‹ Histoire universelle, ancienne et moderne (volume 5)Chapitre 38 sur 77 · SECONDE GUERRE CONTRE LES PERSES · texte numérisé non relu

SECONDE GUERRE CONTRE LES PERSES

(An du monde 3520. — Avant Jésus-Christ. 484- )

Expédition de Xerxès. — Force de son armée de terre et de mer.

— Flotte athénienne de deux cents vaisseaux. — Euryhiade nommé généralissime. — Jonction des Thessaliens aux Perses. — Combat des Therraopylcs. — Mort de Léonidas et de trois cents Spartiates. — Echec de la flotte des Pênes. — Retraite de Thémistoclc à Salamine. — Evacuation de la ville d'Athènes.

— Mort du chien de Xantippe. — Incendie d'Athènes. — Querelle de Thémistocle et d'Surybiade. — Incertitude de Xerxès.

— Combat naval à Salamine. — Défaite de la flotte de Xerxès. ■ — Courage et stratagème d'Artémise. — Retraite de Xerxès. — Mardonius à la tète de trois cent mille hommes — Fuite de Xerxès dans une barque. — Honneurs rendus à Thémistocle. — Propositions de Mardonius, faites par Alexandre aux Athéniens. — Déclaration d'Aristide à Mardonius et à Alexandre.

— Préparatifs de guerre. — Force des deux armées. — Trahison d'Alexandre. — Bataille de Platée. — Mort de Mardonius.

— Victoire complète. — Prise de Tuèbes. — Flotte des Perses brûlée par Leutichyde. — Vengeance de Xerxès.

Expédition L'effrayant orage qui devait fondre sur la erxej. QrAce nc tarda pas à éclater et à vérifier la prévoyance de Thémistocle. Les préparatifs commencés par Darius étaient achevés ; Xerxès venait de subjuguer l'Egypte dont il avait confié le gou-

CONTRE LES PERSES. lfio,

vernement à son frère Achéménès : cet orgueilleux roi, défendant qu'on lui achetât dorénavant des figues de l'Atlique , disait qu'il les cueillerait bientôt lui-même dans Athènes.

Mardonius , dont les fautes n'avaient pas éclairé la vanité , flattait les passions de Xerxès qui , malgré les sages avis d'Artabane, son oncle , se décida à exécuter les projets de son ambition.

On prétend qu'il y fut déterminé principalement par l'apparition répétée d'un fantôme qui le poussait à la guerre ; celait probablement le rêve de l'orgueil ou le produit de la supercherie des mages qui délestaient la religion des Grecs et voulaient la détruire.

Ce fut celle même année que naquit à Halicarnasse Hérodote : ainsi la vie de ce célèbre historien commença avec les événemens qu'il devait raconter.

Le roi de Perse fit alliance avec les Carthaginois qui lui promirent d'attaquer les Grecs en Sicile et en Italie. La folie de son caractère se montra dès ses premiers pas : il fit percer le mont Athos , et lui écrivit une lettre injurieuse. Arrivé sur l'Hellespont, il fit fouetter la mer qui avait renversé un de ses ponts. La bassesse de ses courtisans, qui le traitaient comme un dieu, lui faisait croire qu'il devait commander aux élémens : la

son armoe de terre «le mer.

flatterie est de tous les poisons celui qui donne le plus de ver liges.

Un empire immense , cédant à tous ses caprices,

semblait assurer par ses efforts l'entier succès de

cette invasion : un seul prince de Lydie , Pithius

de Célène , lui offrit quarante millions.

Forces de Mille de ses vaisseaux couvraient la mer. Quelle

n armée i

terre et que soit la diversité du calcul des historiens , son armée de terre se montait à trois ou quatre millions d'hommes.

Il envoya par toute la Grèce des hérauts, excepté à Athènes et à Sparte, pour demander la terre et 1 eau. L'effroi fit des traîtres ; plusieurs villes se soumirent, et plus de cinquante mille Grecs combattirent honteusement dans les rangs des Perses.

Cependant le souvenir de Marathon rendit cette fois la terreur moins générale, et la gloire d'Athènes et de Sparte leur valut des alliés.

