‹ Histoire universelle, ancienne et moderne (volume 5)Chapitre 11 sur 77 · CÉCROPS · texte numérisé non relu

CÉCROPS

tèrent plusieurs fois à ses jours ; mais, après sa mort, ils le divinisèrent.

On place ;\ l'époque du règne d'Erecthée l'enlèvement de Proserpine, fille de Cérès, reine de Sicile, par Plulon, roi d'Epire. Cérès accourut en Grèce pour chercher sa fille : on dit qu'elle s'arrêta à Eleusis chez Triptolème qui apprit d'elle le labourage. Les lumières qu'elle répandit dans cette contrée la firent regarder comme une déesse. On établit son culte à Eleusis : les mystères de ce culte devinrent célèbres dans l'univers ; les princes les plus puissans et les personnages les plus distingués par leur science et par leurs vertus s'y faisaient initier : retenus par des lois sévères, aucun n'en trahit le secret; mais on croit généralement qu'on Y enseignait aux initiés une religion plus simple , plus spirituelle et plus morale que celle du peuple, auquel on laissait les images et les fables.

Ce fut le roi Ericlhonius qui établit à Athènes les courses de chars, les fêtes de Minerve, nommées Panathénées , et qui apprit aux Athéniens l'usage des monnaies d'or et d'argent.

„ ., .. , Pandion II eut deux fils , Egée et Pallas : celui-ci devint célèbre par l'ambition de ses cinquante enfans , qu'on nommait les Pallantides.

Egée eut la gloire d'être le père de Thésée. ic ThMe- Eihra , fille de Pilhée , l'un des sages et des illustres

guerriers de la Grèce, fut la mère de Thésée. Elle n'était point l'épouse d'Egée , mais elle avait cédé à son amour.

(An du monde 2740. — Avant Jésus-Christ 1264.)

Pithée, aïeul de Thésée, gouvernait la ville de Trézène. Egée laissa dans cette ville le jeune enfant qu'il avait eu d Ethra, et dont il cachait avec soin la naissance, pour ne point exciter la haine de son frère Pallas et de ses enfans. En partant de Trézène il plaça sous un rocher énorme une riche ^°.n épée

k » cachée sous

épée , et fit jurer à Ethra de ne révéler à son fils un rocher le secret de sa naissance que lorsqu'il serait assez fort pour soulever le rocher et s'armer du glaive qui devait servir à le faire reconnaître. Le jeune Thésée , destiné à la gloire , écoutait dans son enfance, avec une ardeur inquiète, le récit des grandes actions d'Hercule , et brûlait du désir de 1 imiter. Lorsqu'il eut atteint l'âge où la force pouvait seconder son courage , Hercule était en Lydie ; les brigands, profitant de son absence, reparaissaient dans la Grèce , et les monstres infestaient de nouveau les forêts. Ethra, ne pouvant plus contenir le courage bouillant de son fils, lui apprit le nom de son père , le conduisit vers le rocher et lui ordonna de le déplacer. 11 y parvint sans peine , et y trouva les signes qui devaient constater sa nais-

3o THÉSÉE.

ses exploits sauce. Armé du glaive royal, il s'arracha rapidement des bras de sa mère, et parcourut la Grèce, qu'il remplit bientôt du bruit de ses aventures et de ses succès. Cinnis , brigand redoutable et cruel , attachait les vaincus à des branches d'arbres qu'il courbait avec effort , et qui les écartelaient en se relevant. Il tomba sous les coups du jeune héros. Son épée trancha les jours de Scyrron , qui défendait l'accès d'une montagne et précipitait les voyageurs du haut d'un rocher dans la mer.

Le tyran Procuste étendait ses prisonniers sur un lit dont la longueur devait servir de mesure à leurs corps , qu'il allongeait ou raccourcissait par d'affreux supplices. Thésée l'immola sur ce lit , funeste théâtre de tant de crimes.

Après avoir ainsi marché sur les traces d'Alcide,

son modèle , il vint à la cour d'Athènes, dont le

trône était ébranlé par de violentes dissensions.

cous ira Les Pallantides , sacrifiant la nature à l'ambition,

Ëritef* méprisaient la vieillesse d'Egée , conspiraient contre ses jours , et suivaient les conseils de la perfide Médée , qui se trouvait alors en Attique.

