‹ Histoire universelle, ancienne et moderne (volume 5)Chapitre 39 sur 77 · SUITE DE LA GUERRE CONTRE LES PERSES · texte numérisé non relu

SUITE DE LA GUERRE CONTRE LES PERSES

Reconstruction de la ville d'Athènes. — Ambassade de Thémistocle. — Sa déclaration au sénat de Sparte. — Son projet rejeté par les Athéniens. — Victoire de la flotte grecque. — Cupidité de Pausanias. — Sa disgrâce, — Sa trahison. — Son accusation. — Son emprisonnement. — Sa mort. — Disgrâce de Thémistocle. — Son arrêt. — Sa fuite. — Administration d'Aristide. — Haine d'Artaxerce contre Thémistocle. — Fuite de ce proscrit. — Son déguisement. — Générosité d'Artaxerce envers lui. — Administration de Cimon. — Ses exploits. — Sa protection pour les arts et les lettres. — Rivalité d'Eschyle et de Sophocle. — Mort d'Eschyle, — Politique et ruse de Cimon envers les alliés. — Armement d'Artaxerce. — Victoires de Cimon. — Courage des habitans del'ile deThase assiégée. — Accusation contre Cimon. — Nouvelle tentative d'Artaxerce. — Mort de Thémistocle. — Révolte des Egyptiens contre les Perses. — Victoire de Charitimes sur les Perses. — Nouvelle armée envoyée en Egypte par Artaxerce. — Retraite et défense courageuse des Athéniens. — Epoque de Périclès. — Son gouvernement. — Retour de Cimon en Attique. — • Désastre à Sparte par un tremblement de terre. — Révolte et armement des Ilotes. — Exil de Cimon. — Haine de Sparte et d'Athènes.

— Guerre entre ces deux républiques. — Rappel de Cimon. —

— Ses victoires sur les Perses. — Traité entre les Grecs et le^ Perses. -— Mort de Cimon. — * Puissance de Périclès. — Bannissement de Thucydide par l'ostracisme. — Victoires de Périclès. — Trêve entre Athènes et Lacédémone. — Guerre entre Corcyre et Corinthe. — Défaite des Corinthiens. — Ambassade de Corinthe. — Délibération à Sparte. — La guerre est résolue.

CONTRE LES PERSES. ig5

Ambassade à Athènes. — Déclaration de guerre par Périclès.

Vengeance des ennemis de Périclès. — Jugement et mort de

Phidias, ami de Périclès. — Fuite d'Anaxagore. — Aspasie défendue par Périclès. — Tableau d'Athènes et de ses grands hommes: Anaxagore, Pindarc, Eschyle, Sophocle, Eurypide , Aristophane , Hérodote , Thucydide, Xénophon, Isocrate , Phidias , Zeuxis , Parrhasius , Timante , Empédocle . Pythagorc, Zéleucus et Carondas.

eeonsction île

Les Athéniens, délivrés des Perses, rebâtirent . R

' truc

leur ville , relevèrent leurs temples , travaillèrent ihlS.* A" avec activité à fortifier la citadelle et à entourer Athènes de fortes murailles. Mais les Lacédémoniens virent avec peine ces travaux. Leur vaillance et leur vertu avaient porté tous les peuples de la Grèce à reconnaître leur supériorité et à leur céder le commandement de la confédération ; toujours on avait nommé pour généralissime un Spartiate : c'était assez pour l'honneur , mais non pour l'orgueil : il est insatiable ; il ne se contente pas d'être au-dessus ; il veut être seul.

L'éclat d'Athènes blessait Sparte , et cette fière république espérait que sa rivale ne relèverait jamais ses murs abattus par Xerxès. Elle envoya donc des ambassadeurs à Athènes ; ils représentèrent au sénat et au peuple le danger de construire, hors du Péloponèse, une forteresse qui pourrait servir de place d'armes aux Perses , s'ils renouve-

laient leur invasion. Ils annoncèrent avec fierté l'intention de s'opposer à l'achèvement des travaux commencés.

Ambassado Thémistocle occupait alors une des premières

de ïhémis- , *■

tocic charges de l'Etat : cet adroit politique sentit que , dans la position des Athéniens, ils ne pouvaient pas encore opposer la force à l'insolence ; il répondit avec adresse , obtint des délais , représenta la nécessité de délibérer mûrement sur une affaire d'une si grande importance pour Athènes et pour toute la Grèce. 11 proposa modestement de décider cette grande question à Lacédémone. Les Athéniens nommèrent des députés : Thémistocle, nommé le premier, précéda ses collègues, et partit pour Sparte avec les ambassadeurs de cette république. Lorsqu'il y fut arrivé, il différa de jour en jour la discussion , sous prétexte qu'il ne pouvait rien prendre sur lui dans l'absence de ses collègues qu'il attendait , et dont il avait secrètement fait re larder le départ.

Pendant ce temps tout le peuple d'Athènes, jusqu'aux femmes et jusqu'aux enfans , travaillait sans relâche aux fortifications. La nouvelle en vint à Sparte : les éphores se plaignirent de la lenteur affectée de Thémistocle , et de l'activité des Athéniens.

Thémistocle soutint qu'ils étaient mal informés,

qu'ils prenaient mal à propos l'alarme sur un faux bruit. Il leur proposa d'envoyer des députés pour s'assurer de la vérité de ces nouvelles.

Enfin ses collègues arrivèrent ; mais les travaux Sa décu-

ration an

étaient achevés : alors, levant le masque, il déclara sénal de en plein sénat qu'Athènes avait résolu de veiller à sa sûreté ; qu'aucun des alliés ne pouvait , avec justice, la priver de son indépendance ; que les Lacédémoniens voulaient à tort fonder leur force sur la faiblesse des autres peuples de la Grèce ; qu'au reste les ouvrages étaient finis , et que les Athéniens sauraient les défendre contre tous ceux qui voudraient les attaquer.

