataille aux Sarrasins près du château de Mélus , les vainquit et les força de se retirer en Syrie.

Un autre eunuque, Théodore, débarqua des troupes en Sicile, et en chassa le gouverneur Elipide , qui s'était révolté. Les Esclavons envahirent et conquirent la Grèce. L'eunuque Storace , patrice et favori d'Irène , combattit ces barbares, détruisit leur armée , et reçut à Constanlinople les iionneurs du triomphe.

voyaj^es Irène, pour jouir de sa victoire, conduisit son

Con.iai.tiu. fils à Athènes , et parcourut la Grèce avec lui. Victoire Un formidable ennemi des chrétiens commen-

lii.jukuiifc cait alors sa carrière glorieuse : Haroun, liis du kalife , à la tèle de cent mille Sarrasins , traverse la Bithynic, rencontre près du Bosphore Lachano-

DU hAs-EwpïKE. 4a 3

dracon , le combat , et le défait si complètement qu'il répand la terreur dans Consianlinople ; la suite de cette délaite fut une paix honteuse pour l'empire, qui l'acheta par un tribut annuel de soixante-dix mille pièces d'or. Ce siècle fut illustré par trois personnages célèbres : Charlemagne, Irène, et Haroun-Alraschild. Quelque soin que Qucrriics ^impératrice se donnât pour apaiser les querelles religieuses , elle ne put les éviter totalement. Ayant voulu nommer Taraire patriarche , il n'accepta cette dignité que sous la condition que l'on convoquerait un concile. Lesévêques iconoclastes employèrent la violence pour s'opposer à la réunion de cette assemblée j la garde impériale les appuya dans leur révolte. L'habile Irène , dissimulant son courroux, feignit d'envoyer cette garde contre les Sarrasins , et la licencia dès qu'elle fut au-delà du Bosphore ; le septième concile général se réunit à Nicée *. Le triomphe des catholiques y fut complet. On y rétablit le culte des images , on excommunia les iconoclastes. Dans les transports de leur joie , les orthodoxes donnèrent au jeune empereur le nom de nouveau Constantin, et à sa mère, celui de nouvelle Hélène.

La bonne intelligence qui régnait entre la con<it.aes France et l'empire ne fut pas de longue durée ; les prétentions de la cour de Constanlinople sur l'Italie importunaient Charlejnagnej il [)arut à

* An 7S7.

«Je Cli.irlc-

Uia;:

Rome pour la troisième fois , augmenta le patrimoine du pape , s'empara de Capoue et de plusieurs autres villes, rompit le mariage de Rotrude, et , ne gardant plus aucun ménagement , nomma son fils Pépin roi d'Italie.

Une armée impériale débarqua près de Ravenne , sous les ordres d'Adalgise , lils du roi des Lombards. Les Français vainquirent et tuèrent ce pi'ince; Charlemagne, continuant ses succès, enleva aux Grecs l'isirie, laLiburnie, et bannit de ses Etats les marchands vénitiens, parce que cette république , constante dans sa politique, reconnaissait toujours la souveraineté des empereurs d'Orient, et c!,!iiv"ii6 Charles régnait à Rome comme à Paris, et le pape reconnut, trop tard peut-être, qu'en appelant un si puissant libérateur, il s'était donné un maître. Constantin , n'ayant plus l'espoir d'épouser Rotrude , prit pour femme ime Arménienne nommée Marie. Ses troupes furent battues en plusieurs rencontres par les Sarrasins et les Bulgares. Ce prince était parvenu à l'âge de vingt ans ; les pay'ices Théodore et Damien , secondés par Pierre, grand-maître du palais , lui conseillent de secouer le joug de sa mère et de prendre les rênes du gouvernement. Irène découvre le complot, fait battre de verges les conjurés, enferme son fils dans le palais, et exige que les soldats jurent de n'obéir qu'à elle. La garde aiméiiiomie refuse deprêterce

serment, le reste suit son exemple. Les troupes de ïhrace arrivent et se joignent à elle. Constantin, icnduà la liberté, déclare sa mère déchue de tout pouvoir , condamne au fouet Storace, son favori, chasse Irène de son palais , et lui donne pour prison celui d'EIeulhère, où elle avait caché, à son insu, d'immenses trésors.

T > \ / 1 Guerre

L empereur, en commençant a régner , voulut avcdcsBui combattre ; il marcha contre Cardan , roi des

' ' Fuite

Bulijares. Cette eruerre fut également honteuse des deux

o o a armées.

pour les deux princes ; dès qu'ils se trouvèrent en présence, leurs deux armées , frappées d'une égale terreur , prirent la fuite ; celle qui s'arrêta le plus tôt se crut victorieuse ; la palme resta non au plus brave , mais au moins épouvanté.

Constantin, rassuré le premier, remporta quelques avantages contre les Bulgares et ensuite contre les Sarrasins. Cependant Irène, descendue «virène. depuis quinze mois du trône,méditait sa vengeance; l'éloignement de la garde arménienne, appelée à l'armée, favorise ses projets. Fertile en intrigues, elle séduit les grands, corrompt les soldats, et s'assure des suffrages de la multitude. L'impru- c dent Constantin , méprisant les sages conseils de Lachanodracon, et trompé par les prédictions d'un astrologue, attaque les Bulgares dan,s une forte position et perd la bataille. Lachanodracon périt dans ce combat; la garde impéria le est taillée en pièces; les Bulgares s'emparent de la caisse

Défailc do ODStantia.

militaire et des équipages de remperenr; îes debris de l'armée fuient jusqu'à Constantin ople.

p.H<.!ic Les grandes défaites, comme tous les iirrands désordres, font naître les séditions ou les favorisent ; les soldats vaincus se révoltent et veulent couronner INicéphore. Irène, pour reprendre son crédit , découvre à son fils le complot ; l'empereur prive de la vue Nicéphore, fait couper la langue à ses quatre frères , et condamne au même supplice Alexis , commandant les troupes d'Arménie.

Ces exécutions atroces soulèvent les Arméniens ; ils attaquent et battent les troupes impériales, mais ensuite ils sont défaits par Nicétas, qui envoie au supplice leurs chefs, pardonne aux autres, et met fin à la rébellion.

Constantin croyait que ^élévation du tfône le plaçait au-dessus de toutes les lois. Devenu amoureux de Théodote , fille d'honneur de l'impératrice, il répudia sa femme, et , malgré l'opposition du patriarche, il épOusa sa maîtresse.

Après une courte expédition en Cilicie , dans laquelle il battit un faible corps de Sarrasins , dégoûté de sa nouvelle femme , il se livra aux plus excessives débauches.

V. n-r«iicc L'ambition de sa mère jouissait secrètement du mépris que sa conduite lui attirait. Cette mère dénaturée flattait ses passions pour le perdre, et, on mémo temps , excitait contre lui l'indignation

DU BÀK-EMPIRE. 427

juibllquc. Lorsc|ii'elle voit enfin tout disposé pour le succès de ses vues, une troupe de conjurés attaque l'empereur quand il revenait du cirque ; il se défend, se sauve à Pyles; mais on l'y poursuit, Déchéance on 1 arrête, on le ramené sur une barque dans latm. capitale ; pendant son sommeil la barbare Irène lui fait crever les yeux '*'. 11 avait régné dix-sept ans ; il vécut depuis dans l'oubli.

* An 797.

« tww wWkfw* i'

Page 1