‹ Histoire universelle, ancienne et moderne (volume 2)Chapitre 9 sur 47 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

l'orfrait do Justiuieu. — Son gouvernement. — Portrait tic l'iinptiratrice Théodora. — Mort de sou iils. — Premiers succès de Justinion. — Destruction et reconstruction d'Antiociie. — Profession de foi de Jtistinicu. — Mutilation de deux évèqucs.

— Pénitence de Théodora et de cinq cents femmes. — Révolte des Abagcs contre leur roi. — Guerre avec Cavadc , roi de Perse. — Succès de Bélisairc. — Paix avec Cavade. —Invasion de barbares. — Ori!;ine des Esclavons. — JNouvclle guerre avec Cavadc. — Bataille de Caliinique. — Résistance courageuse de Rélisaire. — Usage persan à la guerre. — Mort de Cavadc.

— Avènement de Cosroès au tronc de Perse. — Paix entre Justinien et Cosroès. — ^ Querelles du cirque. — Révolte du peuple pour la faction verte. — Fermeté de Théodora. — Tumulte excité par Hyppace et Pompée. — Massacre dans le cirque. — Mort d'Hyppace et de Pompée. — Projet de la conquête de l'Afrique par Justinien. — Révolution en Afrique. — Usurpation de Gélimer. — Hésitation de Justinien pour son entreprise. — Préparatifs de guerre contre les Vandales. — ■ Départ do Béiisaire. — Invention des signaux attribuée à Béiisaire. — Campement de l'armée. — Marche de Gélimer. — Exploits de Jean , gi'néral romain. — Première attaque.

— Echec des Massagètes. — Victoire do Béiisaire sur Gélimer.

— Son entrée dans Garthage. — Nouveaux préparatifs de Gélimer. — Sa défaite et sa fuite. — Mort de Jean par la maladresse d'un soldat. — Lettre de Pharas à Gélimer. — Singulière demande de Gélimer à Pharas. — Sa capitulation et sa captivité.

— Entrée triomphale de Béiisaire dans Coustantiuoplc, — Projets de Justinien. — Rédaction des Codes par Tribonicn. — Le Digeste et les Pandcctes. — Les Institutcs de Justinien. — Les Novellcs. — Evénemens en Italie. — Régence d'Amalasontc.

— Inconduitc de son fils Athalaric. — Conspiration contre Amalasonte. —Mort d'Athalaric. — Elévation de Théodat. — Ses crimes. — Mort d'Amalasontc- — Conquête de la Sicile par Bclisairc. -x Révolte en Afrique — Victoire de Salomon sur les

Maures. — ConspiraHon contre lui. — Sa fufte à Syracuse. — ■ Stozas est élu général. — Arrivée de Bélisaire à Cartilage. — Si victoire sur les Maures. — Son retour en Sicile. — Défection dans l'armée impériale. — Défaite et fuite de Stozas. — Gouvernement de Salomon en Afrique. — Sa défaite, sa fuite et sa raort. — Défaite des Maures. — Conduite de Théodat.

— Marche de Bélisaire en l'Italie. — Prise de Naples. — Lâcheté de Théodat. — Elévation de Vitigès. — Mort de Théodat. — Arrivée de Bélisaire à Rome. — Marche de Vitigès sur Rome. — Danger et défense courageuse de Bélisaire. — Siège de Rome. — Arrivée d'un renfort. — Propositions de Vitigès.

— Suspension d'armes. — Levée du siège. — Mort du pape Silvère. — Invasion et victoire des Bulgares. — Arrivée de Narsès à Ravenne. — Cause de mésintelligence entre Narsès et Bélisaire. — Prise de Milan par les barbares. — Invasion et retraite de Tbéodebert. — Siège de Ravenne par Bélisaire.

