‹ Histoire universelle, ancienne et moderne (volume 5)Chapitre 25 sur 77 · DE LYCURGUE · texte numérisé non relu

DE LYCURGUE

mangeaient ensemble; leur nourriture était réglée par la loi, et il était défendu à tout citoyen de dîner en particulier chez lui.

Cette défense fut si sévèrement observée que, long-temps après, le roi Agis, au retour d'une campagne glorieuse, se vit réprimandé et puni, parce qu'il avait dîné avec la reine , au lieu de se rendre au repas public.

Chacun apportait à ces banquets un boisseau de farine, huit mesures de vin, cinq livres de fromage , deux livres et demie de figues , un peu de monnaie pour faire apprêter et assaisonner les vivres.

Le plus connu de tous leurs mets, et celui qu'ils préféraient , était le brouet noir. Denys le tyran , d'autres disent le roi de Pont , voulut goûter de ce mets qu'il fit apprêter par un cuisinier lacédémonien : il lui parut détestable. Mais le cuisinier lui dit : « Seigneur , pour trouver ce mets bon » il faut s'être baigné avant dans l'Eurotas, car » l'exercice et la faim, voilà ce qui assaisonne » tous nos mets. »

On amenait les enfans mêmes à ce repas : ils se formaient à la tempérance, et s'instruisaient en écoutant des entretiens graves. Lorsqu'ils entraient dans la salle, un vieillard leur disait, en leur montrant la porie : « Rien de tout ce qui se dit » ici ne sort par là. »

Il est difficile de concevoir comment Lycurgue osa et put renverser toutes les fortunes, et dépouiller tous les citoyens de leurs propriétés. 11 est vrai qu'autrefois les Héraclides avaient fait un partage égal des terres de la Laconie, et que le législateur ne faisait ainsi que revenir à cette égalité primitive ; de plus on doit dire que la prodigalité des uns , l'avarice des autres et diverses circonstances avaient amené un tel état de choses, qu'un petit nombre de citoyens possédaient toutes les terres, tandis que le peuple était dans la plus affreuse pauvreté. Cette extrême misère de la plus grande partie de la nation la portait souvent à des émeutes, et plaçait les citoyens riches dans une situation périlleuse : la haine de la multitude contre eux et les dangers qu'ils couraient les déterminèrent a se soumettre aux lois de Lycurgue. Blessure de Cependant ce ne fut pas sans quelque résistance:

Lycurgue . , . . ,

^n s une ré- ils soulevèrent d abord leurs partisans , et excite-

volte.

rent un tumulte , au milieu duquel un jeune homme nommé Alcandre frappa Lycurgue d'un coup de bâton , et lui creva l'œil. Le peuple indigné saisit le coupable et le livra au roi qui , loin de s'en venger , le prit sous sa protection , et par sa bonté changea totalement le caractère de ce jeune homme.

Lycurgue , voulant former des hommes et des

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citoyens , ne laissa point aux pères la propriété ^^^ de leurs enfans : dès qu'ils étaient nés. les anciens de leurs tribus les visitaient ; l'enfant qu'on trouvait trop faible était condamné à périr : loi sauvage et aussi contraire à la raison qu'à la nature.

A sept ans les enfans quittaient leurs mères : on les distribuait en classes ; leur tête était rasée , ils marchaient nu-pieds ; on les accoutumait à braver l'intempérie des saisons.

A douze ans ils apprenaient les lois, et s'habituaient à l'obéissance qu'exigeaient les magistrats , et au respect qu'on doit à la vieillesse.

Formés à la lutte , instruits à manier le glaive , à lancer le javelot , on les faisait battre les uns contre les autres , et si vivement , qu'ils y perdaient quelquefois des membres et même la vie.

Dans le dessein de se former aux ruses de la guerre, on leur permettait de voler quelques fruits ; ces vols n'étaient punis que lorsqu'ils se laissaient surprendre.

A la fête de Diane on les battait de verges , pour exercer leur patience et leur courage : ceux qui montraient le plus de constance étaient les plus estimés.

Lycurgue les rendait dursetbraves pour qu'ils ne fussent jamais conquis; mais il les faisait pauvres et ennemis du luxe pour qu'ils ne fussent jamais

conquérons. L'expérience ne prouva que irop l'impossibilité de rendre un peuple guerrier, et de l'empêcher d'être ambitieux.

La jeunesse s'instruisait par la conversation , et non par la lecture. La musique guerrière, était en honneur à Sparte , où l'on proscrivait toute musique tendre et voluptueuse.

Les Lacédémoniens ne connaissaient d'autre éloquence que la concision; ils voulaient que la parole fût rapide comme la pensée , et l'ornement de l'esprit leur semblait aussi frivole que celui du corps.

On a souvent admiré la brièveté de leurs réponses. Les ambassadeurs d'un peuple étranger leur dirent un jour : « Nous mettrons tout à feu y> et à sang dans votre pays, si nous y entrons. » Le sénat répondit : «Si. ))

Le premier objet du législateur était d'inspirer aux citoyens un amour ardent pour la patrie : ils devaient la préférer à tout ; cet amour était la première des vertus. S'ils faisaient la guerre , Vaincre ou mourir devenait leur devise ; quel que fut le nombre des ennemis , il était défendu de fuir. Chaque citoyen avait le droit d'insulter impunément le lâche. Le soldat devait, comme le dit une femme Spartiate à son fils , se défendre jusqu'à la mort , et revenir sur ou sous son bouclier.

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