Tout , néanmoins , promettait la victoire à Xerxès. Fier de ses forces , il demandait ironiquement à son oncle Artabane ce qui pouvait encore l'effrayer. « C'est précisément, lui répondit ce » prince sage , la terre et l'eau que vous demandez. » Je ne connais point de terre capable de nourrir » une si nombreuse armée, ni de port assez large » pour mettre tant de vaisseaux à l'abri des vents. » Xerxès voulait que le roi lacédémonicn, Dé-

CONTRE LES PERSES. iq\

marate, lai dît s'il croyait que les Grecs oseraient l'attendre. Celui-ci lui répondit : « La Grèce est » pauvre en métaux, mais riche en vertus ; elle y> aime ses lois, elle déteste toute influence étran- » gère. Les Lacédémoniens seront plutôt morts » qu'esclaves; quand ils seraient réduits à mille, » ils viendraient au-devant de vous : la loi le veut; » ils la craignent plus que vos sujets ne vous » redoutent. »

Ce roi , déposé et banni , mais toujours digne de Sparte , loin d'assister ses ennemis, informa secrètement les éphores de toutes les dispositions des Perses.

Gélon, roi de Syracuse avait promis vingt-quatre mille hommes aux Athéniens , et deux cents vaisseaux ; mais il voulait être généralissime. Athènes le refusa , aimant mieux être privée de secours que d'avoir un tvràn.

Les Cretois supposèrent un oracle pour rester neutres : Argos disputa le commandement pour ne point combattre: Corcyre promit des troupes, mais attendit l'événement.

Thespies, Tégée , Platée firent de francs et vigoureux efforts pour la liberté publique.

Dans une circonstance si critique les Athéniens, éblouis par la richesse , par les libéralités et par la jactance d'un de leurs concitoyens nommé Epi-

cycle , homme vain et malhabile , se montraient disposés à lui donner le commandement de leurs troupes ; niais Thémistocle l'écarta en achetant les suffrages, rappela les bannis pour augmenter les forces de la république , et consentit même au retour de son rival Aristide.

La prévoyance de Thémistocle fut le salut des Athénienne Qrecs . [\s avaient tous , et Miltiade lui-même ,

ue aoo vais- ' '

considéré la bataille de Marathon comme la fin des périls ; lui seul l'avait regardée comme le commencement de la guerre , et par ses soins Athènes possédait deux cents vaisseaux, lorsque la Grèce, endormie dans une fausse sécurité, se trouvait sans flottes. Thémistocle fil encore plus

Eurybiade l

uérXtimfc Pour sa patrie j il hii sacrifia son amour-propre , et , pour satisfaire la fierté lacédémonienne , il eut la modestie de céder le commandement au Spartiate Eurybiade qui fut nommé généralissime. Comme les alliés délibéraient pour savoir si on

Jonction

£*« Thcssa- attendrait les Perses, ou si l'on irait au-devant

.ItlX

d'eux , les Thessaliens déclarèrent qu'ils se soumettraient à Xerxès si on les abandonnait. On envoya donc dix mille hommes pour garder le passage qui sépare la Macédoine de la Thessalie , près du fleuve Pénée, entre le mont Olympe et le mont Ossa. Mais le roi de Macédoine , Alexandre , fils d'Amyntas , avertit Eurybiade que ce

poste serait tourné , et qu'il n'était pas susceptible de défense. D'après cet avis on se retira aux Thermopyles, et les Thessaliens prirent le parti des Perses.

Les Thermopyles , immortalisés par la valeur combat

rj ' *■ des Ther-

lacédémonienne , sont un défilé du mont JEta, momies. entre la Thessalie et la Phocide ; il n'a pas plus de vingt-cinq pieds de largeur. Le roi de Sparte, Léonidas , s'y arrêta avec quatre mille hommes; les sept autres mille hommes de l'armée des Grecs se retirèrent en Attique.

Cependant Xerxès s'avançait rapidement, répandant partout la dévastation, le carnage et l'effroi. Sa flotte suivait la côte , et portait toutes les denrées d'Europe et d'Asie à son armée qui dévorait tous les fruits, tous les troupeaux et toutes les moissons de la Grèce.

Un seul prince de Thrace refusa d'obéir. Six de ses fils se rendirent malgré lui au camp des Perses : à leur retour ce père inhumain leur fit crever les yeux.

Le roi, arrivé aux Thermopyles, vit avec surprise que quatre mille Grecs osaient disputer le passage à trois millions d'hommes. Il tenta d'abord de corrompre Léonidas, et lui promit l'empire de la Grèce s'il voulait reconnaître son autorité : celui-ci lui répondit qu'il aimait mieux mériter

l'estime de sa patrie que de l'asservir. Xerxès alors lui ordonna de rendre les armes : « Viens » les prendre, » répliqua le fier Spartiate.

LesMèdes s'avancèrent les premiers pour forcer le défilé. Les Grecs, serrés en masse, les enfoncèrent, les mirent en déroute et en firent un grand carnage. Les dix mille immortels qui les suivirent n'eurent pas un meilleur succès ; leur impétueuse valeur échoua contre le courage ferme et discipliné des Lacédémoniens.

