TOME lO
Jyo HISTOIRE
» qui éloit en eux. Eli ! qui est-ce qui se puisse » garder de raale fortune quand elle veut courir » sus et nuire à qui que ce soit. »
Ai.irche.ie NicopoUs était la ville la plus forte de Remanie;
Nicopoiil!"^ tandis que les assiégeans construisaient leurs rcirancbemens et creusaient leurs mines , Bajazet , à la tête de quarante milles janissaires, de dix milles spahis et d'un grand nombre de troupes auxiliaires , s'avança pour secourir la ville. Sa marche fut si rapide , et la négligence des postes avancés des chrétiens fut telle qu'il arriva près d'eux sans qu'ils en fussent avertis. A peine Sigismond eut le temps de ranger les Hongrois en bataille ; dans sa précipitation même il oublia d'en donner avis aux Français , et le comte de Nevers apprit enfin , lorsqu'il était à table , que déjà les Turcs se trouvaient à la vue du camp.
Tous les chevaliers sautèrent sur leurs chevaux , prirent leurs armes , rejoignirent le roi et virent à peu de dislance les bannières de leurs ennemis. Bajazet avait placé devant son infanterie une immense quantité de pieux aigus , serrés et croisés. Sa nombreuse cavalerie les cachait aux regards des chrétiens et couvrait le front de la ligne. Bataille L^ sigual du combat est donné ; l'armée de
Ho"iîsroir, Sîglsmond marche en bon ordre ; à son approche ,
les Fiançais » , i « i j
ei! s Turcs là cavalcrie musulmane s ouvre et se retire avec célérité sur les deux ailes de l'infanterie , qui ,
DU bas-empike. l'jg
Iranqnillc à l'abri de ses palissades, fait pleuvoir sur les cliré liens une nuée de traits.
Les Hongrois , plus propres aux escarmouches Lâcheréats (pi'aux batailles , et qui , semblables au Parlhes , "^^ ' se montraient plus prompts à fuir et à poursuivre qu'à combattre , s'arrêtent à la vue des palissades, se débandent et se dispersent. Un seul corps, commandé par le comte de Hongrie , tient ferme et reste près des Français.
Boucicaui , indigné de cette lâche retraite , s'écrie : « Beaux seigneurs , que faisons-nous ici ? » Nous lairons-nous , en cette manière , larder )) et occire lâchement ? Ah ! sans plus tarder , » courons vilement à eux , requérons-les hardi- » ment ; hâtons-nous et évitons ainsi les traits de » leurs arcs. ))
A ces mots et à l'ordre du comte de Nevers , Rwroure
des Fran-
lous les Français se précipitent sur les palissades ; î^"'en vain les pieux aigus s'enfoncent dans les flancs de leurs coursiers , en vain les lances elles cimeterres des Ottomans frappent leurs casques et leurs cuirasses , pareils au sanglier qui redouble de furciu' quand il est blessé, ils s'acharnent au combat, n'écoutent les cris de leurs compagnons mourans que pour les venger , arrachent , renversent , forcent les palissades , enfoncent les janissaires , et , sans s'apercevoir {jue tout les abandonne , ils poursuivent leur victoire et s'élancent intrépide-
l8o HISTOIRE
ment au milieu de la foule innombrable des musulmans , épouvantés de leur courage.
« Ali ! noble contrée de France, peut-on répé- » ter ici avec l'historien de ces prouesses , ce n'est » mie de maintenant que les vaillans champions se )) montrent hardis et fiers entre toutes les nations » du monde ; car bien l'ont de coustume dès leurs » premiers commencements, comme il appert par » toutes les histoires qui des faicts de batailles , où )) François ayentété, font mention; etmêmement )) celle des Romains et maintes autres qui cer- » lifient que nulles gents du monde oncques ne » furent trouvés plus hardis et mieux combal- )) tants , plus constants ni plus chevalereux que » les François ; et peu trouve-t-on de batailles » où ils ayent été vaincus que ce n'ait été par )) trahison ou par la faute de leurs chevetains. Et » encore , osai-je plus dire de eux , que quand )) il advient que ils ne s'employent en faicts de )) guerre , et que ils sont à séjour , ce n'est mie » leur coulpe , ains , est la faute de ceux à qui » appartiendroil à les embesogner. Si est dom- )) maige quand il advient que gents tant chevale- » reux n'ont chefs selon leur vaillance et har- )) diesse , car choses merveilleuses feroient. »
Le comte de Hongrie, avec sa faible troupe , se montrait digne émule des Français. Quinze
DU BAS-EMPIRE. l8l
mille Turcs étaient tombés sous leurs glaives ; le sultan avait été blessé par eux ; mais un tel triomphe précédait un funeste deuil j cpie pouvait devenir une poignée de guerriers entourés par une armée immense , au milieu de laquelle leur fougue héroïque les avait précipités ? La foule des musulmans leur coupait toute retraite ; la fuite du roi de Hongrie leur ôtait tout espoir de secours.
Après quelques momens d'une inaction que produisait l'étonnement et la terreur, les Ottomans , honteux de reculer devant un si petit nombre de combattans , les comptent , se rassurent , se rallient , s'animent mutuellement et tombent en masse de tous côtés sur ces héros foulés , lassés , accablés de fatigue , épuisés de sang y couverts de blessures et privés de leurs coursiers.