Sparte , étomiée , se tut et n'eut d'autre résultat de ses mauvais desseins que d'avoir dévoilé sa jalousie et son ambition.

Athènes, ayant fortifié ses ports, les remplit avec activité , et ordonna de construire tous les ans vingt vaisseaux.

Thémistocle , qui combattait avec tant de raison Son projet

1 rejeté par

l'ambition de Sparte , n'en avait pas une moindre Ies Athe-

1 7 » mens.

pour sa patrie : il déclara au peuple qu'il avait conçu un projet d'une haute importance, mais qu'il ne pouvait expliquer publiquement , puisque son succès exigeait le plus profond secret. Les Athéniens lui dirent de le confier à Aristide seul : alors Thémistocle , le prenant, à part , lui avoua

que son dessein était de rendre Athènes maîtresse de la Grèce en brûlant toute la flotte grecque, qui se trouvait alors dans un port voisin. Aristide revint à rassemblée , et dit : a Rien n'est plus utile » pour Athènes que le projet de Thémistocle ; » mais rien n'est plus injuste. »

Gît arrêt d'un homme vertueux suffit pour décider les Athéniens à rejeter la proposition. Athènes alors méritait sa gloire et sa puissance ; cependant on pourrait dire que la distinction d'Aristide n'était pas exacte , parce que ce qui est injuste ne peut jamais être utile.

Quelque temps après Lacédémone proposa au conseil des amphictyons d'exclure de l'alliance générale les villes qui n'avaient point contribué par leurs secours aux victoires remportées sur les Perses. Par ce moyen la confédération aurait été réduite à trente villes d'une médiocre puissance , et l'exclusion d'Argos et de Thèbes aurait assuré la domination des Lacédémoniens. Thémistocle rompit ce projet en prouvant que cette rigueur exciterait la discorde , donnerait des alliés aux ennemis, et qu'il fallait fortifier la confédération au lieu de l'affaiblir.

Le peuple d'Athènes , inclinant toujours vers la démocratie , voyait avec peine les privilèges que les lois assuraient à l'opulence : il fallait avoir

CONTRE LES PERSES. igO,

un revenu de cinq cents médines pour être éligible aux places d'Archontes. La ville était au moment de se voir la proie des dissensions civiles j Aristide , plus vertueux que politique , fit rendre un décret qui accordait à tous les citoyens le droit d'être élu: cette loi, trop populaire, préparait de longs troubles pour obtenir un cabiie passager.

Après avoir repoussé si glorieusement l'invasion yktoiTe des Perses, les Grecs voulurent se venger des maux grenue.0"* qu'ils avaient soufferts : leur flotte, commandée par Pausanias de Sparte, par Aristide et par Cimon d'Athènes , partit dans le dessein de rendre la liberté aux villes grecques de l' Asie-Mineure ; elle rencontra, près de l'île de Chypre, l'armée navale des Perses , la battit complètement , en détruisit une partie , prit toutes les villes de la côte d'Asie , et s'empara même de Byzance.

Dans cette dernière ville on trouva un butin

. Cupidité de

immense , et on fit beaucoup de riches satrapes Pausanias. prisonniers ; mais , gagné par leurs présens , le généralissime, Pausanias les laissa échapper.

Le héros de Platée ne put défendre sa vertu contre les pièges de la fortune et de l'ambition ; et la rigide Sparte donna le premier exemple aux Grecs de la trahison et de la cupidité.

La hauteur et les injustices de ce général exci-

Sa disgrâce.

taient les plaintes des alliés ; ils lé dépouillèrentrdu

commandement , pour le donner à Aristide. Ainsi la vertu d'un Athénien et la corruption d'un Spartiate firent passer dans les mains d'Athènes l'autorité dont Lacédémone avait joui jusqu'alors dans la Grèce.

sa trahison. Cependant Pausanias , qui n'était plus généralissime, mais qui commandait encore les Lacédémoniens , irrité de l'affront qu'il avait reçu , oublia ce qu'il devait à sa patrie , et n'écouta plus que son ressentiment et son ambition. Il écrivit à Xerxès, et offrit de lui livrer Sparte et toute la Grèce s'il voulait lui accorder sa fille en mariage. Le roi lui fit de riches présens, lui laissa l'espoir d'obtenir ce qu'il désirait, et donna le gouvernement de l'Asie - Mineure à Artabaze afin de le mettre à portée de suivre cette négociation.

Ces messages , qu'envovait et que recevait Pausanias , inspirèrent des soupçons. Sa hauteur avec les Grecs , le mépris qu'il montrait pour leurs mœurs , jusqu'au point de prendre l'habillement et le faste des Perses , présentaient un contraste choquant avec la modestie d'Aristide et de Cimon. Son Une haine générale éclata contre lui ; il fut appelé accusation. ^ gparle? accuse£ ei absous faute de preuves.

son cmpri- Etant retourné en Asie pour suivre ses projets,

sonnement. -, , , , , . , >-. ,

un nouvel ordre le ramena a Lacedemone. Un le

mit en prison : mais son crédit était eonsidérable ; il était tuteur du jeune roi Plistarque, fils de Léonidas ; les épbores , quoique convaincus de son crime , ne purent le prouver , et se virent contraints de lui rendre la liberté.

