‹ Histoire universelle, ancienne et moderne (volume 4)Chapitre 18 sur 63 · xi' J'i'.'.r" ' France avec · texte numérisé non relu

xi' J'i'.'.r" ' France avec

contramt de déclarer a 1 empereur qu il était lorce ^januei. de retourner en France ; il lui conseilla de l'y suivre, afin d'échauffer par sa présence le zèle des chrétiens.

Manuel y consentit ; avant de partir, il confia les rênes du gouvernement et la dél'ense d(; la ville à son neveu *, et se rendit d'abord en Italie ; Venise, Florence et Gènes plaignirent ses malheurs , mais ne lui accordèrent aucun secours ;

'An I jno.

l86 UlSTOlKt

Visconli , duc de Milan , plus généreux , ouvrit pour lui son trésor ; enfin il arriva en France et y reçut les hommages que la générosité française rend toujours à l'infortune lorsqu'elle est illustrée par le courage.

Euirécdc L'empereur fit son entrée à Paris le 5 juin de d.iii8 Paris, l'année i4oo; deux mille bourgeois armés l'attendaient à Charenion ; le chancelier , trois cardinaux et le parlement le reçurent à la barrière. Le roi et les princes de sa famille allèrent au-devant de lui; il traversa la ville avec eux, monté sur un superbe coursier; il était décoré des orneniens impériaux , et couvert d'une robe de soie, dont la blancheur était, suivant la coutume des Grecs , un emblème de deuil et de tristesse.

Chacun admirait les nobles traits de ce monarque guerrier ; sa chevelure et sa barbe blanche , son grave maintien , rappelant ses fréquens combats et ses long malheurs , le rendaient vénérable à tous.

Cliarles VI le logea dans le Louvre ; au banquet ainsi que dans toutes les fêtes, Manuel occupa la place d'honneur.

Le roi , les princes , les chevaliers lui promirent tous le secours de leurs armes. Il fit aussi un voyage en Angleterre ; Henri iV , mal affermi alors sur son trône , ne put donner à l'empereur grec que des espérances.

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De retour ù Paris , il y fut témoin d'un malheur dont les suites devinrent funestes à la France. Charles VI tomba en démence ; l'ambition des princes déchira le royaume , ébranla le trône , Attira ses ennemis naturels dans son sein , et priva l'infortuné Manuel du seul appui sur lequel il comptait.

Ce prince, renonçant à tout espoir, repassa les s..n Alpes , s'embarqua et rentra dans la Grèce ^ ; il *''^^*^'ne l'aurait pas retrouvée libre si elle n'avait été défendue que par le faible Jean Paléolo^ue ; mais Chat eau-Morand, guerrier français, resté à Constantinople avec cinq cents braves, par l'ordre de Boucicaut, avait, pendant ces deux années, vaillamment résisté à la faiblesse de la cour , aux terreurs des Grecs et aux attaques des musulmans.

Cependant Bajazet, délivré de la crainte des AppuiUon

(le Tiniur ,

Français par les troubles de leur pays, renouve- ««"«"""é lait ses sommations , ses menaces , et se préparait à consommer la ruine de l'empire des Grecs, lorsque du fond de l'Orient 011 vil paraître un conquérant, plus terrible encore (jiie ce fameux Gengis dont il descendait. Manuel , se croyant ]»erdu , ne songeait qu'à s'ensevelir sous les di'iombres de sa capitale; mais soudain il vit ses

An I io2.

l81î HISTOIRE

périls disparaître , et sa fortune se relever par les armes et par les victoires de Tamerlan '*'. Histohede Timur , ouc les Tarlares appelèrent Tamerlan

ce clief (les

iartares. parce qu une blessure lavait rendu boiteux , accrut la liste fatale des Alexandre, des Attila, des ravageurs du monde , de ces phe'nomènes sinistres dont la sanglante apparition excite à la fois l'admiration et la terreur. Il fut un de ces hommes destinés par le ciel à parcourir , à étonner, à dominer , à opprimer la terre et à la dépeupler.

