niSTulKE
Dès qu'on le voit paraître dans Téglise , dès qu'on l'entend ofTicier en latin , la fureur des dissidens éclate ; une foule d'hommes et de femmes , transportés de rage , se répandent sur les places, parcourent les rues et les tavernes. Ivres à la fois de colère , de débauches et de fanatisme , les uns prennent des armes , les autres des pierres , des bâtons ; tous font retentir les airs d'un mélange bizarre de prières à la Vierge pour implorer son secours, et d'imprécations contre Mahomet et contre le pape.
Dans leur délire, ils menacent , insultent, poursuivent , frappent les prêtres orthodoxes, bravent l'autorité des magistrats et résistent à la garde du prince , qui ne parvint qu'après de longs efï'orts à dissiper leurs atlroupemcns.
La plus grande partie du clergé grec fomentait ces troubles. Démétrius appuyait les mécontens , et Constantinople , comme Jérusalem au moment de sa ruine, se voyait à la fois menacée par ses implacables ennemis et déchirée par ses propres en fan s.
Cependant , à la veille de sa destruction, la cour pressait encore Constantin de donner un héritier à ce trône qui devait être si promptement renversé. Ce prmce voulait épouser une iille du doge de Venise , cette union était politique ; la vanité des grands, la regardant comme une mes-
DU UAS-EMPIUi;. 2^5
liliancc, s'y opposa; on jeta les yeux sur Marie, piiiicessc de Servie , et veuve du sultan Amurat. Klle dédaigna cet hymen; enfin le choix de Conslanlin tomba sur une princesse de Géorgie. Le [irotovestiairePhranzès s'embarqua pour lademan-
ler ; il partit suivi d'un grand cortège de nobles , le gardes , de moines , de musiciens. L'orgueil ietForçait encore de conserver le faste au milieu des misères publiques ; le traite fut conclu ; mais, avant que la princesse arrivât dans la capitale où
'on préparait ses noces , elle apprit sa chute. Mahomet, informé des dissensions religieuses Consin.c-
nu divisaient et anaibiissaient les Grecs , se hala c.taa.iiepar
Mahomet.
d en profiter. Par ses ordres cinq mille ouvriers , )rolcgés par une armée, travaillèrent avec une incroyable rapidité à la construction d'une cilalelle sur la rive du Bosphore, du coté de l'Europe, à deux lieues de Constantinople ; par là il comptait fermer le canal aux secours de l'Occident.
Cette infraction à la paix ne laissait plus de loute sur les desseins funestes du sultan. Constantin s'efforça vainement de le rappeler à des sentimcns de modération et de justice ; ses ambassadeurs furent traités avec indignité.
(c Vos murs , leur dit Mahomet d'un ton me- Répon»o
(lu sultin
» uacant, sont auiourd liui la borne de votre t^ ""l'a"-
' . . . . . .-.i,I.Miia ,\o
» empire; je connais votre linblesse et votre mal- c l'sia'it"'- )) vcillance, je vous ai vus autrefois, après la
a54 HISTOIRE
» bataille de Sophie , insulter à nos malheurs ; » votre haine voulut fermer le Bosphore à mon » père , mais votre lâcheté lui en ouvrit le pas- » sage. Amurat, dès qu'il eut vaincu les Hongrois » à Varna , fit vœu , pour déjouer vos desseins , » d'élever un fort sur les bords du détroit , afin » d'assurer nos communications entre nos Etats « d'Europe et d'Asie; c'est ce vœu que j'accora- » plis aujourd'hui. De quel droit prétendez-vous » m'empêcher de fortifier mon territoire ? Apy) prenez à votre prince que mes vues sont plus r> grandes et mes forces plus redoutables que » celles des sultans mes prédécesseurs, qui se y) sont laissés désarmer par votre bassesse ou y) tromper par votre perfidie ; je veux bien vous y) accorder la vie ; mais si 1 on ose m'adresser » encore de semblables messages , ceux qui le » porteront seront écorchés vifs, pour que leur )) châtiment réprime votre insolence. »
L'empereur alors , n'écoutant que son désespoir et ne consultant que son courage , voulut sortir à la télé de sa garde , charger les travailleurs et renverser leurs ouvrages. Mais , dans celte ville où naguère on avait vu, lorsqu'Araurat vint l'assiéger , les hommes, les femmes, les vieillards , les enfans s'armer tous à Tenvi , défendre leur patrie, leur culte, et repousser avec gloire
DL' BAS-E.MPlRt. 2.:)!j
les musulmans, iine lâche terreur remplaçait tout autre sentiment.
Dans cette immense capitale, l'empereur se montrait seul citoyen, seul chrétien, seul soldat; le peuple, au lieu de le suivre en foule, se prosternait à ses pieds pour le faire fléchir devant un maître; le clergé, qui devait bénir ses armes, ne s'occupait qu'à les arrêter.
Ne pouvant combattre seul , il céda et demanda seulement au sultan de donner des sauvegardes aux moissonneurs grecs pour les défeudre du pillage ; le sultan le lui promit, et en même temps par ses ordres on enleva les moissons , on massacra les paysans.
Constantin alors , perdant patience , fit jeter en prison tous les Turcs qui se trouvaient à Constanlinople. Quelques jours après, fléchi par leurs prières , il leur rendit la liberté. Mahomet n'en nedaraiion
de Constan-
continua pas moins ses outrages, et l'empereur, ^'"àMaho-
renonçant à l'espoir de rétablir une paix rompue,
écrivit en ces termes à son farouche ennemi :
« Nos traités, vos sermens, ma résignation même
» ne peuvent m'assurer la paix; je ne place plus
» ma confiance qu'en Dieu, il changera votre
« cœur ou vous livrera Constantinople. Je me sou-
» mettrai à lui sans murmures; mais, tant qu'il
» n aura pas prononcé son arrêt, je remplirai