‹ Histoire universelle, ancienne et moderne (volume 4)Chapitre 14 sur 63 · CHAPITRE SIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME

Origine du surnom de Jean Pal(5ologue. — Exploits des fils du sultan Orcan. — Mort d'Orcan remplacé par son 61s. — Exploits d' Amurat.— Milice de jeunes Grecs, nommés Janissaires. — Nouveaux exploits d'Amurat. • — Voyages de remf)€reur. — Sa lâche soumission à Amurat. — Révolte des fils d'Amurat et de Jean. — Vengeance d'Amurat. — Révolte d'Andronic , fils de l'empereur. — Captivité de Jean. — Dévouement d'un Vénitien pour lui. — ■ Traité honteux de Jean avec Amurat. — Nouvelle victoire d'Amurat. — Exploits de Bajazct, fils du sultan. — Mort d'Amurat , remplacé par son fils. — Mort de l'empereur.

JEAN PALÉOLOGUE. (AniSSy.)

Origine Un princc doué du plus vaste génie aurait peutlie Jean Pa- être diilicilemeiit arrctc 1 empire dans sa rapide décadence , et Jean Paléologue n'était remarquable que par la beauté de sa figure et la bonté de son cœur , qui lui firent donner le surnom de Calojean.

Exploits Orcan , gendre de Cantacuzèiie , avait en sa fasuîiaV Or- veur mis un frein à son ambition. Rien ne l'arrêta plus lorsqu'il se vit dégagé de ce lien y l'un de ses fils , Soliman , qui avait plusieurs fois soutenu par ses armes la cause de Gtntacuzène , reprit les

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places qu'il lui avait cédées , et entre autres Gal- Hpoli. Il se rendit ensuite maître d'Andrinople , et mourut.

Un autre prince , Amurat , destiné à jeter un grand éclat sur le trône ottoman , conquit l'importante forteresse de Chiorli , située entre Andrinople et la capitale. Aucun trait de bravoure n'honorait le malheur des Grecs ; partout ils fuyaient sans combattre , et souvent même leur vénalité allait au-devant du joug qui les menaçait ; Dydymotique fut livrée aux Turcs par trahison ; Cantacuzène avait abandonné le trône , mais non sa patrie ; gémissant sur sa ruine , U implora la générosité d'Orcan , et obtint la restitution de Dydymotique *.

Cet acte de déférence fut le dernier de la vie^,,'^^"'*

d Urcau ,

d'Orcan : il termina tranquillement une carrière 'empiacé

' 1 par son fils,

parcourue avec gloire ; il recommanda en mourant à son fils Amurat de ne fonder son pouvoir que sur la justice. Ce jeune prince musulman , généreux et brave , semblait disposé à suivre un si sage conseil ; livré à l'étude , on dit qu'il prenait pour modèle Cyrus , dont il imita plus dans la suite la vaillance que les vertus.

Il est plus facile d'apprendre à vaincre les autres qu'à se vaincre soi-même. La lecture deXénophon

' Ail i358.

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ne poîivait guère corriger les mœurs d'un despote nourri des préceptes de l'Alcoran et imprégné des erreurs du fatalisme. Cependant Amurat dut peut-être aux leçons de ce Grec fameux une partie des grandes qualités qui lui méritèrent dans l'Orient le surnom d'illustre.

d'Anmràt* Pendant la première année de son règne il acheva la conquête de l'Asie ; comme il était alors dans la ferveur de son enthousiasme pour le héros dont il lisait l'histoire , il traita les vaincus avec humanité , et sut par sa douceur attacher les villes grecques à leur nouveau maître ; mais bientôt les imans , c'est ainsi qu'on nomme les prêtres turcs, s'emparèrent de son esprit j Xénoplion fut oublié, le suhan devint ambitieux , fanatique et persécuteur.

Il promit aux ministres de l'Alcoran la cinquième partie du fruit de ses victoires sur les chrétiens ; alors ils ne cessèrent de l'exciter à piller l'Archipel et à conquérir la Grèce.

L'empereur Jean ne lui opposait point d'obstacles ; ses armes ne furent arrêtées momentanément que par un Vénitien nommé Laurent Celsi , qui battit sa flotte et reçut la dignité de doge pour prix de ses exploits.

J ean Paléologue , qui n'osait combattre Amurat , ne s'occupait qu'à diminuer par des traités le nombie de ses ennemis ; plus disposé à négocier

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qu'à s'armer , il se reconcilia avec le krale de Servie , el acliela la paix du roi des Bul^'ares.

Araurat dans ce temps porta un coup mortel ù Milice

-,.-„, I lie jeunes

1 empn-e , et le Irappa de ses propres armes ; JaGrecs.nom-

. , . -, . y-, . , , mes Jaiii»»

Cinquième parue des jeunes Grecs pris a Ja i^uerre saires. fut dcslinée par lui à former une infanlerie d'élîle qui reçut le nom de janissaires ( ou nouveaux soldats ) ; leur intelli^'cnce , leur bravoure native , le fanalismc inspiré par le nouveau culte qu'on leur faisait embrasser , les rendirent bientôt fameux , et la Grèce se vit ainsi conquise par ses propres enfans.

Ces nouvelles gardes prétoriennes , appuis glorieux des sultans capables de les commander et de les contenir , devinrent dans la suite , sous des princes faibles , aussi formidables à leurs maîtres qu'à leurs ennemis. Amurat augmenta aussi et organisa plus régulièrement les spaliis créés par son père. Une foule de seigneurs serves et bulgares avaient , à l'exemple des nobles italiens , français et allemands , usurpé la plupart des domaines impériaux et des terres du peuple en Thrace el en Grèce : Amurat les en dépouilla.