L'envie, qui grandit sans cesse la gloire en l'attaquant , lui reprocha lâchement son honorable infirmité , lui supposa une naissance obscure , et s'efforça de faire croire qu'il avait quitté la charrue pour parvenir au trône ; cependant la plupart des historiens musulmans et grecs attestent qu'il était du sang de Gengis, au moins par les femmes ; son cinquième aïeul avait été visir de Zagatay , khan de Transoxiane; ses ancêtres gouvernaient le canton de Kash , comme chefs héréditaires.

Timnr naquit dans le village de Sabzar , à treize lieues de Samarcande. Les temps de troubles sont presque toujours les époques où se forment, croissent et brillent les grands caractères. La famille des khans de Zagalay venait de s'éteindre; l'anarchie entourait le berceau de Timur,

* An t^n-2.

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ions les princes de ce pays se dispulaient l'aulorilé. Le khan de Kashgard , appuyé d'un corps nombreux de Gétes et de Kalmoucks , voulut s'emparer de la ïransoxiane ; tous les émirs défendaient contre lui leur indépendance ; Timur , alors âgé de douze ans, tira pour la première lois son cimeterre , et se distingua entre les plus braves par son audace.

Malgré leur résistance , la Transoxiane fut subjuguée; Timur, à vingt-cinq ans , méditait la délivrance de sa patrie; sa seule puissance était encore l'opinion,* son nom, déjà illustré par son courage, rallia autour de lui les principaux émirs, qui lui jurèrent de seconder ses efforts.

Il les attendit vainement sepl jours sur les montagnes de Samarcande. Le khan de Kashgard avait découvert et déjoué leur complot : ses troupes poursuivirent Timur, qui se retira dans un désert avec soixante Tartares.

Là, mille Gétes vinrent l'attaquer; il les repoussa et en tua un grand nombre , mais la mort de presque tous ses compagnons avait pavé celle victoire, il ne lui en restait que sept. Poursuivi de nouveau , il fut alloint, pris et enfermé dans un donjon avec ça femme .

Timur brise les portes de sa prison , combat seid les soldats qui le gardent ; son intré[)idité excite l'admiration du clief de la troupe ennemie ;

igO HISTOIRE

il profile (le sa surprise ou do sa générosité , s'échappe , traverse l'Oxus , et traîne ^>endant plusieurs mois dans les déserts la vie errante d'un proscrit.

Long-temps le bruit de sa mort fut répandu. Le vainqueur de la Transoxiane gouvernait ce pays en tyran ; quelques émirs , las de cette oppression , prennent les armes; trois d'entre eux rassemblent quelques troupes ; arrivés près des frontières dans un canton qui leur était inconnu , ils cherclient des guides ; un Tartare s'offre à leurs regards , c'était Timur , et l'apparition de ce guerrier qu'ils croyaient perdu leur présage la victoire.

Tamerlan , qui , rapide comme César dans ses conquêtes , écrivit comme lui ses commentaires , raconte ainsi son retour au milieu des premiers compagnons de ses combats, a A ma vue , dit-il , )) leur joie éclate en transports , ils sautent à » terre, se jettent à mes pieds, les arrosent de » larmes, et baisent mes étriers ; moi, non moins » attendri qu'eux, je descends de mon coursier, >> je les serre dans mes bras , je pose mon turlîan » sur la tête du premier , je passe mon écliarpc » au col du second , je donne mon habit au troi- » sième , et nous invoquons ensemble le maître )> du ciel. Je les conduis ensuite dans ma retraite ; » nous célébrons notre réunion par un festin

DL BAS-EMPir.E. 1()I

» joyeux ; l'espérance et la liLcrlé embellissent » pour nous le désert. »

Bientôt le nombre de ces braves grossit ; plusieurs tribus se rangent sous leurs enseignes ; Timur à leur tête rentre dans son pays , attaque , enfonce , poursuit , disperse les dominateurs de. sa patrie ; la Transoxianc est délivrée par son courage , et ses égaux le cboisissenl pour maître. Ils lui donnèrent d'abord pour collègue Houssein , frère de sa femme : le partage du pouvoir fit naître entre eux des querelles ; celles des Tartares sont presque toujours terminées par le cimeterre , Houssein périt; les tribus réunies en dicie, nommée dans leur langue Couraltai , proclamèrent Tamerlan empereur.

