‹ Histoire universelle, ancienne et moderne (volume 4)Chapitre 13 sur 63 · CHAPITRE GLXQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE GLXQUIÈME

Bugeucc du ministre Carrtacuzùiie, — Réclaïaatiou du roi c!<r Bulgarie. — Fermctc du Régept. — Ses succè^ sur les. Bulgares et les Turcs. — Conspiration et faveur d'Apocanque. — Ses intrigues contre Cantacjj?Kne> — Djsgrâcc et bannissement de ce ministre. — Sou couronjjemenjt et sojol armeiuent. — Coulonnciucut du jeune empereur. — Succès de Cantacuzène sur Apocatique. — Elévation d'Andronic le jeune au trône de Trcbizoude. — INouveaux succès de Cantacuzène. — Sa Lettre à Apocauijuc. — Alliance de Cantacuzène et d'Orcan. — Couronnement de Cantacuzène à Andrinople. — Xy^onie et mort d'Apocauquc. — Entrée de Cantacuzène dans Constantinople. — Sa magnanime clémence. — Mariage du jeune empe- ) eur avec la fille de Cantacuzène. — Pauvreté de l'empire. — Richesse de Cantacuzène. — Guerres avec les Turcs et les Génois. — Rupture entre les deux empereurs. — Leur réconciliation . — Abdication de Cantacuzène. — Révolte de Mathieu, fils de Cantacuzène. — Sa défaite, sa captivité et son abdication.

JEAN PALEOLOGUE 1", CANTACUZENE

d'abord kégent, et ensuite empereur.

( Ani54i.) KègcTico t EU de femmes sont capables de gouverner ,

«lu ministre . . 1 T'*'*l *"

rotimcu- mais toutes le veulent. Li uuperatnce Anne )oiûnait la faiblesse de son sexe à la fierté de son

DL B VS-KMFIRF,. 1 39

îanij : eile voyait avec peine Taulonlti livrée Loul enlière à Caniacuzène par les dernières volontés (le son époux. Le ministre Apocauque , élevé à la dignité de protovesiiaire , et le patriarche, ennemis tous deux du régent, fomentaient contre lui la jalousie de cette princesse. Les basses passions des grands de la cour fermaient leurs yeux sur les |)rcmiers intérêts de Tempire.

Cette cour devint un théâtre d'intrigues qui dégénérèrent, au profil des Ottomans, d'abord en querelles scandaleuses, et bientôt en guerres civiles ; chacun dans le palais s'occupait plus des livaux de son ambition que des ennemis' de l'Etal.

Le patriarche prétendit occuper la première place au conseil, parce que, disait-il, a l'Eglise ^) doit gouverner l'empire, comme l'âme gou- » verne le corps. » Cantaciizène, trop homme d'Etat pour être courtisan, irritait par sa ferme lé toutes ces haines; il anéantit l'espoir des auiljitieux en confirmant dans leurs emploi» tous les fonctionnaires publics nommés par Andronic , de sorte que, contre la coutume, un changement de règne n'en opéra aucun dans les places.

Sa justice irritait les vices, ses réformes les |)artisans des abus; sa sévérité effravait une armée amollie , incapable de supporter le joug de la dis- <:ipliije. Les étrangers, dans le dessein de proiitrr de. ces dissensions, les aigrirent; le loi d;*

i4o HISTOIRE

Kéri.^ma- Bulgarie exigea qu'on lui rendît un prince bulgare Je Bulgarie. Cjui s'élait réfugié dans la capitale de l'Orienta Le conseil de l'impératrice ^ dirigé par cet esprit de faiblesse si conimmi dans la décadence des gouvernemens, n'osant répondre au roi par un refus , cherchait à éluder sa demande ; 1 voulait qu'on fît cacher le prince dans une église ^ pour opposer aux réclamations l'inviolabilité de l'asile. -cm te (c Croyez-vous , leur dit alors Gantacuzène , » qu un roi , qui ne connaît d autre justice que la » force, respectera votre droit d'asile? Si vous en » êtes convaincus , renfermez donc aussi dans » Sain te -Sophie vos troupeaux , vos biens , et » toutes les richesses de l'empire. Si vous persis- )) tez dans une politique fausse et lâche qui n'at- » tire jamais que le mépris , je me démets aujour- » d hui de toutes mes charges. Je ne sais , ni ne » veux commander à des hommes qui ne savent >) ni défendre leurs amis ni combattre leurs en- )) nemis. »

L'impératrice le conjura de garder l'autorité , et lui promit une confiance sans bornes, « Vous >j feriez plus sagement , lui répondit-il , de me )) laisser jouir du repos que je souhaite ; si vous » persistez à me refuser ma liberté , je peux » vous prédire infailliblement ce qui arrivera. La )) justice de mon ailministialion m'attirera un » grand nombre d'einiemis; vous les écoulerez.

