CHAPITRE SEPTIÈME
Tort; ait de Manuel Palcologuc. — Sa fuite et son arrivée à Couttantinople. — Sévérité et vengeance de Bajazet. — Sa réponse menaçante à l'ambassadeur du roi de Hongrie. — Nouvellr « Toisade contre les Turcs. — Marche de Bajazet sur Nicopolis.
— Bataille entre les Hongrois, les Français et les Turcs. — Lâcheté des Hongrois. — Bravoure des Français. — Exploits du maréchal Boucicaut. — Entière défaite des croisés. — Défaite et fuite de Sigismond , roi de Hongrie. — Association du neveu de Manuel à l'empire. — ?Souvellc croisade commandée par Boucicaut. — Succès de ces nouveaux croisés. — Exploits de leur maréchal. — Son retour en France avec Manuel. — Entrée lie 1 empereur dans Paris. — Son retour en Grèce. — Apparition de Timur surnommé Tamcrlan. — Histoire de ce chef des Tart.ires. — Guerre entre lui et Bajazet. — Bataille décisive çnlr'tux. — Défaite et captivité de Bajazet. — Magnanimité de Tamerlan. — Insultes de Bajazet. — Vengeance de Tamerlan.
— Mort de Bajazet. — Soumission des empereurs Manuel cl Jean à Tamcrlan. — Retour et mort de Tamerlan eu Tartaric.
— Guerre entre les fils de Bajazet. — Elévation au trône dt; Mahomet, dernier fils de Bajazet. — Heureux changement dan^ l'empiie. — Mort de Mahomet, remplacé p.ir sonGls Arauiat. — Siège de Constantinople par Anuirat. — Invention du canon.— Courageuse défense des Grecs. — • Levée du siège. — Paix entre- Manuel et Amurat. — Mort de Manuel.
MANUEL PALKOLOGUE, (An iSqi.)
l^E liônc allait recevoir un i)rince dii^ne del'oc- ,''";'•"'. cuj)er, de le défendre, et capable même de rafler- ''^'«^"''S'^''
Sa foite et son arrivée à CoDS nople.
mir , si tous ses supports n'eussent pas été dégradés et rouipus ; -Manuel était brave, généreux f on remarquait en lui à la fois une noble élévation dame et une grande finesse d'esprit ; enfin il possédait la première de toutes les qualités pour un roi , celle qui ajoute un lustre à toutes les autres , il était animé d'un véritable amour pour sa patrie.
Lorsque son père mourut, Manuel , traîné à la aCoDstanti- gniie de Bajazet, s'y voyait gardé avec soinconmie otage , et comme garant involontaire de la servitude des Grecs : associé de nom à l'empire depuis dix-huit ans , il avait gémi sur la faiblesse de son père et de son souverain, qu'il voyait esclave de ses ennemis et tyran de sa famille. Dès qu'il apprit la mort de Jean , indigné de la chaîne où il était retenu, il brave la mort , rompt ses fers, trompe sa garde , s'échappe de Pruse et arrive dans sa capitale.
Sévérité ei Bajazet fit trembler par sa fureur et par ses
vengeance ' '^ '■
deBaja/et. nicnaccs les officiers qui avaient poursuivi le prince sans l'atteindre ; il commanda au nouvel empereur de lui prêter serment comme vassal, de lui payer un tribut , et d'admettre dans Constantinople un cadi turc pour préserver les musulmans qui s V trouvaient de l'affront d'être jugés comme des chiens d'infidèles ; enfin , déclarant le territoire qui environnait la capitale propriété
DU BAS-EMl'inE. lyS
inusiJmane , il défendit aux habilans de soilir de leur ville sans sa permission.
Manuel , préférant une chute honorable à cet abaissement honteux , refusa de se soumettre , et colora cependant de prétextes plausibles son refus, exprimé en termes nobles mais modérés.
Bajazct furieux fit marcher contre lui trois armées ; l'une , sous ses ordres , changea la Thrace en désert ; l'autre , conduite par Turacan , ravagea les côtes du Pont-Euxin ; la troisième , commandée par Abranetzès, attaqua l'Achaïe et le Péloponèse.
Depuis la mort des petits-fils de Canlacuzène , ces contrées étaient gouvernées par Théodore, frère de Manuel et despote de Lacédémone : sous l'administration de ce prince actif, juste et brave , cette belle partie de la Grèce semblait ressusciter : les villes avaient relevé leurs murs ; les champs étaient rendus à la culture; un grand nombre d'illyriens , appelés par lui pour repeupler ce pays , renrichissaient par leurs travaux et le défenditient par leurs armes. La fille du duc d'Athènes, en épousant Théodore, lui avait apporté en dot la ville de Corinthe.
Le prince grec opposa aux musulmans une vive résistance ; cependant Manuel , enfermé dans sa capitale , privé de toute ressource pour lever et pour payer des soldais, écrivit à tous les princes
chrétiens ; il leur annonça que si leur iraprévoyance livrait aux Turcs les débris de la Grèce, les derniers boulevarts de l'empire , on verrait bientôt ce torrent s'e'tendre en Occident, renouveler dans toute l'Europe les calamités dont Attila l'avait rendue le théâtre , et renverser enfin partout la croix.
sa»:pou5e Sigismoud , roi de Hongrie, comme le plus
menaçante & ' O ' 1
ài'amussa- g^pQSji ^ (.g débordement de barbares, s'arma le "''^'""°"°" premier pour en arrêter les progrès. Avant de combattre il voulut négocier, et chargea son ambassadeur de demander à Bajazet sur quel droit il se fondait pour s'emparer de la Bulgarie.
