PREMIERE GUERRE CONTRE LES PERSES
Cause de cette guerre. — Expédition de Démocède. — Siège de Naxos. — Révolte en Ionie. — Incendie de la ville de Sardes. — Haine de Darius contre les Grecs ■ — Prise de Milet. — Echecs de la flotte et de l'armée de Darius. — Soumission d'Egine aux Perses. — Epoque de Miltiade , d'Aristide et de Thémistocle. — Ambassade des hérauts de Darius.
— Leur mort. — Magnanimité de Xerxès. — Nouvelles entreprises de Darius contre Athènes. — Commandement de Miltiade. — Bataille de Marathon. — Victoire de Miltiade.
— Défai te des Perses. — Trait de courage de Cynégire. — Mort d'un soldat. — Prompt retour de Miltiade à Athènes.
— Jalousie des Lacédémoniens pour la victoire de Marathon.— Conquêtes de Miltiade. — Sa condamnation. — Sa mort. — Exil d'Aristide par la jalousie de Thémistocle. — Caractère de cet illustre banni. — Préparatifs de guerre de Darius. — Sa mort. — Règne de son 61s Xerxès.
causes <ie Cyrus avait fondé dans l'Orient un empire
cette guerre i
immense , que sa famille ne sut pas long-temps conserver : les folies et les vices de ses successeurs les renversèrent du trône élevé par le génie de ce grand homme.
Un mage imposteur l'occupa sous le nom de
PREMIÈRE GUERRE CONTRE LES PERSES, l^f Smerdis ; mais il fui bientôt démasqué et massacré par les grands de la Perse , qui élurent pour roi Darius, fils d'Hystaspe.
Son empire comprenait toute l'étendue de la Perse moderne et de la Turquie d'Asie. Il était maître de la Tlirace , dominait en Phénicie et en Palestine, et possédait même quelques parties de Ja Macédoine.
Pour rendre sa puissance plus respectable aux yeux des peuples il avait épousé Atossa, fille de Cynis. Cette femme ambitieuse et vaine fut trom- FxpMition pee par un médecin grec, nomme Democede, cède. que le roi retenait malgré lui en Perse , et qui cherchait les moyens d'échapper à sa -tyrannie.
Cette légère intrigue devint une des causes de la guerre qui éclata bientôt entre l'Asie et l'Europe. Darius voulait combattre les Scythes : la reine voyait avec peine une entreprise qui n'offrait que des dangers et ne promettait que des déserts. Démocède lui dit qu'elle devait engager son époux à tourner plutôt ses armes contre la Grèce, dont la conquête serait facile, lucrative et glorieuse. 11 flatta surtout sa vanité par l'espoir d'avoir à son service des femmes de Corinthe et d'Athènes, dont on vantait partout la beauté, l'esprit et les talens.
Darius aimait la gloire , et ne croyait pas qu'une
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si petite contrée , divisée en tant d'États faibles , pût lui opposer une grande résistance. 11 chargea Démocède de parcourir la Grèce et l'Italie, et de reconnaître la force des différentes républiques , et les dispositions des esprits. Quinze officiers perses l'accompagnèrent dans cette expédition : ils furent arrêtés à Tarente comme espions. Démocède trouva le moyen de s'échapper et de se retirer à Crotone, sa patrie, qui refusa de le livrer à Darius.
Un événement plus important acheva bientôt d'aigrir les esprits, et alluma cette forte haine qui devait ensanglanter tout l'Orient.
stfge L'île de Naxos, l'une des Cyclades, se voyait
alors agitée par des troubles qu'excitait dans toutes les républiques grecques la querelle interminable de la pauvreté contre la richesse , de la démocratie contre l'aristocratie. Le peuple l'emporta, et bannit de Naxos les citoyens les plus opulens. Us se réfugièrent à Milet, où commandait Aristagore , et implorèrent son secours pour rentrer dans leur patrie.
Aristagore courut à Sardes, où résidait le satrape Artapherne , frère du roi de Perse : il lui fit entrevoir que la conquête de Naxos serait facile; que sa chute ferait tomber l'île d'Eubée (aujourd'hui Négrepont), et ouvrirait un libre passage en Grèce
Darius, informé par son frère de cette propo-
sition, l'accueillit avidement, et chargea un de ses parens , nommé Mégabaze , de commander l'expédition sous la direction d'Aristagore. L'entreprise n'eut point de succès : Mégabaze souffrait avec impatience qu'on soumît un prince tel que lui aux ordres d'un Grec, d'un Ionien; il avertit secrètement le gouvernement de Naxos de l'attaque qui allait être dirigée contre lui. Les ISaxiens, qu'on croyait surprendre , se défendirent avec opiniâtreté : après quatre mois de siège les Perses furent obligés de se retirer.