DU EA.S-EMPIKE. l4l

i) VOUS m'exposerez à leur furie, el, pour ne pas )) être leur viclime, je me verrai contraint de )) m'armer, de me défendre, d'ébranler l'em- » pire, et de garantir ma tête en la ceignant du » diadème que j'ai deux fois refusé. »

L'impératrice , effrayée des périls qui la menaçaient , s''efrorca de le rassurer , lui prodigua les protestations de confiance, imposa silence à ses rivaux , et l'investit de nouveau d'un pouvoir absolu. Cantacuzène , entraîné sans être convaincu , obéit et garda les rênes du gouvernement.

Il répondit avec liauleiu- aux ambassadeurs bulgares, et refusa de leur livrer le prince Sisman ; la guerre fut déclarée : le régent voulait faire cou ronner le jeune empereur ; l'impératrice s'y opposa, sous prétexte qu'une pareille solennité et les fêtes publiques qui devaient l'accompagner convenaient mal à la douleur d'une veuve; mais ce reiUs était réellement dicté par les ennemis de Cantacuzène , qui craignaient que cette preuve de dévouement au jeune prince ne réconciliât le peuple avec le régent qu'ils voulaient perdre.

Cantacuzène, à la tête de l'armée, marcha contre scs

suri-xs sur

le roi des Bul'^ares, et le contraiijnit à demander ics!:iiit,'ar.s la paix ; il combattit ensuite les ïurcs et les défit ; <l('puis ayant conclu une alliance avec les Serves, il méditait la conquête du Pélopunèse et de l'Ai-

IIÙ niSTOIKE

tiCjuc,* mais la liaine active <]c ses onneniir; l'empêcha d accomplir ses grands desseiRS.

conspirs- Oh ovalt tramé un complot pour s'emparer du

lion cl l'a- , , .

vcnr.r.vpo- jeuRc empereur et du gouvernement; Apocauque

canqnt'.

en était le chef. La conspiration fut découverie;

et, par une générosilé plus noble que politique ,

s-s le régent pardonna aux coupables. Loin d'eue

ronirp''ran- toucliés dc ccltc clémencc , ils redoublèrent d'ef-

tatuzrne. ,

forts pour perdre Cantacuzene.

Son beau-père, Azan Adronic , se joignit à eux , ainsi que la plupart des princes et des gninds; ils obsédaient continuellement l'impératrice ; chaque jour on lui dénonçait le régent ; il voulait,, disait- on , s'emparer du trône et la reléguer avec ses enfans dans un cloître.

La faible Anne , dans les premiers momens , méprisa ces calomnies, mais peu à peu elle y ajouta foi ; la peur est toujours crédule; pour se rassurer, cédant aux feintes alarmes des courtisans qui l'entouraient , elle augmenta sa garde , et revêtit Apocauque de la charge de gouverneur de la ville.

Loin dV maintenir l'ordre , il y répandit par de

faux bruits le trouble et la terreur. La populace,

ameutée par ses agens , pilla la maison du régent.

DisgrAre Cantaciizènc , accusé publiquement , demandait

rv|T t 'lo re a ctrc jugc j OU ne lui pernnt point de se justifier :

un décret impérial le bannit , le priva de . ses

DL KAS-t:WPlAt. l43

charges , défcncllt à loiUes les villes de l'empin? de lui donner asile ; enfm le plus ferme délenseur de l'Eial en fut déclaré l'ennemi.