Le roi de Perse était découragé par tant d'efforts inutiles, lorsqu'un habitant du pays lui découvrit un sentier par lequel il franchit la mon- ^ort.Jag tagne et tourna la position des Grecs. Léonidas tnwtuiM.0 aJ°rs 9 voyant le mal sans remède, renvoya les alliés, et resta seul sur la montagne avec trois cents Spartiates décidés comme lui à périr dans le poste dont la défense leur avait été confiée. Avant de combattre il dîna gaîment avec eux en leur annonçant qu'ils souperaient tous ensemble le soir même chez Pluton.

Ces intrépides guerriers virent bientôt fondre sur eux la foule innombrable des Perses. Léonidas succomba le premier après avoir immolé un grand nombre d'ennemis. Ils tombèrent tous percés de coups. Un seul , Aristomène , se sauva et arriva à Sparte : il y fut traité comme un lâche ,

CONTRE LES PERSES.' iy5

et répara depuis sa honte par une mort glorieuse à la bataille de Platée.

Les Amphictyons firent placer des inscriptions aux Termopyles : l'une disait que quatre mille Grecs avaient résisté à trois millions de Perses. On lisait sur l'autre deux vers de Simonide , qu'on peut traduire ainsi :

Passant, va dire à Sparte, aux éphores, aux rois, Que nous sommes teus morts pour défendre nos lois.

Plusieurs années après Pausanias fit transporter à Sparte les os de Léonidas. On lui éleva un superbe tombeau, et sa mémoire fut honorée par des jeux funèbres. Xerxès avait perdu dans ces deux combats vingt mille hommes, et les avait tous enterrés, ne laissant que mille morts sur le champ de bataille : il espérait que la terre couvrirait ainsi la gloire des Grecs et la honte des Perses.

Démarate augmenta son inquiétude en lui disant que Sparte seule contenait encore plus de huit mille guerriers prêts à égaler le courage et le dévouement des trois cents qui avaient péri aux Thermopyles.

La détermination héroïque de Léonidas ne venait pas d'une folle témérité ; elle avait un grand but politique : il voulait prouver à l'Europe et à

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l'Asie jusqu'à quel point le courage pouvait hraver le nombre, et la liberté la puissance. Aussi, lorsque les éphores lui représentèrent qu'il choisissait trop peu de braves, il répondit : a Sparte » ne doit pas faire un plus grand sacrifice. Si » dans cette guerre il était question du nombre y) d'hommes , la Grèce ne pourrait me fournir » assez de soldats; mais, pour prouver en mou- » rant ce que peut l'amour de la liberté, mes » trois cents hommes sont plus que sufïîsans. »

Il prévoyait si bien leur destinée qu'avant de partir de Sparte il fit célébrer pour eux des jeux funèbres. Son généreux dessein eut tout le succès qu'entrevoyait son âme héroïque ; et ce fut aux Thermopyles que la Grèce apprit qu'elle pourrait un jour faire trembler le grand roi sur les remparts de Suze et dans les murs de Babylone. Echec La f]0tte des Perses , maltraitée par une tem-

dc la flotte r

rerse. p£te ^ veiîait de perdre quatre cents vaisseaux : celle des Grecs l'attaqua près d'Artémise et du promontoire de: 1" Cubée ; la victoire resta indécise après trois jours «le combats. Cependant les vents, toujours funestes à Xerxès , détruisirent sur la côte deux cents de ses navires ; ce qui fit dire depuis à Hérodote que les dieux avaient voulu égaliser lr,s forces des dei\x partis.

Thémistocle , <>ui commandait la flotte athe-

nienne, ayant appris sur ces entrefaites la mort Retraite de Léonidas, et la marche de Xerxès au-delà des *«i« «a»

lamine.

Thermopyles, fit sa retraite sur Salamine; mais pendant sa route il écrivit sur des rochers qui bordaient la côte : «Ioniens, souvenez - vous de » vos pères ; prenez le parti de la Grèce et de la » liberté, ou, si vous ne le pouvez pas ouverte- » ment, jetez la confusion parmi les Perses, et » faites-leur dans la mêlée le plus de mal que vous » pourrez. »

Xerxès, ne trouvant plus d'obstacle devant lui, traversa et saccagea la Doride et la Phocide.

Les peuples du Péloponèse , effrayés et ne songeant qu'à défendre leur presqu'île, abandonnèrent les Athéniens.

