CHAPITRE SECOND
Ëègne faible d .Andronic. — Eenouvellemeht du schisme. — Mort courageuse du despote d'Epire. — Triomphe des Arsénites. — Invasion et défaite de Tartares. — Tyrannie ecclésiastique d'Athanase. — Couronnement de Michel , un des fils de l'empcreur. — Fin de la dynastie d'Icône — Vengeance d'Othman^
— Succès et supplice d'Alexis Philantropène. — Mort de Jean Tarchaniote. — Position critique d'Andronic. — Succès de Roger de Flore, à la tête des Catalans. — Sa faveur et sa mort.
— Massacre de Catalans. — Vengeance de Bcranger. — Rocafort est élu généralissime par les Catalans. — Sa victoire sur les Grecs et les Génois. — Querelles entre Béranger et Rocafort.
— Mort de Béranger , tué par Rocafort. — Disgrâce et mort de Rocafort. — Mort de Gautier de Brienne, tué par les Catalans.
— Election de Roger Deslau. ■ — Exploits des chevaliers de Saint-Jean. — Mort de l'impératrice Irène. — Blort de Michel, fils de l'empereur. — Désordres de son fils Andronic. — Assassinat de Manuel par une méprise. — Disgrâce d'Andronic. — Son changement de conduite. — Sa magnanimité. . — Sa fuite à Andrinople. — Sa générosité envers l'empereur. — Ses succès sur les Grecs et les Tartares. — Son association à l'empire.
trî'iie
ANDRONIC II. (An 1282. )
Andronic , dont les historiens ecclésiastiques
.iVonlc'. "' grecs vantent la science et l'habileté parce qu'il
ravorisa leurs passions contre les catholiques , était
un prince faible , inexpérimenté , superstitieux.
faiblod'An-
Effrayé de tous les dangers qui remouraient , et contre lesquels le seul remède eût été un ferme courage , il était incapable de former et de suivre de grands desseins. On vit sous son règne l'empire s'affaisser de toutes parts , comme un vaisseau battu par la tempête , privé de pilote , cédant à tous les vents , et se brisant sur tous les écueils.
Son premier soin fut d'éloigner de lui les Tartares ; il fit la paix avec Jean Ducas Comnène , prince de Thessalie, que ces barbares étaient impatiens de combattre ; et , pour satisfaire en même temps leur cupidité , il les envoya avec une partie de ses troupes dans la Servie , qu'ils dévastèrent : beureux de détourner ainsi les armes que sa timidité n'osait repousser. De retour dans sa capi- uennareitrtle, il céda aux instances d Eulogie , sœur de son «chi^me. père, à la superstition du peuple, aux menaces du clergé, déposa le patriarcbe Vecchus, rappela Josepb , renouvela le schisme , et rompit avec Rome.
Terter, usurpateur de la couronne de Bulgarie, le menaçait de la guerre ; il conclut avec lui une alliance aux conditions que le Bulgare lui dicta.
Le despote d'Epire avait repris les armes , la Mon fortune favorisa celles d'Andronic ; ses généraux J" «i"i' surprirent le despote qui s'était imprudemment avancé pour reconnaître le camp des ijupériaux ; ils le firent prisonnier , et l'amenèrent à Gonsiaii-
couragcL^fl d'Epiie.
linople. Ce prince , préférant la mort à la captivité , mil le feu au palais où il était renfermé , et périt dans les flammes.
^rTâ- Le patriarche Joseph étant mort , Georges de "'^*" Chypre le remplaça. Le triomphe des Arsénites fiit alors complet ; ils firent transporter en pompe à Constantinople le corps d'Arsène , et les rehques de ce pontife furent reçues par le peuple avec une vénération qui ressemblait à l'idolâtrie. Invasion et L'cmpcreur épousa cette même année Irène ,
«léfjite de ^ ^ . -^
Tartares. fiUe du marquis de Montferrat. Tandis que la cour ne s'occupait que de fêtes et de cérémonies , une nouvelle invasion de Tartares menaçait la Thrace et la Macédoine ; on les vit paraître en foule sur le mont Hémus. Ils ne rencontraient aucune armée pour les arrêter : cette imprévoyance leur inspira une sécurité qui les perdit ; ils se répandirent en désordre dans la plaine. Le gouverneur de Mésembrie , à la tête d'une nombreuse garnison , sortit une nuit de sa ville , tomba sur eux à l'improviste , et les tailla en pièces.
La fortune avant ainsi délivré momentanément Ajidronic de tous ses ennemis , il parcourut ses provinces , donnant à leurs ruines le triste spectacle du luxe et du despotisme de sa cour.
Lorsqu'il était à Nymphée, la veuve du César Slralégopul ayant manqué d'égards pour la femme
DU B,VS-EMPIKE. 9^
tic Gonstanlin Poiphyroijenèlc , frère de l'empereur , ce prince orgueilleux la fil battre de vcri^es. le jeune Stratégopul voulait la venger; Andronic, aigri par les murmures des courtisans, et en même temps effrayé par l'audace des deux jeunes princes, convoqua le sénat , accusa son frère de conspiration contre lui , et Stratégopul du crime de lèsemajesté. Un décret les condamna à la prison , et confisqua leurs biens ^.