Canlaciizène , absent de la capitale, rassemble ses partisans , leur rappelle sa fidélité prouvée par ses services, son désintéressement démontré deux fois par le refus du sceptre et par le sacrifice de ses biens aux besoins de l'Elàt. Il n'avait ôlé à personne la vie rà la liberté , jamais aucune mesure hostile n'avait motivé l'injustice dont il était victime. La violence même de ses ennemis ne lui donnait d'autrps désirs que le repos; mais , avant de s y livrer , il veut que sa justification rende ce repos honorable,

« Quel aveuglement est le vôtre î^&'écrient alors » tous ses amis : vous cherchez des juges, vous M ne rencontrerez que des bourreaiix; abandon- )) nés par vous, nous serions immolé-, par Apo- » cauque , ou , ce qui nous paraîtrait pire encore, )) nous deviendrions ses esclaves. La couronne )) seule peut garantir votre tête et les nôtres. >) Andronic vous FolFrait, en la prenant vous ne » ferez qu'exécuter ses volontés. ))

Un' gnerrier -dont on menace la vie , l'honneur et la liberté , se défend faiblemeîit cotitre'de semblables cornseils : Gantacuzène parut céder à leurs vœ\ix , en ne cédant peut-être qu'à son ressentiment et à son ambition. « Vous l'exigez, dit-il,

Son courounemcnt et son armement.

j44 histoire

)) je me rends ; mais songez que le succès de notre y) entreprise dépend de notre union ; le pilote de- )) vient inutile au vaisseau quand les matelots se » • divisent , et tous périssent si le bâtiment fait » naufrage. ))

Un évêque le couronna dans la ville de Dydymotique ainsi que sa femme Irène : sa proclamation prouva qu'en s'emparant du sceptre son dessein n'était point d'en priver le fils de son bienfaiteur ; car , dans cet acte , il eut soin d'insérer les noms d'Anne et de Jean avant le sien.

Quelques personnes timides ;, et l'évêque même qui Pavait couronné , lui conseillant la prudence, exagéraient à ses yeux l'iiabileté et les forces d'Apocauque. « Que peut , répondit Cantacuzène , un » œuf contre une pierre ? » a Ce mot , reprit le » prélat , me prouve que la vertu même n'est pas )) exemple d'orgueil. » « Et pourriez- vous , re- D) prit le prince , accuser justement d'orgueil un » lion lorsqu'il se croirait plus fort qu'un cerf? )>

Toujours fidèle à la mémoire d'Andronic , on observa que dans la cérémonie de son couronnement, au lieu de prendre la pourpre , Cantacuzène porta un vêlement blanc ; c'était, cbezles Grecs, la couleur du deuil.

Son premier soin fut d'organiser fortement et promptement ses troupes. Avant de combattre il demanda la paix; ses envoyés , assaillis dinjm-cs.

DU BAS-EMPIKF.. l^Ô

furent rasés , cliar«^c's de fers , promenés sur des ânes , el fustigés.

Anne désapprouvait ces violences : s'apercevant trop tard qu'on l'avait trompée , il lui échappa de dire « que le seul remède aux maux publics serait )) d'accorder le litre d'empereur à celui qui depuis » long-temps en exerçait le pouvoir sans en abu- )) ser. »Mais les ennemis de Cantacuzène, l'effrayant pour la dominer , la menacèrent de livrer Constantinoj)le aux Vénitiens et aux Bulgares, si elle les abandonnait. Elle trembla , se tut et laissa commencer la guerre civile *.

Le patriarche couronna le jeune empereur Jean. Comon- Apocauque obtint le titre de grand duc. La mère icune'emde Cantacuzène fut jetée en prison et y mourut.

Andrinople se déclara contre lui , son beaupère même prit les armes en Tlirace pour ses ennemis ', mais d'un autre coté le Icrale de Servie , voulant prolonger les troubles , lui envoya des secours.

Apocauque vint l'attaquer avec une armée dont succès une moitié prit la fuite , et l'autre fut battue : Jne^sÛr*""! Cantacuzène vainqueur s'empara de la Thessalie ; ' ^ mais , tandis qu'il s'éloignait de Dydymotique, sa femme Irène, demeurée dans cette ville , apprit qu'un corps nombreux de Tartares inondait la

" An i3} I .

TOMI lO. lO

l^iy HlbTOlRK

ThVacc ; aveui^lée pai- la peur , elle commit là faute d'appeler à son secours les Bulgares , qui accoururent plutôt dans le dessein de ruiner l'empire que de le sauver.

Une nouvelle guerre , déclarée par les Génois aux Tartares établis à Caffa , fit disparaître ces 'barbares de la Thrace , et en même temps , par un heureux coup du sort , les Bulgares qu'aucun péril ne menaçait , saisis d'une terreur panique , se retirèrent dans leur pays.