Sur ces entrefaites un de ses esclaves, nommé l'Argilien , remarquant que tous ceux que son maître envoyait en Asie n'en revenaient jamais , soupçonna qu'on les y tuait pour assurer le secret de leur mission. Chargé à son tour par son maître d'y porter une lettre , au lieu de partir il la remit aux éphores, et se retira à Ténare, dans le temple de Neptune. Pausanias, apprenant que son esclave s'était réfugié dans ce temple, y courut. Les épbores et quelques citoyens s'y tenaient cachés. L'esclave avoua à son maître que , craignant la mort, il avait ouvert la lettre. Pausanias, voyant son secret compromis , fit beaucoup de promesses à l'Argilien pour l'engager à le garder , le mit totalement dans sa confidence et le quitta. Les épbores , armés de toutes les preuves nécessaires , rendirent un décret pour l'arrêter et le punir. Instruit de cet ordre, il se retira dans le temple de Pallas. La sainteté de cet asile empêchait de l'en arracher ; mais le peuple furieux en mura l'entrée; on dit que sa mère y porta la première pierre. On découvrit le toit de cet édifice , pour

Sa mort, qu'il n'eût aucun abri, et il y mourut de faim, exposé aux injures de l'air.

Le peuple craignait d'avoir offensé la divinité, cl l'oracle de Delphes ordonna, pour apaiser la déesse , d'ériger dans son temple une statue à

Disgrâce Pausanias. La lecture des lettres interceptées donna

de Tliémis-

»ocic. quelques soupçons sur la fidélité de Thémistocle : il avait refusé de secouder l'entreprise du perfide Spartiate ; mais il en avait reçu la confidence ; et les Lacédémoniens , irrités depuis long-temps contre lui, et jaloux de sa gloire, le discréditèrent à Athènes. Sa vanité , qui blessait ses concitoyens , seconda ses ennemis. Il avait bâti près de sa maison un temple à Diane , et y avait placé sa propre statue ; elle existait encore du temps de Plutarque. 11 rabaissait le mérite des autres généraux , et se vantait à tout propos de ses services. Comme on lui reprochait un jour d'en trop parler, «Athéniens, dit-il, vous vous lassez d'en- » tendre dire du bien de moi : mais vous ne vous » lassez pas d'en recevoir. »

Toujours opposé à Aristide , il soutenait les grands et les riches contre le peuple , dont il s'attirait l'animadversion. Comme il s'était montré peu scrupuleux dans l'administration des finances, on se plaisait à vanter devant lui l'incorruptibilité d'Aristide : a Je n'y vois, répondit - il ,

CONTRE LES PERSES. 2o3

» d'autre mérite que celui d'un coffre - fort qui » garde ce qu'on lui confie. » — a Thémistocle » doit pourtant savoir , répliquait Aristide , que » ce n'est pas un mérite commun d'avoir les mains » pures et nettes. »

Dans cette disposition des esprits ses ennemis sonan-a obtinrent facilement son exil. Les Lacédémoniens ne s'en contentèrent pas, et produisirent des lettres équivoques de Pausanias qui promettait au roi de Perse de l'engager dans son parti.

Thémistocle écrivit avec force pour réfuter ces calomnies; mais on donna l'ordre de le poursuivre , de l'arrêter et de le faire périr. Il en fut safuiie. instruit et se sauva d'abord à Corcyre, et de là en Epire : ne trouvant de sûreté dans aucun de ces asiles , il eut Taudace de se réfugier chez Admète , roi des Molosses , dont il avait autrefois combattu les intérêts.

Ce monarque était absent ; la reine l'accueillit avec bienveillance. Il prit dans ses bras le fils du roi, s'assit près de ses dieux domestiques, et, le voyant arriver, il se leva et lui dit qu'il venait remettre sa vie entre ses mains.

Le généreux Admète lui accorda l'hospitalité, et refusa de le livrer aux Athéniens. Peu de temps après un de ses amis enleva d'Athènes sa femme et ses enfans, et les lui amena avec une faible

partie de ses biens; le reste fut confisqué. Thémistocle dut se souvenir alors des paroles de son père qui, en lui montrant, dans son enfance , une vieille galère brisée et abandonnée sur le rivage , lui dit : « Voilà comme le peuple traite ses servi- » teurs lorsqu'il croit n'avoir plus besoin de leurs » services. »

Athènes succédait alors totalement à Sparte dans le commandement de la Grèce. La sévérité Spartiate avait rendu son joug trop pesant; celui d'Athènes parut d'abord plus léger. Les Lacédémoniens voulaient trop favoriser partout l'aristocratie, et dans toutes les villes grecques le parti populaire se déclarait pour les Athéniens : les contributions sur les alliés avaient été réglées d'une manière illégale et arbitraire ; on établit une taxe juste et proportionnelle. Le trésor com- . , . . mun fut placé dans l'île de Délos : il fallait trou-

..Aumims- *

rwVaJ1 d A" ver un homme intègre pour administrer les revenus de la confédération ; tous les alliés choisirent unanimement A ristide , éclatant et juste hommage rendu à sa probité. Aussi Plutarque disait : Thémistocle, Cimon et Périclès ont rempli Athènes de monumens et de richesses ; Aristide l'a remplie de vertus. La sagesse de son administration justifia ce choix.

On ignore le lieu, le genre et le temps de la

CONTRE LES PERSES. 2o5

mort de ce grand homme; ce qu'on sait, c'est qu'il ne laissa pas de quoi se faire enterrer. Callias, son parent, homme très-opulent, fut accusé de n'avoir pas secouru sa pauvreté ; mais il prouva qu'Aristide avait refusé tous les dons qu'il avait voulu lui faire. Lysimaque, son fils, fut nourri au Prytanée; sa fille fut dotée par l'Etat. Le plus beau des titres de la gloire humaine, le surnom de juste, est resté inséparablement attaché au nom d'Aristide.

La cour de Perse , qui avait voulu bouleverser l'Europe , était devenue le théâtre des plus sanglantes révolutions. Les folies et les crimes de Xerxès lui aliénaient le cœur de ses sujets. Artabane, l'un des grands du royaume, l'assassina, attribua son crime à Darius, fils de ce malheureux roi, et le fit tuer par son frère Artaxerce. Ce prince , découvrant la vérité et de nouveaux complots d'Artabane, s'affermit sur le trône par sa mort.