11 était alors âgé de trente-deux ans ; quoique revêtu du pouvoir suprême , croyant devoir rendre bommage à la mémoire de Gengis , il décora du litre de kban un officier qui servait sous lui, et qui descendait de ce conquérant ; tel fut le commencement de la vie guerrière et politique de C(î Tartare fameux , qui bientôt remplit la terre de son nom, et ajouta vingt -six couronnes à celle de Zagatbay.

K-harisme et Caiidaliar furent ses premières conquêtes ; ses armes cnvabirent la Perse. Ibrahim , prince de Scbirvan , vit ses armées détruites , et fut contraint de se prosterner sur les marches du

iga HISTOIRE

trône de Tamcrlan. Il avait promis au vainqueur un Iribut de neuf esclaves , et n'en amena que huit ; comme l'empereur en paraissait surpris : a Je suis le nemâème , dit le flatteur couronné. » Un sourire de mépris paya sa bassesse.

La Perse tout entière passa sous la domination des Tartares, mais la bataille qui consomma cette conquête faillit devenir le terme des exploits de Tamerlan. Le plus faible et en même temps le plus brave de ses ennemis , un prince persan , nommé Mansout ^ désespéré de se voir vaincu , se précipite avec quatre mille cavaliers sur les rangs de l'armée tartare, la perce, renverse tout ce qui lui résiste, pénètre jusqu'à l'empereur, et ne périt qu'après avoir brisé par son cimeterre le casque de son vainqueur.

Tamerlan s'empara d'Ormutz, de Bagdad, prit Edesse, et pénétra dans le Turquestan, sous prétexte de se venger de la protection accordée aux Gétes par Bajazet. Le récit de ses conquêtes serait le sujet d'une longue histoire ; semblable au torrent qui s'enfle des eaux de tous les pays qu'il parcourt , le héros tartare, voyant sans cesse ses forces s'accroître, devint rapidement le maître des vastes contrées situées à l'est et à l'ouest de la mer Caspienne.

Il entra en Russie , Moscow le vit devant ses murailles; cette ville allait tomber sous ses coups.

DU BAS-EMPIFiE. igS

tics intérêls plus pressans le rappelèrent au midi de son empire. Mais les Moscovites superstitieux uairent leur délivrance miraculeuse, et l'allribuèrent à une image de la Vierge qu'ils regardaient comme leur palladium.

Les Tartares livrèrent aux flammes Astrakan révoltée ; Tamerlan leur proposa la conquête de l'Inde ; ils murmuraient comme les Macédoniens contre cette entreprise lointaine , mais Tamerlan vainquit leur résistance^ en leur faisant promettre des victoires faciles et d'immenses richesses par un fanatique que ces hordes crédules disaient inspiré. La superstition surmonta la crainte.

Timur suivit d'abord les traces d'Alexandre et traversa l'indus ; mais , s'élançant au-delà - des bornes qui avaient arrêté le héros grec , il poursuivit sa course jusqu'à Delhi, détruisit l'armée nombreuse du sultan Mamhoud, le coniraigrit de fuir, livra ses Etats au pillage, passa le Gange, côtoya les montagnes du Nord , traversa le Thibet, et revint dans sa pafrie chargé de toutes les richesses de lOrient.

Il avait atteint sa soixante-troisième année, et la vieillesse ne refroidissait pas son ardeur. Le bruit des conquêtes de Bajazet était arrivé sur les bords du Gange jusqu'à lui ; la gloire de ce rival tourmentait son orgueil : à peine laissc-t-il ses guerriers jouir à Samarcande d'un court repos , rOMF. lo. i5

rOriciii soumis ne sufTit plus à son ambition , il médite la conquête de rOccident.

Sa proclamation annonce aux Tartares qu'ils dojveni encore combattre sept ans loin de leurs foyers. A la tète de son immense armée, il vole en Géorgie et la soumet : le Tasle intervalle qui séparait autrefois les Mongols des Ottomans avait disparu ; ces peuples étaient devenus voisins , rivaux et ennemis.

L'Euphrate ne traçait entre eux que des limites incertaines , sujet perpétuel de disputes et de combats. Un autre motif apparent de ces querelles était le reproche qu'on se faisait mutuellement de protéger les mécontens et les rebelles. Gnevre Mais il cxislait une cause plus réelle de leur ini-

rntre lui et . . , . . . 15 , , • t» •

Hnjoifi. mitie : Imiur ne voulait point degal, ni oajazet de maître.