L'oracle de Delphes avait dit qu'Athènes ne Évacuation trouverait son salut que dans des murailles de d'Athènc». bois : les uns pensaient qu'il voulait parler de la citadelle , entourée de palissades ; Thémistocle soutenait que l'oracle désignait les vaisseaux comme seul refuge pour la liberté : il voulait qu'on évacuât la ville , et qu'on la livrât déserte à l'ennemi. Le peuple s'y opposait vivement.

La lutte fut violente ; mais l'éloquence de Thémistocle triompha. Un décret plaça la ville sous la sauve-garde de Minerve, et ordonna que tous les hommes en état de porter les armes se retiretome 2. la

raient sur les vaisseaux. Les autres devaient se sauver, eux et leur famille, comme ils le pourraient.

offrante Au nùlicu de la consternation générale Ci-

ie Cimon.

mon, fils de Milliade , jeune encore , ranima les esprits en mentant gaîment à la citadelle avec quelques jeunes Athéniens qai parcouraient la rue du Céramique , pour consacrer dans le temple de Minerve un mors de bride qu'il portait à la main , montrant par là qu'il ne s'agissait plus de combattre sur la terre, et que la mer était désormais leur seule ressource.

Rien ne peut peindre le désespoir des femmes , des vieillards , des enfans lorsqu'ils virent cette jeunesse guerrière s'embarquer et s'éloigner d'eux. L'air retentit de leurs gémissernens , et les cris des animaux domestiques mêmes se confondaient Mort avec leurs sanglots. Le chien de Xantippe, père

du chien âe ,-*-.,.-. y f

Xantippe. de rençle*, ne pouvant se séparer de son maître , suivit à la nage son vaisseau, et mourut en arrivant sur le rivage de Saiamine.

Toute la population d'Athènes, qui ne faisait point partie de l'armée , courut chercher un asile à Trézène , où. elle fut accueillie et nourrie généreusement.

Tandis que le grand roi jouissait de la terreur qu'il répandait , et croyait la Grèce aux abois et

prête à recevoir son joug , il apprit avec étonnenu mu que les jeux d'Olympiese célébraient avec la iranquillité , l'affluence, les solennités ordinaires , et que les Grecs semblaient s'occuper moins de ses menaces que des couronnes d'olivier qu'ils se disputaient. « Quels ennemis m'a-t-on conseillé » d'attaquer ? dit le monarque consterné ; ils nié- » prisent l'argent , et n'aiment que l'honneur. »

Dans ce même temps sa cupidité lui fît entreprendre de piller le temple de Delphes : mais une tempête horrible s'éleva tout à coup ; des rochers énormes écrasèrent en tombant un grand nombre de Perses.

Ce désastre augmenta la superstition , ranima la confiance des Grecs , et força les Perses à se désister de cette entreprise.

Le roi , voulant assouvir sa vengeance , entra J110™^

* O 7 d Athènes.

dans Athènes ; il y mit le feu. Quelques vieillards, qui avaient voulu y mourir , défendirent bravement les restes de leur vie, et périrent dans les flammes. La ville et la citadelle furent réduites en cendres.

Xerxès , n'ayant pu enchaîner des hommes libres, envoya à Suze les statues d'Harmodius et d'Aristogiton , qui avaient péri pour la liberté.

Après la ruine d'Athènes il s'éleva parmi les alliés une vive discussion sur le parti qu'on devait

l8o SECONDE GUERRE

prendre. Eurybiade voulait que la flotte s'appro- : chat de Corlnthe et de l'armée de terre commandée par Cléombrote , frère de Léonidas , afin de défendre le Péloponèse, puistjue l'Altique était perdue sans ressource.

Querelle «ic Thémistocle insistait pour qu'on n'abandonnât

Thémisto-

<Je et d'Eu- pas le poste avantageux de Salamine. La dispute fut vive à tel point qu'Eurybiade , dans un mouvement de colère, leva son bâton sur Thémistocle. L'Athénien , sans s'émouvoir , dit : a Frappe , mais écoute. )> Il prouva ensuite que, si on se séparait des Athéniens qui ne voulaient pas quitter leur patrie , la Grèce serait sans flottes ; que chacun se disperserait dans ses foyers, et que le Péloponèse , qu'on prétendait défendre , serait bientôt la proie de l'ennemi.

Eurybiade, vaincu par tant de sang-froid et d'éloquence, se rendit à son avis.

