CHAPITRE TROISIÈME
Prëtculions d'Amantius au pouvoir. — Election de Justin jiar ràrméc. — Administration de Proclus. — Portrait de Lupicinc, surnonimcc Euphémia. — Adoption de Justinieû par Justin. — Prédilection de Justin pour le chrislianisipe. — Conspiration contre Justin. — Mort de Vitallien par la perfidie du Justinicn. — Querelles des factions du cirque. — Désordi-e de la faction bleue. — Guerre avec le roi de Perse. — Prçmières armes de Bélisaire. — Abdication et mort d'Elishan , roi d'Abyssinic. — Ambassade et mort du. pape Jean. — Disgrâce de Bocce et de Sj'mmaque. — Portrait de Coècc. ■ — Sa condamnation et sa mort. — Mort de Symmaque. ^- Mort de Thcodoric. — ^ Régence d'Amalasonte. — Atlialaric est roi d'Italie.— Justinien est nommé Auguste. — M(^rt de Justin.
JUSTIN, (an 618.) Pictcni,iong Anastase ne lalssa.it après lui que trois neveux
(r.Amanliii» ' ^ .
aufonvoir, sans lalens, sans crédit; ils n inspiraient cie confiance ni de crainte à aucun paini, et ils lombèrent dans l'oubli, dès que leur oncle cessa de vivre. L'eunuque Amantius , ministre d' Anastase, dans les derniers temps , gouvernait l'Etat sous le nom de son maître : n'osant aspirer à l'empire , il voulut l'acheter pour un autre et fixa son choix sur Théocrite, patricien dont le dévouement et la faiblesse lui garantissaient la conservation de son pouvoir. Justin fut chargé par lui de gagner les.
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sénateurs, les soldais et le peuple. Il commandau alors la ^^ardc, et, dans les pays soumis au despotisme , on voit presque toujours le trône renversé pu usurpé par la force destinée à le défendre. L'ambitieux armé , qu'on place si près de la, couronne, n'a, si on peut s'exprimer ainsi, que le l)ras à étendre pour la saisir.
Justin, nourri dans les camps, s'était concilié Election l'afiection des troupes dont il avait partagé les patrarm^c* périls et les travaux; elles aimaient sa bravoure, sa force , son regard fier, son teint coloré, sa vie aventureuse, et même sa grossière ignorance. Il se servait de l'or que lui prodiguait Amaniius pour faire de grandes largesses aux officiers, aux principaux sénateurs, au peuple; mais ce fut pour lui-même qu'il sollicita leurs suffrages, et, d'un consentement presque unanime, ils l'élurent empereur.
Le comte Jean s'était mis sur les rangs pour lui disputer la couronne; mais son parti, trop faible, ne put empêcher ni même retarder l'élection.
Dans un moment où l'empire se voyait attaqué de tous côtés par les barbares , on aurait pu regarder comme nécessaire le choix d'un empereur guerrier. Justin devait sa fortune à ses exploits ; mais , quand il monta sur le trône , il était âgé de soixante-huit ans, et la vieillesse avait refroidi son rourage.
Si le nouvel empcy eur manquait du lumières ,
Adniînis- il possetlaît an moins 'la première qualité d'un
Trotius. prince, l'art de connaître les hommes et d'en tirer ' parti. Comme la science raiilitaire éiait la seule qu'il eût étudiée, il ne se chargea que de l'armée^ et confia l'administration de l'empire au questeur Pfoclus , homme intègre , expérimenté , savant , et généralement estimé.
Portrait de La femmo de Justin se nommait Lupicine ;
*urnoninic-e d'esclavc cllc était devenue sa concubine , son * épouse, et enfin impératrice : espérant faire oublier son origine en changeant sOn iiom , il lui donna celui d'AKa-Martia Euphémia. Elle ne devait rien à l'éducation , mais la nature l'avait douée A.iopiion de sagesse , de bonté et de prudence. Comme
«larju.iin. 1 cmpcrcur nen eut point denfans, toutes ses affections se portèrent sur son neveu Justinien , âgé alors de trente-cinq ans.
Ce prince , dont le règne jeta depuis tant d'éclat sur l'empire , était né dans cette contrée qu'on appela tour à tour Bulgarie, Dacie, Dardanie. Son père , simple paysan , se nommait Istok , sa mère Biglenisse, et lui-même Upranda. Ces noms barbares choquaient la vanité grecque ; on y substitua ceux de Sabbalius, de Vigilantia et de Justinien J enfin la bourgade même de Taurisinus, sa patrie , située près de Sardiques, fut ap-
Prêdiicc- pelée Thétraphrigte.
lin i>.)ui io Justin , monté sur le trône , se déclara haute-
ii.smc. ment le protecteur des catholiques ; le peuple ,
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charmé, le célébra comme un nouveau Constantin , et donna le surnom d'Hélène à l'impératrice.
