TOME
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bat : ils avaient parcouru quarante-six lieues en trois jours : ils trouvèrent Aristide sur le théâtre de sa gloire, entouré de prisonniers chargés de fers, et d'un immense butin que sa sévérité avait garanti du pillage.
Jalousie x T ' J ' * »•
ae» Lac;- l^-es L,acedemoniens rendirent aux vainqueurs pour la vie un hommage public, et conçurent une jalousie xaiio„. secrète, qui fit naître par la suite de longues querelles et de grands malheurs.
On éleva dans la plaine des demi-colonnes sur lesquelles furent gravés les noms des guerriers d'Athènes morts au champ d'honneur.
Dans les intervalles de ces colonnes brillaient des trophées formés avec les armes des vaincus. On devait une récompense à Miltiade ; il en obtint une digne de lui par sa noble simplicité : les Athéniens placèrent sous un de leurs portiques un tableau qui représentait la bataille de Marathon : on y voyait Miltiade, à la tête des généraux, haranguant les troupes qu'il allait conduire à la victoire.
Celte bataille, qui décida du sort de la Grèce , apprit au monde que la victoire ne dépend pas du grand nombre; que la faiblesse courageuse peut résister à la puissance, et qu'un peuple qui sait vouloir être libre est invincible.
Les Athéniens s'étaient vus abandonnés dans
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un si grand péril par plusieurs peuples qui auraient Cod du concourir à la défense commune ; ils chargèrent deMLti,d* Miltiade de partir avec soixante-dix vaisseaux et de punir les îles grecques soumises aux Perses.
Il en conquit plusieurs; mais Paros lui opposa une vive résistance. Blessé devant les murs de cette ville, et trompé par un faux bruit qui annonçait l'arrivée des Perses, il leva le siège et revint à Athènes avec sa flotte.
Les peuples sont souvent aussi injustes que le3 rois. La blessure de Miltiade l'empêchait de parai- dai"nalion tre en public ; l'envie , toujours irritée contre sa gloire, l'accusa de s'être laissé gagner par Darius. La multitude, qui croit ce qu'elle craint, repoussa toutes les objections de la raison , et le peuple condamna à mort le héros qui l'avait sauvé.
Tous les citoyens vertueux gémissaient en vain de cette atrocité ; en vain ils s'écriaient : a Athé- )) mens , souvenez-vous de Marathon ! » ils n'obtinrent qu'une commutation de la peine de mort ; elle fut remplacée par une amende de cinquante talens. Miltiade, hors d'état de la payer, resta Sa mort. en prison : le chagrin irrita sa blessure et termina ses jours. Cimon , son fils , héritier de ses vertus et de ses talens obtint de ses amis l'argent nécessaire pour faire ensevelir son père , et pour payer l'amende à laquelle il avait été condamné.
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Les Athéniens honorèrent la mémoire de ce grand homme par des regrets tardiis, par d'inutiles larmes. Mais bientôt ils donnèrent à la Grèce une nouvelle preuve de leur ingratitude et de Exil d'A- leur légèreté. Thémistocle aimait plus la gloire la jalousie que sa patrie ; jaloux de la vertu d'Aristide , il
de The'mis-
tode. craignait de voir cet homme sévère porté par l'estime publique au gouvernement de l'État : son adresse trouva le moyen d'exciter la méfiance du peuple ; mais , ne pouvant accuser d'aucun crime avec vraisemblance un homme si juste , il décida les Athéniens à exécuter contre lui la loi qui permettait d'exiler tout citoyen dont le mérite pouvait porter ombrage aux amis inquiets et jaloux de la liberté.
Caractère Le vertueux Aristide fut banni : un citoyen de
de cet illus- . , , i • • »
tre banni, la basse classe , qui ne le connaissait pas , vint s adresser à lui-même, et le pria de mettre le nom d'Aristide sur sa coquille. « Quel mal vous a l'ait » cet homme , dit le noble accusé , pour le con- )) damner ainsi? — Aucun, répondit le citoyen; » mais je suis ennuyé de l'entendre toujours ap- » peler le juste. )) Aristide sans répliquer écrivit son nom.
