‹ Histoire universelle, ancienne et moderne (volume 2)Chapitre 6 sur 47 · H HISTOIRE · texte numérisé non relu

H HISTOIRE

suivi de deux de ses compagnons , il était venu à pied dans la capitale , portant une besace et un bâton. Tous trois s'enrôlèrent : Léon, frappé de leur liante stature , les fit entrer dans sa garde. Justin était déjà capitaine, lorsqu'on marcha contre les Isaures. Une faute contre la discipline le fit condamner par Jean-le-Bossu à perdre la vie ; la hache était leveé^sur sa têiei, lorsque le consul, arrêté par un songe suivant les uns , par une apparition suivant les autres , lui accorda sa grâce.

Sa bravoure lui attira l'estime de ses chefs et la bienveillance de Fempereur , qui le nomma successivement sénateur, 'chef des offices et pairice.

Les Sarrasins, -qui troublaient alors le repos de Fempire par- leurs excursions et leurs brigandages , et qui, depuis, lui devinrent si funestes , lorsqu'une nouvelle religion ajouta l'ardeur du fanatisme à leur p session pour la guerre , parurent en grand nombre cette année ^ en Syrie. Romanus, gouverneur de Palfestine , les comliattit et les força c! rde se retirer. ^

Anastase fut moins lieureux contre les Bulgares.

Ils- avaient passé le Danubej Ariste et le comte

Nicostrate , à la tête de l'armée d'IUyrie, leur

livrèrent bataille et la perdirent ; d'affreuses dé-

Evénemens vastalions fur^nt la suite de cette défaite.

en Perse.

La peste et la famine dépeuplèrent une partie de l'Asie '*'*. Pendant ce temps la Perse , sans

* An 499- — ** --^n 5oi. :

cesse altaqiicc par les liorJes du Nord , cl ait dé^ clûrcc par les discordes civiles. Pi^rôse fui Uic dans une bataille contre les Huns ; Balacèse , son frère,. lui succéda; Cavade,, son fils, resta e^ • otage chez les Huns victorieux. Le nouveau}; rpi . méprisait la religion des mages; ils révoltèreïitj le peuple contre ce prince : on lui creva les yeux ;, on le dépouilla de la couronne. Cavade hérita de son sceptre et régna en tyran.

Ses ambassadevirs vinrent demander à l'empe- : reur Anastase les subsides que Zenon lui avait prOr.r mis. L'avare Anastase préféra l'argent à la paix ; il prétendit quon était convenu , non d'un don,, ,. mais d'un emprunt. Cette conduite rompit; les ^^ liens des deux empires : de grands événemens for- ,^ cèrent Cavade à différer sa vengeance.

Il voulut contraindre les Arméniens à embrasser son culte ; ceux-ci prirent lés armes , massacrèrent les mages et ;taillèrent en pièces les troupes persannes. „, r ',.

Les cruautés de Cavade le rendaient odieux, jj-,; son ingratitude pour un général qui l'avait saq^yç dans un cornbat , et qu'il fit mourir, excita Is^i^ fureur des grands du royaume ; ils le déposèrent, [l'enfermèrent dans une prison , et élurent pour rpi . Zamaspèce.

Bientôt Cavade , délivré par le courage de sa femme , se réfugia chez les Huns qui lui donnèrent des troupes et le rétablirent sur le trône. TOMl". 8. 4

5o HlhTOlKE

Après s'être vengé cruellement de ses sujets rebelles , il déclara la guerre aux Romains , entra en Arménie , la dévasta , et forma le siège d'Amide. A la suite de deux assauts inutiles, il feignit de se retirer, revint pendant la nuit et pénétra dans la ville par la négligence de quelques moines plongés dans l'ivresse , et qui laissèrent sar^s défense un fort dont la garde leur avait été confiée. Quatre-vingt mille habitans furent passés au fd de l'épée : tous auraient péri ; l'adresse et le courage d'un vieux prêtre grec mirent seuls fin à ce carnage, et Seigneur , dit-il à Cavade , un grand roi » 'souille sa gloire en égorgeant les vaincus. — Et )) 'pourquoi , répondit le roi , a-t-on lassé ma » patience par une résistance si opiniâtre ? — C est , » reprit le vieillard , que Dieu voulait accorder » cette conquête à votre valeur plutôt qu'à notre » lâcheté. )) Cette réponse, à la fois fière et flatteuse , désarma le vainqueur. *