Le clergé catholique, oppresseur dès qu'il n'était plus opprimé , persécuta les ariens , les manichéens , les nestoriens , exigea que tous les hérétiques fussent exclus des emplois civils et militaires , et que même , ee qui était le comble de l'absurdité , on ne leur permlît plus de servir comme soldats.
L'empereur écrivit au 'pape pour rentrer dans sa communion : le pontife n'y consentit qu'à condition que le patriarche Jean flétrirait la mémoire de ses prédéc esseurs Accace , Euphémius et Macédonius. Un légat vint à Gonstantinople , l'empereur l'accueillit avec honneur dans le sénat ; et les églises grecque et latine furent ainsi momentanément réconciliées.
Sévère, patriarche d'Antioche , soutenait encore l'hérésie; Vitallien eut ordre de le chasser et de lui faire couper la langue; le proscrit se sauva chez Timothée , patriarche d'Alexandrie , que l'appui d'un parti nombreux rendait inattaquable.
Amantius et Théocrile , dont l'élévation de Conspim. Justin avait déjoué les projets ambitieux , formé- jus"in "' "^'^ rent une conspiration : on la découvrit ; Théocrite fut arrêté , tué dans sa prison , et Amantius exilé à Sardiques. ^i^^^
Un rival plus à craindre était Vitallien, prince J^^in'l'l'ir. héréditaire de la Scythie mineure, pelit-fils d'As- îlli. '^' ^"''
6o . HISTOIRE
par, chef des Golhs auxiliaires, f^énéraï habile. IF commandait alors une armée ; on ne pouvait oublier que récemment il avait assiégé Conslaniinople, et fait irembler Anastase dans son palais. Son zèle pour la foi catholique lui avait fait donner par les synodes de Tyr et d'Apamée le
. surnom d'orthodoxe.
Le succès de la force contre un homme si puissant était incertain. On le trompa pour le perdre, et la vengeance , pour le rappeler à la cour, prit
- le masque perfide de la confiance et de l'amitié. Justin le combla de dignités et d'lu)nneurs; Justinien lui jura une amitié fraternelle, consacra ce serment en communiant avec lui, l'invita à mi festin , le fit assassiner , lui succéda comme chef delà milice, et souiUa ainsi, par un crime atroce, le premier degré sur lequel il monta pour s'élever au trône.
Querelles La fureur des factions du cirque ensanglantait du cirque, toujours Constantinople , et devenait, dans tout l'empire , la cause des plus affreux désordres. Ce n'étaient plus ces solennités pompeuses de l'antique Grèce, embellies par une riante mythologie, où tous les héros, tous les princes, tous les peuples rivaux venaient oublier leurs haines, et déposer leurs armes pour se disputer paisiblement une palme glorieuse. Lorsque Rome adopta l'usage de ces courses de chars , la sévérité des mœurs romaines ne put souffrir que la gloire des consuls!,,
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<ïos sénateurs, des patriciens, s'exposât sur l'atvfie aux murmures ou aux applaudisscmcns de Tin-' constante multitude. D'obscurs cochers, consacrés aux plaisirs du peu[)le, disputèrent seuls le prix de ces combats ; on les distinguait par des couleurs rouge , blanche , verte et bleue.
Sous les empereurs, lorsque les citoyens ne prirent plus de part à la chose publiqne, les plaisirs;' devinrent leurs seules affaires : les Romains , que ' leurs maîtres amusaient à grands frais pour léS'' distraire du chagrin de la servitude , portèrent ' dans les jeux publics cette ardeur, cette âprcté,' cet esprit de faction qui ne pouvait plus éclater impunément dans le Forum ; chacun soutint avdti ' passion les querelle^ des conducteurs de chàrs'j'i les couleurs qu'ils avaient adoptées devinrent cîo^ * étendards et des signaux de tumulte : la supersiiliori attacha bientôt des idées mystérieuses à ces quatre couleurs qu'on supposait représenter les ëlémetis ; »'>''"'^^'''" on^^rut voir, dans leurs triomphes ou dans leurs' ^ revers, des présages contraires ou favorables, que''' chacun interprétait au gré de ses opinions, de ses" craintes ou de ses désirs. . -ir:; .-
Les empereurs, soit qu'ils fussent entraînés par l'exemple, soit qu'ils crussent plaire au peuple eu l'imitant, commirent souvent la faute de prendre part à ces querelles puériles; l'influence de l'autorité les rendit enfin aussi importantes, aussi violentés, aussi acharéécs que les cpercllcs religieuses;