Bajazet, après avoir écoulé en silence cet ambassadeur, le conduisit dans un vaste arsenal rempli d'armes de toute espèce : a Chrétien, lui » dit-il, tu veux connaître quels sont mes droits, )) les voici : tu peux les compter. Apprends aussi )i quels sont mes desseins : je subjuguerai la Hon- )) grie , je me rendrai maître de l'Allemagne ; je )) traînerai à ma suite mon esclave, l'empereur » des Grecs ; Rome me verra dans ses murs ; )) je déposerai au Capitole les couronnes que y) j'aurai conquises, et je ferai manger l'avoine à )) mon cheval sur l'autel de Saint-Pierre. » Siiîismond fit connaître en France cette insocroisade j^jj^^g bravadc ; elle enflamma de courroux les '"""■ chevaliers français : on les Vit presque tous à
UU UAS-LiMFlKE. lyj
Tenvi courir aux armes , pour venger l'iionneur de l'Europe, et pour défendre son culte.
Tous se montraient impatiens de secourir la Hongrie et de délivrer la Grèce ; le faible Charles VI régnait alors en France j le duc de Bourgogne, oncle du roi, le gouvernait; ce duc, cédant aux instances de son liLs, le comte de ISevers , permit à tous ses preux d'aller signaler leur courage en Orient.
Mille chevaliers partirent, suivis d'un grand nombre d'archers et de valets armés : on y voyait briller plusieurs princes de la maison royale ; le comte d'Eu, les ducs de Bar , ainsi que les guerriers les plus célèbres alors [>ar leurs exploits, tels que Coucy , la Trémouille , Château-Morand et le fanieux maréchal de Boucicaut, qui dans la suite défendit Constantinople , vainquit les Turcs en Asie , gouverna Gênes, força le roi de Chypre à la paix, battit les Vénitiens , fit une descente d'abord en Eg^'"pte, puis à Tunis, et trouva enfin la mort dans les funestes champs d'Azincourt.
Cette armée de héros, plus éclatante encore par le nom de ses guerriers et par l'ardeur de leur vaillance que par l'or et l'argent qui couvraient leurs chevaux et leurs armures, traversa rapidement l'Allemagne, et remplit d'espoii- les iroupes de Sigismond.
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Le comte de Nevers commandait ce corps d'élue ; les princes et les principaux barons payaient seuls les frais de celle expédition. Ils entretenaient avec magnificence les chevaliers rangés sous leurs bannières.
Leur exemple fut imité par une foule d'illustres aventuriers de tous les pays , qui grossirent tellement les forces du roi de Hongrie que ce prince put marcher contre les Ottomans à la tête de cent mille hommes.
Tandis qu'on préparait contre Bajazet ce grand armement , le sultan , qui se trouvait à Phères avec toutes ses troupes, ordonna à Théodore , à l'empereur Manuel et à leur cousin Jean Paléologue , fils d'Andronic , de se rendre près de lui ; la résistance était impossible , ils obéirent'*". Dès que le sultan les vit, il commanda aux officiers qui les entouraient de les décapiter. Le grand visir osa résister à cet ordre barbare 3 le courage du minisire étonna son maître. Bajazet calma son courroux, mais sa clémence fut encore celle d'un barbare et d'un tyran : il ne permit aux princes de quitter son camp et de retourner dans leurs foyers qu'après avoir livré en leur présence les principaux officiers, qui les accompagnaient, à ses
* An i3i)â
bourreaux , qui Jeiu- coupèrent les nialns et leur crevèrent les yeux.
Manuel, échappé à l'échafaud et rentré dans son palais , épousa flélène , fdle de Constantin Dragoses, prince de Macédoine. L'empereur attendait trislement.dans sa capitale , qui lui servait de prison , l'arrêt que la fortune allait prononcer dans les plaines de Thrace et de Hongrie. Théodore , n'ayant pas obtenu , comme son frère la liberté, était demeuré en otage dans le camp turc peu de temps après il trouva le moyen d'échapper a la mort qni le menaçait. Les Français, à peme arrivés, se montrèrent impatiens de combattre ; ils pressèrent le roi d'entrer en campa^^ne Les Hongrois, aiguillonnés par eux , s'emparèrent de Bodin en Romanie , prirent plusieurs autres places et mirent enfin le siège devant Nicopolis. Les preux de France , toujours les premiers sur la brèche et les plus avant dans la mêlée , avaient tellement enhardi leurs alliés , qu'ainsi que le di' Boucicaut dans son langage naïf, a ik ne doub- )> to.ent de tout le monde. Hélas! poursuit-il » SI fortune ne leur eut nui , bien pouri oient en- » core bénir l'heure et le jour que telle noble )> compagnie de François leur é toit venue ; mais )) comme fortune est souvent coustumière de nuire » aux bons et aux vaillants , semble que elle eut » envie du grand bien et de l'excellente vaillance