Anastase envoya contre les Perses une forte armée , commandée par Aréobinde , général habile ; mais il lui donna pour collègues deux courtisans , Hypace et Patrix , qui , jaloux de sa gloire , craignaient plus ses succès que ceux de l'ennemi. Ils le trahirent et laissèrent surprendre l'armée par les Perses, qui la taillèrent en pièces.

Cavade , après une tentative inutile sur Edesse , se vit forcé à la retraite par Aréobinde. Anastase

* An 5o3.

nu Bvs-F.firinE. 5i

no put reprendre Amide. Effrayé de l'approche de l'aniiée des (mollis qui menaçaient rillyric , il conclut la paix avec Cavade , ou plutôt il l'acheta : on lui rendit Amide , mais il paya au roi de Perse un tribut de onze mille livres d'or.

L'empereur , délivré de cet ennemi, rassembla Guerre arec toutes ses forces pour Jes opposer a 1 armée que Théodoric venait d'envoyer en lUyrie sous les ordres d'un général nommé Pitria : lorsque les armées furent en présence, le général des Goths , pour enflammer leur courage, à la vue d'un ennemi supérieur en nombre , s'élance à leur tête et s'écrie : a Compagnons! vous connaissez tous » la vaillance de votre roi. Les ennemis , qui » ont éprouvé sa force et son courage , le con- )) naissent comme vous. Prouvez-leur que vous » lui ressemblez. Quoiqu'il soit absent, il vous » voit : marchez , combattez ; il a les regards » fixés sur vous , aucune de vos actions ne lui » échappera. »

Les Grecs furent complètement battus ; et Pitria, défendant qu'on dépouillai les morts, ordonna de laisser sur le champ de bataille les armes et les chevaux comme trophée de sa victoire.

Anastase éprouvait que les légions énervées corstrucn'étaient plus de suffisans remparts pour défendre mi"aiiie"^ sa capitale. 11 fit construire à treize lieues de Con- m-pic stantinople une muraille épaisse de vingt pieds , flanquée de tours , et qui s'étendait, dans l'espace

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de treize lieues , de la Proponlide au Pont-Euxin ; signal de détresse , monument à la fois de faiblesse et de luxe.

L'empereur , ne pouvant lutter contre le génie cl la fortune de Théodoric , chercha une vengeance sans gloire ; et , lorsqu'il vit le roi des Goths occupé à combattre les Français, il chargea Romanus , à la tête de huit mille soldats , de piller la Calabi-e et les côtes d'Italie *. en même temps il donna le titre de consul à Clovis qui lui enlevait pour jamais la Gaule , et fit offrir à ce prince par ses ambassadeurs une tunique de pourpre et une couronne d'or j il espérait par là exciter une haine irréconciliable entre le roi des Francs et celui des Goths.

Clovis méprisait la faiblesse de l'empereur jf rec ;- mais , comme les souvenirs de Rome et le respect pour les dignités romaines existaient encore dans la Gaule, le roi des Francs, pour rendre son autorité plus vénérable aux yeux des peuples conquis, reçut, dans l'église de Saint-Martin de Tours, les ornemens qu'on lui présentait, et accepta le titre qui semblait sanctionner son ix)uvoir et légaliser sa conquête.

L'empereur ne réussissait pas mieux à maintenir la trancpiillilé intérieure qu'à soutenir la gloire des armes de l'empire. La passion des an-

* An 5o8.