Une correspondance injurieuse servit de prélude à leurs combats, a Tu sais , disait Timur à » Bajazet , que mes armes m'ont rendu maître de » l'Asie. Les monarques de ces contrées se tien- » nent respectueusement rangés à ma jx)rte, ou )) prosternés aux pieds de mon trône. La fortune >) mêmie , vaincue par moi , n'a plus d'autres soins - » que de veiller à ma prospérité.

)) Egaré par les prestiges d'une fausse grandeur, » tu te crois un héros pour avoir remporté quel- » qties triomphes obscuis sur de vils Bulgares ,

DU BAS-liMPrr.L. Kp

» sur des Hongrois inconnus , sur des Grecs

» amollis ! La faveur du prophète l'a fait seule

» vaincre ces misérables chrétiens.

)) Ton zèle pour notre religion , ton obéissance

» au Koran m'inspirent encore quelques égards

» pour toi, suspendent mon glaive près de le frap-

» per, et m'empêchent, en détruisant ton pays,

» d'abattre ce boulevart des musulmans. Profite ,

)) crois-moi, de celle pitié, hâte-toi d'ouvrir les

)) yeux ! Désarme par ton repentir et par ta sou-

)) mission nies foudres qui menacent la tête !

» Songe que tu n'es à mes regards qu'un insecte;

» si tu irrites mes éléphans , ils l'écraseront sous

)) leurs pieds. »

Bajazet répondit à ces injures par des menaces non moins arrogantes , et par un récit pompeux de ses victoires. « Je les dois , disait-il , à ma

» seule vaillance , tu n'as obtenu les tiennes que

») par la trahison ou par la lâcheté de tes ennemis:

» je sais que tu traînes à la suite une armée in-

-» nombrable , mais que peuvent les fragiles flè-

» ches de tes Tartares , toujours prêts à fuir,

y) contre les cimeterres de mes janissaires invin-

» cibles ! Vainement tu le plains que je prolé"^e

» les pànces infortunés qui veulent échnppér à

» la tyrannie. Oseras-lu les venir chercher sous

)) mes tentes ^ Braver ma colère , c'est courir à

^) la mon.

y> Eloigne-toi crErzenim et des rives de l'Eu- )) pliraie ; ces contrées m'appartiennent. Si elles )) le paient les tributs qu'elles me doivent , j'irai » moi-même les reprendre dans les murs de » Tau ris et de Samarcande.

» Tes menaces ne m'inspirent qu'un profond » mépris, je le défie au combat; si lu me vois » fuir devant loi , puissent trois fois mes femmes » m'étre enlevées! El toi, si lu n'as pas le courage )) de m'allendre en plaine , puissent les compagnes )) de la couche ne revenir dans ton lit qu'après » être trois fois entrées dans celui d'un étranger. » Une guerre furieuse suivit ces cartels grossiers.

Tiraur, après plusieurs assauts inutiles, s'empara de la forteresse de Siva. Indigné de la résistance opiniâtre de quatre mille Arméniens qui l'avalent vaillamment défendue contre lui, il fit enterrer vifs ces infortunés, dont les seuls crimes étaient le courage et la fidélité.

Avant de marcher contre Bajazet, Tlmur conquit la Phénicie , la Palestine , attaqua l'Egypte , battit les mamelucks, enli'a vainqueur dans Meniphis , et porta ensuite ses armes en Syrie.

11 força les portes d'Alep ; là , comme il sut que les zélés musulmans s'indignaient de voir les enfans de Mahomet se déchirer entre eux au lieu de se réunir contre les chrétiens , et qu'ils l'accusaient d'impiété , il demanda publiquement à un

DU BVS-EMPiRi:. 197

«Codeur syrien quels élaient les vrais martyrs, des Tarlares ou des Turcs moissonnés par la mort dans celle guerre de musulmans contre musulmans.