C'est sous les gouvernemens faibles qu'éclate Pyr^nni la violence des partis,* un prêtre fanatique, Atha- tique d\ nase, avait succède depuis peu au patriarche Georges. Athanase , implacable contre les catholiques , gouverna l'Eglise en tyran , et persécuta tous ceux qui avaient favorisé la réunion, ou qui s'y étaient soumis ; on ne voyait alors partout , comme au temps des persécutions , que des délateurs , des victimes et des supplices.
Le faible Andronic autorisait ces violences ; leur excès en amena le terme. L'indignation publique força le fougueux Athanase à se démettre de sa dignité. L'empereur , éclairé tardivement , tomba dans un autre excès ; rien n'était constant , chez ce prince mobUe , que la peur. Il se livra contre les prêtres aux transports d'une haine d'autant plus injuste qu'elle n'admettait aucune
* An lîiji.
exception. « Je juge de tous, disait-il lui-même ,
>i par quelques-uns, comme l'on connaît Tamer-
)) lume de la mer en en prenant une seule goutte. »
H fallait cependant nommer un patriarche :
heureusement son choix tomba sur un vieillard
vertueux et modéré , nommé Jean, qui termina
pour quelque temps ces funestes dissensions.
ïcouronne. L'empercur, dans le dessein d'assurer son renient de mi- A '
chei.undes pQg fjj couronucr Michel , l'aîné de ses enfans ,
fils de lem- ■•■ ^ •' 7
pereur. ^^ douua le titre de despote à Jean , le second de ses fils. Son imagination craintive aUait au-devant des dangers , moyen sûr de les faire naître ; il voulait que le patriarche excommuniât tous ceux qui refuseraient de reconnaître le jeune empereur; le pontife , plus sage qu'Andronic , refusa de lui obéir.
La division des ennemis de l'empire continuait seule à retarder sa chute; cet arbre déraciné n'attendait plus qu'un vent qui le renversât. Nogaya, prince tartare , envoyé par le grand khan au-delà du Danube , s'était rendu indépendant dans ses conquêtes; un autre Tartare, Tuctaïs, khan du Kaptchac, l'attaqua, le combattit et le tua. Zacas , fils de Nogaya , se sauva en Bulgarie avec les débris de l'armée vaincue; là, se ralliant à un parti de mécontens commandés par le prince Venceslas , il souleva les Bulgares qui lui donnèrent la couronne. Venceslas l'assassina et demanda des
DU HAS-EMPllŒ. (J7
secours ;i Andronic ; l'empereur envoya Azaa avec quelques troupes en Bulgarie. Les Tartares furent chassés, et Venceslas, après s'être servi d'Azan , le combattit, le contraignit de fuir , et s empara du trône.
On bravait l'autorité impériale, chancelante jusqu'au sein de la capitale : les flottes vénitiennes et génoises se livrèrent plusieurs combats dans le port de Constantinople ; l'empereur , trop faible pour réprimer celte audace, qui , df's deux parts , attentait à sa dignité, joignit ses armes à celles des Génois; les Vénitiens battus se vengèrent en mettant le feu dans la ville.
Ce fut à cette époque qu'on vit dans les montagnes se former une puissance formidable qui , terminant les divisions d?s musuhruns , conquit l'Asie , la Thrace , s'empara de la Grèce, et renversa e]i peu d'années l'empire d'Orient.
Gélaleddin , conquérant iar!are , fameux par quatorze victoires en batailles rargées , eLait devenu maître paisible de la Perse ; son successeur, attaqué à son tour par les hordes mongoles , fut obligé de descendre du trône et de fuir. Ses guerriers , dispersés sous le nom de Carizmiens ou Corasmins , se partagèrent en plusieurs bandes turcomanes , qui pillèrent Jérusalem et rayagèrenl la Syrie.
Les Seljoncides n'existaient plus; Mazoud , tlla
TOHL lO. 7
yS HISTOIRE *
Fin de ia dii demlei' sultan d'Icône , tenta un dernier effort
nynaslie ^
a Jcône. pQ^j, gg relever ; ayant rassemblé toutes ses troupes , il attaqua les Tartares sur les rives du Pont- Euxin ; vaincu par le grand khan des Mongols , il réunit encore ses débris , attaqua le roi de Marmara , nommé Amerkhan , le défit et l'égorgea ainsi que tous ses enfans.
Un seul des princes de celte maison , Ali , échappé au massacre , jure de venger sa famille , rassemble sous ses drapeaux une foule de Turcs , poursuit Mazoud , l'atteint , le combat , le lue et fait périr avec lui la dynastie d'Icône.
Toutes ces tribus , victorieuses des Seljoncides et des princes d'Icône , se rendirent indépendantes dans les montagnes d'Asie , que depuis Paiéologue les milices grecques ne défendaient plus. Après de longs combats entre tous les émirs qui les commandaient , maîtres du mont Olympe et regardant l'empire déchu comme une proie facile , ils en firent des lots , en tirèrent au sort les débris , et réglèrent ainsi le partage de leurs conquêtes faites ou projetées.
La Paphlagonie jusqu'aux bords du Pont-Euxin devint la part d'Ali , fils d' Amerkhan; Icône fut donnée à Ghermian ; Soliman pacha obtint avec son fils Ibrahim le royaume de Castamon ; l'Etolie et la Mysie furent données à Calam, la Magnésie à Sarcan , la Plirygie à Caraman, qui laissa son
d'Olliiiiaii.