Les projets parricides des enfans de Pallas furent suspendus par l'arrivée imprévue du jeune guerrier. Son nom était devenu l'effroi du ermie. Médée, accoutumée aux artifices, parvint à inspirer des soupçons au vieux roi d'Athènes, sur les

THÉSÉE. 3l

desseins secrets d'un étranger qui, fier de sa vaillance, pouvait aspirer au trône. Le faible Egée la crut, et la mort de Thésée fut résolue. Mais au milieu du festin qui devait terminer sa vie, au moment où on lui présentait une coupe empoisonnée , le jeune héros tirant son épée pour trancher, suivant l'usage, la viande qui était devant, lui, Egée reconnut son glaive, son fils, renversa la coupe , et, n'écoutant que sa tendresse , découvrit hautement le secret de sa naissance. Les Pal- Leur m,»rtlantides furieux coururent aux armes. Thésée les combattit, les tua , et chassa Médée.

L'aréopage décida que la mort des Pallantides , quoique nécessaire, devait être expiée. Thésée fut banni pour un an, et ne revint dans Athènes qu'après s'être fait absoudre par les juges, qui s'assemblaient à Delphes dans le temple d'Apollon.

Il trouva l'Attique ravagée par un taureau fu- Nony rieux, né dans les champs de Marathon : Thésée "fie! de l'attaqua , le terrassa, et le montra chargé de chaînes aux regards du peuple.

Les Athéniens ayant fait périr Androgée , fils de Minos , roi de Crète , ce monarque leur avait déclaré la guerre, et, après une grande victoire , les avait contraints à lui livrer, tous les sept ans , un certain nombre de jeunes enfans qui trouvaient en Crète la mort ou l'esclavage.

Lorsque Thésée reparut dans Athènes, on allait payer pour la troisième fois ce fatal trihut : le jeune prince , rassurant le peuple , lui promit de l'affranchir de cette honteuse sujétion. Il s'embarqua promptement, et conduisit en Crète, non des victimes, mais des soldats.

Son audace fut couronnée de succès; il vainquit Taurus, général des troupes de Minos, et ce roi sage eut la générosité de pardonner aux Athéniens, de rendre hommage à la valeur de Thésée, et de lui accorder sa fille Ariane en mariage.

Si l'on en croit d'autres historiens , Ariane , séduite par Thésée, lui donna le moyen de surprendre Taurus. Après sa victoire il enleva la jeune princesse, qui lui fut ravie dans sa route par Bacchus.

Le chagrin de cette perte lui fit oublier de hisser sur son vaisseau, comme il en était convenu, une voile blanche , signe de victoire et de succès. Egée , voyant le navire entrer dans le port avec une voile noire, crut son fils perdu, et se précicipita dans la mer , qui depuis a conservé son nom.

La fable raconte autrement cette aventure ; elle dit que les victimes de Minos étaient renfermées dans un labyrinthe, et dévorées par le Minotaure , monstre moitié homme et moitié tau-

reau, issu des amours infâmes de Pasiphaé, reine de Crète ; qu'Ariane, amoureuse de Thésée , lui donna un peloton de fil, à l'aide duquel il sortit du labyrinthe, après avoir tué leMinotaure ; que, vainqueur de ce monstre , il enleva la princesse qui l'avait secouru, et l'abandonna ensuite sur le rivage de Naxos.

Ce qui est constant , c'est que Thésée délivra son

., . , ,, avènement

son pays d une honteuse servitude , et qu a son retour il monta sur le trône vacant par la mort d'Egée.

Thésée fut le dixième roi d'Athènes. Il donna au gouvernement une forme plus régulière. Les douze villes de l'Attique étaient devenues des républiques particulières ; des chefs indépendans se faisaient la guerre et ôtaient toute force et toute utilité à l'autorité royale qui se trouvait toujours entre deux écueils , le mépris qu'inspire la faiblesse et la haine qu'excite l'arbitraire.

Thésée mit le peuple dans son parti, et malgré son g<ml'opposition des riches et des grands, qui ne combattaient que pour leurs intérêts, en prétendant

défendre la prérogative royale, il obtint, par la

persuasion, une soumission plus solide que celle

qu'il aurait gagnée par la force.

Athènes devint le centre et la métropole de

l'Etat ; la puissance législative fut attribuée à tome 2. 5

l'assemblée générale de la nation , qu'on distribua en trois classes , les nobles ou notables, les agriculteurs et les artisans. Les principaux magistrats devaient être choisis dans la première classe et chargés de la conservation du culte et de l'interprétation des règlemens. Thésée, comme roi, avait pour attribution la défense des lois promulguées par le peuple, et le commandement des troupes.