« L'intention seule le décide, dit le docteur. » — (( Le ciel ne la rend- pas douteuse , répliqua )) Tinmr peu satisfait de celte réponse siiblile. Je )) ne fais qu'obéir aux ordres célestes. Un vieil- » lard boiteux et décrépit , tel que vous me )» voyez, pourrait-il conquérir la terre s'il n'était )) pas l'instrument de Dieu. ))

Les hommes qui outragent le plus la justice par leurs actions se croient cependant forcés* de lui rendre bommage par leurs paroles. En envahissant le monde, ïinmr parlait toujours de sa modéralion 5 de l'ambition de ses ennemis qui le contraignaient à la guerre ; il vantait sans cesse son humanité , tandis que par ses ordres le sang coulait à grands flots dans les villes conquises. Une nombreuse armée égyptienne vint au secours de la Syrie, les Tarlares la dispersèrent : Alcp et Damas furent livrées aux flammes.

Après s'être rendu maître de plusieurs pro- "»i«'"e vinces , Tamerlan , à la têlc de huit cent mille *°'" •""* hommes , pénétra dans la INatolie , occupa Césarée , et investit la ville d'Angora. Ce fut dans la plaine qui entourait celle ville , connue aussi sous le nom d'Ancyre , que Bajazct , avec quatre cent Uiillo

iq8 HISTOIRE

Turcs, vint livrer une bataille décisive à son formidable rival ^.

Ce champ fameux semblait destiné par le sort à flétrir et à élever tour à tour de grandes renommées. Ce fut dans le même lieu qu'autrefois Pompée vainquit Mitbridate.

La force , le courage des janissaires , l'impétuosilé des spahis avaient suffi jusque là pour rendre Bajazet vainqueur des Grecs, des Bulgares et des Hongrois. Maintenant il avait à combattre un ennemi qui lui opposait des troupes disciplinées , une cavalerie dressée aux évolutions , et trente années d'expérience dont une tactique savante était le fruit.

De tous les conquérans barbares , Tamerlan fut le seul qui fit la guerre avec art. Son armée était rangée méthodiquement sur plusieurs lignes qui s'appuyaient mutuellement : on le vit presque toujours , dans toutes les batailles qu'il donna , diriger par échelons ses attaques sur le centre de ses ennemis. Après un premier effort, le corps de bataille renouvelait cette attaque , et une forte réserve lui servait, après de longs combats, à réparer le désordre ou à compléter la victoire.

Jamais il n'eut une lutte plus terrible à sou-, tenir que dans cette journée; on voyait des deux parts la même bravoure, le même fanatisme, une

* An 1402.

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é'^Ae soumission aux arrêts du dcslin, une seiublable conliance dans la force de leurs anises," les deux années s'étaient égalejnent illiisirées par de nombreux triomphes, mais l'armée lartare portait l'admiration et le dévouement pour son chef jus- «ju'à l'enthousiasjne. Celle de Bajazei au contraire était disposée à la sédition.

Vainement ce [irince redoubla d'efforts pouianimer ses troupes par son exemple, vainement il remplit dans cette action tous les devoirs de général et de soldat. Au premier choc il se vit afi'aibli par la coupable déiection de son lils Soliman , qui s'éloiyua du champ de bataille avec le corps qu'il commandait.

Les Tartares auxiliaires qui servaient sous ses enseignes avaient été secrètement gagnés par les émissaires de Tamerlan ; ils désertèr'^Qt et passèrent du côté de 1 ennenji : les troupes levées en NatoliQ,*mitèrent leur exemple. Bajazet , se surpassant lui-même , répara quelque temps ces pertes par des prodiges de valeur. Les cuirassiers grecs, secondant son courage , chargèrent avec impétuosité , et enfoncèrent les premières lignes des ennemis. Mais la fuite simulée des Tartares trompa leur ardeur; ils les poursuivirent trop vivement, se débandèrent , virent leur retraite coupée , et bientôt, accablés par le nombre, ils succombèrent tous glorieusement.

eiMpïvfià ^^ "^ restait plus à Bajazet que ses braves jaiiisd*Bajâïet. saij-es entourés par une armée immense. Ils lui ^opposèrent une résistance digne de leur renommée : semblables à une forte muraille , il fallut de longs assauts pour les démolir, et le nombre épouvantable de leurs morts illustra leur défaite.