Cantacuzène se rendit maître de Berrhée : Apocauque , plus habile à se servir du poignard que de l'épée , voulut se défaire de Cantacuzène par un meurtre; un assassin, soldé par lui, manqua trois fois sa victime, la crut alors protégée pât* le ciel , tomba humblement à ses pieds , et lui révéla les ordres qu'il avait reçus.

Le sultan de Sriiyrne , Amir, amena des troupes à Cantacuzène ; tous deux réunis franchirent la la grande muraille de Christopolis et offrirent la paix à l'impératrice : sa raison la voulait , sa faiblesse la refusa.

îuëvaiirn A celte époque , l'empire de Trébizonde devint îelj°.me lu âussl Un théâtre de troubles et de révolutions : Tiôhizou.ie. Basile Comiiène , qui le gouvernait, ne laissa en mourant que des enfans naturels. Sa veuve les bannit et appela au trône Andronic-le-Jeune , de la même famille , et depuis long-temps exilé.

i)L bas-e.mi-'Irl:. 14^

11 clait alors près de Cantacuzène qui le laissa partir : il prit le sceptre , fut déposé , rétabli , et rcsla enfin maître absolu de ce faible empire.

Cantacuzène ne négligeait pas pour sa cause Swretox

. , , succès de

personnelle la défense de sa patrie ; il combattit cantacuavcc succès les troupes d'Orcan , échappa , dans un autre combat, par des prodiges de valeuni à mille Turcs qui Tenveloppaient , marcha ensuite contre le roi des Bulgares , le vainquit et lui accorda la paix .

Ses succès et les revers d'Apocauque commancaient à produire dans la capitale une vive impression sur l'esprit des grands, qui feignent trop souvent de voir la justice où ils trouvent Ja fortune.

Déjà plusieurs d'entre eux formaient des vœux pour la paix ; mais l'opiniâtre Apocauque animait la multitude et forçait la cour tremblante à continuel' la guerre. Ce fut alors que Cantacuzène ?» lettre i

, . . , . . . , . Apocauque.

écrivit à ce ministre insolent des lettres qui prouvent que les Grecs de ce temps n'avaient guère conservé des héros d'Homère que leur grossièreté.

« Jeune, lui disait-il, vous étiez timide comme » un lièvre; vieux, vous vous montrez fougueux » comme un sanglier ; mais , quoique vpus soyez » habituellement perfide et menteur , il vous est )) échappé une vérité ; vous dites que je votis >' connais parfaitement , et vpus avez raison.

» Je TOUS ai tiré du néant pour vous élevei" i

l48 HISTOIRE

)) vingt fois j'ai désarmé le ressentiment d'An- » dronic, qui voulait vous infliger de justes châ- » timens : long-temps, méprisant vos injures, j'ai » persisté à me servir de votre aptitude au tra- » vail , comme on tire parti des bêtes de somme. )) Je vous dois cependant une instruction qui me )) manquait , j^ai connu par vous à quel degré 5) d'ingratitude et de bassesse un homme peut des- )) cendre. ))

Un des plus grands malheurs des dissensions civiles , c'est de dégrader quelquefois les plus nobles caractères : cette lettre de Cantacuzène et quelques-unes de ses actions en sont une déplorable preuve ; il dévasta sans pitié les environs de la capitale, épargnant seulement les prisonniers Alliance qu'il traita humainement. Orcan , l'œil ouvert sur zèneetd'Or- les discordcs de 1 empire, était devenu maître

can.

paisible de la Bithynie et de la Paphlagonie , il offrit à Cantacuzène ses dangereux secours. Avant de l'écouter , le nouvel empereur envoya des députés à ses ennemis , leur proposant de quitter la pourpre et de conclure la paix ; ses députés furent traités avec mépris. Un tel outrage lassant la patience de Cantacuzène , il commit la faute , et l'on peut dire le crime, de sacrifier sa patrie à son parti , son honneur à son intérêt ; cédant aux instances d' Amir , il accepta l'alliance d'Orcan , admit ses troupes dans son camp et donna sa fille

DU BAS-EMPIRE. l49

Théodora à ce sultan. Cette protection étrangère assura sa fortune aux dépens de sa gloire.