— Son entrée triomphante dans Ravenne.. — Son entrée triomphale dans Constantinople. — Disgrâce et exil de Jean de CappadoGc. — Sa mort. — Invasion de Cosroès. — Son entrée dans Antioche. — Ambassade de Justinien à Cosroès. — Bélisaire est nommé général de l'Orient. — Ses succès en Perse. — Retour' de Cosroès. — Retraite et disgrâce de Bélisaire. — Sa réintégration et son départ. ■ — Ambassade de Cosroès à Bélisaire. — Artilice de Bélisaire. — Paix entre Bélisaire et Cosroès. — Travaux de Justinien. — Révolte et Mort d'Ildibad. — BaducUa , surnomme Totila, est roidesGoths. — Sa conquête de l'Italie. — Maladie de Justinien. — Disgrâce et réhabilitation de Bélisaire. — Son départ et sa marche contre Totila. — Prise de Rome par Totila. —

— Son départ de Eome. — Rentrée de Bélisaire dans Rome. — Retour de Totila. —Mort de l'impératrice Théodora. — Retraite volontaire de Bélisaire. — Préparatifs hostiles et mort de Tbéodebert. — Prise de Rome par Totila. — Son départ pour la Sicile. — Narsès est nommé général. — Son portrait. — Son arrivée en Italie. — Bataille entre Narsès et Totila. — Défaite, fuite et mort de Totila. — Teïa est roi des Goths. — Prise de Rome par Narsès. — Bataille entre Narsès et Teïa.

— Mort courageuse de Teïa. — Paix entre Narsès et les Goths.

— Rupture de celte paix. — Sit'gc , blociis et capitulation de Cuines. — Victoire de JNaists sur les Allemands. — Soumission des Gotlis. — Dostiiiction de leur empire. — Exarcliat de Narsès et de Longin. — Ecrits religieux de Juslinien. — Disgrâce et mort du pape Vigile. — Révolution en Espagne.

— Apparition des Turcs. — Invasion d'Arabes et de Huns. — Alarmes de Justinien. — Armement de Bôlisairc. — Sa victoire sur les barbares. — Son triomphe et sa disgrâce. • — ^Découverte du ver à soie. — Conspiration contre Justinien. — Captivité de Bélisairc. — Sa mendicité et sa cécité , (J'able. ) — Mort de Bélisairc. — Mort de Justinien.

JUSTINIEN. (An 527.) IjE nouveau maître de l'Orient, né sous le chaume, portrait

,1,1, 1/^/ de Justinien

eleve dans les camps , parvenu au rang des Lesars par l'assassinat de Vitallien, prodigue pour ses plaisiis , minutieux dans ses occupations , comparé pour ses amusemens puérils à Domitien, subjugué par une courtisane qu'il avait épousée, devait inspirer plus de crainte que d'espoir au peuple : cependant sa vie fut glorieuse , son nom célèbre ; et , sous son règne , l'empire relevé parut reprendre une nouvelle vie et de nouvelles forces. Justinien ambitionnait tous les genres de gloire. Les leçons d'un Grec, nommé Théophile, avaient éclairé son esprii:; il était dans la maturité de l'âge lorsqu'il monta sur le trône : on vantait son savoir en jurisprudence, son éloquence au sénat ; il montrait une vive passion pour l'architecture et pour la musique ; les Grecs chantent encore dans leurs temples une de ses hymnes.

L'étude de la théologie, à laquelle, suivant l'esprit du siècle, il se livra trop ardemment , lui coûta un temps précieux et lui fit commettre de graves erreurs. Le mélange de défauts et de qualités qui formaient le caractère de ce prince, le rend difficile à juger. Les jurisconsultes lui ont prodigué leurs éloges, les auteurs ecclésiastiques leurs injures. Procope, avocat, secrétaire de Bélisalre et historien, l'a flatté et déchiré tour à tour; son opinion changeait avec son intérêt. Dans un de ses ouvrages , il peint cet empereur sous les traits d'un ange ; dans un autre il le représente sous ceux d'un démon : sa vie entière prouve qu'il ne mérita ni ces louanges exagérées ni cette censure amère.