Artaxerce hérita de la haine de son père contre Haine

les Grecs, et ne fut pas plus heureux que lui . Il haïs- contre Th" sait surtout Thémistocle, qu'il regardait comme le principal auteur des désastres éprouvés par les Perses en Europe et en Asie ; et croyantqu'il pourrait être forcé de se réfugier dans quelque pays de sa dépendance , il fit mettre partout sa tête à prix.

2o6 SUITE DE LA GUERRE

Cependant les Athéniens poursuivaient toujours leurs projets de vengeance contre cet illustre proscrit , et menaçaient Admète de lui faire la guerre Faite de s'il continuait de le protéger. Thémistocle, ne vou-

ce proscrit. . . - , , . ,

lantpasque ce prince lut puni de sa générosité, sortit de ses Étals, et vint en Eolie, où il se cacha chez un Grec , nommé Nicogène : là il apprit que le roi de Perse avait promis deux cents talens à celui qui le tuerait; mais il savait que, dans les extrêmes périls , il n'y a souvent de remède qu'une extrême son dégui- audace. S'étant déguisé en femme , il se rendit à

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Suze dans une voiture couverte , et se fit annoncer au roi de Perse comme un Grec obscur, mais qui voulait lui parler d'une affaire importante. Admis à l'audience , il dit avec mie noble hardiesse : a Seigneur, je suis Thémistocle; banni » par les Athéniens , je cherche un asile ou la » mort; vous pouvez sauver un suppliant, ou faire » périr un homme regardé par les Grecs comme » leur plus grand ennemi. »

-Générosité Le roi ne lui fit d'abord aucune réponse ; mais, enveninî. dans les transports de la joie que lui causait la possession d'un si redoutable adversaire, on l'enten* dit plusieurs fois s'écrier la nuit : « Enfin j'ai » Thémistocle l'athénien ! )> Le lendemain il lui fit donner les deux cents talens promis à celui qui lui livrerait sa tête , lui assura un état splendide .

CONTRE LES PERSES. l2o~]

assigna plusieurs villes à son entretien et à sa nourriture , lui fit épouser une des plus riches femmes tic la Perse et le combla de faveurs.

Dans cette prospérité inattendue Thémistocle disait quelquefois à ses enfans , en leur faisant entrevoir les malheurs auxquels ils auraient été exposés dans Athènes : « Mes amis , nous périssions si » nous n'eussions péri. 8

Cimon , qui s'était formé aux vertus et à la gloire Adrnini sous la conduite d'Aristide , hérita de son crédit et cimo". de administra la république. Sa jeunesse orageuse n'avait annoncé que des vices ; ils disparurent et firent place à toutes les grandes qualités qu'on peut désirer dans un homme d'État: on retrouva en lui le courage de Miltiade , la prudence de Thémistocle, et la justice d'Aristide. Chef de l'armée et SesexPlo,t* de la flotte athéniennes, il fit la conquête d'Eione sur le Slrymon, d'Ampliipolis et d'une partie de la Thrace : il y plaça une colonie de dix mille Athéniens. Quelques-uns de ses succès furent vivement disputés ; car , malgré la supériorité des Lacédémoniens et des Athéniens , l'esprit et le courage grecs se retrouvaient partout, même en servant contre leur patrie.

Quelques Perses rivalisaient de dévouement avec les Grecs : Bogès, gouverneur d'Eione, après wie longue défense, jeta dans le Strymon toutes

2o8 SUITE DE LA GUERRE

les richesses de la ville, poignarda sa femme t ses enfans , et périt dans les flammes de leur bûcher.

Cimon rapporta de Scyros à Athènes les os de

Thésée ', et lui fit rendre de grands honneurs : les

héros ne sont jamais mieux honorés que par ceux

sa qui les imitent. Cimon ne se contentait pas d'illus-

Protecrion . ,....,.

pour les arts trer sa patrie par ses exploits ; il protégeait et encourageait les beaux-arts et les lettres qui commen. çaient à faire une grande partie de la gloire d'A- Rivaiité thènes. Eschyle jusqu'alors avait été le premier des

d'Eschyle et . C l 1 1 * ' 1* 1 1

de Sophocle auteurs tragiques ; Sophocle lui disputa la palme du théâtre. Les suffrages se partageaient entre eux ; on prit pour juge Cimon et quelques généraux ses collègues, aussi éclairés que vaillans : Nort ils donnèrent le prix au jeune Sophocle. Eschyle ne put supporter cette disgrâce , il s'exila en Sicile, et y mourut, tant était violent chez les Athéniens l'amour de toute espèce de triomphe.

p„i;« Jusque là on avait exigé avec rigueur des

cim'oT en- amés les troupes qu'ils devaient fournir pour leur l"*. ' contingent. Cimon , plus habile que ses prédécesseurs , ne leur demanda que de l'argent, afin qu'ils perdissent le goût des armes : ils s'amollirent dans la paix, de sorte qu'au heu d'alliés ils devinrent presque sujets des Athéniens.

«l 'Eschyle.

Cet infatigable guerrier, à la tête de deux cents voiles , poursuivait toujours les Perses , épuisait leurs ressources, minait leurs forces, et détachait beaucoup de villes de leur alliance : en peu de temps il ne laissa pas au grand roi une seule possession dans l' Asie-Mineure , depuis l'Ionie jusqu'à la Pamphilie.

Après la prise de Sestos et de Byzance il s'était élevé parmi les alliés une contestation sur le partage du butin et des captifs. Cimon , plus fin que ses adversaires , leur donna le butin , et garda pour Athènes les prisonniers. On le railla d'abord sur un partage qui semblait si désavantageux ; mais enfin les rançons des prisonniers arrivèrent, et leur produit surpassa tellement celui du butin , qu'Athènes en retira les sommes nécessaires pour entretenir sa flotte et son armée pendant quatre mois.