Mégabaze attribua son échec à une trahison d'Aristagore , et l'accusa devant Artapherne qui jura sa perle.
Aristagore chercha son salut dans la révolte ;
, Révolte
il parcourut llonie pour la soulever: cette pro- en iome vince était remplie de colonies fondées par les Grecs que les Héraclides avaient chassés du Péloponèse. Aristagore sut réveiller leur amour pour leur ancienne patrie, et leur persuada facilement de faire cause commune avec les Grecs. Les Ioniens , convaincus que la servitude deviendrait leur partage s'ils laissaient asservir la Grèce, coururent aux armes, cessèrent de reconnaître l'autorité du roi de Perse, chassèrent ses troupes de leurs [villes , et s'emparèrent des vaisseaux qui se trouvaient dans leurs ports.
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Aristagore se rendit à Sparte. Cléomène y régnait : il lui représenta qu'il était digne d'un peuple libre d'affranchir les Ioniens d'un joug honteux et pesant, de faire échouer les projets de Darius en les prévenant, et de porter la guerre au sein de la Perse, au lieu de l'attendre dans la Grèce.
Quelques auteurs pré tendent que Cléomène , persuadé par ses raisons, et gagné par le don de cinquante talens, promit de s'allier aux Ioniens; d'autres disent, et cette version est plus croyable et plus conforme aux mœurs de Sparte , qu'il chassa de la ville Aristagore. On raconte même que Gorgo, fille de Cléomène, et âgée de huit ans, témoin de cet entretien, s'écria : « Mon )) père , fuyez cet étranger ; il vous corrompra. )) Ce qui est certain, c'est qu Aristagore, sans avoir obtenu de secours de Lacédémone , vint dans Athènes, où il fut beaucoup mieux accueilli. Les Athéniens , inquiets de la mission de Démocède , alarmés de l'expédition de INaxos, étaient violemment irrités des menaces d'Artapherne qui voulait les forcer à se remettre sous le joug dHippias. Us donnèrent vingt vaisseaux à Aristagore qui les réunit aux forces de l'Ionie soulevée. incendie Sans perdre de temps il marcha sur la ville
delà ville de
sardes. de Sardes : Arlapherne surpris l'évacua, n'ayant
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pu la mettre en état de défense. Un soldat ionien mit le feu à une maison : comme toutes étaient bâties en bois, l'incendie fit des progrès rapides, et toute la ville fut réduite en cendres.
Des troupes perses , réunies , arrivèrent trop tard pour sauver Sardes ; mais elles défirent les Ioniens, et les forcèrent à se retirer.
Lorsque Darius apprit que les Athéniens , par naine leurs secours , avaient contribué à la ruine d'une contre les
Grecs.
de ses plus belles villes , il entra en fureur , jura de se venger des Grecs, et voulut que tous les jours , à table , un de ses officiers lui criât ; « Seigneur, souvenez-vous des Athéniens. »
Aristagore , ne pouvant résister aux forces d'Artapherne, porta ses armes contre Byzance ; mais les Perses le battirent et le tuèrent. Ils se réunirent tous ensuite pour attaquer Milet. Les Ioniens et leurs alliés leur opposèrent des forces considérables, et trois cent cinquante vaisseaux.
Les peuples libres, invincibles quand ils sont Mnis, sont perdus dès qu'ils se divisent. Les intrigues de la cour de Perse et de trompeuses insinuations séparèrent les intérêts et rompirent la ligue des alliés. Le roi de Perse, profitant de prise
j r- 1 de Milet-
cette discorde, s empara de Milet et en passa les habitans au fil de l'épée.
Hystiée , oncle d' Aristagore et prince de Milet,
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avait,' peu de temps avant, rendu un grand service à Darius , et sauvé son armée en empêchant les Th races de couper un pont dont la rupture aurait privé le roi de tous moyens de retraite lorsqu'il était poursuivi par les Scythes. Aussi , malgré tous les efforts d'Artapherne pour perdre Hystiée , le roi , même en le combattant , lui avait toujours conservé quelque bienveillance. Après la ruine de Milet , Hystiée , à la tête de quelques troupes ioniennes, entra en Mysie. Le satrape Harpagus le défit, le prit et le livra à Artapherne qui, sans attendre aucun ordre, 1© fit périr, et envoya sa tête au roi.