Ce lien , avec l'ennemi redoutable qui démembrait l'empire en Asie et qui commençait à s'établir en Europe, excita contre Cantacuzène une haine fondée, et depuis ce jour il se vit menacé par de fréquentes conspirations.

Cantacuzène n'avait été couronné que par mi couro,,-

* »■ ncment de

é-véque ; le patriarche de Jérusalem , avec la per- ^^„'g"')j^„ mission d'Orcan , vint renouveler à Andrinople '^"""p''^celte cérémonie.

Cependant Apocauque, désespérant du salut ^^11°2'a. de sa cause , suivit la marche des tyrans ; la peur r"^»"^'"^le rendit cruel ; les délateurs l'entourèrent ; il agrandit les prisons et les encombra de victimes. Mais la vengeance s'arma contre lui du fond des cachots , et, comme il venait un jour les visiter , les prisonniers se soulevèrent et 1 assommèrent à coups de hache.

Le patriarche, privé de son appui, fut accusé ^•"''*e et déposé par un concile ; tandis que la discorde ^^^^J^'"" agitait amsi la ville , les amis de Cantacuzène lui ""''' en ouvrirent les portes , et la cour apprit tout à coup qu'il y entrait et que toutes les troupes se déclaraient pour lui : l'impératrice était si loin de s'y attendre que d'abord elle ne put croire la nouvelle (jui lui en fut apportée ; elle refusa mém(! de recevoir un otlicicr chargé de propositions

l56 HISTOIRE

pacifiques ; bientôt la terreur remplace l'incrédulité , le palais se remplit d'hommes armés, les courtisans fuient, l'impératrice tremble et se croit perdue; Cantacuzène paraît, la rassure, fait proira:;naniine steriler dcvant elle tous ses officiers , qui lui jurent

clcmence. ^

fidélité ainsi qu'à son fils ; une amnistie générale est proclamée ; un traité décide que les deux empereurs régneront ensemble : la déposition du patriarche est confirmée ; Isidore lui succède ; la paix est rétablie, et les deux empereurs sont sacrés à Sainte-Sophie '*'.

Maria Irèuc viiît partager le triomphe de son époux ,

tiu jeuae g^ f^^ rccuc avcc les honneurs dus à son rang.

empereur ^ o

r.vec la fille L'ixDpératricc Anne , dans le dessein de donner

de CanUcU' zène.

un nouveau gage à la tranquillité publicpie, maria le jeune empereur son fils avec Hélène, fille de „. . Cantacuzène. Cette solennité, où brillaient lant de l'empire, ^q |^^jçg courounécs , offrait un contraste à la fois affligeant et ridicule d'orgueil et de misère , trop fidèle image de l'empire.

L'usage exigeait le faste ; la guerre civile et la perte d'un grand nombre de provinces avaient épuisé le trésor et ruiné la cour. La vanité s'efforça inutilement de déguiser la pauvreté : tout, dans celte cérémonie brilla d'mi éclat imposteur ; on n y vit que de faux diamans, des cuirs dorés , des

* An 13 1^.

DU BAS-EMIMIIK. Ol

vases d'argile peiiiis, des vaisselles d'élain et de cuivre.

Après plusieurs jours consumés en fêles el en festins, Orcan vint à Sculari féliciter l'empereur d'une paix dont la promptitude l'avait peut-être plus étonné que satisfait.

Cantacuzène reprit promptement les armes, combattit les Serves et les contraignit à rentrer dans Icnrs limites. Voulant ensuite rétablir les finances , il invita les plus opulens personnages de la cour à y contribuer par de généi'eux sacrifices. Tout le monde l'approuva, personne ne lui obéit, et cet égoïsme, symptôme certain de la ruine des Etals , le força de renoncer au projet de reconquérir les provinces perdues.

L'empire était ruiné , les grands seuls s'étaient enricliis ; la fortune publique se trouvait concentrée dans un petit nombre de mains; on peut juger de ce brigandage par l'opulence de celui de tous les grands qui montrait seul alors quelque modération et quelque patriotisme. Cantacuzène pu- je'canutublia volontairement l'état de ses richesses, richesses *''°'' qu'il avait diminuées par des sacrifices , et qu'il n'augmenta jamais par des déj)rédations. Après avoir donné au trésor deux cents vases d'argent , et éprouvé une confiscation dont le produit suffit pour équiper une flotte de soixante-dix galères, il possédait encore plus de soixante mille aq>eiis ;

li>2 HISTOIRE

deux mille paires de bœufs les labouraient. Ses pâturages renfermaient deux mille cinq cents jumens , deux cents chameaux , trois cents mulets , cinq cents ânes , cinq mille bétes à cornes , cinquante mille cochons et soixante-dix mille moutons. Un Etat où la misère publique fonde de telles fortunes offre à ses ennemis une proie facile à saisir, et impossible à défendre.