A la tête de soixante mille hommes, il annon-

Nonvcniix

cait le dessein et concevait l'espoir de subjusuer <ï'^i''°'i»

^ r J O d'Amurat,

tout l'empire. Les rois de Hongrie et de Bulgarie , les princes de Servie et de Valachie , alarmés de ses progrès , se réunirent, marchèrent avec toutes TOME lo. Il

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leurs forces contre lui , et lui livrèreni bataille jjrès (i'Andrinople *.

Les Turcs, accoutumés à vaincre sans péril les Grecs amollis , trouvèrent alors des ennemis aussi barbares et aussi féroces qu'eux ; la victoire fut long-lemps disputée, mais elle demeura aux Ottomans , qui firent de leurs ennemis un carnage affreux .

Amurat vainqueur porta ses armes en Béotie, s'empara de Thèbes et prit plusieurs villes dans le Péloponèse. Le bruit de ses triomphes retentit dans l'Occident. L'Europe, menacée de nouveau par le glaive de Mahomet , s'agita et se montra prête à se soulever tout entière. Jean , roi de France , se déclara chef d'une croisade contre les musulmans; le roi de Danemarck et le roi de Chypre s'engagèrent, ainsi que les Vénitiens, aie seconder ; le pape Urbain nomma pour son légat le cardinal de Talleyrand Périgord; l'empereur des Grecs était si méprisé que les princes latins ne daignèrent pas l'informer de l'entreprise qu'ils méditaient pour sa délivrance.

D'autres intérêts firent bientôt avorter ce grand projet. Le roi de France, en guerre avec les Anglais, laissa échapper par sa témérité une victoire certaine; poussant au désespoir des ennemis prêts

♦ An i363.

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d !*e rendre^ il Cut battu et pris par eux. I.iuiignan seul , avec les Cypriotes et les Vénitiens , accomplit son serment , attaqua les Turcs, descendit en Egypte et s'empara d'Alexandrie; mais une terreur panique de ses troupes le força d'abandonner sa conquête ; il rentra dans son île ; les chevaliers de Rhodes et les Vénitiens retournèrent dans leur patrie chargés de butin.

Jean Paléolo"ue, semblable au dernier prince voyagîs latin que son aïeul avait détrôné, ne trouvant '«"'. point de ressources dans son courage, quitta sa capitale et courut mendier sans succès des secours en Occident. Arrivé à Rome il abjura la religion' grecque , et demanda au pape de l'argent ; on ne lui donna que des festins.

Son dessein était d'aller en France ; mais il sut que Charles V, occupé alors du soin de reconquérir son royaume , ne pouvait lui offrir d'appui.

L'empereur se rendit à Venise; il v fut arrêté pour dettes ; Andronic , son fils aîné , refusa de les payer. Manuel, le second de ses enfans , le dégagea.

Enfin il s'embarqua pour venir à Constantinople , n'ayant rien obtenu du pape que le conseil d'emmener avec lui un bravci et fameux corsaire nommé Dagut , « capable , disait-il , de relever » la marine grecque. »

Pierre de jAisignan, roi de Chvpre, dont la

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vaillance et 1 ardeur donnaient quelque espoii' aux Grecs, fut tué celte anne'e dans une émeute excitée par quelques i'itoyens dont il avait déshonoré Sa lâche les filles. Les Vénitiens et les Génois, s'étant alors à Aniurat. (\q nouvcau déclaré la guerre , refusèrent toute assistance à l'empereur; ce malheureux prince, sans force, sans argent , sans alliés, prit le parti honteux de se livrer à la discrétion d'Amurat, dont il se rendit vassal et tributaire , à condition qu'on le laisserait régner sur les derniers débris de l'empire *.

Grégoire XI, qui venait d'être élevé au pontificat, tenta de vains efforts pour armer les princes chrétiens contre Amurat ; les chevaliers de Pihodes écoutèrent seuls sa voix , et défendirent Smyrne avec succès contre les Ottomans. Un des fils de Cantacuzène , Manuel , indigné de l'avilissement de sa patrie , prit les armes , et enleva aux Turcs la ville de Phères ; la vengeance d'Amurat fut prompte; il s'empara de Thessalonique, et Manuel abandonné se vit contraint d'implorer la clémence du vainqueur.

L'ambition du sultan ne connaissait plus de bornes; méditant la conquête de la Hongrie, il conclut , pour s'en emparer, une alliance avec les Tarlares; mais le soulèvement de quelques

* An iS^i.

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t'mirs en Asie suspendit ses desseins ; II marcha contre les rebelles , et donna l'ordre à son vassal Jean de le suivre dans cette expédition.

Amurat avait laissé en Thrace le commande- Révaiie

(les filsd'A-

ment de ses troupes à Contus, son fils ; Andronic , ™"'^^* "^^^ fils aîné de Jean , y était aussi resté; Contus, las d obéir, se montrait impatient de régner ; Andronic nourrissait dans son cœur une haine prol'onde contre son père , qui , pour le punir de son ingratitude, l'avait privé de son droit d'aînesse, et venait d'associer au trône Manuel , son frère cadet; les deux jeunes princes, unis par les mêmes vices et par la même ambition , conspirèrent contre leurs pères , gagnèrent les troupes et les excitèrent à la révolte *.

Amurat, informé de cet événement, repassa prompiement en Europe , traînant à sa suite l'infortuné Jean , qu'il soupçonnait d'intelligence avec les rebelles.

L'empereur , effrayé de ses reproches et de ses menaces , parvint avec peine , par la plus basse soumission et par les protestations les plus serviles, à désarmer le courroux de son maître.

Dès qu' Amurat parut , une partie des troupes vengeance

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