Echecs ae La révolte d'ïonie, la destruction de Sardes, de îarmée et la résolution de rétablir la tyrannie d'Hippias , rendaient la guerre inévitable et toute conciliation impossible. Darius crut qu'un seul effort lui suffirait pour écraser les Grecs : il rassembla trois cents vaisseaux et une forte armée de terre , et en donna le commandement à Mardonius , son gendre , prince rempli d'orgueil , général sans talens et sans expérience.
La flotte, en doublant le mont Athos, fut détruite par une tempête. Mardonius , arrivé en Thrace , négligea de se garder ; les Th races surprirent de nuit son camp et y firent un grand carnage. Le général s'enfuit précipitamment en
de Darius.
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Perse avec les débris de son armée, et termina ainsi honteusement celte première campagne.
Un tel échec affaiblit la terreur qu'inspirait la puissance colossale des Perses, et fit entrevoir aux Athéniens la possibilité de leur résister.
Les habitans de la ville d'Eirine , située sur la So-mm^ou
0 dbgineaux
côte du Péloponèse , non loin d'Athènes , s'é- Perses* taient hâtés de se soumettre aux Perses. Les Lacédémoniens indignés envoyèrent Cléomène à Égine , pour enlever les magistrats coupables de cette lâcheté. Les Eginètes refusèrent de les livrer sous prétexte que Cléomène parlait seul , et était arrivé sans son collègue Démarate. Celuici fut accusé de leur avoir suggéré cette défaite; comme sa naissance était illégitime , on voulut le faire descendre du trône. Cléomène avait gagné la prêtresse de Delphes : elle rendit un oracle d'après lequel Démarate fut déposé. Il chercha un asile en Perse , et s'y fit aimer et respecter, sans jamais trahir sa patrie.
Son successeur, Leutichydes , d'accord avec Cléomème , enleva dix citovens d'Egine et les livra aux Athéniens. Ceux-ci, ne voulant pas borner là leur vengeance, attaquèrent par mer les Eginètes : il y eut de part et d'autre plusieurs combats dont le succès demeura incertain. Mais si cette guerre n'amena pas de résultat décisif, elle
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eut pour les Athéniens l'avantage d'exercer leur marine, et de la préparer à résister aux Perses. Époque Depuis l'expulsion des Pisistratides la rénu-
de Miltiade, r l l
d'Aristide, blique d'Athènes était heureuse, florissante:
et «le J lie- * 7
mùiede. l'amour c|e \d oJoire et de la liberté y faisait éclore de grands talens. Trois hommes, remarquables par leur génie, y jetaient alors le plus vif éclat : Miltiade , Aristide et Thémislocle.
Miltiade joignait à une grande valeur et à un caractère ferme l'expérience de la guerre et des affaires. Héritant de la fortune d'une partie de sa famille établie en Thrace, il était devenu prince d'un canton de cette contrée. Après une vive résistance Mardonius et les Perses l'avaient chassé de son trône. Sa haine contre eux et son habileté portèrent les Athéniens à lui donner un commandement dans leur armée.
Thémistocle, éloquent, brave, adroit, ambitieux j insinuant, populaire, savait tous les noms des citoyens d'Athènes, s'occupait de leurs intérêts , pour qu'ils servissent les siens. Aucun homme n'aima plus la gloire, et ne fut plus indifférent sur les moyens honnêtes ou illicites d'y arriver. Jaloux de tous ses rivaux, il avouait que les exploits de Miltiade l'empêchaient de dormir.
Aristide, aussi vaillant, aussi habile que ses deux émules, les surpassait en vertu : aristocrate,
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parce qu'il aimait l'ordre , partisan des lois de Lveurgue conformes à ses mœurs, sévère et inébranlable dans ses principes , il ne cherchait ii plaire à personne , n'aimait que la justice , et ne servait que sa patrie. Formé par les leçons de Clysthène qui chassa les Pisistratides , Athènes trouvait en lui le plus implacable ennemi de la tyrannie et le plus ferme soutien de la liberté.