DU BAS-EIMPIUK. QC)
nom à la Carainanie ; enfin la Bythhile échut à Olhraan. Cet Olhman devint en i)eii de temps le Vcnge.mc« plus puissant de tous les émirs, l'iieureux usurpateur de leurs possessions , le chef célèbre des Ottomans qui conquirent ConstantinojJe , et la tige des sultans qu'on voit encore régner aujoiird'hui.
Ce fut à la fin du treizième siècle , en 1296 , qu'Olhman, profitant de la mollesse des Grecs, descendit comme la foudre du mont Olympe , et déploya ses redoutables bannières en Bythinie. Il fallait arrêter ce torrent par le courage , on ne lui opposa que la trahison.
Le général grec qui commandait dans ces contrées invite au festin d'une noce les officiers turcs les plus distingués , dans le dessein de les égorger, et surtout dans l'espoir de s'emparer d'Othman ; celui-ci découvre le complot , dissimule son ressentiment, accepte l'invitation, cache cent guerriers dans un bois , et se rend à la noce , accompagné de quarante jeunes soldats déguisés en l'emmes. Au milieu de la fête , prévenant le coup qu'on croyait lui porter, il donne le signal, tombe sur les Grecs, les massacre , et enlève la mariée, qui devint femme d'Orcan son fils , et mère du fameux sultan Amurat. Depuis ce jour fatal , Olhman jura aux Grecs une haine et une guerre (ternelles.
Cependant la vigueur que les Grecs avaient
lOO HISTOIRE
]nontrée à l'époque du rè^ne des Latins pour recouvrer leur indépendance n'était pas éteinte dans tous les esprits , et un autre prince qu'Andronic etsnppHce aurait pu en tirer un grand parti. Alexis Philanrhiianfro- Iropènc , à la tête d'une armée, arrêta les progrès d'Oihman ; son activité , sa bravoure , ses succès le rendirent la terreur des Turcs ; mais les monarques timides , entourés de courtisans jaloux , envient la gloire qu'ils ne peuvent acquérir , et craignent souvent leurs défenseurs plus que leurs ennemis.
Alexis fut maltraité ; il ne dissimula point son mécontentement , et demanda sa retraite ; sa démission fut regardée comme un crime ; ou l'accusa de conspiration : cette injustice fit naître le péril qu'on redoutait , l'armée indignée proclama son général empereur.
Alexis , après avoir résisté quelque temps aux vœux des rebelles , accepta le pouvoir suprême , mais en refusa le titre ; en de telles circonstances les demi-partis sont les plus dangereux : les Cretois qui servaient dans ses troupes crurent ([ue ce refus cachait le dessein secret de trahir l'armée et de se séparer d'elle, si la révolution échouait ; dès lors ils jurèrent sa perte. Libadère , envoyé par l'empereur contre lui, s'avança pour le combattre; les Cretois l'arrêtèrent , et le livrèrent à ses ennemis qui lui crevèrent les yeux.
DU BVS-EMPIKE.' 101
Le commandement des troupes d'Orient fut Moi t Je
*■ Jean Tar-
confié à Jean Tarclianiote ,* ce général réforma lecUmiote.' luxe et rétablit la discipline dans l'armée j il se montra capable par son courage et par sa fermeté de défendre l'empire ; mais comme il tenait par ses opinions au parti catholique , l'évêque de Philadelphie le fit assassiner. Ainsi le fanatisme , l'envie , la faiblesse et la trahison faisaient successivement tomber toutes les digues qui pouvaient encore s'opposer aux progrès de la puissance d'Othman.
Andronic se confiait plus à ses alliances qu'à ses armes. Cherchant partout des prolecteurs , il voulut donner sa sœur au krale de Servie : plus fière que lui , elle refusa d'épouser ce prince barbare. L'empereur lui envoya sa propre fille , malgré l'opposition du patriarche Jean , qui, sans respect pour la dignité de son souverain , le censura publiquement.
Andronic , bravé par les prêtres , dominé par Position
1 • f •11 critique
les courtisans , peu respecte par sa famule , ne d'An<iromc. vit bientôt plus que schisme dans l'Eglise , intrigues dans la cour, murmures dans la ville, découragement dans l'armée. Les Turcs , profitant de ces désordres, parcouraient, ravageaient sans obstacles les plus riches provinces de l'empire *.
* An i3oi.
I02 HlalOlRE
Seize mille Alaijis offrirent dans celle détresse leurs armes à l'empereur ; ce dangereux secours fut accepté , et les barbares , plus avides de bulin que de combats , pillèrent indiffe'remment leurs aniis et leurs ennemis.
De toutes parts on fuyait devant les Turcs; l;i capitale même n'était pas respectée , et l'on vit une flotte vénitienne insulter impunément le port de Constantinople.
L amour de la patrie et celui de la gloire avaient perdu leur empire : la superstition conservait toujours le sien : Michel , fils d'Andronic , étant tombé gravement malade , vit en rêve la Vierge, qui lui indiqua un moine desliné par le ciel à lui sauver la vie. Le moine, appelé à la cour , donna au prince une huile qui , dit-on , le guérit : il était plus difficile de trouver des remèdes pour sauver l'empire.