Lorsque Bajazet, qui avait mille fois tenté de périr avec eux , les vit moissonnés , il pri t la fuite ; mais le khan de Zagatay , volant à sa poursuite , l'atteignit et le lit prisonnier.

Cette victoire éclatante livra aux armes de Tamerlan la Naiolie tout entière. Burse , jNicée lui ouvrirent leurs portes; Smyrne résista, mais il la prit d'assaut.

Toutes les provinces d'Asie devinrent la proie du conquérant tarlare. Soliman transporta en Europe les trésors de son père et les débris de son armée.

Maguani- Bajazct vaincu fut conduit à la tente de Tamermerian. lan. L'cmpcreur lartarealla au-devant de lui, lui tendit la main et le fît asseoir à ses côtés : a Vous )) avez, lui dit-il, diclé vous-même et subi les )) arrêts du destin ; votre infortune est votre ou- » vrage , vous êtes blessé par les épines de l'arbre )) que vous avez planté de vos propres mains.

y) Considérant en vous le héros et le défenseui- » des musulmans , je voulais non-seulement vous » épargner , mais vous secourir et joindre n'>es

nu RAS-E>1I»IRE. 20T

)) armes aux vôtres contre les chrétiens; vous avez » protégé mes ennemis, violé mes droits, brave p mes menaces et méprisé mon amitié : ainsi c'est )) par votre faute que je me suis vu forcé de lever )) mon glaive sur vous, et de livrer votre empire à » mon invincible armée.

)) Vous ne m'avez que trop fait connaître quel )) aurait été mon sort et celui de mes soldats si )) nous avions été vaincus. Mais rien n'est plus » méprisable à mes yeux que la vengeance ; dis- )) sipez donc vos craintes ; votre vie est en sûreté, » et puisse ma clémence acquitter envers l'Eter- )) nel la reconnaissance que je lui dois. »

Après avoir ainsi parlé, il remit entre les bras du sultan son fils Musa, sa femme Espina, ainsi que leur fiUe; Bajazet les embrassa , répandit sur eux des larmes amères, et garda devant son vainqueur im morne et farouclie silence.

Tamerlan fît rendre à ces princes infortunés les honneurs dus à leur rang. Lorsqu'il fut arrivé à Burse , il y célébra sa victoire par des fêtes pompeuses^ au milieu de ces solennités, Tamerlan , ayant appelé devant lui son illustre captif, lui donna un sceptre , plaça une couronne sur sa télé , et lui promit de le rétablir sur Ic^lrône. Mais Bajazet, tombé du faîte de la gloire dans les i,,s„ii„ fers, repoussa comme un don odieux la couronne avilie et le sceptre tributaire qu'on lui offrait.

202 HISTOUlfc

Son courroux ciall plus difficile à doiiiplcr que son armée ; son vainqueur ne put fléchir sa haine : le fier suhan regardait ces prétendus bienfaits d'un ennemi comme de nouvelles insultes , il n*y répondit que {)|ir des injures.

Tamerlan, quelques jours après, lui ayantenvoyé des faucons et un équipage de chasse, Bajazet, aigri par le malheur, crut que ce présentétait un outrage fait pour lui rappeler l'oisiveté à laquelle il était condamné désormais. c( Apprenez à votre » maître, dit-il à l'ollicier qu'on lui avait envoyé , » apprenez à ce Tartare que j'accepte son pré- )) sent. La chasse est en effet un divertissement » royal, et qui me convient mieux qu'à un bri- » gand tel que lui. »

Verigc-ance Ljj liautcur iniurieusc et la violence opiniâtre ^*°- du sultan enflammèrent le courroux de l'empe-

reur tartare. Cessant de se montrer généreux , Tamerlan devint féroce ; il enferma , dit-on , Bajazet dans une cage de fer qu'on traînait partout à sa suite , et souvent même , le faisant sortir de cette prison ' pour l'outrager , il se servait de son corps comme de marche -pied pour monter sur son cheval. Enfm , pour comble d'opprobre , il forçait à ses yeux la sultane et sa tille de le servir à demi-nues dans ses festins .

Ces horreurs , plus dégradantes encore pour le tyran que pour la victime, ont été regardées.