Darius , déterminé à subjuguer la Grèce , en- Ambassade m> va des hérauts dans toutes les villes pour ^ Dariu" b demander la terre et l'eau (c'était la formule antique pour ordonner de reconnaître son autorité ). Egine, Thèbes, la Béotie et presque toutes les cilés grecques tremblèrent, se soumirent ou gardèrent le silence. Elles redoutaient la nombreuse population des Perses et des invasions qui se renouvelleraient sans cesse. La guerre ne leur paraissait pas juste, parce qu'Athènes, <m détruisant Sardes, avait offensé Darius. L'hommage que ce monarque demandait n'était pas, disait -on, une servitude, puisque, sous sa protection, les colonies grecques d'Ioiïie, même après leur révolte, conservaient leurs lois, leur culte, leur liberté et leurs propriétés. Enfin, la crainte suggérait à la faiblesse tous les prétextes qui pouvaient colorer la lâcheté ; et, sans les vertus inspirées à deux peuples par Lvcurgue et par Solon,
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la Grèce, vaincue sans combattre, serait tombée sans gloire, et aurait grossi le nombre des petites provinces de l'empire de Perse , dont les noms sont à peine venus jusqu'à nous.
Leur mort. Athènes et Sparte repoussèrent avec mépris les propositions insolentes de Darius. Eréthric et Platée suivirent leur exemple. Mais l'esprit bumain ne sait jamais rester dans de justes bornes : ces peuples libres et fiers , n'écoutant que leur indignation , violèrent le droit des gens , et jetèrent les hérauts de Darius dans des puits, leur disant ironiquement d'y prendre la terre et Veau que demandait leur maître.
Magnui- Le ministère des hérauts fut toujours inviola-
mitedeXer- , , . . , . A . .
»*• ble et sacre dans l'antiquité ; on avait même divi-
nisé Taltybius, héraut d'Agamemnon. Dans la suite plusieurs malheurs arrivés en Grèce firent croire que le dieu Taltybius voulait venger les hérauts immolés ; et plusieurs citoyens distingués de Sparte et d'Athènes se rendirent en Asie , et livrèrent leur tète à Xerxès en réparation de cette injure et de cette impiété. Le roi , plus généreux que ses ennemis, ne lui fit aucun mal, et les renvoya dans leur patrie.
Nouvelle Darius, instruit de l'effroi de tous les Grecs,
> ntrepiise . . , , 1.
.ic Darius et voyant que trois petites républiques osaient ' • seules lui résister , dut compter sur une conquête
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facile : il rassembla cinq cents vaisseaux et une forte armée , que quelques auteurs portent à cinq cent mille et d'autres à cent mille hommes : il les envoya en Grèce sous les ordres d'Artapherne et de Datis : l'ambitieux Hippias leur servait de guide. Tout céda aux premiers efforts des Perses: ils conquirent les îles de la mère Egée , s'emparèrent de l'Eubée, réduisirent en cendres la ville d'Eréthrie, qui, la première, avait bravé la puissance du roi. Ils entrèrent ensuite dans l'Attique, campèrent à Marathon, sur le bord de la mer, et menacèrent Athènes du sort d'Ere th rie.
Lacédémone avait promis un secours de trois mille hommes ; mais une antique superstition défendait aux Spartiates de partir pour la guerre au commencement de la pleine lune. Leur départ fut relardé, et ils n'arrivèrent qu'après la bataille. Platée envoya mille soldats. Le reste de la Grèce, immobile, attendait dans la stupeur l'événement qui devait décider de sa destinée.
Les Athéniens, déterminés à vaincre ou à périr, armèrent tout ce qui pouvait combattre, et jusqu'aux esclaves. Leurs forces ne montaient pas à plus de dix mille hommes, soumis aux ordres de dix chefs qui commandaient chacun à leur tour.
Ce changement continuel de chefs pouvait com-
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promettre le salut de l'armée ; mais le défaut des
peuples libres est d'écouter plus souvent la mé-
comman- fiancé et la jalousie que la raison. Dans cette cir-
Jeracnt de ' l
Mutu.ie. constance critique Aristide, sacrifiant son amourpropre à sa patrie , céda à Miltiade, comme au plus habile , l'honneur du commandement : les autres généraux imitèrent son exemple.
11 fallait décider si on attendrait l'ennemi derrière les remparts ou si on l'attaquerait. Miltiade, voyant que les Perses s'étaient placés dans une position resserrée par une montagne , entre la mer et le marais de Marathon, et qu'ils ne pouvaient , dans un lieu si étroit, déployer leur immense cavalerie , voulait qu'on profitât de cette faute pour les déconcerter par une attaque audacieuse et prompte. Aristide appuyait son avis : d'autres généraux pensaient qu'il était téméraire , et presque insensé d'abandonner les murs de la ville, et de courir à une perte certaine en se jetant avec dix mille hommes au milieu d'une armée innombrable qui devait les écraser.