Succès Le sort , presque toujours arbitre des choses Flore! à la humaines ^ lui amena un guerrier célèbre qui relaidus. larda sa perte. Roger de Flore , avenluricr heureux, soldat intrépide, ambitieux , rempli d'audace, avait été d'abord Templier, ensuite apostat j depuis, général distingué dans les troupes de l'empereur Frédéric ; la guerre de Sicile accrut sa fortune et sa renommée. Dans ce siècle de féodalité , de superstition , de chevalerie , aucune puissance n'était gouvernée par des principes fixes.
DL' BAS-EMl^lKE. lOJ
ni soultiiiue par des armées régulières ; la guerre se réduisait à des invasions ; les traités n'étaient <jue des trêves. Malgré les efforts de quelques princes tels que saint Louis , la force tenait lieu de droit , le peuple n'était compté pour rien , la bravoure remplaçait toutes les vertus.
Mille exemples , avant et depuis les croisades , avaient prouvé que l'épée seule réglait le sort des Etats. Les royaumes , les principautés , les seigneuries conquises par les Normands , par les Lombards en Italie , par les pèlerins en Palestine et en Asie , par les Latins dans la Grèce et dans l'Archipel , ouvraient un champ sans bornes à l'audace et à l'ambition. 11 n'était point de roman héroïque qui ne fut alors accrédité par l'histoire ; tout jeune guerrier pouvait se livrer sans démence à l'espoir de trouver , en courant le monde , la fortune , la gloire et peut-être des cotironnes.
La paix ne désarmait que quelques souverains ; en tout lieu , et surtout en Italie , on voyait une foule d'aventuriers toujours armés , offrant , vendant leur sang et leur courage aux princes , aux républiques qui voulaient se servir de leur épée , et combattant pour leur propre compte lorsque personne ne les soldait.
Roger de Flore, le plus hardi d'entre eux, ayant rassemblé en Sicile huit mille guerriers de dillérentes nations , et devenus fameux sous le nom de
104 HlbTOlJlt
Calaiai]s , résolut de secourir les Grecs contre les Tnrcs. Andronic l'accueillit avec empressement , lui accorda la dignité de grand duc , et lui fit épouser une de ses nièces. Ces faveurs excitaient la jalousie des coiu'tisans , mais la crainte les forçait au silence. Roger justifia la confiance de l'empereur par de brillans succès.
L'émir Caraman assiégeait Philadelphie ; les Catalans lui livrèrent bataille , remportèrent la victoire et délivrèrent la ville : Roger, traversant ensuite le Bosphore , combattit encore , au pied du mont Hémus, une autre armée de musulmans , et la tailla en pièces.
Sa troupe , composée d'hommes d'élite , éprouvés dans cent combats , répandait partout la terreur. Au milieu d'eux brillaient surtoutles Catalans et les Almogavares , dont rien n égalait la force et Tagilité ; lorsqu'ils marchaient à l'ennemi , leur cri de guerre était: fer, réveille-toi, et ce cri terrible annonçait presque toujours la victoire.
En peu de temps ces huit mille aventuriers firent partout reculer les ottomans , dégagèrent les frontières, et donnèrent à l'empire une ombre passagère de repos.
La guerre avait fait comiaître l'utilité des services de ces étrangers belliqueux : pendant la paix on ne sentit plus que leur importunité. Etablis à Gallipoli, ils demandèrent de l'a igent; l'enq^ereur
io5
veoe et sa mort.
les accusa d'avidité, ils lui reprochèrent plus justejnent son ingratitude : une prompte rupture fut la suite de ces difficultés. Dès qu'ils menacèrent, Andronic céda.
Ro£,'er, réconcilié avec lui, obtint le titre de safa César ; celui de grand-duc fut transféré à Béranger , son lieutenant.
Le jeune empereur Michel , envieux de leur gloire , marcha contre les Bulgares , et fut battu ; son frère Constantin Porphyrogenète mourut cette même année , ne laissant ni souvenirs ni regrets.
Les Turcs reprirent les armes et s'emparèrent de Chio. Michel, prévoyant que Roger, l'objet de sa haine , trouverait dans cette nouvelle guerre un accroissement d'élévation et de renommée , résolut de le perdre, déguisa son noir projet sous l'apparence de l'amitié , lui donna une fêle dans la ville d'Andrinople , et le fit assassiner. Les Alains , par ses ordres , égorgèrent les officiers de sa suite.
Dans le même moment le peuple de Constan- jM3sia:ie
* *■ . de Catalans.
linople , ameuté par les agens de Michel et par des prêtres fanatiques , massacra tous les Catalans qui se trouvaient dans la capitale. Le jeune Michel , qui redoutait avec raison la vengeance de l'armée ■ catalane , courut à GalJipoli pour l'allaqiier.