Artaxerce , irrité de tant de revers , et décidé à Armement

' ' d Artaxerce

tenter un grand effort, avait rassemblé toutes ses forces maritimes, composées de trois cent cinquante voiles : elles se réunirent à l'embouchure de l'Eurymédon. Une armée de terre les soutenait. Cimon d7cimo" défit la flotte , prit deux cents vaisseaux , et en coula bas un grand nombre. 11 descendit ensuite à terre , mit l'armée des Perses en déroute , en fit un grand carnage, et rapporta un butin immense. to^ie 2. i4

Apprenant en même temps qu'une flotte phénicienne de quatre-vingts voiles arrivait de Chypre , il courut au-devant d'elle , et la détruisit presque totalement.

Après ces victoires , que la renommée égalait à celles de Salamine et de Platée , il revint triomphant dans Athènes.

Toutes les richesses qu'il avait conquises lurent employées à l'embellissement de la ville et aux fortifications du port. L'année suivante il marcha vers l'Hellespont , chassa les Perses de la Chersonèse de Thrace , et, quoique son père en eût été aes^biuL souverain, il la donna à Athènes. Les habilans de Thaïe aa-* l'île de Thase se révoltèrent : Cimon détruisit leur flotte , et assiégea leur ville. Ce siège dura trois ans. Les assiégés s'opimâtraient à la résistance ; les femmes mêmes combattaient et faisaient des cordes pour les machines avec les tresses de leurs cheveux. La plus affreuse famine se joignit enfin à tous les maux de la guerre ; tout allait périr , et aucun n'osait élever la voix pour la paix , parce qu'une loi menaçait de la mort tout homme qui parlerait de traiter.

Dans cette extrémité un citoyen , nommé Hégétoride , s'étant attaché une corde au cou, proposa de capituler pour sauver le peuple .: ce courageux dévouement toucha et changea les

esprits ; on "capitula : les Athéniens épargnèrent la ville, et se contentèrent de la démanteler.

Cimon enrichit encore Athènes par la conquête de toute la Thrace , très-abondante en mines. Les Athéniens , enorgueillis par toutes ces victoires , espéraient que la Macédoine serait aussi conquise ; mais Cimon s'arrêta aux frontières de ce royaume.

L'ingratitude populaire oublie les services et Accusation

, contre Ci-

n épargne aucune vertu pour peu qu elle croie ses monintérêts blessés : Cimon fut accusé de s'être laissé corrompre par le roi de Macédoine , et se justifia en rappelant la conduite d'Alexandre, qui avait été constamment amicale et pacifique. 11 représenta aux Athéniens qu'ils soulèveraient toutç la terre contre eux s'ils portaient leurs armes contre les princes et les peuples qui ne les avaient point attaqués. Le reproche de corruption parut improbable; la vie entière de Cimon plaidait pour lui.

Cependant Artaxerce , effrayé de la gloire d'A- Nouvelle

1 \ i • . . tentative

thenes , voulait encore tenter une invasion et <r Artaxerce détruire un peuple qui lui faisait tant de mal : Il ordonna à Thémistocle de prendre le commandement de son armée , et de marcher contre les Athéniens. Cet illustre citoyen résolut de mourir pour Mort de

. . Thèmis-

éviter d'être ingrat ou traître : il offrit un sacrifice tocle solennel aux dieux , donna un grand festin à ses

212 SUITE DE L.V CUERRE

amis, leur fitdetouchans adieux , et s'empoisonna» La ville de Magnésie lui éleva une statue.

Thucydide nie ce fait , et prétend que sa mort fut naturelle. Son refus de servir contre sa patrie n'en serait que plus noble s'il n'avait pas taché l'héroïsme de cette action par le suicide. Ce qui est certain, c'est qu'à la fin de sa carrière Thémistocle , corrigé de son orgueil et de sa cupidité , ne montra plus que des vertus.

Sa fille était recherchée par un citoyen pauvre et vertueux, et par un homme opulent, mais de mauvaises mœurs ; il préféra le mérite sans biens à la richesse sans mérite.

L'entreprise que méditait Artaxerce contre la Grèce fut arrêtée par une puissante diversion qui donna aux Athéniens de nouveaux moyens de vengeance.

Révolte ics Les Egvptiens , souffrant impatiemment le joug perses ls ^es î>erses > se révoltèrent , et prirent pour roi Inarus , prince de Lybie. Athènes envoya au secours d'Inarus une flotte et une armée : Charitimes victoires les commandait. Ce général détruisit , à l'embou-

de Charili-

sur les chure du JNil , cinquante vaisseaux perses , remonta le fleuve , débarqua , et , s'étant joint à Inarus, attaqua le prince Achéménides , frère d' Artaxerce , qui était entré en Egypte à la tète de trois cent mille hommes.

mes Perses.

CONTRE LES PERSES. 2l5

La bataille fut longue et sanglante : les Perses vaincus y perdirent cent mille guerriers ; le reste de leur armée se réfugia dans Memphis , et s'y défendit trois ans.

Artaxerce voulut en vain gagner les Lacédémo- Nouvelle

armée en

niens , et les engager à faire la guerre aux Àthé- ^.oyée. en

o O o Egypte par

niens ; la jalousie qui existait entre ces deux repu- Arlaxerce bliques ne les avait pas encore aveuglées , comme elle fit depuis, sur leurs intérêts communs.