Assaillis de toutes parts, ils vendirent encore Exploits <iu cher leur défaite ', Boucicaut surtout , dont le Boucicaut. désespoir augmentait la force , épouvantait tellement les Sarrasins par sa tranchante épée , que long- temps ils firent autour de lui un vaste cercle élargi par la peur ; évitant son redoutable fer , ils lui lancèrent de loin leurs dards , leurs boucliers, leurs massues , jusqu'à ce qu'il eu lïit accablé : enlin tous ces héros succombèrent ; nnv. partie
l82 HISTOIItF.
périt ,' l'autre , plus infortunée , fut cbar^^^ée de chaînes et traînée aux pieds du sultan '^.
Bajazet se montra indigne de la victoire ; il fit trancher la tête à tous ces nobles prisonniers et n'épargna que les princes dont il espérait tirer une forte rançon ; la déférence respectueuse de ces princes pour le brave Boucicaut fit sentir aux barbares que la vie d'un héros pouvait être d'un aussi grand prix que celle des parens d'un roi ; ce calcul arrêta le glaive déjà levé sur la tête du guerrier , il partagea la prison du comte de Nevers.
Charles VI , voulant racheter ces illustres captifs , envoya au sultan des présens magnifiques pour ce siècle , un grand nombre d'oiseaux dressés pour la chasse , des draps écarlale fabriqués à Reims , et des tapisseries sorties des manufactures d'Arras.
Lorsque ces nobles captifs recouvrèrent leur liberté , le comte de Nevers , suivant la stipulation du traité , offrait avec ses compagnons de jurer qu'il ne porterait plus les armes contre Bajazet.
« Ce serment est inutile , répondit le fier sul- » tan , je ne crains ni toi , ni tous les guerriers » de ton pays. Cours , faible ennemi , leur porter » la nouvelle de ta défaite j excite leur courage ,
* An iof)().
DU [ivS-EMPlKl . I<j3
» rassciublc-les tous , et, si tu te sens le désir de )) revenir avec eux me demander ta revanche , tu î) me verras prompt à te la donner. »
Les suites de ce désastre devinrent funestes à l'empire ; les Turcs vainqueurs trouvèrent dans le camp des chrétiens un butin immense ; ils furent éblouis du luxe qui brillait dans les te aies des Français ,• presque toutes , comme des tentes royales , étaient meublées en soie et remplies de riche vaisselle.
Baiazet poursuivit avec ardeur les Honirrois, les Dëfaîie coupa , les tailla en pièces. Siirismond , vivement sigismona .
■■ A o ' roi de Hoii-
pressé , ne put regagner ses Etats ; n'échappant à s"^* la captivité que par une prompte fuite , il vint chercher un asile à Constantinople "'".
Le sultan somma Manuel de lui livrer sa capitale ; Manuel, préférant la mort à celte lâcheté, rei'usa de se rendre ; Bajazet irrité se montrait résolu à l'assiégei" , mais son grand-visir le détourna de ce dessein , en lui faisant craindre que la chute de Constantinople ne soulevât et n'armât contre les Turcs toute la chiétienté.
Les barrières de la ville de Constantin étaient devenues les frontières de l'empire, et, dans cet état déplorable , l'ambition des princes s'en disputait les débris. L'échit trompeur d'un tronçon
• Au i3.j7.
ti^n'dn'n^- ^^ sccptre fascinait encore leurs yeux, et Jean Panuëià^rem- léologuc, ncvcu de Manuel , s'efforçait , au milieu ^'"' des plus éminens périls , non de défendre la couronne , mais de s'en emparer , en faisant valoir contre INIanuel les droits qu'il prétendait tenir d'Andronic son père *.
Bajazet, certain de profiter de ces dissensions, les fomenta ; pour accélérer la ruine de ^s ennemis , il appu} a les prétentions de Jean ; Manuel ne pouvait résister à leurs efforts réunis; cédant avec prudence au temps , il partagea sa couronne „ „ avec son neveu. L'honneur français blessé fondait
Nouvelle 3
comn-andée ^^ dcmière cspéraucc de l'empereur , elle ne fut caut. """" point trompée ; bientôt il vit arriver à son secours Boucicaut avec une flotte et seize mille braves. Succès L apparition de ces chevaliers répandit la joie
Je ces non- • i / ■< i • 11/^
Teaux croi- paruii Ics (jrecs et la crainte chez les Ultomans.
ses. -^
Ces preux forcèrent le passage du Bosphore , délivrèrent Conslantinople du fléau de la famine , battirent en plusieurs rencontres les musulmans, les contraignirent de s'éloigner , descendirent en Asie, s'emparèrent de plusieuis villes, assiégèrent Nicomédie , la prirent d'assaut et en passèrent la garnison au fil de l'épée.
Expimts Pendant l'espace d'une année, l'infatigable jctiiai. Boucicaut harcela sans cesse les Turcs, garantit
* An 1399.
de leurs attaques les eavirons de la capitale , et , par des prodiges de valeur presque fabuleux , immortalisa son nom.
Ces heureux efforts de seize mille Français durent prouver aux Grecs qu'ils ne devaient leurs calamités et leur décadence qu'à leur corruption et à leur pusillanimité. Manuel, accompagné d'un pelit nombre de braves, se montra constamment digne de son défenseur, dont il partageait les travaux , les fatigues , les périls et les lauriers. Cependant les Français faisaient chaque jour des pertes qu'aucun renfort ne réparait; le trésor vide ne pouvait assurer leur subsistance; les Grecs les admiraient sans les imiter ; en vain leurs glaives éclaircissaient les rangs des ennemis , la masse énorme de ces barbares se renouvelait sans cesse ; après une année de combats , Boucicaut se vit ^^i,°". g„