lOb HlSTOlRIi
Ces brave» , ailaibliî> par tant de combats el de meurtres , avaient perdu leur chef et non leur audace. « Compagnons , leur dit Béran^er , que )) le petit nombre de nos soldats et la foule de nos )) ennemis ne vous éliraient pas. Nous les avons )) sauvés , ils veulent nous détruire ; ne comptez » pas leurs glaives , comptez leurs vices ; souve- )) nez-vous de leur timidité et de notre courage ; )) les ingrats sont toujours lâches. Leur empire )) s'écroulait sans nous ; huit mille braves l'ont )> relevé ; nous avons délivré l'Asie , nous avons » vaincu les Turcs , pourrions-nous redouter ces )> légions craintives qui fuyaient devant eux ? Ils » se flattent de nous effrayer , ils croient qu'au » bruit de leurs armes nous nous réfugierons sur )) nos vaisseaux , et que nous abandonnerons ce )) rivage. Trompons leur espoir , conservons G al- )) lipoli , et si nous nous décidons enfin à la re- )) iraite, que ce ne soit au moins qu'après une » éclatante et jnste vengeance. )>
La troupe de héros applaudit à ce discours ; ils envoyèrent à Constantinople vingt - cinq députés chargés de porter un cartel à Andronic et à Micliel. Fidèles aux mœurs de leurs pays et aux f.outumes des chevaliers , ils leur proposaient un combat de dix contre dix ou de cent contre cent , .n leur choix.
Michel répondit qu'il ne combattrait qu'avec
DL BAS-EMPIKt:. IO7
une armée ; le Taible Aiidronic se jusuiia, rcjela sur son fils le blâme des meurtres commis , remontrant humblement que n'ayant point eu de part au crime il no devait pas en avoir au châtiment.
Les Grecs, lents à combattre et prompts à assassiner , massacrèrent les envoyés catalans. La vengeance fut aussi terrible que le crime avait été lâche.
Béranger Hvra aux flammes toute la Propontide ; vcngemcc
I • T i-l 1 17 I <!elieiangor
le prmce Jean, iils de 1 empereur, marcha contre lui, et vit son armée enfoncée, dispersée et taillée en {)ièces. D'autres ennemis , jaloux des richesses conquises par les Catalans , conspirèrent aussi leur ruine avec les Grecs : Doria , amiral des Génois , imitant la perfidie de Michel, offrit sur sa flotte un festin à Béranger, et le retint prisonnier.
Les Catalans élurent à sa place , pour généra- Rocafort lissime, Rocafort; il livra bataille aux Grecs etnéniissimc aux Génois , cpii perdirent dans ce combat vingt t3'''"^^ mille soldats et six mille chevaux. Michel tenta j'''^'"'" »"^
les Orecs et
de H'parer cet échec , mais à la vue des inlré- ^"^ <'"^"""pides Catalans , son armée prit la fuite. Miciicl , resté seul avec quehjues braves , sut au moins couvrir les taches de sa vie de quelques lauriers ; il se jota au milieu des ennemis, se fit avec le fer un passage dans leurs rangs , et gagna la vili«î d'Aspre, où il se renferma.
La défaite de son armée coula encore à rem[»iie
ïf>8 HISTOIRE
(iix mille hommes de cavalerie et quinze mille erinfanterie.
La corn- impériale pmiie et vaincue demanda la paix et ne put l'obtenir. Rocafort dévasta les environs de la capitale , [)rit le fort de Saint-Elie , ruina plusieurs porls , marcha contre les Alains, vengea dans leur sang la mort de Roger et attaqua A.ndrinople ; mais la force de cette ville et sa nombreuse garnison repoussèrent les assaillans.
Les Génois tentèrent encore la fortune des
armes. Un corps de Turcs les secondait f Roca-
Qoereiies fort Ics défit et délivra Béranger. Ces deux chefs ^
entre Be- ^
Horafor" semblables aux héros d'Homère pour la vaillance, les imitèrent aussi dans leurs querelles ; l'armée se partageait entre eux ; l'émulation de gloire les divisait y l'intérêt commun les rapprocha ; ils convinrent de commander tous deux , et s'associèrent un noble espagnol , Ximenès ^ , qui venait de leur amener un renfort.
Rocafort marcha de nouveau sur Conslantinople : Michel , n'osant le combattre , se retira ^ et s'enferma dans la ville de Dvdymolique.
La renommée des Catalans , leurs exploits , leurs querelles avec les Grecs , avaient fixé les regards Cl réveillé l'ambition de quelques princes de 1 Europe. L'infant don Ferdinand , fils du roi de Ma-
* An i3o8.
UL «aS-LMPIKE. lot)
jorque , et lieutenant du roi de Sic Je , vint les joindre à Gallipoli ; il prétendait à l'honneur de les commander. Rocafort y consentit , en lui faisant seulement promettre qu'il se déclarerait indépendant du roi de Sicile.
Ce qu'une basse jalousie n'avait pas su prévoir était arrivé ; tandis qu'aveuglés par la haine les empereurs grecs épuisaient vainement leurs forces pour abattre leur plus ferme appui, Olhraan étendait en Asie sa domination , s'emparait d'Ephèse et portait ses armes depuis les murs de Nicée jusqu'au rivage de la mer. L'ambitieux Michel avançait la ruine de l'empire , et son père , enfermé dans son palais , ne s'occupait que de querelles religieuses , ranimées de nouveau par Athanase qu'il s'était vu forcé de rappeler.