Dans le camp des Perses on délibérait avec

autant de chaleur sur une autre question.

incertitude Xerxès avait rassemblé son conseil pour décida Xerxès.

der s'il fallait temporiser ou combattre. Mardonius , les rois de Sidon , de Tyr, de Cilicie et de Chypre voulaient qu'on finît promptement lit guerre par un combat. Artémise , reine d'Halicarnasse , s'opposait à cette précipitation, a Sei- » gneur , dit - elle à Xerxès, la marine grecque

CONTRE LES PERSES. l8l

» est plus exercée que la vôtre; une bataille peut » compromettre le succès de la guerre. Vous êtes » maître d'Athènes, et vous le serez bientôt de » la Grèce si vous savez attendre; car la flotte » ennemie ne peut renouveler ses vivres à Sala- » mine. Envoyez quelques vaisseaux sur la côte » du Péloponèse ; chacun , tremblant pour sa » cité, y retournera, et la confédération disper- » sée ne vous opposera plus de résistance. ))

Le présomptueux Mardonius répliquait que l'inaction serait honteuse , découragerait les Perses et inspirerait une funeste confiance aux Grecs. Xerxè9 se décida à combattre ; mais en même temps il suivit le conseil d'Artémise , et envoya quelques vaisseaux vers le Péloponèse.

Cette opération fut au moment d'amener la dispersion des confédérés qui revenaient déjà à l'avis d'Eurvbiade , et voulaient courir au secours de leurs foyers.

Thémistocle , instruit de cette disposition, fit passer secrètement à Xerxès un faux avis qui l'engagea à hâter le combat. La flotte des Perses entoura la rade et n'en permit plus la sortie à aucun navire.

Dans le même moment Aristide arrivait d'Egine . Ce vertueux citoyen, sacrifiant de justes ressentimens, vint trouver Thémistocle, et lui dit : a Ou-

y> blions nos dissensions; nous ne devons avoir » qu'un seul intérêt : sauvons la Grèce, vous en » donnant des ordres , et moi en vous obéissant. » Avertissez le conseil que toute délibération pour » la fuite est inutile; que les Perses sont maîtres )) de tous les passages , et qu'il n'y a plus de salut » que dans la victoire. ))

Thémistocle, touché de sa générosité, lui avoua le stratagème dont il s'était servi, le fit entrer au conseil ; et tous deux d'accord firent les dispositions du combat.

combat Qn attendit pourtant , d'après l'avis de Thémistocle , l'heure à laquelle devait s'élever un vent favorable aux Grecs ; alors on donna le signal : le choc fut violent ; mais la brise , contraire aux Perses , porta le désordre dans leurs vaisseaux.

La trahison des Ioniens augmenta la confusion ;

la valeur athénienne et Spartiate fit le reste.

i^aoue de Xerxès , témoin du combat, qu'il regardait du

haut d'une montagne , vit bientôt sa flotte battue ,

ses bâtimens pris ou coulés à fond, et ses alliés en

courage et fuite. Artémise seule opposa une résistance opi-

stratageme n ••

dArlénnse' niâtre. Le roi dit lui-même que dans cette bataille une femme s'était conduite en homme.

Cependant , restée sans secours au milieu des ennemis , elle courait le plus grand danger , car sa vie était mise à prix : un stratagème la sauva;

C0IVTÏIE LES PERSES. 1 83

o]Ic fit arborer le pavillon grec sur son vaisseau , attaqua un bâtiment perse, le coula à fond , et , à la faveur de cette ruse , s'éloigna sans être poursuivie par les Grecs qui prirent son navire pour un des leurs.

Xerxès, malgré ses défaites , pouvait encore en Rctrailc peu de temps réunir des forces navales, et sondeXentc! armée de terre , intacte , devait lui laisser l'espoir d'écraser et de subjuguer la Grèce; mais les hommes les plus présomptueux avant le péril sont les plus lâches après un échec : la terreur qu'avait voulu inspirer Xerxès était entrée dans son âme.

Thémislocle, jugeant bien son caractère, le lit avertir secrètement que la flotte grecque voulait partir pour rompre les ponts et lui couper tout moyen de retraite.

Le roi résolut alors de se retirer avec la plus Mardonill9 grande partie de ses troupes. Ses flatteurs lui dirent 300a ^uce qu'il suffisait de laisser Mardonius en Grèce avec trois cent mille hommes : a Si ce général, disaient- » ils , soumet les Grecs , vous aurez l'honneur du » succès; s'il échoue, lui seul en aura la honte. »

Le grand roi, déterminé par ce conseil, se retira ou plutôt s'enfuit, emmenant avec lui cette foule d'esclaves qu'une poignée d'hommes libres avait vaincue , et laissant sur les côtes de Salamine

hommes.

l84 SECONDE GUERRE

les débris de deux cents de ses vaisseaux détruits ou brûlés.

