‹ Histoire universelle, ancienne et moderne (volume 5)Chapitre 24 sur 77 · LÉGISLATION DE LYCURGUE · texte numérisé non relu

LÉGISLATION DE LYCURGUE

(An du monde environ 3ioo. — Avant Jésus-Christ 904. )

Création d'un sénat. — Pouvoir des éphores , créés par le roi Théopornpe. — Règlemens sur les biens , les monnaies et les manufactures.' — Repas publics. — Blessure deLycurgue dans une révolte. — Education des enfans. — Education des femmes. — Départ de Lycurgue pour Delphes. — Réponse de loracle de Delphes. — Mort de Lycurgue.

L'idée principale du législateur de Sparte , en formant son nouveau gouvernement, fut de donner aux Lacédémoniens une constitution mixte qui réunît les avantages de la monarchie , de l'aristocratie et de la démocratie. Il pensa que la créa- : Création

d'un sénat.

lion d'un sénat revêtu d'une grande autorité , tempérerait la puissance des rois, qui penchait souvent

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vers la tyrannie, et contiendrait la turbulence du peuple dont les passions précipitaient l'Etal dans l'anarchie. La durée de ses institutions en prouve la sagesse.

Les deux rois, tirés des deux branches de la maison des Héraclides, continuèrent à occuper le trône. Ils joignaient aux honneurs de la rovaulé ceux du grand sacerdoce ; ils commandaient les armées et présidaient le sénat. Les sénateurs étaient au nombre de trente , en comptant les deux princes; on les nommait à vie. Toutes les lois , toutes les ordonnances étaient examinées y disculées et proposées par le sénat. Le peuple approuvait ou rejetait ses propositions sans pouvoir les discuter, ni les modifier.

Pouvoir Cinq autres magistrats , nommés éphores ,

des éphores . . - a i i

créés par le choisis par le peuple pour empêcher les rois

roi Théopompe. et \e sénat d'étendre leur autorité au delà de

leurs attributions , avaient le droit de destituer,

d'emprisonner les sénateurs et de les condamner à

mort ; ils pouvaient même faire arrêter les rois et

les suspendre de leurs fonctions jusqu'au moment

où l'oracle consulté ordonnait leur rétablissement.

Hérodote et Xénophon attribuent à Lycurgue

la création des éphores : Aristote et Plutarque

disent au contraire que ce fut un roi nommé

Théopompe qui les établit cent trente ans après

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la mort de Lycurgue , dans le dessein de réprimer l'ambition du sénat.

On peut , je crois , concilier ces opinions contradictoires avec le respect inviolable qu'on gardait à Sparte pour les lois de Lycurgue , en disant que ce législateur avait conçu l'idée de l'établissement des épbores , et en avait ordonné l'élection dans le cas où il s'élèverait quelque mésintelligence entre le sénat et les rois.

On rapporte un mot du roi Théopompe lorsqu'il fit nommer les éphores. Sa femme lui reprochait cette démarche , qui devait laisser à ses enfans une autorité plus faible que celle qu'il avait reçue de ses pères ; il répondit : a Je la » leur laisserai plus grande , car elle sera plus ï) durable. »

Lycurgue avait créé ime constitution plus sage et plus solide que toutes celles qui existaient dans la Grèce : c'était , pour ainsi dire , un traité entre les passions qui troublent le repos des États , puisqu'elle assurait l'éclat du trône et la liberté du peuple , en les tempérant par la sagesse et par la puissance du sénat.

Une institution capable de maintenir si longtemps l'équilibre entre tous les pouvoirs était, certes, l'œuvre d'un grand génie; mais ce qui peut paraître encore plus étonnant, c'est la hardiesse

avec laquelle Lycurgue entreprit de faire venir les mœurs au secours et à l'appui de ses lois.

Ses idées , supérieures aux vues ordinaires de la politique , avaient pour objet de fonder la force de l'Elat sur la vertu ; et cependant plusieurs de ses lois sont évidemment contraires aux principes de la justice et aux maximes d'une saine morale. Règiemens pour tarir dans sa république les deux sources naieTt" les les plus communes de la corruption, la pauvreté

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tures. et la richesse, il mit, pour ainsi dire, les biens en commun , et partagea également toutes les terres qu'il distribua en trente-neuf mille parts : neuf mille furent données aux citoyens de Sparte et trente mille aux habitans de la campagne.

Voulant parvenir à établir la même égalité dans les propriétés mobilières, et bannir toute espèce de luxe, il abolit les monnaies d'or et d'argent, et en créa une de fer , si pesante et de si bas prix , qu'il fallait une charrette à deux bœufs pour porter une somme de cinq cents francs.

Ce règlement pouvait le dispenser de chasser de sa ville les manufactures de luxe et les arts frivoles ; eependant il les bannit par une ordonnance formelle, pour éloigner tout ce qui pourrait amollir les mœurs.

Repas Le même amour de la pauvreté et de l'égalité lui fit prescrire les repas publics ; tous les citoyens

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