En partant pour son exil il pria les dieux de préserver sa patrie de tout malheur qui pourrait la forcer à le rappeler.
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Cet homme rare , comme nous l'avons dit plus haut, s'était formé à la vertu par les leçons de Clysthène. Une sage coutume voulait, dans ces temps anciens, que les jeunes gens s'attachassent aux vieillards les plus considérés : c'est ainsi qu'Aristide fut élevé par Clysthène , Cim on par Aristide, Polybe par Philopœmen. Le peuple athénien avait souvent reçu de ce magistrat de justes reproches sur son inconséquence. Ayant été nommé trésorier de la république , il administra avec intégrité, et découvrit sans ménagemens les infidélités de ses prédécesseurs, et même de Thémistocle. Il s'attira par là beaucoup d'ennemis qui sous un faux prétexte l'accusèrent : on le condamna à une amende. L'intrigue fut découverte; on le dispensa du paiement , et ses amis le firent même renommer trésorier.
Se montrant alors plus facile , il ne parut point exercer une surveillance si rigide : tous ceux qui voulaient malverser le comblèrent d'éloges, et firent tant par leurs brigues qu'à la fin de l'année tous les suffrages se déclarèrent unanimement pour lui. Aristide se leva et dit : « Athéniens, j'ai ad- )> ministre comme un homme de bien; vous m'a- » vez abreuvé d'affronts : aujourd'hui , quand je » parais fermer les yeux sur les vols publics, vous » me regardez comme le plus admirable des ad-
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)) ministraleurs. L'année dernière je m'honorais )) de votre condamnation ; j'ai honte aujonrd hui )) de vos éloges. Je vois qu'il est plus glorieux » chez vous de ménager les méchans que d épar- )) gner les trésors de l'État. )>
Cette réprimande augmenta l'estime publique pour Aristide. La réputation de sa justice était telle qu'on désertait les tribunaux pour recourir à son arbitrage.
Un jour, lorsqu'on jouait à Athènes une tragédie d'Eschyle, dans laquelle le poëte, en parlant d'Amphianaiïs, dit : « Il veut être juste, et non le » paraître,» tous les spectateurs , entendant ce vers , se tournèrent du côté d'Aristide avec de grands applaudissemens.
Cet enthousiasme populaire lut un des principaux griefs de la faction de Thémistocle ; elle trouvait son pouvoir d'autant plus redoutable qu'il avait pour base l'amour du peuple.
Si Thémistocle était trop ambitieux , il faut convenir que cette ambition tournait presque toujours à l'avantage de la république.
Tandis que les Athéniens ne songeaient qu'à jouir de leurs triomphes, Thémistocle, prévoyant le nouvel orage qui se formait contre la Grèce , persuada au peuple d'employer à construire des vaisseaux le revenu des mines qui jusque là
avait été partagé annuellement entre tous les citoyens.
L'événement prouva bientôt la sagesse de ce conseil, puisque Athènes , attaquée de nouveau, ne dut son salut qu'à sa flotte.
Darius, furieux de la défaite de ses armées, Préparatifs
de guerre
méditait une vengeance éclatante : il employa trois de Darius. années à faire les préparatifs d'une invasion plus formidable que les précédentes , et qu'il voulait diriger lui-même ; la mort l'arrêta dans ses projets, samort. Son fils Xerxès hérita de son trône , de ses pas- Règne
. . ... ' Ae son fils.
sions, mais non des vertus qui le distinguaient. Sa xerxc». violence menaça la Grèce d'une ruine totale ; et le monde , qu'il voulait remplir de sa gloire , ne retentit que du bruit de sa honte et de ses folies.
l68 SECONDE GUERRE
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