Le roi de Perse , renonçant pour le moment à l'espoir de diviser les Grecs , envoya en Egypte une nouvelle armée sous les ordres d'Artabaze et de Mégabyse. Ces généraux , plus babiles ou plus heureux que leurs prédécesseurs , forcèrent les alliés à lever le siège de Memphis. Inarus fut battu : les Athéniens , forcés à la retraite, se ren- et défense

/»< il? Tir • J " courageuse

fermèrent dans 1 île de Prosopytis, qu entouraient des Athé-

. . . niens-

deux bras du Nil. Ils s'y défendirent dix-huit

mois , et restèrent ainsi seuls en armes après que

l'Egypte se fut soumise aux Perses.

Les généraux d' Artaxerce creusèrent des canaux et mirent à sec les bras du Nil. Six mille Athéniens , restés sans défense , voulurent égaler la gloire des Lacédémoniens aux Thermopyles : ils brûlèrent leurs vaisseaux et se montrèrent décidés à subir plutôt la mort que la captivité.

Cette résolution courageuse imposa aux Perses

qui leur permirent de retourner librement à Ahènes.

Ce fut à celle époque qu'Arlaxerce fit partir Esdras pour Jérusalem , en le chargeant d'y rétablir la loi de Moïse et le temple de Salomon. Dans ce même temps Rome rendit un éclatant hommage aux lumières et aux vertus de la Grèce en envoyant demander à l'Aréopage les lois qui devaient la gouverner.

Époque Périclès commençait alors à prendre part aux affaires publiques : cet homme fameux , qui donna son nom à son siècle , était destiné à répandre à la fois sur sa patrie le plus grand éclat et les germes de la corruption qui causa sa décadence.

Il était fils de Xantippe, le vainqueur de Mycale , et par sa mère il descendait de Clisthène. Son instituteur fui Anaxagore de Clazomène , ce sage philosophe auquel on avait donné le surnom d'intelligence , parce qu'il attribuait à un seul Dieu la création et le gouvernement du monde.

Périclès était armé de la force la plus puissante dans les républiques , celle de l'éloquence : la sienne était si séduisante qu'on disait que les grâces et la persuasion résidaient sur ses lèvres ; et quelquefois elle paraissait si forte qu'on la comparait à la foudre. Son rival Thucydide , qui lutta long-temps contre lui dans les combats de la tri-

bune , disait : a Quand j'ai renversé Périclès par » terre, son éloquence est si adroite qu'elle prouve » aux assistans que c'est moi qui suis tombé. »

Jamais homme ne connut mieux son temps et son pays : avant d'élever la voix on tient de lui-même qu'il se disait toujours : (C Songe , Périclès , que tu » vas parler à des hommes libres , à des Grecs , à » des Athéniens. » Et il priait les dieux de le préserver de toute inconvenance et de toute pensée contraire à la dignité et au bonheur de sa patrie.

On trouvait dans sa jeunesse qu'il ressemblait àr Pisistrate , ce qui était d'un bon augure pour son ambition, mais très-dangereux chez un peuple jaloux de sa liberté. Cachant adroitement l'amour du pouvoir sous les dehors de la popularité , il évita soigneusement d'abord tout ce qui pouvait donner de l'ombrage : il parut pendant plusieurs années livré aux plaisirs , aux lettres , aux arts et aux sciences ; et , lorsque les devoirs de citoyen l'appelèrent à la guerre , il sut cacher son ambition tout en montrant sa bravoure.

Ayant peu à peu gagné les affections du peuple son gou-

m ' ycrnemeiil.

1 absence de Cimon lui parut enfin une circonstance favorable pour marcher à son but : alors il changea tout à coup de formes , devint grave , sévère, se mêla activement des affaires publiques , évitant

avec soin, d'une part, l'orgueil choquant de Thémistocle , et de l'autre cette familiarité qui diminue le respect. On le voyait rarement en publie. Ses amiselses*confidens se chargeaient sous sa direction des affaires de détail: pour lui , semblable à Jupiter , il ne s'occupait que des plus importantes; mais alors son éloquence entraînante soumettait le peuple à ses volontés.

On le porta rapidement aux plus hautes magistratures. La confiance devint une habitude et se changea en obéissance , de sorte qu'au milieu d'une république il devint presque monarque. Habile à lire au fond du cœur des hommes , il satisfaisait le peuple par le partage des terres conquises , payait les spectacles avec les deniers publics, amollissait les mœurs des Athéniens pour les gouverner plus facilement, et se servait des jeux, des arts, des lalens et des plaisirs pour les éloigner des affaires.

Souffrant la licence à la comédie, il permettait sans se fâcher qu'on le jouât sur la scène : il ôtait ainsi la liberté réelle au peuple dans l'administration , et lui en laissait le fantôme au théâtre. Le sort ne l'avait nommé ni archonte ni polémarque et il fallait avoir occupé ces emplois pour être membre de l'Aréopage : ne pouvant donc entrer dans ce corps auguste et sévère, dont il redoutait l'autorité , il lui enleva peu à peu ses plus im-

•par tantes attributions, et les donna aux tribunaux inférieurs qu'il gouvernait. Ce fut ainsi qu'il se rendit le maître de la république.

Ciinon revint alors dans l'Attique , et voulut Re'<">'-<ie

1 ' Cimon en

rétablir l'aristocratie pour renverser le pouvoir Atllinepopulaire , qui faisait la base de l'autorité de Périclès : mais son opposition balança seulement la puissance de son rival sans pouvoir la détruire.

La vertu de Cimon faisait la gloire de son pays; mais son austérité déplaisait aux Athéniens : partisan déclaré des lois de Lycurgue , il vantait toujours Sparte aux dépens d'Athènes , et par cette partialité il choquait la vanité de ses concitovens.