La Thrace, dévastée par les Catalans, n'était plus qu'mi désert -, ils en sorùrent , mais leur départ fut aussi funeste que leur présence. Avant de s'éloigner ils en démantelèrent toutes les places , renversant avec elles les seules barrières qui de ce côté pussent encore arrêter les Turcs. Ils entrèrent ensuite en Macédoine; pendant leur marche , la querelle de leurs chefs se renouvela , ^^^^ les armes la décidèrent ; Rocafort tua Béranger : lue p^" ifo*!! ce combat , où tous avaient déployé leur valeur et leur opiniâtreté ordinaires, les affadilit ; l'infant et Xiraenès,las de leur turbulence, les quli-
IIO lllSTOlKi:
tèrenl. Xinienès se retira chez l'empereur , qui le fit grand-duc et lui donna une de ses nièces. L'infant moins heureux fut arrêté dans Athènes par les Vénitiens , qui le retinrent prisonnier. Disgrâce Rocafort , liai d'une partie de ses troupes ,
et mort de
Uocafoit. crut trouver un appui en prêiant serment à Charles de Valois : cette démarche le perdit. Les Catalans irrités l'arrêtèrent et le dépouillèrent du commandement; sa vie héroïque était terminée, il retourna en Italie et mourut à Naples.
Mort Les Catalans assiéirèrent Thessaîoiiique et ne
<le Gautier ^
deBrienne, pypj^pl^ s'cu ciiiparer ^ manquant de chefs et de
Catalans. sQjfJe ^ ^Js offrirent leurs services à Gautier de
Brienne, duc d'Athènes, cpii les accepta et ne
tarda pas à s'en repentir. Ces guerriers n'avaient
d'autres vertus que leur courage; méconlens de
j^Rogcr leur nouveau chef, ils le tuèrent, s'emparèrent
Desiau. ^j^ g^g Etats et s'y maintinrent sous l'autorité de
Roger Desiau qu'ils élurent duc d'Athènes '*". Exploits A la même époque , on vit arriver dans l'emliera de pi^g d'autrcs ffuerricrs non moins fameux , qui
Saint-Jean. ^ o -J T.
défendirent quelque temps ses débris. Après la prise d'Acre^ les chevaliers de Saint-Jean, retirés en Chypre et commandés par Villarct , ayant reçu du pape des secours en argent et quelques renforts des croisés français , s'embarquèrent ,
* An i3io.
DU BAS-KMPIKIL. 1 1 l
annonçant qu*ils voulaient reconquérir la Palestine , dirigèrent leurs voiles sur l'île de Rhodes , s'en emparèrent et battirent les troupes d'Andronic qui voulaient la leur enlever. Le redoutable Olhraanvint aussi les assiéger : ses armes échouèrent devant celte milice religieuse et guerrière; Rhodes, illustrée par eux, fut long-temps le boulevart de la chrétienté.
Michel voulait en vain atteindre à la gloire des Catalans : il avait plus d'ardeur que de talent; les Turcs le battirent encore et le forcèrent de se sauver à Andrinople : un général nommé Philé , plus heureux , le vengea et détruisit presque entièrement le corps musulman qui avait vaincu le jeune empereur *.
L'impératrice Irène mournt cette année; celle Moridc
l'inipéra-
princesse , cupide, allière , vindicative, avait '■'" ''^"1' tourmenté son faible époux , protégé les intrigans , divisé le clergé; sa mort parut un soulagement aux malheurs publics.
Le chairrin causé par une suite de revers , et ^^"^^ «^^ le repentir tardif des pertes qu'il avait fait éprou- "^^ »'«-"n>ever à l'empire, terminèrent enfin la carrière de Michel ; il était a£fé de ouarante-trois ans et lais- Désordres
*=•*__ ^ (le son fils
sait un fils nommé Andronic , qui dans sa jeu- Andronic. nesse n'annonçait point encore les grandes qualités
* An i3i-.
qu'il fît briller depuis sur le trône. Entouré de courtisans voluptueux , égaré par des flatteurs , il se livrait sans frein aux plus coupables excès.
Jaloux d'une courtisane qui lui avait inspiré
une folle passion , et informé qu'un rival venait la
nuit cbez elle , il chargea trois archers crétois de
Assassinat l'épier ct dc Ic tucr. Son ordre ne fut que trop
ac Manuel ^ . .
pariinemé- promptemeut exécuté , mais le sort livra aux flè-
prise. i r ^
ches de ses agens une victime qu'il n'attendait pas ; voyant dans l'ombre un homme s'avancer vers le lieu où ils étaient postés, ils lancèrent leurs traits sur lui; l'infortuné tomba, et les meurtriers, accourant pour le dépouiller , s'aperçurent qu'ils avaient assassiné Manuel, frère du prince. Disgrâce L'cmpercur , irrité contre son petit-flls Andro-
d'Anilronic.
nie, désigna pour son successeur Michel Cathare, enfant naturel de Constantin, le second de ses fils : par un décret il défendit à ses sujels de nommer le jeune Andronic dans leurs sermens et dans les prières publiques ; en même temps il plaça auprès du prince disgracié un espion nommé Syrgiane, chargé de surveiller sa conduite. Son chan- Lg mallicur est le meilleur précepteur des hom-
gement de A i
conduite, jues; il dessUle leurs yeux et retrempe leur caractère. Le jeune Andronic , persécuté , rougit de se voir préférer un bâtard ; l'honneur réveilla son courage; il renonça aux vices, à la mollesse , quitta le repos pour le travail , les plaisirs pour la
DU BAS-EMPIRi:. 110
gloire , abaiiilonna ses frivoles compagnons de débauches , fit clioix d'un ami digne de son estime , capable de le diriger , et donna sa confiance entière à Caniacuzène, alors grand domesllque d'Orient, dont on admirait généralement l'érudition , les talens militaires et la probité.