Guerre Le DaDC adrcssa de vifs reproches à Cantacu-

avec les ■• * *■

Turcs et les xènc sur ses liaisons avec les infidèles ; pour se iustifier il rompit avec eux , leur déclara la guerre et la soutint avec succès. Leur exigence croissante ne laissait pas manquer son ingratitude de prétextes. De nouveaux troubles arrêtèrent les progrès de ses armes; les Génois établis dans Galata, s'étant soulevés , détruisirent la flotte grecque et atla- (juèrent la ville : étranges vicissitudes dans le sort des empires , un prêtre gouvernait la ville de César y Gênes assiégeait Constantinople.

Les Grecs repoussèrent les assaillans; les deux empereurs revinrent défendre la capitale , équipèrent une nouvelle flotte , et livrèrent un nouveau combat ; la victoire se déclara encore pour les Génois ; mais le sénat de Gênes, prévoyant les suites d'une guerre disproportionnée à ses forces , et qui lui aurait attiré trop d'ennemis , désavoua ses amiraux, conclut la paix, et accorda même aux Grecs des indommlés.

nu BAS-EMPIKI::. l53

Quoique les taxes publiques ne produisissent plus que douze millions, et malgré la pénurie du trésor , qui ne permettait de solder régulièrement que trois mille hommes de cavalerie et de n'entretenir que trente galères armées , l'activité de Cantacuzène suppléait à ce défaut de moyens; il battit encore les Serves, reprit Edesse, Berrliée, et se rendit maître de Thessalonlque.

Dans ce même temps, le patriarche Isidore mourut ; Caliste lui succéda , et, sous son pontificat , le fanatisme agrava les malheurs de l'empire par celui des discordes religieuses et des persécutions. Une nouvelle superstition, source d'un nouveau schisme , enflammait depuis quelques années l'imagination mobile des Grecs et divisait les églises ; le peuple, froid pour la vérité, enthousiaste pour les fables, écoutait avec ardeur les rêves de quelques illuminés contemplatifs , dont un prêtre nommé Palamas s'était déclaré le chef en i55i. Dans leur folle extase, ils s'imaginaient voir sortir de la partie inférieure de leur poitrine la même lumière qui avait environné J.-C. sur le montThaborj cette lumière, disaientlis , était miraculeuse et incréée. Leur erreur remontait au onzième siècle ; répandue depuis dans les monastères du mont Athos , pendant longtemps elle avait lait peu de pi ogres, mais l'auto-

l54 HISTOIRE

rite s'en mêla , et dès lors elle devint plus dangereuse et plus accréditée.

L empire se voyait ainsi à la fois livré aux attaques étrangères et aux dissensions civiles. Les Vénitiens reclierchèrent l'alliance de l'empereur , assiégèrent les Génois dans Galata et abandonnèrent ensuite les Grecs. Les Génois s'emparèrent d'Héraclée. Martin de Moro voulait assiéger Constantinople ; Doria s'y opposa , mais il parcourut les bords du Pont-Euxin et les dévasta.

Une flotte du roi d'Aragon , s'étant réunie à celles des Grecs et des Vénitiens , livra bataille à Doria; la fuite honteuse des Grecs donna la victoire aux Génois Ceux-ci ayant attiré Orcan dans leur parti , les Aragonais et les Vénitiens se retirèrent et portèrent la guerre sur les côtes d'Italie. Les Génois y éprouvèrent d'abord quelques revers , mais ils furent compensés par les succès de Visconli, duc de Milan, qui battit les Vénitiens et fit prisonnier leur général Pizzani.