Faite de En arrivant sur l'Hellespont il apprit qu'une

Xerxcs dans

une barque, tempête venait de renverser ses ponts; et, n'osant point attendre les bâtimens nécessaires pour l'embarquement de ses troupes, ce fier monarque , qui avait récemment menacé la Grèce du poids de l'Asie entière, se vit obligé de passer seul la mer sur une petite barque comme un obscur banni. Cette célèbre bataille de Salamine commença la gloire de Cimon qui s'y distingua par une valeur brillante.

Honneurs Une antique coutume voulait qu'après la vic-

leudus à . , , . A î mi 1

toire chaque capitame écrivit sur un billet le nom du guerrier qui lui semblait mériter le prix du courage : chacun ne manqua pas de s'assigner à luimême le premier rang ; mais tous donnèrent sur leurj billet le second rang à Thémistocle. Ainsi, chacun d'eux eut pour lui la voix de la vanité , et Thémistocle celle de la justice.

La république de Lacédémone décerna le prix de la valeur à Eurybiade , et celui de la sagesse à Thémistocle.

Lorsque le héros athénien parut aux jeux Olympiques tout le monde se leva pour lui faire honneur , et il avoua que ce triomphe avait été le plus beau de sa vie.

Tliémis tocle.

CONTRE LES PERSES. l85

Athènes le chargea , pour réparer ses pertes , de parcourir les îles de la Grèce avec quelques vaisseaux , et de leur donner des contributions au nom de deux divinités , la Persuasion et la Force.

Les habitans d'Andros refusèrent d'obéir au nom de la Pauvreté et de l'Impuissance.

Malgré la ruine presque générale des Grecs , ils déposèrent au temple de Delphes tout le butin fait sur les Perses. Ce grand désastre apprit au monde que l'Asie produisait des hommes , et la Grèce des soldats.

Les Thermopyles assurèrent à Sparte une gloire éternelle : chacun citait en Europe et en Asie les moindres mots de Léonidas et de ses braves compagnons ; on rapportait qu'un Thessalien étant venu l'avertir que les Perses étaient près de lui, il répliqua : « Dites plutôt que nous sommes près » d'eux. » Un prisonnier disait aux Spartiates que le nombre des flèches des Perses suffisait pour obscurcir le soleil. «Tant mieux, répondit Déné- » ces; nous combattrons à l'ombre. »

Cependant , malgré le mauvais succès de cette invasion , la présence de Mardonius avec trois cent mille hommes d'élite enrayait et trompait encore quelques esprits timides ; et la crainte de ses vengeances retenait dans son parti les Béotiens et les fliessaliens, qui redoutaient aussi le juste res-

l86 SECO.N'DE GUERRE

sentiment de leurs compatriotes qu'ils avaient trahis.

Proposi- Mardonius passa l'hiver en Thessalie. Avant

tlons de , .

Mardonius a ouvrir la campagne il essaya la voie des nego- Aiexandre ciations. Alexandre , roi de Macédoine , vint , par

aux Athé- 7 ' l

aieas- ses ordres, proposer aux Athéniens d'éviter leur destruction totale, et de se soumettre à l'autorité d'un monarque dont les forces inépuisables se renouvelaient sans cesse ; et il leur promit , s'ils voulaient se séparer de la confédération , de rebâtir leurs temples , leurs villes , d'accroître leur territoire , et d'étendre leur domination sur tous les autres peuples de la Grèce.

Les ambassadeurs de Lacédémone prirent la parole après Alexandre , et s'efforcèrent de démontrer aux Athéniens qu'ils se déshonoraient en trahissant la cause commune ; que leur ruine serait la suite de cette faiblesse , et que , ne pouvant pas les vaincre réunis, on cherchait à les diviser pour les détruire tous plus facilement.

déclaration Aristide , qui gouvernait alors la république ,

•l'Aristide à .

Mardonius reprocha aux Lacédémoniens leur harangue muet à Alexan- * °

dre- tile et leurs soupçons injurieux à la foi d'Athènes.

Il déclara à Mardonius que le peuple athénien poursuivrait sa vengeance contre les Perses tant que le soleil continuerait sa marche ordinaire : il avertit le roi Alexandre que , s'il se chargeait en-

eorc de message si peu convenable à son caractère et à son rang , on ne respecterait plus en lui les droits du trône , ni ceux de l'hospitalité.

Enfin, on rendit un décret solennel pour dévouer aux dieux infernaux tous ceux qui entretiendraient quelque intelligence avec les Perses, ou qui proposeraient de traiter avec eux.