Les opinions était partagées : Miltiade , s'adres- »ant avec chaleur au polémarque Callimaque, lui dit : « Vous voyez notre incertitude ; Athènes at- » tend de vous seul l'arrêt qui fera sa destinée : )) elle va devenir la plus glorieuse ville du monde »> ou l'esclave de Darius et la proie d'Hippias. Si
CONTRE LES PERSES. l5o,
» nous laissons refroidir l'ardeur de nos conci- » toyens , ils compteront les ennemis et se courbe-; » ront sous leur joug ; si nous les entraînons rapi- » dément au combat, notre audace , protégée par » les dieux , nous donnera la victoire. Un seul » mot de vous, Callimaque, va nous condamner à )) la servitude ou consolider notre liberté. » Callimaque opina pour le combat, et il fut résolu.
Mi Ida de craignait de rendre ses collègues responsables de l'événement ; il ne voulut pas profiter d'une générosité que le peuple, en cas de malheur , leur aurait reprochée ; et il attendit le jour où le commandement lui appartenait de droit.
Dès l'aurore de ce jour propice il rangea son Bataille de
' L r ° Marathon.
armée en bataille à huit cents toises de l'ennemi ( environ huit stades ). Callimaque commandait l'aile droite; les Platéens formaient l'aile gauche; Aristide et Thémistocle conduisaient le centre. Milliade devait se porter partout où sa présence serait nécessaire. Pour éviter d'être entouré il avait adossé ses troupes à une montagne ; et une grande quantité d'arbres parsemés dans la plaine garantissaient ses ailes des efforts de la cavalerie ennemie .
Miltiade avait laissé peu de monde à son corps de bataille , et porté la plus grande partie de ses forces aux deux ailes. Lorsque le signal fut donné.
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les Grecs , au lieu de marcher contre les Perses i se précipitèrent sur eux à toute coursç. Les ennemis , surpris de ce nouveau genre d'attaque , cédèrent «l'abord à cette impétuosité ; mais leurs forces , sans cesse renouvelées , rétablirent bientôt le combat ; et , malgré le courage de ThémistogIc et d'Aristide , le centre des Grecs , après quelques heures d'une résistance opiniâtre , fut obligé de reculer devant la masse des Perses qui s'accumulait contre eux.
victoire Miltiade profita de cet instant critique pour décider la victoire. Voyant que tous les efforts des Perses se dirigeaient sur son centre , il fit avancer rapidement ses deux ailes qui prirent les ennemis en flanc, les culbutèrent et les poussèrent sur un marais dans lequel la plupart périrent.
Aristide et Thémistocle , dégagés par cette attaque , enfoncèrent à leur tour le corps d'élite , que Datis dirigeait contre eux ; la déroute devint
Débite générale. Les Perses , battus et dispersés , couru-
des Perses.
rent au rivage pour chercher un asile sur leur flotte. Les Athéniens les poursuivirent, les prévinrent, prirent, brûlèrent et coulèrent à fond plusieurs vaisseaux : le reste trouva son salut dans la fuite. Trait de L'Athénien Cynégire, frère du poète Eschyle ,
courage Je , , , l • • 1
CjuégiM. voyant qu une galère persanne voulait quitter Je rivage, retint son câble de la main droite : on la
CONTRE LES PERSES. l6l
lui coupa. Il le prit de la gauche qui fut tranchée ; enfin , l'ayant saisi avec ses dents , il fut percé de coups , et périt sans le lâcher.
L'armée des Perses perdit dans celte journée sept mille hommes , et celle d'Athènes deux cents guerriers. Miltiade reçut une blessure ; Stésilée et Callimaque , généraux athéniens , périrent glorieusement. Hippias y termina sa honte et sa vie.
Un soldat athénien, malgré la fatigue d'un si Mort
I i . i • i . , d'an soldat.
long combat, voulait porter le premier a ses concitoyens la nouvelle de leur salut : il vole, arrive devant les archontes, annonce la victoire , et meurt à leurs pieds.
Datis, éloigné de la côte, espéra réparer sa promPt défaite , et surprendre Athènes qui était sans dé- Miltiade à
r> on n • f î Athènes.
fense. Sa flotte , favorisée par les vents , doublait le cap de Sunnium. Mais Miltiade, qui n'était ni enivré , ni endormi par la victoire , ne laissa que mille hommes à Marathon , sous les ordres d'Aristide, et, franchissant avec son infatigable armée les quinze lieues qui le séparaient d'Athènes, il arriva le même jour dans la ville , et força l'ennemi déconcerté à se retirer en Asie.
Cette bataille célèbre eut lieu la troisième année de la soixante-douzième olympiade, quatre cent quatre-vingt-dix ans avant Jésus-Christ.
Les Spartiates arrivèrent le lendemain du com-.