Rapinre La coucordc rétablie entre les empereurs , et

entre les ^ . i a zv»

«leux empe- que tant de dangers extérieurs auraient dû auermir , ne fut pas de longue durée ; les ennemis de Cantacuzène , après plusieurs conspirations avortées, parvinrent à exciter la jalousie du jeune empereur contre son collègue et contre Matliicu, liîs de Cantacuzène. Bientôt on en vint à une rupture ouverte : Cantacuzène chassa Jean Paléologue

r»urs

DC BAS-EMPUii:. l55

d'Andrlnople. Les Serviens, les Vénitiens, les Bulgares cmbrassèreni la cause de Jean. Le sultan se déclara pour Caniacuzène et lui envoya dix mille Turcs. Avec leur secours il battit les Serviens et les Bulgares, et fit couronner son fils Mathieu. Le patnarclie Caliste refusait de le sacrer, il fut déposé et remplacé par Philotliée.

Les Turcs , profitant de ces troubles , formèrent des élablissemens en Thrace. Le peuple cependant se déclarait presque partout en faveur de Jean ; un riche particulier génois leva pour lui , à 'ses frais , un corps nombreux de troupes grecques et latines. Cantacuzène , pour mettre fin à ^^^ '*" ces troubles qui allaient détruire sa patrie , ofï'rit d'abdiquer. Jean , louché de cette démarche , se réconcilia avec son beau-père.

Tous deux réunis voulaient enfin tenter un grand effort pour relever l'empire et en chasser les ennemis. Toute la jeunesse grecque, indignée devoir les provinces ravagées, l'Asie perdue, la Grèce menacée , les Turcs attirés en Thrace , un grand nombre de villes occupées par les Bulgares et par les Serves , demandait à grands cris la guerre. Cantacuzène opposait vainement à cette fougue imprudente de sages conseils, a Avant de » combattre , disait-il, rétablissez l'ordre inlé- » rieur , payez les impôts , reni})llssez le trésor , » Ipvez des troupes, instruisez-les, équipez des

l56 HISTOIRE

)) floues, redonnez à la discipline son ancienne )) vigueur. » On ne l'écoutait plus ; tous demandaient des armes, mais aucun ne voulait ni payer ni obéir.

Abdication Cautacuzène , prévoyant alors leur chute cerzéne. tame , puisqu us étaient altemts d une maladie incurable , las des orages , convaincu qu'une nation présomptueuse, corrompue , déchirée par des discordes civiles, défendue par un petit nombre de soldats indisciplinés , attaquée par une foule de barbares plus instruits que les Grecs dans l'art de la guerre , devenait impossible à sauver , résolut de l'abandonner à son triste sort, descendit du trône, prit l'habit monastique et s'enferma dans un couvent où il vécut encore vingt années.

Sa femme Irène imita son exemple , et se fît

religieuse. Cette abdication ne termina point les

Révolte troubles * ; Mathieu , fils de Cantacuzène , voulait

de Mathieu, , r i ' n 1 1 J

f.is de can- régner ; Jean lui fit la guerre, et demanda en

tacuzeue,

même temps au pape le secours des princes latins contre les infidèles. Innocent , qui occupait alors le saint Siège , fit de vaines tentatives pour réchauffer le zèle des monarques de l'Europe ; tous s'étaient autrefois armés pour la conquête du saint sépulcre , aucun ne voulut combattre pour sauver un empire.

* An i35j-

Mathieu , pris dans un combat , fut livré à Jean Sa dcfaiie,

'■ sn caplivité

Fr les Serves. Cantacuzène , du fond de son «' '"'^ =^'^'' ' cation.

cloître , sollicita la liberté de son fils. Mathieu l'obtint , abdiqua et rejoignit en Morée son frère Manuel , qui gouvernait cette province avec le titre de despote.

Cantacuzène était digne par ses talens , par ses vertus , de vivre dans un autre siècle et d'occuper un trône plus glorieux ; mal secondé , il soutint encore 1 honneur des armes grecques; l'injustice le força de régner. Dans un temps de mollesse , d'ignorance , d'iniquités , de lâcheté , de tyrannie , il se montra ferme , juste , généreux , actif, brave et éclairé.

Lumière brillante au milieu des ténèbres , il étudia les anciens , apprit plusieurs langues et écrivit l'histoire du règne de son prédécesseur et de son ami. Il laissa un commentaire sur la morale d'Aristoie et une réfutation de l'Alcoran ; son style était noble, élégant, mais prolixe. Son courage l'éleva au trône , son habileté l'y maintint , sa sagesse l'en fît descendre.

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