Mardonius, irrité de cette réponse altière, entra dans l'Attique et renouvela ses propositions qu'il accompagna de violentes menaces. Un membre de l'Aréopage, Licidas , proposa de négocier ; le peuple furieux le lapida , et enveloppa dans son aveugle vengeance ses enfans et sa femme.

Les Athéniens se retirèrent de nouveau à Salamine : Mardonius entra dans la ville qu'il trouva déserte, détruisit ce que les flammes avaient épargné l'année précédente, et envoya un courrier à Suze pour annoncer, comme un triomphe, cette stérile victoire sur des débris. 11 se retira ensuite prudemment en Béotie, où les plaines étaient plus favorables au développement de ses forces et de sa cavalerie.

Les alliés d'Athènes , au lieu de presser les secours promis , s'occupaient à fortifier l'isthme de Corinthe. Les ambassadeurs de l'Attique reprochèrent vivement à Sparte sa lenteur : on dii~

3 88 bECO.NDE GUERRE

fera huit jours de leur répondre , afin d'achever les fortifications commencées.

Préparatifs Le soir du dernier jour Pausanias partit pour

a« guerre.

Comman-là Béotie avec sept mille Spartiates, accompagnés

pausanias. cl)acun de cinq Ilotes armés ; et le lendemain on

déclara aux ambassadeurs athéniens que leurs

plaintes étaient sans fondement, et que le secours

promis était déjà sorti de la presqu'île.

Mardonius campait dans la plaine de Thèbes, le long du fleuve Asopus. Les Grecs occupèrent une position peu éloignée de son camp, au pied du mont Cythéron.

Aristide commandait les Athéniens , et Pausanias toute l'armée. Ces deux généraux firent prêter à tous les Grecs un serment qui exprimait les sentimens unanimes : « Je préférerai , disait cha- » cun de ces guerriers , je préférerai la mort à » l'esclavage ; je n'abandonnerai pas mes chefs , » même après leur mort; j'honorerai la mémoire )) des alliés qui périront au champ d'honneur ; )) je n'attaquerai aucune ville qui aura combattu )) pour nous ; je décimerai toutes celles qui se » seront soumises à l'ennemi. Je ne veux pas )) qu'on rebâtisse nos temples ; il faut que leurs » ruines rappellent sans cesse à nos neveux la fii- » reur des barbares, et rallument leur juste haine » contre eux. »

L'armée des Perses était de trois cent mille Force a.-»

deux armées

hommes ; cinquante mille Béotiens et Thessaliens combattaient avec eux.

La force des alliés montait à cent dix mille hommes ; car les victoires de Marathon et de Salamine avaient enfin décidé les timides à se joindre aux vaillans.

Mardonius, instruit de l'approche des Grecs, envoya contre eux sa nombreuse cavalerie, espérant les accabler -par cette seule attaque. Les piques serrées des Athéniens et des Spartiates arrêtèrent l'impétuosité des barbares. Masvsthiusquiles commandait fut tué ; sa troupe se débanda , et ce premier échec présagea le triomphe de la liberté.

Cependant les Grecs , craignant de s'exposer à être enveloppés, se retranchèrent dans leurs positions , et y attendirent tranquillement l'ennemi.

On resta huit jours en présence. L'orgueil de Mardonius lui faisait regarder la prudence des alliés comme une lâcheté , et il les provoquait tous les jours par des insultes. Sa cavalerie s'empara d'un grand convoi. Artabaze lui conseillait d'attendre sans combattre, près de Thèbes, l'immanquable dispersion des alliés, que le défaut de subsistances devait bientôt forcer à se désunir.

Mardonius , toujours présomptueux , ne sentit Trahison pas la sagesse de cet avis, et résolut d'attaquer le -ire

Bataille dePlatée.

lf)0 SECONDE GUERRE

lendemain. Au milieu de la nuit un cavalier arrive dans le camp des Grecs, appelle Aristide, et lui dit : a Malgré le silence des oracles et le conseil » des généraux les plus sages , Mardonius veut w combattre ; il vous attaquera demain à la pointe » du jour. Souvenez-vous après la victoire que j'ai » risqué ma vie pour vous avertir : je suis Alexandre, » roi de Macédoine. »

La plupart des historiens citent ce trait sans le blâmer, comme si la trahison, dans quelque circonstance que ce soit , pouvait jamais cesser d'être infâme.

Au moment où cet avis parvint aux généraux , les Grecs , étant privés d'eau, parce que les Perses avaient comblé les fontaines, changeaient de position ; les Laeédémoniens , qui commandaient l'aile droite, s'approchaient déjà de Platée ; les Athéniens et la gauche de l'armée marchaient pour les suivre.