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cîens Grecs i>our les courses de chars n'clail point loiubéc avec leur llberléj ils l'avaient communiquée à leurs vainqueurs. Prescjue indifréreus pour la gloire du champ de bataille et de la tribune, ils n'ambitionnaient avec ardein- que celle du cirque; et, tandis qu'ils voyaient avec insouciance leurs i^énéraux, leurs consuls y exilés , mutilés, enchaînés, leurs. princes avilis,, assassinés,^ détrônés, ils embrassaient avec passion la querelle des cochers de la faction verte ou de la faction bleue ,^ et , bravant dans leur fureur les armes des soldais, l'autorité du prince et la voix des magistrats , ils changeaient souvent le théâtre des [eux en champ de carnage.

L'empereur, entraîne par le torrent de l'opinion , commit la faute de prendre parti dans ces sanglantes et méprisables querelles ; la faction, opposée à celle qu'il protégeait , excita souvent des séditions que sa présence ne put comprimer ; quelquefois même il fut insulté et poursuivi à coups de pierres, et se vil obligé de se renfermer dans son palais. .

Une autre faiblesse, plus fatale , l'exposa à de v,.,i..i,nn plus grands dangers. Vaincu par son penchant d'Auaaia^t. pour l'hérésie de Nestor et d'Eutychès , il arracha violemment au jmlriarche Macédonius le serment écrit dont il était dépositaire , et par lequel , à son avènement , il s'était engagé à soutenir l'orthodoxie. Ce manque de foi devint le signal de la première

HISTOIKL

G..pr,c guerre de religion. On vit vingt mille moines ac-

<lc rcii-,ion. • t ri •

courir de Syrie pour renverser le trône pontifical

du patriarche ; d'autres légions de moines s'ar-

victoire nièrent -pour le défendre. Enfin Vitallien , petit-

•leVilallicn. r•^ J^ A i • •

ilis dAspar, croyant que son ambition pourrait profiter de ces discordes , embrassa la cause des catholiques, arma tous les mécontens, mit en déroute soixante mille hommes que l'empereur envoyait contre lui, força la grande muraille et vint camper sous les murs de la capitale.

Hipace, neveu et général d'Anaslase, avait été fait prisonnier. Le vainqueur le traînait à sa suite dans une cage de fer. Cyrille , qui le remplaçait , remporta d^abord quelque avantage et contraignit Vitallien à se retirer j mais, s' étant ensuite laissé surprendre par l'ennemi dans une maison de dé->bauche, il fut pris et égorgé.

Sa .kraito Vitallien assiégea Constantinople. La division y siantiiiopie. régnait ; il s'en serait rendu maître sans l'habileté d'un physicien d'Athènes, nomme Proclus. Ce philosophe , renouvelant les prodiges d'Archimède , détruisit les machines de guerre des assiégeans et brûla leur flotte : la garde impériale, profitant de l'épouvanie causée par ce désastre , sort, se précipite sur les troupes de Vitallien, en massacre une partie, met le reste en fuite, et force le chef des rebelles à rendre la liberté à Hipace et à demander la paix.

Anaslase la lui accorda, promit d'être ortho-

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tloxe, et continua toujours à maltraiter les catholiques.

Il ne jouit pas long-temps du repos que lui Mort donnait la soumission de VitaJhen : on lui apprit qu'un nouveau corps de barbares , ayant franchi le Danube, ravageait la Macédoine et la Thessaiie; comme il se préparait à les combattre , un coup de foudre termina son règne et sa vie. Il mourut presque nonagénaire, après avoir régné vingt-sept ans *.

Ceux de ses sujets que n'égarait point l'esprit de secte, rendant justice à la sagesse de ses lois, à la douceur de son administration, le placèrent au rang des bons princes. Les catholiques le comparèrent à Néron, à Dioclétien; le pape raya son nom des dypiiques (registres); le peuple de Constantinople troubla ses obsèques par des insultes. Pour le juger impartialement, on doit dire que ce |)rince médiocre vécut et régna sans gloire et sans honte.

* An 5i8.

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