Par ces changemens, le gouvernement d'Athènes devint démocratique; ce qui fut la cause des agitations qui troublèrent constamment l'Attique.

Thésée institua une fête solennelle pour consacrer cette révolution et la réunion des diflérens peuples de ses Etats. 11 agrandit Athènes, y construisit un bâtiment pour l'aréopage. Les étrangers, attirés parle commerce, accrurent la population; la réunion du territoire de Mégare recula les limites du royaume. Une colonne placée sur l'Isthme de Corinthe marqua la séparation de l'Attique et du Péloponèse. On célébrait près de ce monument les jeux Isthmiques, à l'instar des jeux d'Olynipie.

ses non- Les soins paisibles de l'administration ne pou-

velles entreprises, yaient satisfaire long-temps le génie ardent de

Thésée. Descendant de son trône pour chercher

de nouvelles aventures , il prit part à la défaite des Centaures , accompagna les Argonautes dans leur expédition, terrassa le sanglier de Calydon, et mêla son nom à celui des héros qui se distinguèrent dans les deux sièges de Thèbes.

Pirithoùs, qu'il avait combattu, fut bientôt son admirateur et son ami; cette liaison lui devint funeste. Inconstans dans leurs amours et dominés par leurs passions , ils enlevèrent Hélène , fille de Tyndare. Castor et Pollux ses frères la délivrèrent de leurs mains. Embrasés d'une nouvelle flamme, ils voulurent enlever Proserpine, femme d'Aïdonius, roi des Molosses, qu'on appelait aussi Pluton. Ce prince découvrit leur complot, tua Pirithoùs , et enferma Thésée dans une prison , d'où Hercule le délivra. La fable place ces événemens dans les enfers. Le roi d'Athènes avait autrefois combattu , vaincu les Amazones , et épousé leur reine Antiope. Le jeune Hippolyte , fruit de cette union , était resté dans l'Attique pendant l'absence de son père : Phèdre, nouvelle épouse de Thésée , conçut pour son beau-fds un amour criminel, dont le jeune prince repoussa l'aveu avec horreur. Lorsque Thésée, délivré des prisons d'Épire, revint dans ses Etats, la reine , furieuse , accusa l'innocent Hippolyte d'avoir attenté à sa vertu : le roi, trop crédule, ordonna

la mort de son fils. Le désespoir de Phèdre expia ce crime.

Révolte La longUe absence du roi , ses aventures , le

a Atlicui'i. o '

bruit scandaleux de ses amours, et le trépas injuste de son fils, avaient inspiré beaucoup de mécontentement aux Athéniens. Ménesthée, profitant de cette disposition des esprits, porta le peuple à la révolte. Thésée fut accusé devant l'aréopage. Ce héros, dédaignant de se justifier, abdiqua la royauté , et se retira dans l'île de Scyros, après avoir chargé d'imprécations le peuple ingrat qui l'abandonnait.

Le roi de Scyros, Lycomède, jaloux de sa gloire, l'attira dans un piège, et le précipita dans la mer.

L'envie s'arrête sur la tombe des grands hommes, une reconnaissance tardive la remplace. Thésée fut l'objet des longs regrets du peuple athénien. On le regarda comme un demi-dieu ; on prétendit qu'il était le fruit des amours secrètes de Neptune et d'Ethra. Dans la suite le célèbre Cimon fut chargé de rapporter de Scyros ses ossemens à Athènes. Son tombeau devint un lieu d'asile pour les esclaves.

Ménesthée , qui l'avait détrôné , et qui lui succéda , fit observer ses lob. Il acquit quelque gloire dans la guerre de Troie.

Alxlication del'hésce.

Sa mort.

Règne de

Mcucsthe»

ROYA.UME DE THÈBES. fy

Sous le règne de Codrus , les Héraclides attaqué- , R^ne

O ' 1 de< odrus.

rent Athènes. Codrus , informé par un oracle que son dévouement.

les Athéniens seraient vainqueurs si leur roi était tué, se déguisa en paysan, se jeta au milieu des ennemis , et y trouva la mort. Les Héraclides , admirant ce dévouement d'un roi pour son peuple, et effrayés par l'oracle , prirent la fuite.

Après la mort de Codrus , le gouvernement d'Athènes devint républicain sous l'autorité de magistrats nommés archontes.

Médon , fils de Codrus , fut le premier de ces magistrats.

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