Ce choix et l'injustice de son aïeul lui donnèrent de nombreux partisans ; Syrgiane même s'y joignit en secret. Appuyé par eux , il refusa hautement de reconnaître le bâtard qui le privait de son héritage : le krale de Servie lui offrit des secours.
La faiblesse du vieil empereur , son asservisse- '^^^ "i"
* giianiinite;
ment à ses ministres, aussi ambitieux qu'ineptes, faisaient craindre la ruine prochaine de l'empire ; tous les amis du jeune Andronic rassemblés voulaient qu'on privât ce monarque sans caractère de la liberté ou de la vie ; « jamais , dit )) le jeune prince , on ne me verra autoriser un » tel crime. Victime d'une injustice , je soutien- >< drai mes droits, mais sans attaquer les jours de » mon aïeul ; lors même qu'il lèverait son épée » sur moi , je fuirais sans lui opposer la mienne, » et , s'il m'atteignait dans ma retraite , j'atten- » drais ses coups sans le frapper, persuadé que » les douleurs delà mort sont préférables à celles )) que le remords fait éprouver. »
L'empereur accusa devant le sénat son pctlt-fils TO>TF. lo. 8
Il4 HISTOIRE
cfambilion , d'impiété et de dilapidation. Le jeune Andronic se défendit avec une modeste fierté qui confondit ses accusateurs.
Etonné de son éloquence et vaincu par son courage, l'empereur descendit de son trône, l'embrassa et lui promit de se réconcilier avec lui s'il voulait lui livrer les amis qui l'avaient égaré par leurs conseils .
Sa fuite à Le jeune Andronic refusa de les abandonner,
Atiunnople. '
et, informé qu'on devait l'arrêter, il se sauva avec eux à Andrinople : là , son parti s'accrut rapidement; de toutes paris les Grecs, prenant les armes, venaient se ranger près de lui; bientôt il ne put contenir leur ardeur , et , malgré son opiniâtre résistance, ils le forcèrent à marcber contre Constaniinople.
Sa Entraîné par eux, mais fidèle à son devoir, il
générosité . , i i i • i
enrersi'cm- fit avcrtir secretcment son aïeul de la violence
jiereur.
qu on lui faisait et de 1 impossibilité où il se trouvait d'arrêter la rébellion.
Le vieil Andronic, tremblant à Tapprocbe du péril, voulut abdiquer et promit de se faire moine; le jeune prince le conjura de garder sa couronne, et ne demanda pour lui qu'un apanage; un procédé si généreux devait rétablir la paix ; l'égoisme et l'aveuglement des ministres la rompirent : parvenus à calmer les craintes de l'empereur, à réveiller son ressentiment et à rassembler
des troupes, Us obtinrent la condamnation du prince.
Le jeune Andronic, forcé par cet acte tvran- «es nique de choisir entre la mort et le trône, céda aux les Grecs et
. , . . , , . lesTarlare$
prières de ses amis , assiégea Héraclée , la prit d'assaut , fît prisonnier un de ses oncles , et défit les troupes de son aïeul , ainsi qu'un corps auxiliaire de Turcs , dont les lâches ministres n'avaient pas rougi de solliciter les secours.
Le vieil empereur , humble après sa défaite , demanda la paix et une entrevue : il s'attendait à un traitement rigoureux , proportiomié à son injustice; le prince parut devant lui , se jeta à ses pieds , et se soumit sans conditions. L'empereur le rétablit dans ses droits et lui accorda un apanage dans lequel il se hilta de se retirer , comptant peu sur des promesses arrachées à la faiblesse par la peur '^.
Bientôt il se vit investi à Dvdymotique , dans sa retraite , par une nombreuse armée de Bulgares ; en vain il appela les Grecs aux armes j ces guerriers amollis fuyaient les périls , oubliant que le courage les écarte et que la lâcheté les attire.
Indigné de cet abandon , et voulant périr ou vaincre en chevalier , puisqu'il ne pouvait combattre en monarque, il envoya un cariol à Michel ,
Il6 HISTOIRE
roi de Bulgarie, a On regarderait comme un in- » sensé , repondit le barbare , un forgeron qui » prendrait un fer chaud avec ses mains lorsqu'il » peut le saisir avec des tenailles, et je serais, à )) juste titre , taxé de folie , si je m'exposais aux » chances douteuses d'un duel lorsque je vous y) tiens sans défense enveloppé par mes baiail- » Ions : ma raison refuse le défi dicté par votre )) colère. «
La situation déplorable de l'héritier du trône était à la fois pour l'empire un sanglant affront et un éminent danger : le vieil Andronic , malgré sa faiblesse , le sentit et fit de vains efforts pour engager les grands à contribuer , par quelques sacrifices de leur luxe , aux levées d'honmies et aux frais de la guerre. Ces courtisans corrompus , cpii avaient absorbé toutes les richesses de l'Etat , furent sourds à ses prières et rebelles à ses ordres; on se vit obligé d'acheter des Bulgares la paix par un tribut humiliant.