Mardonius , informé de ce mouvement , opposa les Béotiens et les Thessaliens aux troupes d'Athènes pour les arrêter et les couper. Il se mit ensuite lui-même à la tête de sa cavalerie, poursuivit les Laeédémoniens, les atteignit, et leur reprocha de manquer aux lois de Lycurgue en se retirant devant l'ennemi.

Les Spartiates, mécontens des auspices, se laisr-

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scient quelque temps insulter et tuer sans combattre , tant était grand chez eux l'empire de la superstition. Mais enfin les Tégéates les entraînèrent ; ils se précipitèrent sur les barbares. La mêlée Mort ^

Mardoniu*

devint furieuse : Mardonius y fut tué , et sa mort jeta le désordre parmi les Perses qui prirent la fuite pour regagner leur camp.

Les Athéniens de leur côté battirent les Thessaliens et les Béotiens qui leur étaient opposés; ils rejoignirent ensuite les Lacédémoniens.

Ceux-ci , très-braves dans les combats de plaine, étaient malhabiles pour forcer des retranchemens, et attaquaient avec mollesse ceux des Perses. Aristide , à la tête des Athéniens , franchit les fossés et les remparts , et pénétra dans le camp des ennemis qui se laissèrent égorger comme des victimes.

Tout y périt j excepté quatre mille hommes, victoire Artabaze, apprenant la mort de Mardonius, s'était c°mp e déjà retiré sur Byzance avec un corps de quarante mille Perses.

Cette victoire complète assura la liberté de la Grèce, et depuis la bataille de Platée aucune année persane ne se montra en-deçà de l'Hellespont.

Les Eginètes voulaient que Pausanias fit attacher le corps deMardonius à une potence : il répondit qu'il prêterait l'estime de sa patrie à la von-

geance, et que les mânes de Léonidas étaient suffisamment apaisés par la mort de deux cent mille Perses.

Peu de jours après ce général fit préparer deux repas , l'un brillant de toute la magnificence asiatique, l'autre apprêté avec toute la simplicité Spartiate, a Voyez , dit-il , combien Mardonius , ac- » coutume à de telles voluptés , était insensé en » espérant vaincre des hommes qui savent se passer » de tout. »

Les Lacédémoniens et les Athéniens se disputèrent l'honneur de cette grande journée. Un tel débat aurait pu avoir les résultats les plus funestes pour la paix publique ; la sagesse d'Aristide en prévint les suites. D'après son avis on s'en rapporta aux alliés, et on prit pour arbitres Cléocrite de Corinthe, et Théogiton de Mégare, qui donnèrent le prix aux Platéens.

Le camp des Perses laissait à la merci du vainqueur un immense butin et toutes les richesses de 1 Orient : on en consacra la dixième partie au temple de Delphes; le reste, partagé entre les villes grecques, y répandit l'amour de l'or et les germes de la corruption.

La bataille de Platée se donna la seconde année de la soixante-quinzième olympiade, quatre cent soixante-dix-neuf ans avant Jésus-Christ.

CONTRE LES PERSES lû3

Après la victoire les alliés, voulant se venger p™e des Grecs déserteurs de leur cause, assiégèrent Thèbes, la prirent, et firent périr les Béotarques qui avaient conseillé cette défection.

Le même jour qui éclaira la défaite de Mardo- , ploUe nius fut témoin d'un autre triomphe de la Grèce. Leutth^dc. La flotte des alliés , commandée par Leutichyde , roi de Sparte , et par l'Athénien Xantippe , poursuivait celle de Xerxès. Les Perses, s'étant retirés à Cumes, près du promontoire de Mycale, avaient, suivant une ancienne coutume, traîné leurs navires sur la terre. Us y étaient à l'abri d'un bon rempart, et défendus par cent mille hommes revenus en Asie avec le roi.

Leutichyde, secondé par les Ioniens, enflamma l'esprit de ses troupes en faisant courir le bruit de la défaite de Mardonius, quoiqu'il l'ignorât encore : profitant de leur enthousiasme , il força les retran- de xïnè™ chemens , extermina un grand nombre de Perses, mit le reste en fuite , et brûla leur flotte.

Xerxès, apprenant à Sardes tous ces désastres , déchargea son inutile fureur sur les temples des villes grecques ; il les détruisit d'après le conseil des mages qui attribuaient ses malheurs à sa tolérance pour le culte ennemi. Il se relira ensuite à Suze, dévoré de honte et de regrets.

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