DU BAS-EMPIRE. '2o3

coiiiine une fable par \ollalre et pur plusieurs écrivains modernes, qui les attribuent à la liaine des historiens j^^recs ei turcs. Le prince Cantemir n'en lait aucune mention , et beaucoup d'aut^eurs ne parlent que de l'accueil honorable fait au captif par son vainqueur. Ce qui est certain, c'est que M'>« la honte et le chagrin terminèrent les jours de Baja/.et en Pisydie, neuf mois après sa défaite.

Tamerlan honora sa tombe de quelques larmes , lit célébrer avec pompe ses obsèques dans la ville de Bprse , envoya de magnifiques présens à son fils Musa, et lui donna la Natolle en souveraineté.

La clmte de Bajazet, délivrant Constantiiiople du plus éminent péril , répandit une vive joie parmi les Grecs et les Français. Ils envoyèrent des ambassadeurs à Tamerlan qui leur promit sa protection.

Les descendans de Constantin étaient alors si déchus de leur ancienne grandeur que le mot de protection n'était pas une insulte pour eux : ils n^auraient cependant point tardé à sentir le poids de cette redoutable amitié si Tamerlan avait pu, comme il le projetait, venir àConstantinople, mais il ne possédait point de flotte , et le Bosphore arrêta sa marche.

Soliman, qui était en Thrace , implora sa clémence , et recul de lui l'investiture de la Homanie.

2o4 ïlIi.TOIÎÎE

SMmistioa Les empereurs Manuel et Jean se reconnurent

^j^^ ses tributaires, et lui jurèrent obéissance. L'em-

•Tai^u^" pire de cet heureux conquérant s'étendait de l'ir-

tich au golphe Persique, et des rives du Gan^^e

aux murs de Smvrne.

Des possessions si vastes étaient encore trop étroites pour son ambition sans bornes. Dans son camp , en Asie-Mineure , il avait conçu le projet gigantesque de la conquête de la Chine et de l'Europe, a 11 voulait , disait-il, ge::^verser les idoles » dans Peckin et la croix dans Piome. » Heiaor Remettant 1 exécution de ce dessein à l'année Tam^un suivautc , il rctouma en Tartarie , acheva la conquête de la Géorgie , apaisa les troubles de la Perse révoltée , et rentra triomphant à Samarcande : là , û reçut sur son trône les ambassadeurs de l'Egypte, de 1 Arabie, de l'Lide, de la Russie, de la Grèce et de 1 Espagne. Six de ses petits-fds furent mariés avec pompe; ses fêtes eurent un éclat proportionné à celui de ses conquêtes. Jamais on n'en vit aucune , dans Rome même , décorée de pliis de trophées.

Tout était grand dans ses jeux comme dans ses actions ; il donna un festin , ses convives furent tout un peuple et toute une année.

Une amnistie sans exception rendit générale dans tout son empire la joie de cette solennité. Tamerlan , intatigable dans ses longues marches.

DU liAS-EJlPlRE. :2o5

ne se lassait promplement que du repos : reprenant de nouveau les armes, il se mil en marche à la tête de son armée pour envahir la Chine; mais, à cent lieues de sa capitale , la mort fit évanouir les nouveaux rêves de son ambition; elle enferma dans un étroit tombeau ce colosse que la monde entier semblait ne pouvoir contenir.

11 avait atteint la soixante-dixième année de son âge et la trente-cinquième de son règne.

Son nom , qui retentit avec tant d'éclat dans l'Orient et dans l'Occident , effraie encore la mémoire des hommes. Ses peuples, conduits trente ans par lui à la victoire, illustrés par ses exploits, enrichis par ses conquêtes, l'admirèrent trop pour le juger impartialement : d'un autre côté l'effroi qu'il inspirait à ses ennemis ne le fît considérer par eux que comme un monstre ; la postérité , plus impartiale , en rendant hommage à son vaste génie , à son amour, jusque là inconnu parmi les Tartares, pour les sciences , les arts et les lettres, lui assigne justement une place éminente parmi les grands capitaines et les habiles monarques ; mais elle inscrira toujoui^s aussi au premier rang des fléaux du monde le guerrier féroce qui fit élever à Bagdad une colonne composée de qualre-vmgt-dix mille crânes humains ; par ce monument atroce , Tamerlan se voua luimême à l'exécration des siècles.

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