Enhardis par cette faiblesse qui donnait à tous les ennemis de l'empire l'espoir de conquêtes sans obstacles et de pillages sans dangers, les Tariares septentrionaux envahirent laThrace; leurs dévastations tirèrent enfm les Grecs de leur engourdissement; la peur les fit courir aux armes. Le jeune Andronic , à leur télé , secondé par l'intrépide Cantacuzène , marcha contre les Tariares , leur
livra balallle , les enfonça , les mit en fuite , et en fît un tel carnage que , de cent vingt mille , vingt-huit mille seulement purent se sauver à la nage ; le reste périt sous le fer , ou se noya dans i'Hèbre.
L'éclat de cette victoire força la haine au respect, la jalousie au silence , l'injustice au repentir j etciation à
remplie.
l'empereur, cédant aux vœux de 1 empire, associa le vainqueur à son trône.
Le nouvel Auguste avait perdu sa première femme , fille du duc de Brunswick ; il épousa en secondes noces Jeanne, sœur du comte de Savoie ; elle prit à son couronnement le nom d'Anne.
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CHAPITP^E TROISIÈME.
iitat de l'empire sous le n'gne d'Andronic et de son petit-iils. — Exploits du jeune Andronic. — Mort d'Othman. — S nj^e proposition de Zanuto, Vénitien. — Dévouement et mort de Plaraérilinge. — Disgrâce du jeune Andronic. — Sa déclaration de guerre à l'empeieur. — Sa victoire et sa marche contre la capitale. — Prise de Constantinople par lui. — Humiliation de l'ompercur devant Andronic. — Acte de générosité et de tlémcHce d'Andronic.
ArsDRO]NIC PALEOLOGUE li, et AINDRO-
NIC III , SO.\ PETIT-FILS (An 1524.)
Etat Depuis long-iemps on voyait se manifester chez
.le IV-nipIrc T ^ 1 A p
sousie les (jrecs le symptôme imieste qui annonce et
règne d'Andronic et de précède toujours la ruine des Elats et la dissolu-
jou pclil-fîJs ^ '
lion des peuples. L'égoisme politique avait remplacé l'amour de la patrie ; rinlérêt privé l'emportait chez celte nation corrompue sur l'intérêt public, et, au moment où l'empire , entamé de toutes parts, s'écroulait sous la puissance des Turcs, et pouvait à peine résister aux attaques des BiJg.'ires, aux invasions des Tarlares d'Asie et nicmc
DU BAS-i:!V!PlRf:. IJCJ
aux insultes des flottilles génoises et vénitiennes , les indignes successeurs des Romains , loin de se réunir tous pour défendre ses débris , ne songeaient qu'à s'en disputer les lambeaux.
On ne voyait plus que servitude, silence ou flatterie dans le sénat, intrigues dans la cour , divisions dans le clergé, conspirations parmi les grands , anarchie et révolte dans les armées, haine et jalousie entre les princes.
Le vieil :Andronic, orgueilleux , timide, irascible et dominé , était moins capable que tout autre prince de réunir et de resserrer dans ses faibles mains ce faisceau brise. Sous son règne la vertu avait tout à craindre et la rébellion tout à espérer.
Son neveu Jean se révolta , et obtint de lui le titre de César; heureusement le sort, en terminant sa vie, délivra l'Etat, peu de temps après, de ce nouvel élément de troubles.
Le jeune Andronic et son ami Cantacuzène se Eîtpioiu
, , ,. , , du jeune
montraient seuls alors dignes de porter le sceptre Andionic. et les armes , ils battirent un cor[)s de Turcs [)rès de Dydymoiique. Andronic , qui remplissait également les devoirs do soldat et de général , teignit ses lauriers de son sang. Mais , tandis qu'il défendait intrépidement les Irontières du nord , celles du midi restaient en proie aux musulmans; Olliman étendait ses progrès en Asie. Les géué-
raiix , îes gouverneurs de province , au lieu de le combattre , fuyaient devant lui ; on en vit même plusieurs prendre le turban. Le peuple imitait cette lâcheté ; ainsi les vaincus grossissaient les forces et les troupes des vainqueurs.
Mort Le dernier exploit du rèfjne d'Othman fut la
d'Othman. . . ^ o
prise de la ville de Pruse ; son fils Orcan s'en empara. Othman mourut à Néapolis. Zélé pour sa religion , tolérant pour les autres cultes , charitable pour les pauvres , terrible pour ses ennemis, clément pour les vaincus , rigide observateur des lois , il emporta au tombeau l'amour de ses peuples , et sa mémoire est encore si révérée que de nos jours , lorsqu'un nouveau sultan monte sur le trône, les musulmans lui souhaitent les vertus et la justice d'Othman.
snje L'accroissement de la puissance ottomane alai'-
de Zduuto mait l'Europe, mais la division de ses princes les empêchait de réunir leurs efforts pour arrêter ce torrent j un Vénitien , nommé Zanuto , leur proposa vainement une nouvelle croisade , conçue avec un plan plus sage et dirigée vers un but plus utile : il voulait que les Latins , abandonnant toute prétention à l'empire des Grecs , s'armassent pour le défendre, pour le rétablir , et non pour le démembrer. Ce projet n'eut pas de suite ; les princes chrétiens exhalèrent leur courroux en stériles recrets et en vaines menaces.