La république de Lacédémone éprouva dans ce Désastre à

11 *■ Sparte par

temps de grands malheurs, et se vit au moment "^'f" d'une ruine totale : un affreux tremblement de terre' terre renversa toutes les maisons de Sparte ; il n'y en eut que cinq qui échappèrent à ce fléau. Le sommet du mont Tavgèle, arraché de ses fondemens, s'écroula, tomba sur la villeet l'écrasa. Les Révoiteet

t armement

Ilotes, profitant de ce malheur public , brisèrent des Il,,tesleurs chaînes et prirent les armes , dans l'espoir de détruire les habilans dispersés. Mais le roi Archidamus avait rassemblé les citoyens; il repoussa les Ilotes. Ceux-ci appelèrent les Messéniens qui les appuyèrent de toutes leurs forces.

Dans ce danger pressant les Lacédémoniens

2l8 SUITE DE LA GUERRE

demandèrent des secours à Athènes. Le peuple s'assembla : Éphialle , ami et confident de Périclès , voulait qu'on refusât toute assistance et qu'on laissât périr une république dont la seule rivalité empêchait Athènes de dominer la Grèce. Mais le vertueux Cimon représenta avec tant de force la lâcheté de cet abandon ; il fit sentir avec tant de sagesse qu'on ne devait pas laisser « la » Grèce boiteuse et Athènes sans contre-poids, n qu il entraîna tous les suffrages. L'antique générosité l'emporta sur une politique ambitieuse; les secours furent accordés : Cimon marcha avec quatre mille hommes en Laconic et délivra Sparte du péril qui la menaçait.

Exii Peu de temps après les Messéniens et les Ilo-

àe Cimon. , - ,.

les recommencèrent la guerre. Limon entra de nouveau dans le Péloponèse : mais les Laeédémoniens , trouvant celle fois leurs forces suflisanles pour battre seuls leurs ennemis , prirent ombrage du secours qu'on leur offrait , le refusèrent et le renvoyèrent en Aitique. Les Athéniens , irrités de cette injure, regardèrent Cimon comme la cause de l'affront qu'ils avaient reçu , et le bannirent pour dix ans.

Délivré d'un rival si redoutable, Périclès devint plus puissant que jamais. Les Spartiates vainquirent leurs ennemis et subjuguèrent totalement

CONTRE LES PERSES. i> KJ

Ilhome et la Messénie ; Mégare, qui depuis quelque temps suivait l'influence d'Athènes, se rangea sous celle de Sparte. La jalousie des deux repu- nainc

• ? 11 à* Sparte et

bliques , si utile à la gloire commune tant quelle d'AUwww n'avait été qu'une noble émulation , devint une haine violente qui s'aigrissait de jour en jour ; chacune, prévoyant une rupture prochaine, chercfaaif et trouvait des alliés.

Si la Grèce avait été autrefois fatiguée de la dure autorité de Lacédémone, elle ne l'était pas moins alors de l'ambition turbulente des Athéniens.

Tandis que Cimon combattait les Perses, Myronide et d'autres généraux d'Athènes attaquaient en Europe Corinthe, Epidaure, Thèbes; ils démolissaient Egine et brûlaient ses vaisseaux. Leurs armes avaient conquis la Thessalie, et forcé ses habitans à rentrer sous le joug d'Oreste.

Tant qu'Athènes eut à craindre l'invasion des Perses, elle montra toutes les vertus qui font le salut et la gloire des républiques : la pudeur, la modestie, le désintéressement y régnaient, et les plus héroïques travaux n'avaient d'autre but , d'autre prix que l'estime publique. On n'accorda des statues à Harmodius et à Aristogiton qu'après leur mort; Aristide et Thémistocle n'obtinrent pas même une couronne de laurier : Miltiade en

demanda une après la bataille de Marathon : un simple citoyen lui répondit : tt Vous ne l'obtienï) drez que lorsque vous aurez battu tout seul les » ennemis. »

Les inscriptions destinées à perpétuer le souvenir des victoires de Cimon donnaient de grands éloges aux troupes, mais n'en accordaient à personne en particulier.

La défaite des Perses, en laissant aux Athéniens une grande sécurité, leur fit perdre une partie de leurs vertus. Leur flotte nombreuse , qui avait d'abord fait leur salut, les corrompit ensuite en étendant leur puissance et en accroissant leurs richesses. On s'était armé dans le principe pour défendre la liberté ; par la suite on ne combattit que pour piller. Enfin le décret de Thémistocle , en appelant une foule d'étrangers dans Athènes pour en augmenter la population, y changea les mœurs en mêlant la mollesse asiatique à la simplicité grecque.

Sparte, plus sévère, avait un peu mieux résisté à la séduction des richesses : mais les victoires enflèrent son orgueil; et si elle n'égalait pas Athènes en cupidité, elle la surpassait peut-être en ambition.

La guerre ne tarda pas à éclater entre les deux républiques. Un corps de Lacédémoniens rencon-

Guerre eutrc ces

ira des troupes athéniennes à Tanagre en Béotie les attaqua et les battit. Cimon, quoique exilé, se J'y^. trouvant près du lieu du combat, voulut y prendre part : on refusa les services de ce généreux citoyen. En s'éloignant, il exhorta les compagnons qu'il avait amenés à remplir leur devoir : ils obéirent, et se firent tous tuer.

Les mobiles Athéniens , inquiets des suites de ie^£* cette guerre , commencèrent à se plaindre de Périclès et à regretter Cimon : Périclès, trop adroit pour irriter le peuple par une résistance intempestive , fit lui-même ce qu'il ne pouvait empêcher , et provoqua le décret qui rappelait son rival.

Cimon , de retour , et se trouvant de nouveau à , .Scs Tic-

* ■* loircs sur

la tête du gouvernement, conçut la grande idée les Perses" d'éloigner la discorde de la Grèce en occupant ses armes contre l'ennemi commun : il envoya cinquante vaisseaux au secours d'Amyrthée , chef d'une nouvelle révolte en Egypte , et marcha luimême avec deux cents voiles contre Artabaze qui était alors près de l'île de Chypre. 11 attaqua l'armée des Perses : la victoire lui fut fidèle ; il prit cent vaisseaux aux ennemis et en détruisit un grand nombre. Etant ensuite débarqué en Cilicie, il attaqua Mégabyse , le battit et détruisit une partie de son armée. Son projet était de passer de là

en Egypte; niais il voulut auparavant s'emparer de l'île de Chypre : il y descendit, et assiégea Sicyone.