Son pou- J uslinien , avec une ambition sans bornes , avait un esprit médiocre, un caractère laibie; naturellement doux, les caprices de Théodora, qui le dominait , le firent paraître quelquefois cruel. I^e désir des succès l'éclairant dans ses choix , il eut d'habiles généraux. La jalousie le rendit ingrat pour eux. Jamais prince n'éleva autant de monumens ; peu d'empereurs firent autant de conquêtes ; ses lois ont illustré sa mémoire et régissent encore lé monde ; mais sa gloire ne fut que d'emprunt; celle du législateur n'appartient qu'au savant jurisconsulte Trèbonien; celle du conquérant fat entièrement due au talent de Germain , au génie de Bclisaire et de Narscs; si sa volonté leur donna l'impulsion , sa faiblesse entrava sou-

vcnl ioiir marclic,sa protligalitc dissipa l'immense lr<;sor que lui avait laissé son prédécesseur; ses ' ministres, avides et corrompus, écrasèrent les }>euples d'impôts; il porta très-loin ses armes, mais épuisa ses forces et perdit par ses fautes l'Occident, cpic ses généraux avaient conquis.

Ses nombreux monumens écrasèrent l'empire plus qu'ils ne l'embellirent. Enfin il dut sa grandeur à sa fortune , son élévation à un crime , ses succès à quelques grands capitaines, ses reverset ses malheurs à lui seul; et son nom ne brillerait pas avec lani d'éclat aujourd'hui , si ïrèbonien ne l'avait placé à la lète d'un code immortel.

Théodora gouvernait l'empereur et l'empire. , ^fT'"''

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Dans sa jeunesse ses charmes et ses vices com- V',""" ^''*""

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mencèrent sa fortune ; elle surpassait les autres courtisanes en libertinage comme en beauté : comédienne , pantomime , elle excitait , par la vivacité de son jeu , par ses gestes et ses attitudes boufibnnes , un vif enthousiasme ; le peuple, qui lui prodiguait alors ses applaudissemens sur le théâtre , était loin de prévoir qu'un jour, assise sur le trône , elle exigerait de lui d'autres hommages. Théodora était spirituelle ; un gouverneur d'Afrique en devint passionnément épris et l'einmena avec lui dans sa province ; elle en eut un fds ; un nouveau caprice ou un secret pressentiment la décidèrent à revenir dans la capitale : là, jouant un autre rôle, elle affecta la dévotion, vécut dans la

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relraile , se livra à l'élude , ne reçut que des savais, des magistrats 5 des hommes d'Etat, attira chez elle Justinien, et le captiva tellement qu'il résolut de l'épouser.

Justin refusait d'y consentir. Les lois de Constantin et de Marcien interdisaient aux sénateurs et aux citoyens tout inariage avec une comédienne. Justinien , entraîné par sa passion , surmonta ces obstacles, arracha le consentement de l'empereur , obtint la révocation des lois qui empêchaient cette union, et fit célébrer son mariage. Sa mère , Vigilantia, en mourut de honte et de douleur.

Lorsque Théodora fut parvenue au pouvoir suprême, sous le manteau de la dévotion dont elle se couvrait , on vit percer cet orgueil hautain , si commun et si odieux quand il rappelle une basse origine : cependant, toujours comédienne sur le trône, elle joua le rôle d'une princesse charitable et généreuse ; elle prodigua aux courtisans ses bienfaits , aux pauvres ses aumônes , bâtit des églises, fonda des couvens; mais en même temps, implacable dans ses vengeances, elle persécuta les prêtres qui ne se soumettaient pas à sa volonté , et les grands qui dédaignaient sa protection.

Entouré d'anciennes courtisanes , Chrysomale , Indora, Macédonia, on eiit dit que le palais des Césars était devenu un lieu de prostitution : ses sœurs , qui avaient livré comme elle leurs charmes au public, firent de riches mariages ; des hommes

DU »AS-Ei>iFiia;. 81

puissaiis se virent forces de les épouser cl d'acheter la conservation de leurs dignitiés par la perle de leur honneur.

Tout ce qui résistait à rimpératrice était brisé. Elle envoyait aux cachots, en exil, à la mort, des sénateurs , des généraux, des gouverneurs de province, des évêques; les deux prisons particulières, où elle jetait ses victimes étaient appelées par le peuple le Labyrinthe et le Tarlare.