Traité Cependant l'orgueil d'Artaxerce , abaissé par

entre les t

Grecs et tant de défaites, s humilia devant la fortune des

les l'erses.

Grecs, et, craignant de voir l'Asie consumée par le feu qu'il avait voulu porter en Europe , il envoya Mégabyse et Artabaze à Athènes pour demander la paix. L'Athénien Callias fut chargé par les alliés de conduire cette négociation : elle fut prompte, et se termina par un traité aussi glorieux pour les Grecs qu'humiliant pour les Perses.

La liberté fut assurée à toutes les villes de l'Asie-Mineure : les Perses promirent qu'aucun vaisseau de leur nation ne paraîtrait sur la mer depuis le Pont-Euxin jusqu'aux côtes de Pamphilie , et il fut défendu à toutes les troupes du roi de Perse d'approcher à plus de trois journées des côtes de l'Ionie et de l'Hellespont.

Telle fut la fin de la guerre des Perses, qui avait duré cinquante-un ans.

Mon Tandis qu'on négociait ce traité Cimon mourut

d'une blessure qu'il avait reçue à Sicyone. Par ses ordres ses officiers cachèrent sa mort aux ennemis, et ramenèrent à Athènes sa flotte victorieuse, que son ombre et son nom commandaient encore.

CONTRE LES PF.RSES. o23

Périclès, délivré de ce rival , affermit de jour Puissance en jour sa puissance , malgré les efforts de l'aristocratie que lui opposa vainement Thucydide, beaufrère de Cimon.

Maître de l'Etat , il gouvernait avec beaucoup de prudence une si nombreuse et si active population ; équipant tous les ans soixante vaisseaux , il soudoyait et occupait un grand nombre de pauvres.

Athènes envoya plusieurs colonies dans laChersonèse, dans l'Archipel, en Thrace et en Italie, où ces colons bâtirent la ville de Thurium. Prolecteur éclairé des lettres, des sciences et des arts, Périclès remplit la ville de statues , de tableaux et de monumens : sa magnificence , son urbanité attiraient une foule d'étrangers qui venaient verser les richesses du monde dans les murs d'Athènes.

On l'accusa enfin de tyrannie : on prétendit qu'il prodiguait arbitrairement l'argent des étrangers pour la construction dispendieuse de tant d'édifices publics. Périclès offrit de payer de ses deniers tous ses monumens , pourvu qu'on inscrivît sur leurs colonnes que lui seul les avait érigés. La vanité athénienne refusa cette offre, et laissa tomber l'accusation.

Phidias, le plus célèbre des sculpteurs, avait fait une statue de Pallas , d'ivoire et d'or, et haute

de trente-neuf pieds. L'Odéon, théâtre immense, fut construit sur le modèle du magnifique pavillon dressé pour Xerxès sur la montagne d'où il vit la défaite de son armée à Salamine.

Périclès , éblouissant ainsi le peuple athénien semcntisâc Par 1 éclat qu'il répandait sur lui , ne tarda pas à paraît»- triompher de l'opposition de Thucydide , et le fit bannir par l'ostracisme. Voulant étendre de plus en plus la domination de sa patrie, il proposa aux amphictyons un décret pour engager toutes les villes grecques d'Europe et d Asie à envoyer des députés à Athènes , afin d'y délibérer sur les moyens de réparer les maux , les dommages de la guerre , et de réparer les temples détruits. Sparte aperçut le but de ce projet , et le déjoua en faisant sentir que son exécution rendrait Athènes la capitale et la souveraine de la Grèce

Périclès ne tarda pas à s'apercevoir que la tranfy pèiidéa. quillité extérieure porterait l'activité des Athéniens à s'occuper de leur administration et de leur liberté : il vit qu'il fallait les faire combattre pour les gouverner , et qu'il devait ajouter à sa considération la gloire des armes. L'ambition du peuple favorisait ses intentions; il fit la guerre avec succès en Thrace, porta la terreur sur les côtes du Péloponèse , pénétra dans le Pont, et menaça de ses armes l'Egypte, la Sicile et Cari})

Une guerre , qu'on appela sacrée, éelala bientôt dans la Grèce. Sparte avait enlevé la surveillance du temple de Delphes aux Phocéens ; Périclès les y rétablit : l'Eubée s'était révoltée, il y marcha et la soumit. Sparte, appuyée de l'alliance de Mégare, attauua l'Attique. Périclès remporta une victoire Trêve

*7 .' ~ l rntre^thi-

sur les Spartiates, et conclut, entre Athènes et n,?setLacé-

1 demone.

Lacédénione , une trêve qui devait durer trente ans. Mais l'ambition et l'animosité des deux peuples ne tardèrent pas à la rompre, et à commencer cette longue et fatale guerre, appelée la guerre du Péloponèse.

Tous les alliés d'Athènes se plaignaient de Périclès, et l'accusaient d'employer le trésor public aux monumens dont il décorait sa patrie. Sans s'effrayer de ces reproches , il leur opposait les succès de la confédération, et prétendait qu'il ne devait à la Grèce aucun compte des contributions , lorsqu'il prouvait suffisamment que l'objet pour lequel elles avaient été levées se trouvait si glorieusement rempli. Son éloquence terrassa ses adversaires , et son armée triompha de ses ennemis.

11 ferma d'une forte muraille l'isthme de Co-

rinthe, pour le défendre des attaques des Thraces.

Partout , sous son administration (on pourrait

presque dire sous son règne) , la puissance d A-

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