Son fils, apprenant en Afrique son élévation im- Mon do prévue, accourt précipitamment à Gonstantinople sans ordres , voit sa mère un moment et disparaît pour toujours ; un crime la délivra ainsi de ce témoin importun qui aurait rappelé continuellement à r empereur la première condition et les anciennes amours de sa femme.

La passion de Justinien pour elle fermait pourtant ses yeux à tel point qu'il se glorifiait de son asservissement, et témoignait le plus grand respect à cet objet du mépris général : il força les grands et le peuple de jurer d'obéir à l'impératrice comme à lui.

Mais on ne parvient pas de si loin à tant de fortune, d'éclat et de puissance, sans être doué de quelques grandes qualités. Cette princesse joignait a un esprit étendu, fin, élevé, une étonnante instruction et un grand courage : aussi l'empereur, à la tête d'une de ses novelles , déclare qu'il a consulté la très-respectable épouse que Dieu lui a TOME 8, 6

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donnée; et, comme si l'ombre alllère de cette princesse continuait à dominer les esprits, on a vu, récemment encore, des jurisconsultes vouloir que, par respect pour le code et le digeste , on honorât la mémoire de Tliéodora.

Il est certain que cette femme , sur le trône , aima la gloire avec autant d'ardeur cju'elle avait aimé le plaisir : elle soutint par sa fermeté la faiblesse de son époux , l'excita aux grandes entreprises, lui conseilla souvent d'heureux choix, et fut homme pour lui.

Premiers Lc Commencement du règne de Juslinien fut

succès de , ^ i c* 1 ' '

justinien. niarquc par des succès. Sittas , un de ses généraux, délit et soumit les Zânes, habitans du mont Taurus. Les vaincus, traités avec douceur, devinrent des chrétiens soumis et fidèles. Sittas reçut ordre de l'empereur d'épouser Concetla , sœur de Théodora , autrefois courtisane comme elle j son obéissance lui valut le duché d'Arménie.

Un autre général, nommé Pierre, remporta une victoire sur l'armée du roi de Perse. La tyrannie de Cavade excitait des troubles dans son royaume ; plusieurs grands de ce pays implorèrent la protection de Justinien.

Boacéa , reine des Huns Sabires, alliée de l'empire , à la lé te de cent mille hommes , battit une autre tribu de Huns , commandée par deux rois amis de Cavade ; la nouvelle amazone tua l'un de ces princes , s'empara de l'autre et l'envoya à Jus-

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tuiien> qui, le regardant apparemment plutôt comme un chef de brigands que comme un roi , le fît pendre.

Ce supplice inspira plus de peur que d'indignalion ; Gordas , roi des Huns de la Taurique , conclut un traité d'alliance avec Justinien, embrassa le christianisme, et, ne pouvant convertir ses sujets, fut détrôné par eux. L'empereur le vengea , chassa les Huns de la Taurique, et s'en empara.

Les Esclavons passèrent en grand nombre le Danube ; Justinien leur opposa son neveu Germain, général habile, fier, et qui ne craignait ni les barbares ni Théodora.

Il brava la haine de cette princesse, la força de l'estimer, tailla en pièces les Esclavons, et les poursuivit au-delà du Danube.

La nature se montrait alors plus contraire à Uisiruciion

et recon-

1 empereur que la fortune : un affreux tremble- struction

... ■ . tl'Antiochc,

ment de terre détruisit Antioche ^; cinq mille personnes y furent écrasées; il en périt sept mille tant à Laodicée qu'à Séleucie. Antioche fut rebâtie , et prit le nom de Théopolis.

L'empereur, zélé pour le culte catholique, en- Profcssîoa voya sa profession de foi au pape j il publia des justinkn! lois sévères contre les hérétiques : depuis Théodose , l'esprit de secte et de parti remplaça trop souvent celui de charité.

Les évêqucs obtinrent le droit inipolilique de

* An 5a8.

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